Schizophrénie autour du Smic
Depuis que la crise a plongé de nombreuses grandes économies, dont la France, dans la récession, Nicolas Sarkozy a pris l'habitude d'impulser une politique économique à double détente. En parole, il multiplie les grandes envolées lyriques, jurant ses grands dieux que son premier souci est de réformer le capitalisme. Mais dans les faits, il maintient le cap de la politique libérale qui avait marqué les premiers mois de son quinquennat. Le dossier des salaires et tout particulièrement du salaire minimum est très emblématique de cette habileté.
Dans le tumulte des polémiques suscitées par les salaires mirifiques, les colossaux golden parachutes ou autres fantastiques stock-options de quelques grands patrons, le chef de l'Etat a, de fait, souvent donné de la voix et pris une posture indignée. Plus que cela ! Se disant choqué par certaines dérives, il a invité les grands patrons et notamment ceux des banques, à respecter le code (non contraignant) de bonne conduite du Medef. Dans la foulée, il a même émis le souhait plus général que les profits des entreprises soient partagés suivant la règle des trois tiers (un tiers pour les salaires, un tiers pour l'investissement, un tiers pour les actionnaires). Et pour bien souligner que cette question revêtait pour lui une grande importance, il a commandé au directeur général de l'Insee, Jean-Philippe Cotis, une étude sur ce partage des richesses créées par les entreprises.
A l'époque, quelques mauvaises langues ont fait remarquer que les injonctions présidentielles étaient de pure forme, car en vérité, depuis vingt ans, le partage de la valeur ajoutée s'est effectué fortement à l'avantage du capital et au détriment du travail, c'est-à-dire à l'avantage de l'investissement et des dividendes et au détriment des salaires. Et au sein du même du capital, ce sont les actionnaires qui ont été les plus avantagés par ce partage, puisque ces dernières années, la part allouée aux dividendes n'a cessé de s'envoler. En bref, beaucoup d'experts ont fait remarquer que le chef de l'Etat semblait recommander un autre partage des profits, mais qu'il ne prenait aucune mesure concrète pour le mettre en œuvre. Artifice ancien : les promesses n'engagent que ceux qui y croient.
En douterait-on, on en a, en ce mois de juin, une illustration avec le dossier du Smic. Car depuis des lustres, la loi veut que deux hausses puissent intervenir au 1er juillet de chaque année. D'abord, le salaire minimum doit être majoré du montant de l'inflation sur les douze derniers mois et de la moitié du pouvoir d'achat ouvrier - ce qui devrait conduire cette année à une revalorisation d'environ 1,25% du Smic. Mais la loi offre aussi la faculté au gouvernement d'en faire plus, par exemple d'accorder non pas la moitié mais 100% du pouvoir d'achat ouvrier - c'est par convention, ce que l'on a pris l'habitude d'appeler un « coup de pouce ».
Or, dans ce dossier du Smic, quelles sont les intentions du gouvernement ? Au lendemain de l'élection présidentielle de 2007, Nicolas Sarkozy, conduisant une politique économique d'inspiration franchement libérale, a d'abord fait comprendre qu'il envisageait de « casser » ce symbole que constituait le Smic. Une réforme a ainsi été lancée, visant à réformer les modalités d'indexation du Smic, et à constituer une commission d'experts chargée de faire une recommandation chaque année avant toute revalorisation - c'est-à-dire avant le 1er juillet, et avant le 1er janvier à partir de l'année prochaine.
Mais au plus fort de la récession, on aurait pu penser que le chef de l'Etat allait changer de cap économique. Qu'il allait mettre entre parenthèse la réforme du Smic. C'est en tout cas ce que pouvaient suggérer ses sorties enflammées sur le partage inégal des richesses créées par les entreprises. Cela semblait aussi une affaire de bon sens : puisque le plan de relance français a souvent été critiqué au motif qu'il mobilise des milliards d'euros pour les entreprises, mais presque rien pour les ménages, ne serait-il pas opportun cette année de prévoir au moins un « coup de pouce » en faveur du salaire minimum ? Histoire de soutenir un pouvoir d'achat qui recule et donc relancer l'activité qui pique du nez.
Et pourtant non ! Pour l'heure, on n'en prend pas le chemin. Dans les prochains jours, le groupe d'experts qui a été constitué devrait faire une recommandation inspirée par un souci de rigueur. Et le gouvernement devrait d'ici la fin du mois de juin annoncer qu'il va s'empresser de suivre ce conseil : pas de coup de pouce !
