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Mauvais bilan de la politique de la ville menée depuis 2003

Le 21 octobre 2010, a été déposé à l'Assemblée nationale un rapport du comité d'évaluation et de contrôle des politiques publiques sur l’évaluation des aides aux quartiers défavorisés, qui tente d'évaluer l'impact de la politique de la ville depuis l'importante loi du 1er août 2003. Il s'appuie pour cela sur de nombreuses données et observations de terrain ainsi que sur l'apport d'un important travail d'évaluation scientifique mené sur des dispositifs centraux (rénovation urbaine, réussite éducative, zones urbaines franches) par Renaud Epstein (Université de Nantes) et Thomas Kirszbaum (ENS Cachan).

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Ce rapport est globalement assez accablant pour la politique menée depuis 2003, en particulier en ce qui concerne le Programme national de rénovation urbaine (PNRU), programme le plus coûteux jamais mis en oeuvre au titre de la politique de la ville.

Des écarts qui ne se réduisent toujours pasLe rapport fournit cette conclusion générale : « Si l’on considère les objectifs, formulés en termes de réduction des inégalités sociales et des écarts de développement, il faut admettre que la situation actuelle n’est dans l’ensemble pas meilleure qu’en 2003. La pauvreté et le chômage demeurent dans les quartiers sensibles à des niveaux élevés, sans amélioration réelle par rapport au reste du pays. Les résultats scolaires en ZUS accusent un retard important par rapport aux moyennes nationales, qui n’a pas été pas comblé, même partiellement, ces dernières années ; certaines données peuvent même être interprétées comme la preuve d’un « effet quartier » négatif : pour un environnement social et culturel donné, un élève résidant en ZUS aurait moins de chance de réussir qu’un élève résidant hors ZUS. Par ailleurs, les écarts de « pouvoir d’achat » entre les communes, exprimés en termes de potentiel financier, n’ont pas été réduits ces dernières années et ont même connu un léger accroissement »

Une rénovation urbaine qui ne produit pas la mixité escomptée, et ne répond pas à plusieurs besoins fondamentaux des habitantsDans leur évaluation, les deux chercheurs reviennent longuement sur le Programme national de rénovation urbaine (PNRU) qui est en effet le programme le plus coûteux jamais mis en oeuvre au titre de la politique de la ville. Ils montrent que, contrairement à l’effet escompté, il n’y a pas eu d’apport de ménages extérieurs aux ZUS (objectif de mixité sociale) du fait de la diversification des logements sociaux reconstruits. Pire : on peut faire l’hypothèse que le processus de relogement aboutit à l’effet inverse du résultat recherché puisqu’à l’annonce des démolitions et, au fur et à mesure de l’avancement des relogement, ce sont les ménages les plus mobiles et solvables qui partent les premiers, tandis que les difficultés à reloger les ménages les moins solvables contribue au contraire à fixer ces derniers dans le quartier. Toutes les études appuyées sur les données, même fragiles, concernant les quartiers de destination des ménages relogés convergent pour décrire un processus de reformation des « concentrations » que la rénovation urbaine entendait dissoudre. Les chercheurs poursuivent en montrant que « le grand paradoxe du relogement est qu’il facilite la mobilité de ceux que les villes et les bailleurs aimeraient voir rester alors qu’il représente une mobilité contrainte pour ceux qui ne veulent pas quitter leur logement et que la volonté politique cherche à disperser. (...) La préférence pour rester concernerait notamment une partie des ménages d’origine immigrée qui redoutent un éloignement pouvant leur faire perdre des repères, des commodités, un capital social ou des liens d’entraide éventuellement de nature communautaire ».
Côté transport et désenclavement des quartiers, le bilan n'est pas plus rose. Dans les programmes, il n’est quasiment jamais question de l’accès des habitants des ZUS au reste de la ville. « les PRU se focalisent la plupart du temps sur la reconfiguration ou la création de voiries nouvelles, et sur leur raccordement aux infrastructures routières existantes, sans s’intéresser, sauf exception, aux divers facteurs sociaux et psychologiques qui entravent la mobilité des habitants des quartiers pauvres (taux de motorisation, freins financiers et cognitifs, etc.) ». Tout ce qui est route, bus, métro, RER, tramway ne dépend pas des projets ANRU. L’enjeu (central) de l’offre de transports collectifs est ainsi globalement absent de la réflexion.
Autre élément important pour les habitants et pourtant négligé : les commerces. « près de la moitié des conventions de rénovation urbaine ne traitent pas des commerces, lesquels sont pourtant considérés comme un enjeu crucial tant par les habitants que par les acteurs locaux. (…) Près des deux tiers des conventions de rénovation urbaine ne prévoient aucun financement pour développer des locaux tertiaires ou artisanaux ».
Enfin, pour revenir à la mixité sociale, le levier fondamental qu'est l'école ne semble pas mieux fonctionner : « la question scolaire est un domaine particulièrement emblématique de ces logiques de l’entre-soi qui mettent en échec les hypothèses relatives aux effets d’entraînement de la mixité résidentielle sur la condition des plus défavorisés. Les éléments d’évaluation existant sur les effets scolaires de la rénovation urbaine laissent à penser que ces effets sont quasi nuls sur la mixité des publics scolaires, laquelle est pourtant l’un des rares champs de la vie sociale où l’effet d’entraînement de la mixité est démontré ».

