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En souvenir de Bertrand et Roger Mauduit
La République a ses rites, dont les commémorations font partie. Du 14 Juillet au 11 Novembre en passant par le 8 Mai et bien d'autres dates encore, elle célèbre ses victoires ou ses défaites. Car la République est d'abord un combat, jalonné de batailles et de drames, avec son cortège de blessures et de sacrifices. Honorer la République, c'est donc aussi honorer ses martyrs. C'est respecter le calendrier au travers duquel elle s'est construite. Ainsi va notre histoire collective : chaque ville, chaque village a ses monuments ou ses noms de rues, qui célèbrent ses enfants morts ou assassinés, même les anonymes, surtout les anonymes. Ainsi va notre histoire collective et c'est bien ainsi car ce n'est pas verser dans le chauvinisme que de célébrer les batailles dont l'enjeu était la liberté.
Dans cet espace personnel qu'est ce blog, je voudrais donc parler des miens : de mon père Bertrand Mauduit, rescapé de Buchenwald, qui est mort en 1977, et de mon grand-père, Roger Mauduit, qui est mort dans le même camp de Buchenwald. Je voudrais parler d'eux parce qu'ils ont pris place, dignement, dans cette histoire collective. N'ayant jamais l'occasion de leur rendre hommage publiquement, je voudrais le faire aujourd'hui.
Cette occasion, c'est la ville d'Evron (Mayenne) qui me l'offre aujourd'hui. Elle a informé ma famille voici quelques mois de son intention d'attribuer à une rue les noms de mon père, Bertrand, et de mon grand-père, Roger Mauduit. Puisque l'inauguration aura lieu à la fin de ce mois, le samedi 28 mars pour être précis, et puisque la plupart des Evronnais, surtout les plus jeunes, ignorent vraisemblablement tout de l'histoire qui sera ce jour-là célébrée au travers d'eux, cette histoire collective d'hier, douloureuse, dont je parlais tout à l'heure, et qui jalonne nos libertés d'aujourd'hui, je voudrais ici la raconter, en mon nom propre, au nom de ma mère Anne Mauduit, et de mes deux sœurs, Elisabeth Mauduit-Marion et Edith Mauduit-Ortoli. C'est une histoire anonyme de résistance ; c'est une histoire dramatique de déportation. A ce titre, il était donc juste qu'elle ne tombe pas dans l'oubli ; qu'elle soit, au moins de cette manière, commémorée.
L'histoire de la République est ainsi. On en lit souvent les heures sombres ou les heures héroïques, au détour d'une rue. Il était donc juste qu'il y ait, à Evron, une rue Roger et Bertrand Mauduit. Comme il y a déjà à Evron une rue Léon Courcelle (le grand père de Roger Mauduit et l'arrière grand-père de Bertrand), qui fut maire de la ville pendant la guerre de 1870, et emprisonné par l'occupant parce qu'en réponse à leur demande de disposer d'une liste d'otages, il leur en fournit une qui ne comprenait qu'un seul nom : le sien. Je n'écris pas cela parce que c'est source d'émotion pour ma famille ; je l'écris au regard de ce qu'ont été Bertrand et Roger Mauduit; de ce qu'ils ont fait.
Cette histoire, c'est celle, ordinaire en ces temps de guerre et d'occupation nazi, d'un petit groupe de jeunes de 17 à 18 ans, qui dans cette grosse bourgade de la Mayenne, décident de constituer un petits groupes de résistants, au début de la guerre, parce qu'ils refusent l'armistice du 22 juin 1940. Les consignes du réseau, dans lequel ils s'insèrent, sont claires : il faut de proche en proche faire sentir à l'occupant nazi que la résistance est active, de sorte qu'il soit contraint de maintenir un maillage serré sur tout le territoire, au lieu de masser ses forces aux seuls lieux militairement stratégiques.
De temps à autres, le petit groupe des jeunes résistants d'Evron, qui comprend Robert Besnier, Pierre Lesaint, Pierre Huault, mon parrain Daniel Bussinger et mon père Bertrand Mauduit, fait donc sentir sa présence, par des inscriptions sur des murs ou des tracts. Dans la nuit du 13 au 14 juillet 1941, ils décident ainsi un geste très symbolique : descendre le drapeau à croix gammée qui flotte en haut du mât, sur la place de l'Hôtel de Ville (l'actuelle Place de l'ancienne Mairie) et installer à la place le drapeau français, assortie d'une Croix de Lorraine. Ce geste, qui est célébré par une plaque sur le bâtiment de la Caisse d'épargne d'Evron, a donné lieu à un récit écrit, fait par mon père, juste au lendemain de la guerre. On peut consulter ici les quatre feuillets de son manuscrit qui raconte cette nuit : feuillet 1 ; feuillet 2 ; feuillet 3 ; feuillet 4.
