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Fraîchement condamné, Bretelle entre au «Monde»
Pour la vie parisienne des affaires, la nouvelle est microscopique ; mais pour les destinées du journal Le Monde, elle est importante et symbolique : Jean-Francis Bretelle vient d'être coopté au conseil de surveillance du journal. Il y a fait son entrée à l'occasion d'une séance qui s'est tenue lundi 7 février. L'information risque de faire grincer encore quelques dents dans la rédaction car le même Jean-Francis Bretelle préside la société Oléron Participations qui, au terme d'un arrêt de la Cour de cassation en date du 1er février dernier, vient d'être définitivement condamnée pour « vente frauduleuse ».
« Loin de la presse d'industrie ! ». Pour beaucoup de journalistes du Monde, la perte du contrôle du journal, autrefois propriété de ses journalistes au travers de la Société des rédacteurs du Monde (SRM), et son rachat par le trio Pigasse-Niel-Bergé, ont déjà été vécu comme une violation du principe affiché par le père fondateur Hubert Beuve-Méry. Mais les mêmes pouvaient penser qu'au moins les apparences seraient sauves. Et notamment que Pierre Bergé, l'un des trois nouveaux propriétaires du journal, n'oserait pas installer au conseil de surveillance du Monde le plus proche mais aussi le plus controversé de ses collaborateurs, qui fut longtemps directeur général de la société Yves Saint Laurent, quand il en était le président, et qui a longtemps eu aussi la responsabilité de gérer une partie de sa fortune personnelle.
Et pourtant si ! Il a donc osé : le nouveau promu occupe le poste auparavant détenu par Louis Schweitzer. Et cela dit donc sans doute beaucoup du regard que Pierre Bergé a de l'indépendance du journal dont il est l'un des copropriétaires.
Car la société Oléron Participations vient donc d'être condamnée dans des termes très sévères pour « vente frauduleuse » au détriment d'une société contrôlée par l'industriel italien Carlo de Benedetti. Cet arrêt, et l'histoire dont elle est l'épilogue judiciaire, je l'ai détaillé voici quelques jours de manière détaillée dans cet article : Une société de Pierre Bergé et Alain Minc est condamnée pour « vente frauduleuse ».
Or, le discrédit de cette condamnation retombe très largement sur Jean-Francis Bretelle qui a été porté à la présidence de cette société lors de sa création et qui, selon l'extrait « K-Bis » ci-dessous l'est toujours.
Comme je le raconte longuement dans l'article en question, cette société Oléron Participations, que préside Jean-Francis Bretelle, a été créée en 1996 par Alain Minc (ex-président du conseil de surveillance du Monde) et Pierre Bergé, pour gérer discrètement leur fortune respective (celle du second étant évidemment beaucoup plus considérable que celle du premier). La société Oléron Participations a d'ailleurs son siège au 10 de l'Avenue George V, dans les mêmes bureaux que ceux qu'Alain Minc partage avec... Jean-Francis Bretelle. Les bureaux d'Alain Minc et de Jean-Francis Bretelle ne sont donc distants que de quelques mètres, tout juste séparés par un couloir qui fait office de salle d'attente commune.
Bras droit de Pierre Bergé, le même Jean-Francis Bretelle a d'ailleurs été emporté en même temps que son mentor dans d'autres tourmentes judiciaires. Du temps où Le Monde avait l'ambition d'être un grand journal d'investigation, il a ainsi tenu méticuleusement la chronique, pour ne parler que de cela, de l'affaire Elf-Yves Saint Laurent, qui a pris de l'ampleur peu après que la Commission des opérations de Bourse (l'actuelle AMF) eut découvert des ventes d'actions hors marché, via la Suisse. Les archives du Monde des années 1993-1995 sont emplies d'enquêtes sur cette affaire, dont j'ai moi-même donné de très nombreux détails dans mon livre sur Alain Minc (Petits conseils, Stock, mars 2007).
L'entrée de Jean-Francis Bretelle au sein du conseil de surveillance du Monde risque donc de constituer un nouveau traumatisme pour une rédaction déjà passablement éprouvée. Mais les lecteurs du journal, eux, n'auront été que très médiocrement informés : l'arrêt de la Cour de cassation du 1er février visant la société Oléron Participations n'a fait l'objet dans le quotidien que d'une petite « brève ».


Tous les commentaires
Eh oui, tout "le monde" ne peut pas investir dans des peep show ou dans la presse gauchiste en ligne.
Pour ce qui concerne l'information des lecteurs du "Monde", c'est un peu comme ici où on ne nous dit rien sur l'affaire gagnée en première instance par François Perol, ou encore sur l'affaire Rozenblat c/"Mediapart". Même pas de petites "brèves" de temps en temps pour nous informer de l'état des procédures.
Cordialement
Boddisatva,
Tout le monde ne peut pas "investir" dans le talent de Minc, " le sous-marin " "des gros intérêts", pour détruire,en quelques décennies un journal qui a été une référence.
Vous n'êtes pas heureux Boddisatva ? la presse de gauche va bientôt ressembler au Figaro...
