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Alain Minc, une petite boule de haine
Pour avoir écrit un livre sur Alain Minc (Petits conseils, Stock, 2007) et décrit ses amitiés et ses fâcheries dans le petit microcosme du capitalisme parisien, je savais que notre homme, si policé en apparence, si urbain et aimable, pouvait en certaines circonstances se transformer en une personnalité beaucoup moins accorte. Qu'il pouvait devenir brutal et perdre son calme. Et que l'intellectuel raffiné dont il aime à donner l'image pouvait se crisper, se ratatiner, pour prendre des traits inattendus. Un petit concentré d'acrimonie. Une petite boule de haine...
Mais jusqu'à présent, cette violence-là, si beaucoup d'ex-amis d'Alain Minc me l'avaient décrite pour en avoir été les victimes, je n'en avais pas fait l'expérience personnellement. Pas directement, en tout cas.
Car quand mon livre est sorti, Alain Minc a choisi l'esquive. De très nombreuses fois, par médias interposés, je lui ai proposé une confrontation. Je lui ai proposé de parler des faits que j'avais mis à jour. Des conflits d'intérêt incessants dans lesquels il se place. De son rôle et de sa responsabilité dans l'instrumentalisation du journal Le Monde au plan éditorial pour le compte d'Edouard Balladur puis de Nicolas Sarkozy, et de son naufrage, au plan économique.
Mais de ces faits précis, détaillés, que le livre raconte ; de cette enquête que j'ai faite sur son rôle à la confluence de la vie des affaires, de la presse et de la politique, il n'a jamais voulu parler. De face à face avec lui, il n'y en a donc jamais eu. Guillaume Durant, sur France 2 nous avait proposé une confrontation, que j'avais aussitôt acceptée. Mais Alain Minc l'a refusée.
Pendant presque un an à un an et demi, Alain Minc a donc choisi la stratégie du silence. Pas un mot ou presque ; pas une critique : il a fait comme si ce livre d'enquête sur lui n'existait pas. Cette confrontation autour des faits, il a tout fait pour l'éviter.
Mais visiblement, ces temps-là sont révolus pour Alain Minc. Pensant sans doute que le livre a perdu de son actualité, Alain Minc a choisi depuis quelques temps un autre registre, celui de la colère. Comme s'il s'était trop contenu, pendant trop longtemps, le voilà qui explose, à chaque fois que cette enquête est évoquée devant lui.
Quiconque veut s'en rendre compte peut écouter Alain Minc, qui était l'invité, samedi 21 février, de l'émission «Masse critique» sur France culture, présentée par Frédéric Martel. Comme si mon nom avait le don de le faire sortir de ses gongs, il a craché sa colère contre moi pendant presque une heure, à tout propos, et même hors de propos, assurant d'abord que je n'étais pas journaliste -ah bon ? ; décelant en moi ensuite un dangereux révolutionnaire. Et le tout à l'avenant, tout au long de l'émission, comme une véritable obsession...
L'émission peut-être écoutée pendant une semaine en passant par ce lien.
De l'indifférence feinte, Alain Minc est donc brutalement passé à la violence irrépressible et débordante. Dans un cas comme dans l'autre, cela revient au même : des faits, Alain Minc ne veut surtout pas parler. L'invective après le silence, mais surtout pas de confrontation !
Ecoutant cette émission, je me suis pris à penser que l'animateur allait enfin lui poser la question : Mais enfin ! Au lieu d'éructer de colère, pourquoi ne pas débattre avec l'auteur de ce livre des faits qu'il rapporte ? Y en a-t-il un seul que vous puissiez contester ? De tous les conflits d'intérêts qu'il cite, de l'affaire Vinci jusqu'à Suez, en passant par les Caisses d'épargne ou encore l'empire Pinault, y en a-t-il un seul qui ne soit pas avéré ? De ce plagiat, pour lequel vous avez été lourdement condamné -beaucoup plus lourdement que vous ne faites mine de le dire-, pourquoi ne voulez-vous plus parler, alors que l'auteur en a établi le récit méticuleux ? Et si vous contestez tous ces faits, pourquoi avez-vous renoncé à porter plainte contre l'auteur, ce qui était votre intention initiale ? Pourquoi ne rencontrez-vous pas l'auteur pour le confondre, en même temps que ses contrevérités ?
Mais non ! C'est la force d'Alain Minc. Au cours de l'émission, l'animateur a laissé Alain Minc dire sa colère sans le renvoyer à la seule question qui vaille : les faits, quels sont-ils ? Parlons des faits, seulement d'eux ; et ne prenez pas des chemins de traverse...