En bref ! Tout va se passer comme si la France n'était pas en récession. Comme si Nicolas Sarkozy n'avait pas dit sur le partage des richesses les vérités qu'on l'a entendu énoncées.
Stupéfiante politique économique qui ne s'affiche pas pour ce qu'elle est.
(Cette chronique a d'abord été publiée le 3 juin 2009 sur le portail Orange)



Tous les commentaires
Cher Laurent Mauduit
Vous avez bien une petite idée sur ce qu'il conviendrait de faire.
Pourriez-vous nous faire part de la décision qui vous paraîtrait juste et adaptée, concernant le SMIC ?
Au coeur de la crise historique que nous vivons, il y a la question de la déformation du partage de la valeur ajoutée des entreprises au profit du capital et au détriment du travail. Si l'on veut sortir de ce capitalisme d'actionnaires, il y a donc, me semble-t-il, une première urgence: rééquilibrer ce partage... La question salariale et notamment la question des bas salaires est l'une des composantes de la réponse. Mais ce n'est sûrement pas la seule.
Vous ne répondez pas à ma question. Quelle décision préconisez-vous pour le SMIC le 1er juillet ?
Je pense évidemment que rien ne justifie la position de Sarkozy de ne s'en tenir qu'à l'augmentation automatique, sans coup de pouce.
Mais vous ne dites pas quel coup de pouce vous paraîtrait juste et adapté. Donnez au moins une fourchette, en la justifiant !
Je m'y refuse évidemment, pour la raison que je vous ai indiqué rapidement plus haut. Dans les années 70 et 80, le débat était assez simple: "Y-a-t-il ou non du grain à moudre?", comme disait Bergeron: et selon les moments et les rapports de force, le balancier penchait plutôt du côté du travail ou plutôt du côté du capital. Mais depuis le milieu des années 90, la problématique à évolué. L'émergence d'un capitalisme patrimonial, ou si vous préférez d'un capitalisme d'actionnaires, a aussi été l'émergence d'un capitalisme très intransigeant, d'un capitalisme qui ignore le compromis social - à la différence du capitalisme rhénan. Un capitalisme très intransigeant avec des règles nouvelles: profit pour l'actionnaire, taux de rentabilité formidable du capital. Du même coup, mon sentiment est que la question salariale est étroitement liée à la nature même de ce nouveau capitalisme. C'est la raison pour laquelle je pense que la gauche ne peut pas se borner à dire comme dans le passé: le Smic à ?? euros pas mois. La question salariale n'est qu'un volet de réformes tout aussi urgentes.
Je n'entends pas répondre à la place de Laurent Mauduit mais il est certain, comme lui-même l'a souligné, que la question du partage de la valeur ajoutée des entreprises au profit du capital et au détriment du travail est de l'ordre de 9 points en moins pour le "travail" comparé entre la fin des années 70 et aujourd'hui. Le rééquilibrage (environ 160 mDs d'euros) en faveur des salaires n'intéresse pas que le SMIC mais l'ensemble de la chaîne salariale. Partisan d'une échelle des salaires de 1 à 7, cela permettrait de mettre le SMIC à 1600 euros nets, valeur 2009. Ce serait néanmoins un processus sur plusieurs années : on ne récupère ce que les actionnaires ont amassé en 48h00...
Bon, voilà une proposition. 1600 € nets dans quelques années. (Combien le 1er juillet, pour être réaliste et précis?)
Cher Laurent Mauduit, entre les deux positions, celle de Sarkozy, et celle de Velveth, comment arbitrez-vous ?
Je n'ai pas dit quelques années. En deux ans avec une anticipation pour les bas salaires en-dessous 1300 euros nets.
Vous n'avez pas dit quelques années. Vous avez dit plusieurs années. Maintenant c'est deux ans. Si j'ai bien compris c'est 1300 le premier juillet prochain. Et vous, Laurent Mauduit, qu'est-ce qui vous paraît raisonnable le 1er juillet ? Je sens qu'on avance, là...
Augmenter le SMIC pour que les prolos achètent des écrans plats fabriqués à l'étranger je ne vois pas l'intérêt. Ils nous ont déjà fait le coup en 1982 avec les magnétoscopes japonais. Manifestement il y en a qui ont la mémoire courte. Il y a aussi tous les salaires juste au-dessus du SMIC, écrasés par ce genre d'augmentations qui ne font qu'augmenter le nombre de smicards. Par contre mettre l'intégralité de la fonction publique au SMIC jusqu'à la fin de la crise serait sans doute une excellente idée. Impossible en France, a priori.