De longs mois durant, les cinq jeunes amis agissent de la sorte. Jusqu'au 10 juin 1943. Ce jour-là, l'armée allemande basée à Evron vient, comme elle en a pris l'habitude, faire des exercices de tir dans les carrières désaffectées qui se trouvent dans la propriété des Vignes, celle de ma famille, sur la route de Voutré. En faction, un soldat a la charge, en bordure de ces carrières, d'interdire à quiconque d'entrer. C'est par lui que le malheur arrive. Pénétrant à l'intérieur d'un bâtiment dans le «Pré aux Moines», à deux cents mètres de notre maison, il découvre dans un grenier les armes de guerre que mon père et ses quatre amis ont cachées, ainsi que les armes de chasses que mon grand père a demandé à son fils de cacher pour lui.
Dans les instants qui suivent, mon père, Bertrand, est alors arrêté, par la Gestapo. Voyant que son fils est pris par les Allemands et pensant que c'est par sa faute, parce que ce sont ses propres armes qui ont été découvertes, Roger se dénonce sur le champ. Résultat : il est, lui aussi, arrêté. Et la maison des Vignes est fouillée. Bertrand Mauduit a de bonnes raisons de craindre cette perquisition car il y a dans le tiroir de la table de nuit de sa chambre un pistolet, qui est chargé. Si les Allemands trouvent l'arme, il peut donc être fusillé sur le champ. Par chance, un officier allemand trouve l'arme mais profitant de l'inattention des autres soldats, il éjecte la balle du canon sans que nul ne le remarque et la fait disparaître dans sa poche. A la fin de la guerre, malgré les critiques de certains, Bertrand Mauduit ira témoigner en Allemagne au procès de cet officier pour attester qu'il lui a sauvé la vie.
L'arrestation de Bertrand et Roger Mauduit a aussitôt des conséquences pathétiques. Comme, avec les armes, les cinq jeunes résistants avaient aussi caché des correspondances entre eux, ils sont presque tous arrêtés dans les vingt-quatre heures qui suivent. Pierre Huault (le seul survivant, aujourd'hui, de cette histoire) sera arrêté quelques temps plus tard à Saint-Nazaire, mais parviendra à tromper la vigilance de ses gardiens. Besnier et Lesaint, eux, seront déportés à Buchenwald puis à Dora où il vont mourir en février 1944. Quant à Daniel Bussinger, s'il parvient à passer entre les mailles du filet, il sera finalement arrêté. S'évadant de manière spectaculaire de la prison du Mans, il finira par parvenir à rejoindre la France Libre, en Angleterre, où il s'engagera comme parachutiste, et figurera dans le bataillon qui participera à la fin de la guerre à la libération... d'Evron.
Pour Roger et Bertrand Mauduit, commence alors la terrible épreuve. Emprisonnés à Laval puis au Mans pendant trois mois, ils sont ensuite envoyés dans le camp de transit nazi de Compiègne (Oise), qui, étonnamment, a été détruit voici quelques années.
titleAprès avoir passé toute la dernière nuit à parler avec son père, sachant qu'ils ne se reverraient certainement jamais, Bertrand Mauduit, quelques semaines plus tard, part le premier en convoi ferroviaire avec d'autres prisonniers vers une destination qu'il ne connaît pas : le camp de concentration de Buchenwald, près de Weimar, en Allemagne orientale. Dans un long manuscrit, qui ne retrace pourtant que les premières semaines de détention et qu'il rédige juste à la fin de la guerre, en l'agrémentant de nombreux dessins dont on retrouvera ci-contre quelques reproductions, il raconte par le menu l'horreur qu'il commence alors à vivre, sous le matricule 30878, dans le block 58 du camp. L'horreur d'abord de la mort de son père : transféré plusieurs mois plus tard, Roger Mauduit tombe malade, dès son internement dans le petit camp de Buchenwald, où sont mis en quarantaine les nouveaux arrivants, et éprouvé par la rigueur effroyable des conditions d'internement, finit par mourir dans les bras de son fils, le 17 février 1944, d'une pneumonie.
