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moins de 954 euros par mois pour s'adapter à la vie et changer de désespoir comme de chemise.
Ah oui ? Je ne comprends rien à la crise ? Parfois Paulette me fait des saillies qui sortent de je ne sais où. De son éducation religieuse, peut-être. J'ai répondu du tac au tac : « Tu sais, le dernier des cons sait que le financier est au cœur du problème ! ». Paulette aime le viril et le rassurant.
Avec Paulette, il faut savoir monter les étagères IKEA et savoir pousser son caddie chez Mammouth. A côté d'elle, elle veut un doué des doigts. C'est pas trop grave si on est un peu mou sous le béret et sur les abdominaux. Surtout quand la sueur dégouline. Ça la tourneboule, ça lui chanfreine le culbuto, le bruit et les odeurs, ce n'est pas comme l'autre qui ne se souvient de rien. C'est la misère qui la touche.
Le problème à Paulette, c'est qu'elle me jalouse un peu, parce que quand je lui parle des raisons de la crise, elle me regarde avec des yeux ronds qui disent que je lui donne l'impression qu'elle se sent comme une gourdasse qui ne comprend rien à rien. Moi, évidemment, ça fait du bien à mon ego et je n'essaie pas de la dissuader. Mais sur le fond, je pilote à vue : les subprimes, les parachutes dorés ou les stock options ça me chatouille sous les aisselles. Je fais semblant de savoir mais pour comprendre, je fais comme tout le monde, je vais lire le blog à Mélenchon.
Vous avez remarqué comme ce gus-là explique bien les choses, pour un politique ? Sans déconner, on est plusieurs dans mon entourage à avoir fait le test. Quand on lit une explication de lui, on a l'impression d'avoir compris et d'être devenu intelligent. Vous en connaissez d'autres qui font cet effet là ? Non, évidemment. Vous imaginez François Hollande tenir un blog clair où il expliquerait aux Français au jour le jour ce qu'il pense au moment où il pense, et ce qu'il fera (avant de changer d'avis) ? Je ne dis pas ça méchamment, mais c'est comme ça.
Ça fait enrager Paulette quand je lui en parle, de Mélenchon. (Elle préfère George Clooney. Pourtant elle est très intelligente, en tant que femme. Elle se redresse comme si elle était jalouse. Pourtant, je vous assure, le Jean-Luc n'est pas mon type d'homme. Trop serré des fesses et trop serre-moules dans son djean, trop soupe au lait quand on l'agace. Il doit savoir qu'il va avoir plus de 12% aux présidentielles, alors ça lui monte à la tête et il nous fait des discours genre impérator sanglant le soir de la mère des batailles du sang et des larmes. Mais il m'épate. Il m'énerve aussi, car son côté fort en gueule doit plaire aux filles, et j'aime pas les concurrents.
Pour rassurer Paulette, alors que je sens venir l'apocalypse sociale chez nous sans avoir en rajouter (vous avez vu comment le nain a convoqué son gouvernement le soir de de la Toussaint, tellement il en a peur pour son jouet grec, alors que son Angela est folle furieuse que Papandreou fasse son syrtaki pour un référendum?) je lui dit que de toute façon on continuera à planter du blé pour faire du pain et que les maçons feront des maisons avec du ciment français. Pragmatique. Mais je ne suis pas du tout sûr de mon coup.
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Par contre, ce que je sais qu'il y a de plus en plus de pauvres en France, et que c'est pas la mode d'en parler. De Michel Onfray, oui, dans les cercles vertueux. Mais sur le SMIC, sur les pauvres, c'est rideau, comme s'ils avaient peur pour eux. Des fois qu'ils pourraient plus retourner à Ibizza ! Les pauvres sont les lépreux nécessaires du siècle installé. Alors, paix et respect aux sacrifiés. Silence radio.
Je ne sais même pas si je peux aborder le problème. Quand on en parle avec Paulette, on regarde de tous côtés si personne ne nous entend. Comme si on avait un peu honte. Même quand on est chez nous entre quatres yeux.
Il faut dire que la pauvreté, c'est comme une maladie honteuse, ou comme si on devait cacher un enfant malade. Dans le tableau, ça fait le coup de l'empathie morbide, et ce n'est pas un sujet porteur. Il faut savoir encaisser la misère des autres, ne pas la regarder et n'en rien dire. « Tu sais, coco, il faut des pauvres et des riches pour tu viennes t'intercaler entre les deux ! »dit le frère à Paulette qui a réussi dans la production de vers de vase et qui va souvent au théâtre Antoine à Laurent Ruquier.