Vous, beber, seriez plutôt d'accord avec la position de Sarkozy ? Et vous pensez que les prolos ne doivent pas s'acheter d'écrans plats ? Je ne sollicite pas votre pensée, n'est-ce pas ?
Pour votre brillante suggestion de mettre tous les fonctionnaires au pain sec, comme c'est une "excellente idée" et que nous sommes des gens courageux, vous devriez proposer un référendum d'initiative populaire.
--------------------------------------------
Melchior Griset-Labûche, ce que veut dire beber, si j'ai bien compris, c'est qu il faut bien expliquer que si on veut faire du socialisme, alors il faut etre nationaliste. J'explique. Le socialisme, c'est une economie administrée, utilisant les outils keynesiens au niveau budgetaire (deficits contra cycliques), de forte intervention de l'Etat (taxation des revenus et patrimoines pour financer les services publics etatiques socialement desirables mais pas forcement rentables) + l'outil de la taxation visant à atténuer les ecarts de revenus, notamment, on est d'accord jusqu ici ? Le multiplicateur keynesien, vous le savez si vous avez quelques notions d'economie, marche à plein en economie fermée : les revenus distribués creent de la consommation des menages ce qui suscite les investissements des entreprises qui repondent à la demande et donc cree des emplois : on revient au plein emploi des facteurs. Mais si une partie des revenus des menages sont consommés en biens importés, alors il y a fuite dans le multiplicateur et la relance keynesienne perd en efficacité. En plus, autre phenomene, pour des raisons de positionnement, si les biens importés sont intensifs en travail et pauvres en capital (exemple : electronique grand public chinoise) alors non seulement le multiplicateur diminue en intensité mais en plus la demande nationale demeurante est "moins riche en travail". Troisieme phenomene : l assiette de la protection sociale, nationale. Si une partie du multiplicateur keynesien fait tourner des usines en dehors un territoire national, alors les ouvriers et les machines nationales à qui ne s'adressent pas la demande sont au chomage, vous me suivez ? Donc les biens importés coutent moins chers à l'acheteur, par exemple, mais par contre il faudra bien payer le cout du chomage national, on est bien d'accord ? Conclusion : OUI, il faut expliquer aux gens qui achetent le samedi aprem chez Carrefour ou Auchan des t shirts à 5 euros, ou des Logan assemblees en Roumanie, plutot que du Made in France, qu'ils ne peuvent pas esperer garder le meme modele social sauf à accepter de payer la contrepartie.
Oui oui, mais vous pensez, vous aussi, que les prolos ne doivent pas accéder à l'informatique ?
La seule question est : socialisme et nationalisme, ou bien liberté d'echanger ? Les "prolos" font ce qu ils veulent.
Il me semble que le socialisme c'est la régulation par les camps de concentration : pas d'opposition, donc le prolétariat peut volontairement vivre dans des conditions difficiles en laissant la nomenklatura se gaver grâce à des comptes en devises étrangères. Mais pourquoi le faire dans un cadre national, pourquoi le socialisme dans un seul pays ? On pourrait imaginer des alliances avec le Venezuela et la Corée du Nord. Il n'y aurait pas de problèmes de multiplicateur keynésien en l'absence de biens à acheter. Sinon à la place des camps de concentration il y a l'endettement : si vous endettez bien quelqu'un il sera esclave du système à vie. Reste à le convaincre d'abandonner son droit à la liberté d'expression...peut-être en faisant un rabais sur le crédit ?
Pour vous, le socialisme n'est donc et ne peut donc être qu'une résurrection du stalinisme. Époustouflante bassesse de vue. Quant à mettre Venezuela, l'Equateur, la Bolivie avec la Corée du Nord dans "l'axe du mal", c'est aussi convaincant que de déclarer la Tunisie terre de démocratie... Renseignez-vous, un peu, sur l'Amérique du Sud, il s'y passe des évènements politiques de grande importance.
Pour avoir un VRAI regime socialiste (economie planifiee , centralisee et fortement redistributive) il faut une adhesion TOTALE de la population , pas de passager clandestin (pas de fraude fiscale, pas de fraude sociale et limitation des besoins a ce qui est offert dans le pays) et pas de possibilite d'arbitrage (exemple : acheter une voiture en Belgique et la revendre em France, importer des fruits du Maroc ou partir en vacances en Turquie, une fuite de devises). Un vrai regime socialiste ne peut donc fonctionner qu'avec l'appui d'un Stadt Sicherheit pour surveiller, un archipel de prisons pour reprimer, un mur de Berlin ou pas pour empecher les hommes, les capitaux et les biens de circuler, un reseau de brouillage des ondes pour empecher de recevoir la propagande d'ailleurs.