 

Télécharger les rapports et voir plus de bibliographie sur notre site.
 

Tous les commentaires

06/12/2010, 10:57 | Par Sylvain Lovefab

Vous avez raison de faire référence à cet important travail. Mais votre billet gagnerait à faire une part un peu plus importante aux auteurs "réels" du rapport, c'est-à-dire les parlementaires François Goulard et François Pupponi (que vous ne citez pas, si je ne me trompe), qui ont pris commande auprès de Thomas Kirsbaum et Renaud Epstein d'une étude effectivement de très haut niveau, annexée au travail des parlementaires. Celui-ci n'est d'ailleurs pas sans discuter les considérations et conclusions, que vous reprenez, des deux chercheurs, notamment sur la rénovation urbaine. Il y a donc, au sein même de ce rapport, une discussion, un débat; que votre intéressant billet tend à passer sous silence. C'est dommage, car c'est l'une des plus-value de ce rapport que d'élever le débat et de le nourrir, au-delà des conclusions des uns et des autres, dont vous vous faites fort justement l'écho.

06/12/2010, 17:21 | Par jipeji

je souscris pleinement aux remarques du précédent en pensant que cesujet devrait réunir le plus grand nombre de parlementaires pour élever ledébat et éviter la récupération d'un camp ou l'autre.L'heure est en effet tres grave et le tissu social est en train de partir en capilotade faute d'une vision globale de la société basée sur des intérêts personnels.Gare aux réveils

06/12/2010, 20:46 | Par alfabeta

On ne peut que souhaiter "éléver le débat", c'est vrai...Comme on peut , pour enterrer un problème "créer une commission" ! On parle, on parle, on parle, on parle...Soyons réalistes, les observations des "diplomates " américains, révélées par Wikileaks, sont particulièremenet "éclairantes" pour ce qui est du souci des responsables gouvernementaux et de de leur connaissance REELLE DU TERRAIN ! Il n'y a plus, ouvrez les yeux, de solution à ce problème ! Rien n'a été fait pendant cinquante ans, et la situation non seulement est perdue, mais ira jusqu'à la "balkanisation". Et ce d'autant plus qu'elle n'intéresse pas vraiment les politiques, sauf à servir dse repoussoir et d'argument électoraliste ! Par ailleurs, j'ai écouté M.Goulard le 4 décembre au Palais des Congrès à Paris: je n'ai rien entendu concernant le domaine ci-avant évoqué. Bien cordialement.

PS: En fait je ne suis ni pessimiste ni négatif, seulement lucide... et très bon connaisseur de la problématique des finances publiques.

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