Najat Vallaud Belkacem, adjointe au maire de Lyon et conseillère générale du Rhône a écrit que « selon l'Insee, 8,2 millions de personnes, 13 % de la population, vivent avec moins de 954 euros par mois. Si l'on comptabilise les emplois précaires, les travailleurs pauvres, les chômeurs, les exclus qui ont même renoncé à chercher un travail, ce sont 12 millions d'actifs qui vivent en situation de fragilité économique : 40 % de la population active ! ».
D'autres dénoncent une « situation sanitaire préoccupante... la recrudescence de la pauvreté mettrait la France au seuil d'un "krach sanitaire". On constate notamment une hausse de la tuberculose considérée comme une "maladie de la pauvreté". »,
...indiquent que « 4 millions de personnes sans complémentaire santé, soit 30 % des personnes non protégées par une complémentaire santé renoncent aux soins pour cette raison » et que « 8% des Femmes enceintes ... qui sont passées par les centres de MDM étaient sans domicile et 68 % n'avaient pas accès aux soins prénataux ordinaires.. »
…que « 133 000 personnes vivent actuellement dans la rue. Seuls 400 logements sont prévus pour les personnes en sortie de rue, dans quatre villes de France. »
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Ils osent le dire. Mais regardez, c'est sans compter sur le directeur de l'observatoire des inégalités qui s'exclame le 30 août dernier que ce n'est pas vrai, que dire qu'il y a « Huit millions de pauvres, c'est exagéré » !
« Comment est-ce possible, dans l’un des pays les plus riches au monde ? » s'étonne t-il.
Et de dénoncer « certains (qui) affiche(nt) un chiffre élevé de pauvres (ce qui) permet de frapper les consciences et d’appeler à la solidarité. »
… « A force d’élargir le concept de pauvreté, celui-ci change de sens. Et ce changement ne peut qu’attiser des discours qui relativisent l’importance du phénomène : « si le pauvre est celui qui a son HLM, sa télé, son portable et les aides sociales, alors est-ce vraiment inquiétant ? »
Il pose la question « être pauvre aujourd’hui, c’est manquer de quoi ? En France, 7 % des ménages ne peuvent maintenir leur logement à bonne température, 10 % recevoir des amis, 11 % ont un logement bruyant… Et comment tenir compte des coûts de logement ? Avec 954 €, on ne vit pas de la même façon à Paris qu’à Aurillac. » . C'est fort, non ?
On récapitule : vous chauffez à « bonne température », vous pouvez « recevoir des amis » et vous habitez à Aurillac, Ouzouer-le-Marché ou à Monsempron-Libos ? Circulez, il n'y a rien à voir, vous êtes des privilégiés avec vos 954 euros.
Si vous voulez qu'on discute plus de la pauvreté avec Paulette, il faudra qu'on débatte, qu'on fasse un « consensus...net...sur un petit nombre de privations ». Voyez le tableau en fin de billet.
En attendant, nous remarquerons qu'on parle présentement en France de l'Europe, de la crise, du G20, des Bourses, de la dette des États mais pas beaucoup de pauvreté. Et presque en cachette. Le message est bien passé.
Salauds de pauvres qui viennent gâcher la refonte honnête du capitalisme à marche forcée, pour qui vivre est un accoutrement. Leur « secret de leur adaptation à la vie » ? Avoir, comme Cioran, « changé de désespoir comme de chemise. ».
Madame, Monsieur, faites comme si n'aviez rien lu. C'est plus sûr.
Léon
(Illustration titre Dan Perjovschi sur ce site)
(illustration ci après tirée de ce site)
Fréquence de citations des privations en France
Unité : en %
Part d’individus qui jugent la privation inacceptable
Privations parmi les plus souvent citées
Ne pas pouvoir payer à ses enfants des vêtements et des chaussures à leur taille
90
Ne pas pouvoir payer des appareils dentaires à ses enfants
89
Se priver régulièrement d'un repas plusieurs fois par semaine
89
Etre obligé de vivre dans un logement sans eau chaude
88
Ne pas pouvoir se payer de prothèses auditives
88
Etre obligé de vivre dans un logement humide (moisissures, condensation sur les murs)
87
Ne pas pouvoir maintenir la température du logement au-dessus de 16° en hiver
86
Privations moyennement citées
Pour les enfants, ni square, ni terrain de jeux proches et entretenus
54
Ne pas pouvoir payer les cours nécessaires pour passer le permis de conduire
54
Ne pas pouvoir se payer des meubles en bon état
53
Ne pas pouvoir payer à ses enfants des vacances (campagne, mer ou montagne) au moins pendant l'été
53
Etre obligé de rester vivre chez ses parents après 30 ans
52
Ne pas pouvoir se payer une voiture
50
Devoir, pour ses courses de tous les jours, faire plus de 20 mn à pied pour atteindre le premier commerce
49
Privations parmi les moins souvent citées
Ne pas pouvoir se payer un ordinateur
8
Ne pas pouvoir se payer un abonnement au téléphone mobile
7
Ne pas pouvoir se payer ses cigarettes
4
Ne pas pouvoir se payer un lave-vaisselle
4
Ne pas pouvoir se payer un magnétoscope
4
Ne pas pouvoir s'offrir un verre de vin ou de bière à chaque repas
4
Ne pas pouvoir se payer un lecteur de DVD
3
Toutes les privations présentées par l'enquête ne figurent pas dans le tableau. Lecture : 90 % des enquêtés estiment que « ne pas pouvoir payer à ses enfants des vêtements et des chaussures à leur taille » est une privation inacceptable.