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L'horreur ensuite de la vie quotidienne, pour lui-même, où il vivra pendant presque deux ans, dans les conditions terribles que l'on devine. Dans son manuscrit, mon père raconte les premiers mois. Les prisonniers qui se serrent les uns contre les autres, pour ne pas mourir de froid, pendant les appels interminables ; les prisonniers qui n'ont plus la force de tenir d'eux-mêmes debout, et que les autres supportent. Et puis les sévices : le manuscrit s'attarde sur le supplice et l'agonie d'un «petit polonais» qui avait fait une tentative d'évasion, et que les SS, pour le punir, attachent avec des menottes dehors, dans le froid et la neige, et qui va mettre de longues heures à mourir.
Assez vite, le manuscrit de mon père s'arrête. Nous n'en connaissions d'ailleurs pas l'existence, et ne l'avons découvert qu'après sa mort, sans savoir pourquoi il avait renoncé à l'achever. Du reste de son internement, il ne reste donc que le récit oral qu'il en a fait à ma mère, à mes deux sœurs et à moi-même. Le récit de son travail dans des conditions abominables d'abord dans la carrière de Buchenwald, où il est requis notamment pour porter des pierres. Le récit ensuite de sa mutation dans l'usine de Buchenwald, où les Nazis font fabriquer les fusées V1 et V2, pour y travailler de nuit, en qualité de soudeur - un métier qu'il a fait mine de connaître. Le récit de sa mutilation volontaire par un ami : craignant d'être envoyé dans une mine de sel, d'où ne revient aucun survivant, il se fait donner l'apparence d'une entorse à la cheville grâce à un ami, Jacques Delaleuf qui lui frappe le pied des heures durant avec une cuiller.
Dans les mois qui suivent le débarquement puis l'avancée des armées anglo-américaines, Bertrand Mauduit commence, ensuite, avec les autres prisonniers du camps, l'errance que l'on sait. Entassés dans des trains, les prisonniers sont emmenés vers l'est. Ceux qui sont dans des wagons fermés meurent par centaines. Ceux qui, par chance, ce qui est le cas de Bertrand Mauduit, sont dans des wagons à bestiaux sans toit, en réchappent. Manquant d'eau, mangeant ce qu'ils trouvent - des pissenlits, des escargots crus...-, ils poursuivent un moment leur fuite à pied, et sont parmi les premiers à découvrir les ruines de Dresde, que les Alliés ont bombardé dans les conditions qui feront ensuite polémique.
Entassés de nouveau dans un train, les prisonniers reprennent leur fuite forcée vers l'est. C'est là, lors de la traversée d'un tunnel, en Tchécoslovaquie, que mon père prend sa chance : sautant en marche du train dans le noir avec deux autres amis - qu'il ne retrouvera jamais -, il parvient à s'échapper. Trouvant refuge, avec d'autres prisonniers qui ont fait comme lui, dans une maison de bûcheron, il est rapidement dénoncé. De nouveau arrêté avec ses camarades d'infortunes, il est placé dans une prison locale, et on leur annonce qu'ils seront fusillés le lendemain matin à l'aube.
Quelques heures, plus tard, il est pourtant sauvé : une colonne de l'armée américaine arrive et libère les prisonniers.
Le retour à Evron ne sera pourtant pas immédiat. Atteint d'une très grave dysenterie, d'une maigreur extrême comme le sont tous les rescapés des camps, Bertrand Mauduit est d'abord rapatrié à Mulhouse, où il est hospitalisé un peu plus d'un mois, puis placé en convalescence, dans une famille de la ville.
Ce n'est donc qu'à l'automne 1945, que Bertrand Mauduit reprend le chemin de retour. Pour le jour de son arrivée une réception est organisée à la gare d'Evron, pour commémorer son retour. Tout le conseil municipal est là, ainsi que des proches. Bertrand Mauduit n'a toutefois pas été prévenu de la petite fête qu'on a organisée pour lui. Profitant de la vitesse réduite du train, à l'approche d'Evron, il saute dehors, en pleine campagne, et se dirige à pied, à travers champ, vers la propriété des Vignes, où il a été arrêté un peu plus de deux ans avant.
C'est dire que la commémoration organisée le 28 mars 2009 pour cette rue Roger et Bertrand Mauduit est la bienvenue. Le rendez-vous raté avec le conseil municipal d'Evron, c'est donc avec près de 64 ans de retard qu'il aura lieu. Au regard de leur histoire, celle de Roger comme celle de Bertrand, c'est justice. Ainsi va la République: elle est aussi affaire de mémoire et de fidélité à des combats, à des valeurs.


