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L'Homme politique moderne
Les dernières élections, qui ont lieu en mars dernier, ont largement montré les dérives d'une des nombreuses exceptions de la vie politique française. C'est ainsi que, ce printemps, plus de 85 % de nos parlementaires ont passé leur temps, plusieurs semaines durant, à arpenter les marchés, à rédiger des tracts, à serrer les mains et à négocier des accords.
Alors que le reste de l'année les parlementaires n'y prennent place que deux jours par semaines, les sièges de l’assemblée nationale et du sénat ont donc été, pendant toute cette période, désespérément vides. Le travail parlementaire a ainsi été interrompu pour cause de cumul des mandats.
C’est une exception bien française car, hormis en Belgique, le cumul des mandats est ailleurs en Europe, soit fortement limité, soit clairement interdit. Il est ainsi impossible, chez la plupart de nos voisins, de conjuguer une responsabilité nationale avec une fonction locale.
Alors que depuis 1985, quelques rares lois ont été votées afin de restreindre le cumul, nos représentants, ces Hommes politiques modernes, n’ont jamais été aussi nombreux à entasser les différentes responsabilités. Prônant les intérêts communs et ceux de la nation, ils n’ont jamais été aussi nombreux a défendre ce système qui détruit petit à petit la confiance que les électeurs ont envers leurs représentants.
Mais l’Homme politique moderne est outré qu’on lui reproche, à lui, d’être un cumulard et pas à ses petits camarades. Il se croit ainsi injustement maltraité et inquiété alors que les autres ne le sont pas. Comme l’élève puni à l’école primaire, il ressent comme une persécution les critiques et s’émeut que la société en veuille à ses mandats et pas à ceux des autres.
L’Homme politique moderne n'hésite pas à faire valoir que son mandat local lui permet de garder le contact, comme il dit, avec sa modeste terre d'élection. Il met en avant, oubliant que son rôle de parlementaire est de représenter et de travailler pour la nation, sa mission au service des intérêts de son agglomération. Il est, avant d’être le digne représentant de chacun des français, l’élu de sa ville, de son arrondissement, de son canton ou de sa région.
C’est d’ailleurs ce qui permet à l’Homme politique moderne de se dispenser d’être présent aux organes nationaux auxquels il est attaché. Préférant, et comment lui en porter rigueur, se faire bien voir de l'électeur qui le désigne.
Et l'Homme politique moderne attire ensuite l'attention sur le fait que ses électeurs ne semblent pas contrariés outre mesure pas ses autres fonctions puisque ces derniers l'ont - encore - désigné. Bien entendu nous savons bien que ses électeurs, êtres doués d'intelligence, ont noté que la politique local dépendait fortement de leurs votes. Et tant pis pour les collectivités qui, dans leur malheur, n'ont pas cet appui national qui leur est également nécessaire.
L'Homme politique moderne est offensé que l'on puisse lui demander d'abandonner un poste, il fait rapidement comprendre au provocateur que certains élus locaux ne peuvent vivre avec la seule maigre compensation qui lui ait attribuée. Il néglige, bien entendu, d'afficher cette rétribution et surtout d'indiquer que bien souvent, ce sont ceux qui n'en ont pas "le plus besoin" qui se présentent aux élections nationales.
Ainsi l'Homme politique moderne est rarement maire d'une petite ville ou d'un village mais plus souvent patron d'une grande agglomération, d'un département ou d'une région. Le cumul lui permet d'asseoir d'autant plus sa légitime personne sur la baronnie qu'il préside déjà.
L'Homme politique moderne, n'est pas moderne. Il est le résultat d'institutions vieillissantes et d'un archaïque système politique. Un système qu'il est grand temps de changer, de faire évoluer afin de démocratiser un débat politique qui ne l'est plus, de renouveler et de diversifier le visage de nos élus et de mécaniquement progresser vers une représentativité laissant une place plus importante aux femmes et aux minorités.
Il est temps de créer un Homme politique nouveau : d'en terminer enfin avec le cumul des mandats.


Tous les commentaires
Je souscris et félicite votre persévérance à aborder la question du cumul des mandats qui est, me semble-t-il, un des aspects qui contribue à ce qu'on appelle la désaffection des citoyens pour la vie politique, mais surtout l'absence de renouvellement du personnel politique et de ce fait d'autres analyses et des idées nouvelles dont une société à toujours besoin. Dans le débat actuelle sur les institutions, on pourrait s'attendre que le Parti Socialiste saisisse l'opportunité -qui est aussi sa responsabilité- pour peser autrement sur le débat et sur l'exigence de limiter le cumul des mandats, autour de la question du mandat unique, du statut des élus... Hélas ! nous assistons là aussi à une danse de compromission pour maintenir un équilibre d'archaïsmes où bon nombre des élus semblent trouver leur "compte" !
Excellent article. L'enjeu est l'apparition d'hommes et femmes politiques ce qui suppose et entraîne un fonctionnement "démasculinisé".
Je ne sais pas s'il est moderne cet homme-là, ou bien archaïque, il n'a pas changé depuis les barons de troisième République, sur le modèle clientéliste, toujours plus ou moins censitaire, même si nous avons depuis (seulement en 45) inclus l'autre moitié de l'humanité dans leur désignation. Merci pour ce billet, bien à vous, Gwénael.
Le cumul des mandats est aussi une forme de lobbying bien - pas dans un sens manichéen - perçue par les élécteurs : tel maire peut aller défendre,avec sa casquette de député, un amendement ou une loi qui profitera à sa municipalité... . Un grand nombre de citoyens est également sensible à la notoriété de l'homme politique, quand il occupe des fonctions ministérielles, notamment, notoriété dont ils pensent qu'elle rejaillira favorablement sur leur ville. Il faut reconnaître à Ségolène Royal son choix de n'avoir pas voulu se présenter à la députation, se privant par là-même d'une tribune médiatique quasi quotidienne, préférant rester dans une instance régionale, plus discrète, et dotée de quelques pouvoirs éxécutifs. . Beaucoup, à gauche n'ont pas pu se résoudre à ce choix, quand à la droite, c'est comme si le terme "non cumul des mandats" était un gros mot... Sans vouloir faire de mauvais esprit...