Ils n'auront même plus à virer les journalistes d'investigation, ou à appeler à leur meurtre...
http://www.liberation.fr/economie/0109644043-matthieu-pigasse-en-un-tour-de-mincMatthieu Pigasse, en un tour de Minc PortraitL’élève dépasse le maître, qui soutenait l’offre concurrente.
Par GRÃGOIRE BISEAU
Pire que Minc… Voilà ce qu’aiment répéter, sous le manteau, les persifleurs qui voient dans l’ascension fulgurante de Matthieu Pigasse autant de talent que de mélange des genres aux multiples conflits d’intérêts. La filiation ne tombe pas du ciel. C’est Alain Minc qui va ouvrir les portes capitonnées de la prestigieuse banque d’affaires franco-américaine Lazard au jeune Pigasse (34 ans à l’époque), qui se cherchait un point de chute en 2002 à la sortie du cabinet de Laurent Fabius, alors ministre des Finances de Lionel Jospin. C’est le même Minc qui va pousser en vain son jeune poulain pour prendre son fauteuil à la présidence du conseil de surveillance du Monde (déjà). Mais cette fois-ci, le maître a dû s’incliner devant l’élève. Minc (qui conseillait le groupe de presse espagnol Prisa dans l’offre concurrente Perdriel-Orange) a perdu, Pigasse a gagné. Une sorte de passage de témoin.
Au-delà de cette consanguinité des parcours et d’un terreau idéologique commun (en gros le libéralisme social), les deux hommes privés ont le chic d’offrir deux facettes joliment complémentaires. L’un est aussi grand et anxieux (Pigasse) que l’autre est petit et madré (Minc). Le premier se dit toujours de gauche et aime s’abrutir le soir devant les programmes les plus consternants de télé-réalité, le deuxième se réclame porte-flingue du sarkozysme et fin connaisseur de Spinoza. L’affiche de London Calling des Clash est accroché au dessus du bureau du premier, une photo noire et blanc de Beckett dans celui du deuxième. Mais les deux vivent très bien en monnayant les petits secrets du CAC 40.
Avec sa prise du contrôle du Monde, Matthieu Pigasse, devenu directeur général de Lazard en France, réalise un vieux fantasme : entrer dans le panthéon de la vie médiatique. Comme pour perpétrer un chromosome familial. Son père était journaliste à la Manche Libre, sa sœur a parlé dans le micro des radios libres et son frère dirige le magazine people Public. Après avoir convaincu Edouard de Rothschild d’entrer au capital de Libération, ce mordu de rock a repris l’année dernière les Inrockuptibles. Minc peut dormir tranquille : il a un bel héritier.
M. Mauduit,
Je regrette dans votre papier ci-dessus, le ton sarcastique à l’encontre tant de vos anciens Confrères du journal (dont je suis un lecteur depuisdes dizaines d’années), mais également à l’encontre du MONDE lui-même.
Cela m’est d’autant plus insupportable que j’ai pu, à l’époque, apprécier vos différentes enquêtes et différents papiers lorsque vous étiez Journaliste au sein de mon Journal.
Ce n’est pas en tirant dessus que vous aiderez les Journalistes, Ouvriers, Cadres et (et même les Lecteurs) du MONDE à faire-face aux problèmesque ces derniers rencontrent actuellement quant à la recapitalisation (hélas indispensable) qu’à dû subir malheureusement LE MONDE.
Bien cordialement à Vous M. MAUDUIT,à toute l’Equipe de MEDIAPART et, bien-évidemment à Edwy PLENEL.
@Plumeplume,
Vous m'avez bien mal lu. Je n'ai pas un mot de critique à l'encontre de mes confrères dans ce billet, ni phrase sacracstique. Je pointe un fait qui me semble grave, qui s'impose à eux et dont ils vont malheureusement pâtir. Beaucoup d'entre eux s'en inquiètent à juste titre. A ceux-là, ce billet est une façon d'exprimer ma solidarité.
M. MAUDUIT, ce sont vos propos qui me choquent :
«mais les lecteurs du journal, eux, n'auront été que trèsmédiocrement informés : l'arrêt de la Cour de cassation du 1erfévrier visant la société OléronParticipations n'a fait l'objet dans le quotidien que d'une petite brève»!
Si cette réflexion n’est pas sarcastique vis-à-vis de vos Confrères et du Monde alors, effectivement, je n’ai pas saisi le sens de votre article (dont je partage néanmoins l’analyse dans son ensemble).
Bien cordialement.
« Loin de la presse d'industrie ! ». Pour beaucoup de journalistes du Monde, la perte du contrôle du journal, autrefois propriété de ses journalistes au travers de la Société des rédacteurs du Monde (SRM), et son rachat par le trio Pigasse-Niel-Bergé, ont déjà été vécu comme une violation du principe affiché par le père fondateur Hubert Beuve-Méry.
De Jaurés... à "de" Rothschild...Pauvre d 'eux et surtout... pauvre nous...