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Et qu'est-il advenu de cet officier qui avait caché la balle dans sa poche? A-t-il vu sa peine diminuée? Mais peu importe la peine ou ce que cet officier avait commis d'autre par ailleurs, c'est surtout le choix de témoigner pour lui, "à contre-courant", qui démontre un esprit clair, de droiture, d'honnêteté intellectuelle autant que morale. Nous sommes fiers de vous avoir parmi nous, digne successeur de ces esprits droits et libres, et "s'ils vous lisent", ils peuvent être fiers de vous je crois?
A l'opposé de cette histoire émouvante que vous avez raison de nous livrer, je voudrais dire combien j'ai toujours été choquée par le siège du bureau de général de Gaulle qu'ont fait nombre d'intellectuels, qui n'étaient pas des collaborationnistes, pour tenter d'obtenir la grâce de Robert Brasillach. Il ne s'agissait pas alors de défendre le principe de l'abolition de la peine de mort mais d'une solidarité malsaine de belles plumes qui se reconnaissent entre eux. Toutes les excuses pour le cercle fermé de ceux qui se reconnaissent comme intellectuels et au fond de l'indifférence pour les autres, ceux qui ont montré du courage par l'action. C'est un exemple qui doit rendre méfiant et conduire a attendre avant de porter un jugement définitif sur les hommes et l'illusion qu'ils projettent dans de nombreux cas. Un dernier point me laisse perplexe : pourquoi a t-il fallu tant de temps pour un tel hommage dans une petite ville où cette belle histoire doit être connue depuis longtemps. Heureux pour vous, les vôtres mais aussi et surtout pour votre mère qui au moins aura eu le bonheur de voir cette juste reconnaissance se réaliser.
Magnifique hommage, très émouvant. En le lisant, je me suis rappelé le déchiffrage l'année dernière des carnets de guerre de mon grand-père paternel, qui, lui, a été prisonnier de guerre, s'est échappé, a fait partie d'un petit groupe de résistants dans le bocage normand, puis à la libération est reparti avec les anglais libérer les prisonniers en Allemagne. Mais lui n'a pas vécu l'horreur des camps de prisonniers, il a eu la chance de travailler en usine dans la forêt noire (prisonnier certes, mais n'a pas souffert autant des privations que certains dans les camps...). Par contre, plusieurs de ses collègues de fugue ont été repris et eux conduits dans ces camps. Un de ses meilleurs amis du camp s'en est sorti, comme votre père, éprouvé mais vivant. Je demanderai l'autorisation de mon père pour savoir si je peux en mettre une partie sur Mediapart, mon grand-père n'étant, à 98 ans plus si proche de la réalité, mais ses souvenirs ont bercé mon enfance, ses histoires et ses déboires, ses anecdotes sur cette période. J'en profiterai pour raconter l'histoire de ce prisonnier allemand qui est resté travailler pour mon grand-père plus de deux ans, et avec qui nous avons repris contact plus de 20 ans après son départ, une belle histoire d'amitié, malgré tout. Et ce tout, après la guerre, le ressentiment, la haine n'est pas rien...
Laurent, mon père aussi, y était, à Buchenwald. Au "Petit Camp", nuit et brouillard, en tant que résistant. Quand il en est "sorti", à la veille de la libération des camps par les Alliés, il ne pesait même pas 40 kilos. Il est mort en 1966, à l'âge de 46 ans.... Nos pères se sont peut-être connus ? De toutes façons, ça ne change rien. Je suis totalement avec toi dans cette mémoire....
Bel et pudique hommage. Belle source d'émotions.
Oui, faire oeuvre de mémoire, dire ce que des êtres humains ont enduré de si tragique, c'est très très important pour les générations d'aujourd'hui et les suivantes. . Et, ici, cette oeuvre de mémoire n'en a que plus de force car elle concerne par Laurent Mauduit, son père Bertrand, son grand-père Roger (et même aussi pour un fait tragique lui aussi, son grand père Léon). . Ils sont nommés. On en connaît les raisons. Et même on a des écrits de la main de Bertrand, et on sait les dates des décès, on sait même l'agonie de Roger. On peut les identifier par Laurent, journaliste en 2009 à Médiapart ... Difficile de ne pas être en face de cette réalité humaine, de cette tragédie. Laurent Mauduit, vous nous la faites toucher physiquement. . Leur ville va les honorer, c'est à dire les inscrire dans la mémoire des hommes pour des décennies. . J'ai le sentiment que cette mémoire de ce tragique qui a touché nos parents ici en France dans tel lieu ou tel autre (et pour Laurent, c'est Evron) c'est tellement insupportable aux oreilles et aux yeux de tout un chacun, que, d'une certaine façon, on aimerait ne pas savoir même si on on se retrouve en face. . Merci, Laurent Mauduit.
