L'Elysée aurait-il peur?
Hier, le ministre de l'Education, Xavier Darcos, a annoncé que la réforme du secondaire était repoussée à une date ultérieure, c'est à dire, à la rentrée 2010, au lieu de celle de 2009. Mais pour quelle raison?
Il s'agit d'une décision subite et en inéquation avec les méthodes du gouvernement Fillon, subies depuis maintenant plus d'un an par la société Française. Un geste pour les Français à l'approche des fêtes de fin d'année? L'espoir d'être écouté?
Ceci reste difficile à dire ou à imaginer puisque X.Darcos a encore dénoncé hier les perturbateurs, minoritaires et irresponsables, agitant les lycées depuis quelques semaines, et à imputer leurs mobilisations à un manque de pédagogie face à la Réforme de l'Education. Mais les professeurs et les parents d'élèves ont-ils eux aussi non compris la Réforme? les pétitions signées et les manifestants qui se sont illustrés dans la rue lors des appels nationaux ont-ils eux aussi manqué la "finesse" et la "profondeur" de la Réforme? sont-ils aussi irresponsables que les lycéens?
Mais non, il s'agit pour le Ministre de "prolonger les discussions". Mais avec qui?
En effet, depuis hier des lycées, perturbés, sont débloqués par des policiers afin de récupérer les locaux et de stopper le mouvement. C'est le cas d'Amiens, ville picarde, où le Nouvel Observateur a noté que le déblocage des lycées s'est produit sans affrontements avec la police. Sans heurt oui, mais sans frustration des lycéens non, en atteste la poursuite de la mobilisation!
On a la vague impression que le gouvernement souhaite un retour à la normal, plus qu'il souhaite un prolongement des discussions. Ceci parait encore plus vrai quand on voit que X. Darcos ne s'est toujours pas remis en cause. Prolonger les discussions, sur quelles nouvelles bases? Les vues de celles-ci semblent donc encore restreintes. On peut noter l'intervention à la radio ce matin de Luc Ferry, ancien Ministre de l'Education, qui a déclaré que quoiqu'il se passe, cette Réforme est "nécessaire" et "souhaitable" pour l'avenir de l'Education Française.
Les paris sont lancés : dans un an, on prend les mêmes et on recommence...



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Peur? Oui, bonne interrogation, on peut se le demander. Seulement, la peur, c'est raisonnable. Ces gens là le sont-ils? Evidemment, qu'est-ce qu'on en sait vraiment, pauvre quidam qui ne peut que s'essayer à comprendre une psychologie des personnages, vérifiée seulement à l'usage. Pourtant, on a peur quand on se soucie des conséquences, quand on risque quelque chose. Alors, je dirais non, ici, pas encore de la peur. Ils ne sentent pas assez le risque. Ils sont si forts, si puissants, l'argent, les médias, le pas cadencé de tout ce qui compte, dans l'apparence de l'opinion. Je ne vois pas encore de peur, mais bien toujours cette rage, cette colère, et les calculs, pour passer, de toutes façons, en force. Il y a de l'enfant gâté, chez ces gens là. Forcément, nourris au nectar et à l'ambroisie de la grande bourgeoisie, pris en charge à 1000% par leurs fortunes, puis gavés, repus par le trésor public, ils vivent dans leur olympe privilégié, aujourd'hui républicain, demain financier, et ne peuvent pas céder, c'est en dehors de leur imagination. C'est qu'ils ont été tous à bonne école. Ils n'ont jamais vu de comptes à régler, ou à donner, toujours amnistiés, ou protégés, jamais de responsabilité envers les actes. N'ayant jamais vécu qu'au plus près de la nébuleuse, et juteuse magouille, jamais sanctionnée, ils ne savent rien faire d'autre que continuer la sape du bien commun, pour le profit personnel, et celui des amis, bien compris. Alors, quoi, que se passe-t-il? Une prise de conscience, on s'amende, on réalise? Ou un retrait, une fuite? Mais il n'y a pas de reniement, seulement une retraite un peu désordonnée, et encore la langue de bois, alternant autoritarisme du ton et flagornerie auprès des lycéens, sans qu'on revienne sur l'essentiel, les suppressions de postes, la casse du service public, la mise en place d'une fabrique de l'échec, et de l'inégalité toujours plus grands. On ne revient pas non plus sur la nécessité d'une autre réforme, on préfère laisser passer l'orage. La raison? Beaucoup de mécontents. Et le lycéen d'aujourd'hui, c'est l'électeur de demain. Bientôt, les européennes, même quand on tient les sondages, les vrais chiffres finissent par poser des questions. Et rien de bien folichon à l'horizon, on a cogné, très dur, sur toutes les catégories de la population. Et surtout, sur les siens, ses propres soutiens traditionnels. Oui, cette classe moyenne bien-pensante, qui fait les bataillons du centre-droit, et qui garde ce petit goût sécuritaire, ce fond de rejet de l'autre, qui l'ancre pour toujours dans une droite de principe, même quand elle se révèle sans âme, et mange ses propres enfants. Il se pourrait bien qu'elle se sente orpheline, sans compter les défections, les complots, au sein même du parti unique. Peut-être qu'il y a un peu de remue-ménage en cours par là aussi, et qu'il faut s'entendre un peu, les élections reviendront, et beaucoup d'élus, qui n'ont pas les bastions bling-bling, s'en souviennent, . Donc, trop de fronts ouverts, de feux qui couvent. Sauf à réussir la grande manipulation, avec du terrorisme par exemple, il va falloir un peu plus d'éteignoirs. Il faut juste gagner un peu de temps, lever un peu la pression, jusqu'à ce qu'on se sente prêt de l'écraser. On s'est bien occupé d'abord de la télé, ensuite, sans doute, ce sera l'internet. Et oui, il s'agit de ne plus laisser à la contestation, et à la vérité que la rue. Là où l'on aura le loisir, vite fait, de mettre dans le même sac les casseurs et les véritables contestataires. Les irresponsables, et les épris de liberté. C'est tout, et c'est simple, il suffit de durer. Faire du fric, le plus longtemps possible, de toutes façons, on ne paiera jamais le mal fait. Alors, autant profiter du bon job, à fond, et y aller. Dès qu'il se sentira prêt, le pouvoir fera ce qu'il lui faut, il l'a démontré sans cesse depuis la présidentielle. Il n'y a pas de négociation possible, pas de moyen-terme. Et pas d'accord, ni d'amendement, c'est d'ailleurs ce qui se passe au parlement, où l'on ne veut même plus d'un alibi d'opposition. Ce pouvoir n'a peur de rien. Mais il sait user de patience, après tout, Sarko a mis le temps, mais il va bientôt régler son compte à Fr3, coupable de lèse-majesté pendant la campagne présidentielle. Il va simplement détruire la chaîne de télé la plus proche des français. Et pas de peur, puisque rien à payer. Sauf, si un jour, on revoit éthique, justice et droit refaire surface. En attendant, quand Darcos recule, c'est nous qui devrions avoir peur.