Que Frédéric Martel, que je ne connais pas, me pardonne : en écoutant l'émission qu'il animait, c'est le regret que j'ai eu. Personne n'a jamais voulu organiser cette confrontation. Et, du coup, Alain Minc parvient à se faufiler dans la conversation. A travestir la réalité sans que nul ne lui en fasse le grief.
Sur France Culture, ce samedi, cela a été une caricature. Au diable les faits ! De bout en bout, il n'y a eu que des invectives. Oui, juste une petite boule de haine...


Tous les commentaires
Il était si détestable ! Et il veut tant avoir l'air du "gars" normal que c'est pathétique....avec son histoire de tennis le midi. Bravo pour votre job du week-end.
Mettre à mal Alain Minc dans l'intérêt d'établir la vérité ? L'heure est au show business. Si on invite Alain Minc, et on veut garder son emploi, c'est pour lui laisser dire ce qu'il veut.
Que vous soyez concerné directement (en quelque sorte) comme dans le cas précis, ou que vous soyez juste en train d'enquêter sur des faits et des personnes plus éloignées ou plus courageuses, vous avez raison de publier tout cela par écrit, de ne pas céder à la tentation de la discrétion ou de la modestie.
Nous avons besoin de ces "versions professionnelles", beaucoup trop rares, qu'elles viennent de vous ou d'un autre vrai journaliste. J'ajoute que vous faites aussi oeuvre utile pour la Démocratie en France, pas moins, alors un grand merci. Si un jour on vous soupçonne "d'acharnement" ou de "harcèlement", nous saurons prendre le recul nécessaire, celui que vous prenez en cantonnant ce parti-pris à l'intérieur de votre blog.
J'ajoute que vous faites aussi oeuvre utile pour la Démocratie en France, pas moins, alors un grand merci. Auquel je me joins de tout coeur.
Etoile66 a écrit: "J'ajoute que vous faites aussi oeuvre utile pour la Démocratie en France, pas moins, alors un grand merci. Auquel je me joins de tout coeur." Moi aussi je me joins de tout coeur à ce grand merci. Les journalistes courageux ne courent pas les rues! Bravo encore pour vos enquetes. J'en redemande. Juan Obregon
Laurent, rassurez-vous, je crois qu'une majorité de gens aujourd'hui, au sujet d'Alain Minc, ont compris qu'ils se faisaient des idées vraies. Mais de mon point de vue le pire chez lui n'est pas tant qu'il a pu influer ici ou là avec les dégâts qu'on sait, ni le ridicule qu'a pu constituer par exemple un livre intitulé "capitalisme.fr" (ce type de titre était déjà si usé, et le propos presque déjà anachronique). Non le pire est qu'il a appliqué les recettes perdantes de son capitalisme à lui au "Monde" pour le plus grand malheur de ce titre, et que cela est de sa pleine et entière responsabilité. le course à l'échalotte pour "consolider" et devenir n°1, quitte à saper la crédibilité d'un titre et le plomber de dettes, est typique des égarrements du capitalisme de banquier de ces dernières années
peut etre que Minc préférerait qu'on parle de lui en ces termes: "Donc oui, dans un système politique français que le président a grandement centralisé, eh bien c'est par l'Elysée, c'est par le soupirail sarkozy que nous devons, nous, regarder pour décrypter l'actualité politique" http://sauce.over-blog.org/article-26955358.html
Un droit de réponse à France Cul serait-il une utopie ?
J'ai envoyé un message au journaliste de France Culture pour que nous nous parlions...
Philippe Riès Mon cher Laurent, Curieux car Frédéric Martel, que j'écoute assez régulièrement, se pique d'impertinence, voire d'insolence. Voire le traitement infligé la semaine précédente au patron de Clear Channel en France. Quand M. Martel veut se documenter, il se documente. Bizarre, bizarre. Le nom et le parcours du nouveau patron de France Culture y seraient-ils pour quelque chose? C'est comment déjà? A moins tout simplement que Minc ne fasse encore peur à certains, y compris à France Culture.