Voici un moment que je tourne autour du commentaire sans savoir, revenant, repartant. Bien sûr, moi aussi, ce grand père résistant-déporté, mais ce n'est pas seulement ça. Chez moi on s'est tu, le premier intéressé d'abord. Cela reste comme un manque, une histoire à retrouver, toujours. J'admire ici la transmission qui eut lieu, les filiations revendiquées. Et puis, au moment où l'on s'interroge sur les vertus des blogs, se dire que les blogs, si c'est ça, alors oui.
Je trouve que l'on oublie dans nos vies quotidiennes ce courage extraordinaire : serions nous capables, aujourd'hui, de cela ? J'y pense souvent.
Je trouve que l'on oublie dans nos vies quotidiennes ce courage extraordinaire : serions nous capables, aujourd'hui, de cela ? J'y pense souvent.
Et je pense, Laurent Mauduit, que ce courage vous a été transmis. Et qu'à votre tour, vous nous le transmettez. Merci.
Je m'associe aux commentaires précédents, surtout le dernier. Vertu civique et Liberté.
Aujourd'hui, j'ai trois enfants avec la petite fille de Bertrand Mauduit qui est donc aussi l'arrière petite fille de Roger Mauduit et te lire( je te tutoie même si l'on ne sait jamais vu car nous habitons à La Réunion),avec la facilité qui est la tienne rend tout à coup futiles, sans relief, sans profondeur les évènements et les situations qui ont pu perturber nos journées sous les tropiques. J'avaiseu la chance d'accéder aux écrits de ton père et à ses dessins,eux aussi bouleversants, (au trait rare mais si parlant) lors d'un de nos trop rares séjours en métropole et la même émotion a ressurgi aujourd'hui qui ne ressemble à aucune autreà la fois lointaine et si présente. Que vivent la trace, la mémoire,le témoignage personnel au service de l'intérêt collectif, que l'on considére la peinture rupestre comme déclencheur de mémoires archaïques enfouies,que l'émotion s'invite au chevet du lian sociétal,que...que ta nièce, Amélie, en fait, retranscrit dans notre foyer, les mêmes forces, les mêmes valeurs, les mêmes attitudes et cette énergie qui ont animés et qui animent encore à présent, les membres de la famille Mauduit. Merci à vous d'exister et de faire de votre vie une transparance sur laquelle on aimerait se coller. Bruno.
@ Bruno: Magnifique témoignage de la Ravine des Cabris non loin de laquelle vit mon frère... Mediapart est en cela une merveilleuse aventure d'humanisme.
Merci Bruno de ces mots si chaleureux. Bien sûr, nous nous connaîtrons...
Bonjour Amélie,
J'ai vaguement connu Elisabeth, Edith et votre père, Je me souviens seulement de Camille et Jean Baptiste fils de votre tante . Vous n'étiez sans doute pas née lorsque je travaillais avec votre grand-père Bertrand à Evron ?
Avez vous d'autres frères et soeurs ?
Que devient Elisabeth, j'ai cru comprendre qu'elle était en Bretagne ? Et Edith ?
J'ai eu qq nouvelles via Anne Mauduit.
@ bientôt peut être
Merci beaucoup Laurent de cet émouvant récit personnel. . Il s'inscrit dans les terribles souffrances de tout un continent sous une dictature inhumaine. Elle s'est installée petit à petit, sans que beaucoup n'y prennent garde, tellement elle semblait inimaginable. . Je comprends encore mieux aujourd'hui votre engagement pour la lumière dans notre pays, pour la sauvegarde de la démocratie qui est actuellement menacée. . Merci aussi de ne pas avoir tu l'acte du soldat allemand qui fait aussi partie de l'Histoire et qui lui aussi risquait sa vie par cet acte. Ce peuple a lui aussi énormément souffert de la dictature et en garde de profondes cicatrices dans sa mémoire collective, chaque famille a été touchée. Tout comme le peuple irakien ou iranien doivent l'avoir vécu et le vivre. . Vous avez eu des parents courageux, un exemple fort pour se battre aujourd'hui pour le respect de l'être humain...