Votre cauchemar est d'un risible ! Eco-socialisme et démocratie seront les piliers de tout régime rompant avec l'exploitation capitaliste.
Deja, svp, arretons de dire que Sarkozy mene une politique liberale. 13 nouveaux impots depuis 2007 http://www.contribuables.org/lecriweb/Il-n-y-aura-pas-de-nouveaux-impots-1161.html (meme le PS le dit http://da59-flandre-littoral.over-blog.org/article-7195778.html ) , suppression des droits de succesion MAIS maintien de l'ISF (= on taxe les createurs et les gerants d'entreprises mais pas les heritiers), interventionnisme ultra etatique et ruineux dans l'auto, les banques, reunion de coordination des prix de l'essence, du lait, maintien des privileges des taxis, des pharmacies etc etc , on peut clairement dire que le programme conservateur - etatiste de Sarko (approuvé par le PS qui soutient le renflouement des banques et de l'automobile) est aux antipodes de celui d'Alternative Liberale.
Il y a des tas de moyens de contourner l'ISF, qui par ailleurs n'est pas à un taux exorbitant et est heureusement accompagné du bouclier fiscal.
Vous avez raison sur l'ISF, il s'oriente de plus en plus vers les PME. Mais le supprimer, baisser les impots et laisser les gens decider eux memes est aussi bien que d'enrichir les conseillers fiscaux :-)
Ensuite, sur le SMIC.Oui, Laurent, vous avez raison, il y a schizophrenie. On sait que le SMIC est injuste, mais on le maintient. Deja, notons que ceux qui le touchent disent en grosse majorité que ca n'est pas assez, surtout si ils ont une famille à nourrir derriere. Donc on maintient quelque chose dont on sait qu il ne permet pas d'acheter le minimum, apparemment. Mais surtout, outre le fait que son niveau est une des causes du chomage trop elevé des jeunes et des non qualifiés, il est injuste dans sa forme nationale. 1300 brut et 1000 net, c'est peut etre bien dans la Creuse ou une maison de 4 pieces coute 600 euros par mois, mais à Paris ou pour le meme prix on a un studio de 20m2 ? Ne pas au minimum regionaliser le SMIC est une hypocrisie destinee à maintenir l'affichage de cette fiction republicaine d'unité donc d'in(é)/iquité.
Bon, nouvelle proposition, moduler le SMIC en fonction des régions. (Et, je suppose, de l'indice du coût de la vie dans les régions). Qu'en pensent Mauduit et Velveth ?
Le SMIG, ancêtre du SMIC, était dévalué dans les contrées de province avant que la revendication d'une "étendue nationale" ne soit, finalement, arrachée. Il n'y a pas que la Creuse dans les régions. Le problème est l'extrême faiblesse du SMIC et non sa pondération qui ajouterait de nouvelles injustices notamment pour toutes les populations qui n'ont pas accès aux transports publics et doivent, souvent, avoir deux voitures pour pouvoir bosser ! Sans parler de l'accès à la culture...
Non, la régionalisation du Smic n'est pas une nouvelle proposition. C'est une idée très ancienne qui circule à droite depuis plus de trente ans. J'ai encore le souvenir de Balladur évoquant le sujet quand il était à Matignon.
Le SMIC c'est lié à la croissance, donc pas de croissance = pas d'augmentation. Le problème c'est que traversant une crise plus qu'aïgue c'est bien évidemment cette catégorie des smicards, qui dévrait être la plus aidée et soutenue, mais si elle l'est, les entreprises vont prendre peur et délocaliseront encore plus vite en utilisant justement cette crise comme effet d'aubaine (ce qu'elles font déjà, mais elles pourraient encore plus accentuer la manoeuvre si les minimas sociaux sont réhaussés) La seule possibilité offerte au GVT serait un coup de pouce temporaire de l'Etat, hors conventions et accords collectifs, d'un niveau d'environ 80 à 110 € par mois par exemple, sur une période de 12 à 18 mois. Période de la phase critique en qq sorte. Ce montant global serait versé par l'Etat, et récupéré dès la reprise économique enregistrée sur les nouveaux bénéfices bancaires, remboursement lissé sur 5 à 8 ans par exemple. N'oublions pas que les banques sont à l'origine de la crise, donc qui casse paye, un jour ou l'autre. @ +NEO-
Et pour le 1er juillet,vous proposez le SMIC à... ?