N'est-ce pas tout simplement la faille, le point faible, son talon d'achille. Pas moyen pour lui de trouver une autre réplique que celle qu'il emploie, ce qui justifie le refus de toute confrontation. Belle publicité au fond pour "petits conseils" involontaire bien sûr. Cela donne envie de lire pour en savoir plus tellement il éructe. A part cela, il joue tout au long de l'émission la fausse modestie puis se vante aussitôt avec un certain sadisme de convoquer à 7h15 ceux qui ont besoin de lui. Ceux qu'ils jugent comme des faibles, ils se reconnaîtront sans doute ... Il aime par ailleurs, avec sa voix doucereuse, humilier ses interlocuteurs, sur le langage inapproprié de l'un, le manque de travail de l'autre. Une petite boule de haine capable du pire. Plus faible qu'on imagine ce qui le rend plus dangereux encore.
J'ai écouté ça. C'était à la fois amusant et un peu répugnant. Le "petit prince" est venimeux mais il n'est pas sot et il a roulé dans la farine le pauvre Frédéric Martel qui, déstabilisé, n'a pu que montrer ses propres limites. Je pense que Minc est assez lucide pour éviter de se frotter à des gros calibres qui le renverraient à ce qu'il est, le povre. Ne rêvez pas de l'avoir à votre portée, pour l'estocade : les petits chiens aboient de loin. Passons à autre chose, non ? Tant de sanie à mettre à jour ! Mais n'oubliez pas de prendre aussi du bon temps, vous ne l'avez pas volé…
Bonjour à Monsieur Laurent Mauduit et aux lecteurs de ce fil: c'est en écoutant France Culture que j'ai "googelisé" votre patronyme pour parvenir sur Médiapart et m'y abonner .Au moins un effet collatéral positif des propos tenus lors de cette émission.Merci Monsieur Mauduit vos articles sont passionants.
C'est confirmé. Depuis que Laurent Mauduit et Mediapart font sortir Alain Minc de ses gongs en grinçant des dents, onctueusement, je me disais que ces grincements étaient producteurs de bienfaits collatéraux. Et voilà que golfingcat le confirme dans son commentaire ci-dessus. Sûr que sont nombreux celles et ceux qui ont la même réaction. Laurent Mauduit, merci de continuer à montrer, par une pratique sereine et rigoureuse de votre métier, à quel point les faits sont têtus. Ils font sortir le loup du bois.
J'aime bien l'émission de F. Martel : je l'écoute le plus souvent possible et c'est en règle générale du très bon travail, intéressant et documenté. J'ai raté celle de samedi avec A. Minc mais je ne manquerai pas le podcast. On peut ne pas être excellent tout le temps, vous, moi ou Frédéric Martel... et, il y a tellement pire !
On peut ne pas être excellent tout le temps, vous, moi ou Frédéric Martel... et, il y a tellement pire ! Alors ça, c'est l'argument qui tue ! . Quand est-ce qu'en France les gens qui ont fait des erreurs, arriveront-ils à le reconnaître en public ? . Ils se contorsionnent dans tous les sens pour se justifier au lieu de dire franchement: "Là, j'ai fait une erreur" comme le font les politiques et journalistes dans les pays où il n'y a pas cette pensée unique ravageuse. Je rappelle qu'Obama n'a jamais hésité à reconnaître ses erreurs, en Allemagne, c'est une évidence et en France, il n'y a guère de personnages politiques qui le reconnaissent. Comme disait JF Kahn ce matin sur France Inter, Bayrou est un des rares à dire: "J'ai fait une connerie" pour citer JF Kahn quand il reconnaît s'être trompé dans ses plus jeunes années. Il n'y a aucun mal à le reconnaître. . Et comparer ce qui est mauvais à ce qui est pire ne fait avancer les choses en RIEN. . Si le journaliste a fait une erreur de jugement dans son interview, le mieux serait de le reconnaître et d'inviter Laurent Mauduit et Alainc Minc ensemble pour en débattre. Ce serait la moindre des choses.
Toujours scintillante l'étoile (66) de Bayrou ! Laurent Mauduit peut difficilement espérer quoi que ce soit D'Alain Minc . Le mieux, vis à vis de ce personnage ne serait-il pas de l'ignorer une bonne fois pour toutes ?
Cher ami, C'est justement ce comportement - ne rien dire, ne rien faire, puisque de toute façon cela ne sert à rien - que j'ai observé avec stupeur pendant les deux ans où j'ai travaillé à Paris. Une terrible résignation qui laisse le champ libre à ceux qui agissent... Je n'ai rien à faire avec "bayrou", je pense par moi-même, mais j'ai trouvé sans langue de bois ce que disait JF Kahn ce matin ou hier sur France Inter. De même que l'émission de RTL avec Hondelatte au Salon de l'Agriculture de samedi matin.