Source : enquête Standards de vie 2006, Insee.



Tous les commentaires
un petit nombre de privations...
Léon
Kèssila, Léon, contre Ikea ? Même le Préz s'y est mis. Regardez le bureau de Sarko, la semaine dernière à la télé. Une planche dessus, deux pour les côtés ! Oh bien sûr, lui, c'est pas Bobonne qui l'a monté... :)
non, non, Issel, rien contre Ikéa ! puisque c'est moi qui les monte, les objets de là-bas !
Léon
C'est bien de citer Najet Vallaud-Belkacem, car elle a la solution à votre problème : il suffit de rester entre riches pour que tout d'un coup tout ait l'air plus rose. Elle appelle ça "se frotter aux réalités", la Vallaud-Belkacem. Par exemple les gens qui n'ont rien, ben elle nous explique que la richesse "humaniste" c'est mieux que la richesse "matérielle", de retour d'un voyage bien confortable au pays du membre de l'Internationale Socialiste à l'époque Ben Ali. En plus à quelques centaines d'euros de salaire par mois on peut faire l'égalité hommes-femmes ! Bref la pauvreté est bien plus acceptable quand on est soi-même friqué. Je suis sûr que Paulette peut le comprendre.
Voir ici :
http://www.tunizien.com/122492-tunisie--najet-vallaud-belkacem.html
merci à vous, Madame Boddisatva.
elle lira cela ce soir en rentrant du travail, Paulette.
Léon
Merci beaucoup Boddisatva : j'ai tout lu plusieurs fois pour être certaine de bien tout comprendre
.
Paulette
N'empêche si Ben Ali n'avait pas été renversé par les qataro-sionistes, Najet Vallaud-Belkacem aurait fait un bel ambassadeur de France à Tunis.
Bagarre de chiffres... Garder son pré carré pour " juger" de qui est pauvre, et qui ne l'est pas ... avec 954 euros.
On est dans la folie à l'état pur... Z'êtes pas drôle, Léon.
Merci quand même pour ces chiffres édifiants ...
jamais drôle, netmamou... juste un peu triste...parfois
leon
moins de chemises que de désespoir...
Pas glop ce billet, Léon. Ca commence bien quand vous expliquez que vous aimez bien lire JL Mélenchon parce qu'il explique bien ce que l'on comprend et vice et versa.
Moi aussi je l'aime bien pour ca et aussi pour ses défauts, quand il met sur la gueule (et pan !) de ceux qui le provoquent.
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Mais alors quand vous commencez à nous parler de ceux qui ne peuvent pas se loger, se soigner, ceux qui ne peuvent pas se chauffer et recevoir des potes avec la bière et la télé.
Non, là vous exagérez, ils n'avaient qu'à faire de longues études, comme le fils de Sarkozy et choisir le même coiffeur. Ils auraient vu le monde s'ouvrir devant eux et n'auraient que l'embarras du choix pour un boulot bien payé à baratiner toute la sainte journée.
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Bon, je fais comme si je n'avais rien lu, je sens que je m'énerve.
Cher Léon , je crois être "intelligente pour une femme" , du coup j'avais compris que la pauvreté c'était pas la faute aux pauvres mais à ceux qui en parlent trop, car sinon on la voit pas beaucoup dans ma rue , c'est sûr , si vous allez là ou ils se mettent tous pour qu'on les voit, on en voit beaucoup en même temps , c'est normal , ils veulent qu'on parle d'eux , comme dit ma voisine : "Faire la quête , c'est un business, car ils préfèrent faire ça plutôt que d'aller chercher du travail". Et après on dira qu'y'a pas de bon sens populaire, voilà , si tous les pauvres acceptaient d'être pauvres mais en cherchant du travail tout le temps , ils auraient pas le temps d' être dans la rue à demander la charité. Enfin moi ce que je vous dis c'est ce que disent des gens très bien et qui font tout pour pas devenir pauvre , comme quoi la volonté ça joue!