L'entretien entre Elie Wiesel et Jorge Semprun " Se taire est impossible" montrait la difficulté de transmettre cette mémoire, de dire des choses, l'importance de témoigner pour les nouvelles générations et parceque bientôt il n'y aura plus de survivants...Vous l'avez fait, en hommage à votre père et grand-père, nous aussi devons vous suivre sur ce chemin. C'est notre héritage, parfois fait de silence, parfois fait de paroles. Merci.
Merci d'offrir votre belle plume à la mémoire de ces hommes simples, au grand coeur, qui ont affronté courageusement une terrible tragédie. Je suis très ému, parce que leur flamme ne s'est pas éteinte.
Merci Laurent pour le récit de cette histoire familiale que je ne connaissais pas. C'est très touchant et je suis heureuse que ces hommes, vos ancêtres, aient été ainsi honorés. Aujourd'hui, nous avons fêté en famille les 90 ans de ma grand-mère. Une petite femme qui fut paysanne dans l'Orne, au cœur de la poche de Chambois, vit son mari partir à la guerre, éleva seule ses premiers enfants, en perdit deux tout petits pendant ces sinistres années. Évoquant sa vie avec ses arrière-petits-enfants ce midi, elle n'a pas pu s'empêcher de parler de cette guerre. Sobrement, elle a lâché : "ce n'était pas facile". Elle n'a rien dit de son frère aîné prisonnier qui ne revint de Silésie que sept ans après son départ, amaigri et malade. De Léonard, ce Lorrain, ce "Malgré-nous" qu'elle cacha au nez et à la barbe des Allemands qui se ravitaillaient dans sa ferme. Mon autre grand-mère non plus ne nous parlait pas beaucoup de ces années-là. Veuve en 1944, avec quatre enfants et une ferme qui nourrissait à peine son monde, elle tint le coup, sans se plaindre. Et de la descente de la milice un soir dans sa maison, suite à une dénonciation des voisins, elle ne nous a rien dit. C'est mon père qui m'a conté l'épisode, parlé des armes cachées dans la cheminée et de sa peur d'enfant de douze ans. Ces petites femmes ordinaires sont anonymes dans l'histoire. Pas de rues à leur nom, pas d'hommages officiels. Mais elles sont pour moi de grandes dames. Elles ont fait de petits gestes, n'ont jamais abandonné l'idée que la France devait redevenir libre et vécu cette guerre avec dignité. Elles ont toute mon admiration et tout mon amour. Merci à vous, Germaine et Jeanne.
Un très beau texte et de très beaux commentaires. Garder vivant ces actes lointains dans le temps, les faire revivre. Inventer à notre tour comme exigence au présent contre les barbaries. Merci.
Cher Laurent, Merci pour ce beau témoignage, pour cette mémoire, cette émotion. Amitiés
c'est par hasard que je tombe auj sur votre texte ....
j'en ressors émue et bouleversée .... de ce que j'ai lu dans vos phrases ... mais surtout de ce que je devine autour, derrière ... de votre vie, de vos engagements, de votre fidélité à ce que furent et firent ces deux hommes, votre père et votre grand père .....
je me suis abonnée à Mdp par souci d'infos de qualité et d'une presse réellement indépendante de tout pouvoir ..... je ne soupçonnais pas la richesse que je découvre jour après jour dans la lecture de certains blogs ....
Merci infiniment Laurent
Basta
Dégoûtée par le discours présidentielde ce soir...
Je me suis baladée sur des blogs et découvre le tien par hasard. Je me suis réfugiée dans ton histoire pleine de sens et d'honneur que tu as tout naturellement superbement racontée. J’espère que cette rue Mauduit dispose d'un bistrot ou chacun peut se souvenir, décortiquer l'actualité et parler d'avenir, bref refaire le monde, quoi... Et bien non loin de là, mon grand-père un certain René Mauduit, boulanger d'un petit village dénommé Maisoncelle a lui aussi résisté ...mais bien peu de temps. Il est mort en première ligne dans les Ardennes le 17 juin1940, il n’avait que 27 ans et c'était mon grand père. Mon père Jacques Mauduit entretient sa mémoire et rénove le monument aux morts de ce modeste village Sarthois ou les irréductibles ont été très vite balayés. La résistance et la remise en cause de l'ordre établi font partie de l’ADN et te lire est un pur plaisir, démocratiquement tellement rassurant.
LM
Merci Laurent pour cette évocation que votre père m'a racontée lorsque je travaillais avec lui à Evron au Haras des Vignes. Merci aussi pour sa photo devant le four à chaud du Haras. Egalement merci pour ses "pattes de mouches" que je connais bien.
EL