8,85 € bruts de l'heure. @ +NEO-
Au 1er juillet ? Une augmentation immédiate de 200 euros pour tous les salaires jusqu'à 3 fois le SMIC puis lissage.
Je ne sais pas si c'est une bonne ou mauvaise chose, mais en Allemagne, il n'y a pas de salaire minimum.... mais je n'ai pas pour autant l'impression que les bas salaires d'ici soient plus bas ou plus hauts que les bas salaires de France....
Ni en Suede, un pays à la fois plus egalitaire et remunerant mieux ses salariés. Le SMIC est hors sujet.
Ce n'est plus le sujet ? Ah, il m'avait semblé... Bon, alors, de quoi c'est-i' qu'on cause ?
Avec la rapacité des actionnaires, s'il n'y avait pas de SMIC, le salaire médian redescendrait vite sous la barre des 1000 euros et dans quelques années nous serions au même régime que la Roumanie !
Et pour les Roumains, cher Velveth, vous proposez le Smic à combien ?
Ah, tout cela est bien difficile, quand on y réfléchit... Aussi bien Laurent Mauduit que Velveth semblent perplexes.
Et vous, Melchior, que préconisez-vous ?
Etre au regime de la Roumanie, si les prix francais descnedent au niveau de ceux en vigueur en Roumanie, apres tout, pourquoi pas ? Je ne suis pas sur que la baguette y coute 80 cents - 1 euro.
Oh moi, je ne joue pas dans la cour des grands. Si c'est trop difficile pour Mauduit et pour Velveth, qui sont des gens savants et bien informés l'un et l'autre, alors pour moi, vous pensez... D'autant plus qu'une autre sommité a dit que les prolétaires n'avaient pas besoin d'écrans plats...
Le problème est de donner un signal de réduction des inégalités et/ou de relance de la demande intérieure sans compromettre l'emploi.
Je n'ai pas les chiffres pour déterminer la solution, je pense qu'il faudrait consulter les syndicats (et que ceux-ci consultent leur base). Ils doivent bien avoir un avis motivé... Mais par ailleurs on me dit que les syndicats c'est caca, alors... La pauvre bourrique que je suis ne sait pas à quel saint se vouer. Je constate seulement la carence symétrique de Maudem et de Velpéa.
Oh, je crois que Melchior ne préconise rien, il déconise par contre assez souvent.
Tiens, vous voilà, vous ? Alors, votre proposition pour le SMIC ? suppression, régionalisation, maintien au plus bas, + 200 € ? Ou bien, comme Laurent Mauduit et moi, vous ne savez pas ?
Melchior, Je vous ai répondu. La proposition sage est une augmentation immédiate du SMIC de 200 euros avec lissage pour les salaires supérieurs. Mais l'idée est de "récupérer" la partie de la valeur ajoutée prise par les profits au détriment des salaires. Sur deux ans, portant le SMIC à 1600 euros nets avec lissage dégressif et échelle des salaires contenue dans un rapport de 1 à 7 SMIC. Au-dessus, taxation (comme aux USA) à 90 %. Certains partiront ? Oui, pas beaucoup car le fameux amortisseur social a fait revenir fissa traders et managers pour bénéficier de la sécu, des Assedics après avoir flambé en GB ou aux USA !
Mon commentaire précédent était en réponse à Corinne N. S'est intercalée une proposition de déflation qui fera la joie des petits et des grands.
Bien, nous avons donc la proposition Velveth: + 200€ (non argumentée mais on peut attendre).
Reste à voir celle de Laurent Mauduit, pour pouvoir comparer.
---------------------------------------------
En ce qui me concerne, je suis pour la disparition du "salariat", organisation du travail qui rend les hommes esclaves, même ceux des classes moyennes "hautes", qui eux ne s'en rendent sûrement même pas compte, tout à leur plaisir de (sur)consommer. Sans faire un long développement sur ce thème, je pense naturellement aux structures coopératives. Chaque fois que j'entends parler de la fermeture d'une entreprise décidée unitéralement par son (ou ses) propriétaire(s), je me dis qu'il faudrait en faciliter la reprise par ses salariés, surtout quand l'entreprise marche bien et qu'elle est juste sacrifiée en raison des intérêts stratégiques de multinationales. Dans cet esprit, le débat sur l'augmentation du salaire minimum n'aurait pas lieu d'être...