"Le plus grand journal du monde "entre les mains du capital du CAC 40, des banquiers, des marchands d'armes, des intellectuels du "café Flore" et "des marquis "du club du siècle......
Sans être passéiste, on peut en effet constater que le Kapital ne recule devant rien pour afficher ses pouvoirs, en particulier au Journal Le Monde. Dur, dur, résistons.
"Le Monde" est mort, inutile de tirer sur un cadavre.
Minc, Minc, Minc, mais vraiment pourquoi renait-il sans cesse de ses cendres? Il a coulé le Monde comme toutes les entreprises dont il a eu la gestion, alors pourquoi le retrouve-t-on à chaque coin de journal?
En 8 ans Sarkozy a mit progressivement en place son Patriot Act français, la loi Loppsi2, sans que les citoyens s'en indignent !
http://www.respectdeslois.fr/archive/2010/12/23/avec-loppsi-2-sarkozy-dispose-de-son-patriot-act-francais.htmlMais que font "tous les intellos", et les marionettes infiltrées dans les annexes du Ps et du Crif, ayant leurs pages blanches dans les bons journaux de gauche, comme Dominique Soppo qui lançait une pétition "touche pas à mon Adn", mais qui ne dit rien sur la loi fasciste et liberticide Loopsi 2 ?
Avec Bretelle au porte-monnaie, c'est sûr que Le Monde va faire ceinture.
Bof !
"De l'indépendance de la presse en Sarkosie et dans l'Univers du Saint Marché".
Vaste sujet comme aurait dit de Gaulle.
Profitons encore pour quelque temps de la liberté d'expression, pilier de la République et de la Démocratie. Mais ne nous faisons pas d'illusions, les services de surveillance de la policie politique ont les noms de tous ceux qui sont potentiellement dangereux pour le pouvoir en place.
Surmonter la peur, cette maîtresse indispensable pour ceux qui nous dirigent vers l'abîme. Et bon courage aux journalistes du Monde !
Nous lisions Le Monde depuis plus de 45 ans... Nous l'avons quitté avec beaucoup de tristesse. Ce journal est mort...Malheureusement, il n'est remplacé par rien...Voilà pourquoi nous sommes venus sur Médiapart. Bien à vous
France Sordet
Un exemple que tous les journaux de gauche tombés entre de mauvaises mains serviront demain à diverses propagandes...
Mon modeste billet écrit hier en regardant la tv
http://blogs.mediapart.fr/blog/amber/080211/emission-mots-croises-en-direct-disrael-pierre-lelouche-et-alain-finkelkraut-#comment-842731
L'exellent billet de Pascal Boniface, qui écrit bien mieux que moi, et pour cause c'est est journaliste. Mais il me conforte que ma vision n'est pas biaisée, malgré ma myopie..
http://pascalbonifaceaffairesstrategiques.blogs.nouvelobs.com/archive/2011/02/07/adler-bhl-et-finkielkraut-anxieux-face-a-la-perspective-d-un.html
Bonjour à tous,
Je ne sais comment m'y prendre précisément, c'est le premier commentaire que je poste ici.
Je viens de changer mon pseudo, habituellement, sur les sites ou je commente, mon, pseudo est Jean Bretelle, c'est ainsi que je me suis inscrit sur Médiapart.
J'ai choisis ce pseudo sans Média part l'existence de J.F.Bretelle dont il est question ici.(honte sur moi, et tant pis).
Je souhaitais réagir à un article ou l'autre, non pas pour m'indigner du sort de la rédaction du monde ou de celui qui est fait à ses lecteurs, mais de la manière sélective dont Médiapart s'indigne.
Nous avons tous des indignations sélectives, soit.
J'aurais juste aimé trouver sur ce site, des information quant aux différentes décisions de la coure de cassation au sujet de Denis Robert et de ses différentes publications sur ClearStream.
Monsieur Plenel a su trouver mon adresse mail pour m'inviter(de nombreuses fois) à m'abonner ici, je n'attends pas une réponse personnelle (quoi que) mais pour le moins une explication.
Bien à vous et néanmoins cordialement,
Jean (Bretelles)Boites.
.
La destruction d'un des plus grands journal, et de la presse de gauche en général, ( sans compter ce qu'on nous prépare), est un sujet bien plus important que des guéguerres entre journalistes, leur confraternité est une image d'Epinal...
Je suis contente pour Denis Robert, il a fait son boulot mais , n'empêche qu'il s'est bien fait enfumer et qu'on n'a toujours pas compris le fond de l'Affaire Clearstream.
Il y a peut-être, en effet, un fond de délectation morose chez les anciens du "monde" à constater le délabrement moral (et financier) du journal. On peut le comprendre, surtout pour ceux qui en ont été assez violemment écartés.
Du point de vue de la démocratie, il n'y a évidemment pas lieu de s'en réjouir. L'état des médias en France reflète celui de notre démocratie. Quels sont les médias indépendants ? Mediapart, Le Canard Enchaîné, mes amis d'Alternatives économiques et quelques autres...
C'est bien peu.