Toujours scintillante l'étoile (66) de Bayrou. Laurent Mauduit peut difficilement attendre quoi que ce soit d'Alain Minc . Le mieux concernant ce personnage ne serait-il pas de l'ignorer une bonne fois pour toutes ?
Mais au fait, pourquoi inviter Minc sur France Culture?? Il était sur France Inter il y a moins de 2 mois. Il faudrait compter le nombre de fois où il utilise "Ersatz" Olivier
Mon cher Laurent Rassurez vous "la bave des crapauds.........et les crapauds restent dans leur bave"Alain Minc reste le mauvais esprit de Sarkozy comme conseiller économique, JM.ESSIER va bientôt le rejoindre.Avec ça on aura beucoup de sujets à débattre!!!
J'avais également commencé à écouter, comme souvent le samedi, de F. Martel mais là, après la troisième attaque contre Laurent Mauduit, constatant que F. Martel ne donnerait pas la parole à la défense, j'ai préféré éteindre mon poste. Je ne pense pas que les arguments de M. Minc aient eu le moindre impact tant la haine suintait de ses propos. Je l'ai trouvé tout simplement répugnant. Merci Laurent Mauduit pour la qualité de votre travail.
"Il existe une sorte d'homme toujours en avance sur ses excréments", René Char, Feuillets d'Hypnos, 1946
J'ai suivi l'émission comme tous les samedis matins et j'ai été à deux doigts d'éteindre la radio tant Minc était insupportable. J'ai trouvé en effet Martel complaisant et même Françoise Benhamou que d'habitude j'écoute avec grand intérêt s'est laissée cataloguer par Minc de façon complaisante, en gros il a lui accordé un brevet de sérieux qu'il vous a dénié. Mais cette hargne, cet attachement de roquet à mordre, cette emphase dans l'injure, sont si révélateurs du personnage qu'ils viennent tout simplement confirmer votre analyse. Donc Laurent Mauduit, il vous donne raison le cabot. Merci à vous surtout.
En lisant votre article je me disais qu'en fait ces personnages ont pignon sur rue en grande partie parceque les journalistes ne font pas leur travail . Verifier sources et faits sont bien les fondements de votre profession n'est-ce pas ? d'autre part les gens ont ce qu'ils méritent puisqu'il est devenu normal de dire tout et son contraire , de promettre et de ne pas tenir ....se réferer pour celà au tristement célèbre "les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent". Merci d'avoir fait un vrai travail de journaliste , accrochez vous , quant à moi , modestement, je vous soutiens . PPC
Intéressant, et même passionnant, d'avoir fait remonter ce sujet.
Hier, lundi après-midi, le 7 juin, un journaliste de france info interrogeait une député ump villepiniste dans l'après-midi.
Chez moi il y a beaucoup de problème de réception de la radio en voiture, dans certains coins, je n'ai pas tout bien suivi comme j'aurais voulu, mais j'ai quand même eu mon compte.
Je n' ai donc pas les noms en tête, mais je commence de plus en plus souvent à penser que France-Info devrait s'appeler France-Intox.
Parce que c'est souvent qu'ils se lâchent sur cette radio.
En effet, la dame défendait l'idée que les appartements de fonction de nombreux ministères, en dehors de ministères d'etat à vocation très particulière, tel que celui de la défense, ou de l'intérieur, n'étaient pas justifiés, et qu'il fallait montrer l'exemple au plus haut niveau en ce qui concerne le serrage de ceinture qu'on veut imposer seulement aux plus modestes.
Je passe sur la façon d'interroger du journaliste, très dirigée, dans la propagande habituelle sarkozy, mais c'est la conclusion qui m'a soufflé.
Après une tirade très édifiante sur la nécessité de montrer l'exemple en conclusion, par la député villepiniste, le journaliste a claironné un merci madame, "X", député UMP.
Pour n'importe qui qui aurait pris l'écoute depuis quelques instants, la démonstration était vidée complètement de sa substance.
Cela c'est édifiant.
Et voilà des années qu'une équipe de pourris à la télé, à la radio, et dans les journaux passent leur temps à vider de leur substance toutes les informations, et à nous intoxiquer, savammment, et consciemment avec leur saloperie de propagande.
Cela ne vaut peut être pas une révolution, mais des claques dans la figure, sûrement.
Parce qu'il font mal, très mal, et à bien autre chose que nos pauvres joues, avec celles qu'ils passent à en mettre à la vérité des faits, et des personnes, dans le monde qui dirige.
Merci donc de rapporter cet article qui me permet, ainsi, de reposer encore ce problème, si fondamental pour l'équilibre des forces, en démocratie.