Je crains fort que le salariat ne disparaisse pas le 1er juillet prochain. Et donc le problème de l'augmentation du SMIC continue à se poser.
Moi aussi je suis pour les structures coopératives, comme celle qui édite "Alternatives Economiques". Mais dans une économie dont le tissu serait composé de structures coopératives, le problème continuerait à se poser aussi: qui fixe les rémunérations et les prix, et par quel procédé ? Le marché, ou autre chose ? Et si c'est autre chose, quoi ?
Vous évoquez les rémunérations et les prix comme un problème difficile à résoudre, pourtant il existe de nombreuses entreprises qui fonctionnent déjà comme cela, elles ont bien du devoir répondre à ces questions et les résoudre, puisqu'elles survivent et se développent. Il faudrait que je me documente sur ce sujet...
Par respect pour les esclaves, des jeunes types qu on raflait dans leurs champs, qu'on enchainait et qu on fasait suer 10 ou 12 h par jour dans des plantations, merci d'ARRETER de comparer le salariat a l'esclavage. Histoire que ce post reste dans les limites de l'acceptable, merci :-)
@ ACNM ...des millions de français consomment des anti-dépresseurs...preuve de leur bonheur sans égal dans leur vie quotidienne ? ..."les limites de l'acceptable" ?...j'en reste sans voix...
L'esclavage est quelque chose de tres precis http://www.debats-parlementaires.fr/11//dossiers/esclavage.asp un crime contre l'humanité, ne jouez pas sur les mots svp. Je n 'ai jamais dit que les francais etaient heureux ou malheureux, j ai dit qu ils n'etaient pas des esclaves. Restez donc sans voix, comme Najat Belkacem du PS qui pense qu'il n y a jamais eu d'esclavage serieux en France.
à Corinne N
Ne cherchez pas: elles utilisent les mécanismes du marché (confrontation de l'offre et de la demande), tant sur les marchés d'amont (ceux où elles sont clientes) que sur le marché d'aval (celui où elles sont fournisseur). Quand elles s'écartent de ces mécanismes, elles périclitent et elles meurent.
Oui, Melchior, mais les "mécanismes du marché" sont faussés. La propagande fait croire que la concurrence et les marchés sont libres, mais c'est faux, comme vous le savez certainement, de nombreux états règlementent ces marchés, notamment sous l'influence des oligarchies. C'est la technique du "double langage" : On affirme quelque chose à la face du monde, mais on fait le contraire de ce qu'on a dit. On peut imaginer que l'esprit coopératif puisse "contaminer" progessivement à l'ensemble des marchés, le moralisant au passage, et dispensant des justes rétributions à tous les acteurs de la production, ce au niveau de la planète....cest sûr, c'est pas demain la veille... Corinne toujours furieusement idéaliste ! :o)
Depuis l'éclatement de la Yougoslavie on ne parle plus beaucoup de l'autogestion. Cela dit ça ne devait pas être la solution miracle puisque les Yougoslaves étaient ravis de pouvoir venir travailler à l'Ouest comme salariés ouvriers du bâtiment ou femmes de ménage, contrairement à leurs collègues des autres pays socialistes enfermés derrière des murs barbelés et miradors.
L'activité coopérative semble très vivace, au moins en France pour ce que j'ai pu en découvrir très rapidement en gôôguelisant sur ce thème.
"La scop, définition Les Sociétés Coopératives de Production - SCOP - sont des sociétés commerciales. Elles vivent et se développent dans le secteur concurrentiel classique. Leur originalité : les salariés sont les actionnaires majoritaires de leur entreprise. Ensemble, et chacun avec un poids égal, les salariés associés ou actionnaires décident des grandes orientations et élisent les dirigeants qui vont piloter leur entreprise. Entreprendre en SCOP, c'est entreprendre ensemble, autrement. C'est privilégier un fonctionnement participatif en interne et pouvoir se développer dans un réseau de solidarités . C’est aussi bénéficier des services apportés par l'Union Régionale et les fédérations professionnelles, ainsi que des outils de financement propres au Mouvement des SCOP. Les principes qui fondent les coopératives sont apparus au XIXème siècle. Ils conservent aujourd'hui une grande modernité : mutualisation des moyens, fonctionnement démocratique, accession à la responsabilité et à l'initiative économique. En un mot : mettre les hommes et les femmes au coeur de l'entreprise...." Suite ici : http://www.scop.org/lavieframesa.htm Contexte général avec plein d'infos sur ce sujet : http://www.scop.org/
J'espère que Laurent Mauduit m'excusera de sembler faire une digression, mais je suis intimement persuadée que ces deux sujets sont liés et que la propagande des dominants tend justement à ce que ces idées de fonctionnements coopératifs ne viennent pas à l'esprit des salariés. Pour ma part, sur le sujet "salaires" j'aimerai bien que soient institués des salaires maximums.
"Les Sociétés Coopératives de Production - SCOP - sont des sociétés commerciales. Elles vivent et se développent dans le secteur concurrentiel classique."
Je suis d'accord avec vous (d'un point de vue moral) sur les salaires maximums, mais économiquement parlant ce n'est pas vraiment un problème, si la redistribution est ce qu'elle doit être. Il faudrait surveiller aussi les avantages en nature.
Bien, j'attends toujours la réponse de Laurent Mauduit sur le SMIC au 1er juillet. Quelque part entre 0 et 200.
Du point de vue de la justice sociale, je pense que personne ne dira que 200 c'est trop. Reste à discuter de la faisabilité économique. C'est là qu'on attend l'auteur, et qu'il veuille bien nous éclairer.
Je vous ai répondu plus haut.
Plus haut, j'ai vu tout ce qu'on voudra sauf une réponse. Voir plus bas...
Mais il faudra sans doute attendre un peu.
Est-ce que quelqu'un connaît la position officielle du MoDem ?
Faisabilité: les employeurs concernés peuvent-ils s'adapter ? (Quels sont-ils ? Quelle est leur marge ?) Conséquences macroéconomiques probables ?
Y a quelqu'un ? Y a du monde ? Y a personne ?
Bon, je vais faire une promenade, en attendant.
"Je pense évidemment que rien ne justifie la position de Sarkozy de ne s'en tenir qu'à l'augmentation automatique, sans coup de pouce. 16/06/2009 19:09Par Laurent Mauduit - Mais vous ne dites pas quel coup de pouce vous paraîtrait juste et adapté. Donnez au moins une fourchette, en la justifiant ! 16/06/2009 19:12Par Melchior Griset-Labûche - Je m'y refuse évidemment, pour la raison que je vous ai indiqué rapidement plus haut."
Plus haut, toujours plus haut. "Dans les années 70 et 80, le débat était assez simple: "Y-a-t-il ou non du grain à moudre?", comme disait Bergeron: et selon les moments et les rapports de force, le balancier penchait plutôt du côté du travail ou plutôt du côté du capital. Mais depuis le milieu des années 90, la problématique à évolué."
Certes.
"L'émergence d'un capitalisme patrimonial, ou si vous préférez d'un capitalisme d'actionnaires, a aussi été l'émergence d'un capitalisme très intransigeant, d'un capitalisme qui ignore le compromis social - à la différence du capitalisme rhénan. Un capitalisme très intransigeant avec des règles nouvelles: profit pour l'actionnaire, taux de rentabilité formidable du capital. Du même coup, mon sentiment est que la question salariale est étroitement liée à la nature même de ce nouveau capitalisme. C'est la raison pour laquelle je pense que la gauche ne peut pas se borner à dire comme dans le passé: le Smic à ?? euros pas mois. La question salariale n'est qu'un volet de réformes tout aussi urgentes."
Oui.
Alors, le premier juillet, si vous n'êtes ni pour Sarkozy (nib de nib, des clous !) ni pour Velveth (200 tout de suite, et que ça saute !), vous dites quoi aux smicards ? "La question salariale n'est qu'un volet de réformes tout aussi urgentes." ?
Ils vont vous dire que c'est du Bayrou, autrement dit du pipeau.
On peut faire comme au Grand Duche de Luxembourg (SMIC a 1500 euros net) mais encore faut il avoir l 'economie qui va avec.
Rien de neuf ?
Immanence et multitude (intérim)
@ Melchior Félicitations. Voilà un numéro comme je les aime, et qui sont trop rares pour le lecteur taciturne que je suis. Et ça nous change de ceux qui pleurent de n'être pas assez souvent en première page du Club...
Le SMIC fait partie du véritable arsenal fétichiste de l'économie française. C'est tout un symbole, intouchable. Et pendant ce temps là, les smicards râlent à cause de leur salaire qu'ils jugent insuffisant et, l'intuition est imparable, il faut augmenter les salaires. Et pendant ce temps là, 30% de la population française est vraiment pauvre, c'est à dire qu'elle vit avec moins que le salaire de référence, bien en dessous du SMIC, elle émarge au minimal social ! Et pendant ce temps là, le taux de chômage des jeunes personnes et celui des actifs de plus de 50 ans sont les plus élevés de l'OCDE. Et pendant ce temps là, les patronats usent du SMIC comme une arme anti-concurrentielle : Quel nouveau venu pourraient en effet par la force de son seul travail, financer une activité qui rapporte déjà beaucoup à si peu ? Les surcoûts de la main d'œuvre peu qualifiée profitent surtout aux actionnaires. Et pendant ce temps là, les conservateurs avisés nous refont le coup du Franc Germinal : monnaie stable, peu d'inflation grâce à la maitrise de la masse salariale et endettement massif de l'État et surtout, surtout pas d'imposition progressive ! Ah non, alors ! Égalité d'accord mais inéquitable l'Égalité républicaine !
J'ai été estomaqué à la lecture des commentaires haineux à l'encontre de l'auteur sur le site de orange référencé à la suite de l'article. Cela ressemble à un tir de barrage télécommandé depuis la vigie du pouvoir. Il y a des gens qui doivent être juste payé (au smic?) pour envahir les blogs de réactions pro-gouvernementales!
Et est-ce que l'auteur répond, sur le site orange référencé ? Ici, il se contente de dire qu'il faudrait d'autres réformes, mais, prudemment, il n'avance pas de proposition chiffrée.
L'argument gouvernemental escamoté et pourtant de taille : le "coup de pouce" au Smic "pénaliserait" les autres salariés payés un tout petit plus (il y a des jours où on a l'impression d'un théâtre burlesque permanent)... Certes, s'il fallait les augmenter eux aussi de l'équivalent du coup de pouce, ce serait une opération ruineuse en regard de la politique menée, et qui est de tirer le salariat vers le bas au profit des seuls actionnaires. Et pourtant, il faudrait aller au moins dans ce sens ! Admettons que l'augmentation normale du Smic du 1er juillet prochain se répercute sur les autres salaires avoisinants. Le pire est bien d'entendre des rémunérés au ras du Smic crier au rabaissement de leur condition car ils se sentent humiliés de se rapprocher des Smicards d'année en année ! Ils ont tendance à estimer que le Smicard est un nul qui n'a pas su "monter en grade" et qu'ils en paient le tribut !
Nous avons recueilli une belle palette de positions sur le SMIC, et de propositions, depuis l’abandonner jusqu’à le porter au niveau luxembourgeois. Hélas l’auteur se refuse à proposer un montant, en l’absence de diverses réformes.
Si l’on s’en tient à la constatation de l’existence du SMIC et de l’échéance du 1er juillet, la solution raisonnable se trouve certainement quelque part entre la position gouvernementale: + 11 centimes net de l’heure, et celle de Velveth: 200 € net par mois. Où placer le curseur ? Si Laurent Mauduit se refuse à s’y risquer, ce n’est pas une bourrique comme moi qui en aurai la prétention, bien sûr.
Je peux seulement indiquer quelques éléments à prendre en compte.
Pour des raisons sociales et morales, il faut se rapprocher du maximum velvethien. Mais pour des raisons d’efficacité économique, il faut préciser que le maximum retenu doit être compatible avec les contraintes.
En effet, du point de vue macro-économique: où va se porter le pouvoir d’achat supplémentaire, et avec quelles conséquences sur (1) l’inflation, (2) le déficit extérieur ?
Et du point de vue « méso-économique » (de l’économie dite « industrielle »), quelles sont les branches concernées ? Dans ces branches (l’hôtellerie par exemple), n’y a-t-il pas danger réel de voir les entreprises mises en difficulté, et donc la hausse du SMIC se traduire non par une augmentation ou un rattrapage du pouvoir d’achat, mais par une augmentation du chômage ?
J’aimerais savoir ce que disent les spécialistes d’économétrie, interrogés par l’auteur et priés par lui de faire mouliner leurs modèles au profit de Mediapart.
http://vagabondage.aminus3.com/image/2009-03-08.html
à lire, dans Alternatives économiques de juillet-août, un article de Denis Clerc sur "Le SMIC en question" (p:67)
www.alternatives-economiques.fr
Numéro qui contient, au demeurant, beaucoup d'autres bonnes choses (cf mon blog, pour une vue hélas partielle).
Au bout d'un mois, il est sans doute un peu tôt pour juger des résultats de la politique gouvernementale en matière de relèvement du SMIC, et de faire des hypothèses sur les avantages et inconvénients d'éventuelles politiques alternatives. Tout cela est bien ardu.