
Thématiques du blog
Léon, tu peux garder tes boucles d'oreilles !
Vous êtes un homme. Vous êtes chef de rang dans un restaurant gastronomique. Votre employeur à piqué une grosse colère : il accepte que vous portiez vos jolies boucles d'oreilles...
... quand vous mettez les tables en place, mais il veut que vous les retiriez lors des contacts avec la clientèle.
Un jour, vous avez décidé de les garder toujours. Vous avez été licencié.
Les bijoux, percing et tatouages « nuisant à l'image de l'entreprise » s'invitent de plus en plus au festin des convenances.
Sur la lettre de licenciement figure cette phrase: "Votre statut au service de la clientèle ne nous permettait pas de tolérer le port de boucles d'oreille sur l'homme que vous êtes".
Votre sang ne fait qu'un tour : vous saisissez le conseil de prud'hommes et vous gagnez. L'employeur fait appel et il perd encore : votre licenciement est nul et l'employeur condamné à des dommages intérêts. Alors, il se pourvoit en cassation.
Dans son arrêt rendu le 11 décembre 2012, la Chambre sociale de la Cour de Cassation (rejet, pourvoi n°10-28213) (voir document attaché en pdf) vient de décider que vous aviez été licencié sur un motif discriminatoire, à la fois lié à votre sexe et à votre apparence physique.Le licenciement est déclaré comme nul.
L'employeur avait plaidé qu'il pouvait imposer des contraintes vestimentaires puisque, selon lui, la nature des tâches à accomplir s'y prêtaient, et justement, comme il recevait dans son restaurant gastronomique « une clientèle attirée par sa réputation de marque, laquelle impose une tenue sobre du personnel en salle », que le salarié « était au contact direct de cette clientèle et qu'ainsi le port de boucles d'oreilles pendant la durée du service était incompatible avec ses fonctions », il pouvait licencier.
Sûrement pas ! à dit la Cour de Cassation, donnant raison à la Cour d'Appel qui avait condamné l'employeur.
La Cour rappellant l'article L1132-1 du Code du travail, explicite:
. qu'aucun salarié ne peut être licencié en raison de son sexe ou de son apparence physique,
. que le fait de justifier la décision de licencier par un « votre statut au service de la clientèle ne nous permettait pas de tolérer le port de boucles d'oreilles sur l'homme que vous êtes " ramène à l'apparence physique du salarié rapportée à son sexe ;
. que l'employeur n'a pas justifié, s'il jugeait qu'il y avait inadéquation avec l'exercice de la profession et le statut de restaurant gastronomique, les raisons objectives d'imposer le retrait des boucles d'oreille durant son service, en dehors de toute discrimination.
Dans ce cas d'école d'un salarié homme qui porte des boucles d'oreilles, - ce que l'employeur ne supportait pas -, toute la difficulté pour lui était de justifier sa décision sans aborder le sujet de l'apparence physique sexuée !!!
Le look en entreprise, coco, commence à prendre une grande place. Les règlements intérieurs s'étoffent de "dresscodes" à couper au couteau. On calibre l'image, on ponce les aspérités humaines.
Mais l'employeur, s'il peut imposer à un salarié des contraintes vestimentaires, ne doit perdre de vue qu'elles doivent être justifiées par la nature des tâches à accomplir et proportionnées au but recherché. Hors de toute considération liée au sexe et de la représentation qu'il se fait de l'apparence physique... La serveuse de restaurant pourrait porter des boucles d'oreilles au travail et pas Léon ?
Elles sont belles tes boucles d'oreilles, Léon ! On fait les mêmes pour hommes ?
Léon



Tous les commentaires
elles sont jolies vos boucles d'oreilles, Léon.
n'est-ce pas ? c'est une photo de l'année dernière... mais je le ai toujours.
Léon
Léon, ça ne vous tire pas sur le lobe, tout ça ?
oh ! vous savez, netmamou, le lobe peut tout supporter !
non, ce qui est insuportable, c'est de tirer dessus !
Léon
Il les a piquées à Vanessa ?
Les employeurs... feront sans doute mention dans le contrat d'embauche de la nécessité de maintenir l'apparence du candidat au jour "J" de sa signature. Et pour le reste, si l'apparence déplaît, ils n'embaucheront pas. Toujours moyen de finasser quand on est du bon côté du manche.
Maintenant se crisper sur un truc pareil, je trouve ça un peu "neu-neu". Qu'est-ce que ça lui coûtait au type de les enlever pour servir à table ? Les femmes sont obligées de relever leurs cheveux pour qu'ils ne tombent pas dans la soupe, enfin dans les maisons propres. Pourraient-elles hurler à la discrimination si on n'embauchait que des filles aux cheveux courts ? Question d'apparence là encore. On oblige les opérateurs de chaîne dans l'industrie alimentaire à porter des tenues spéciales et des bonnets, ce n'est pas vécu comme une aliénation.
On imagine la tête des juges si l'instit de leur gosse se permettait un pareil carnaval...
La chaine de justice a fait son office. J'aimerais bien qu'elle soit aussi sourcilleuse pour d'autres cas autrement scandaleux. Quand ils touchent au gratin politique, ou à l'establishment, il y a du mou dans la corde à noeuds.
oui !
justement, tout est dans la justification de "la nature des tâches à accomplir et proportionnées au but recherché."
et la Justice exerce son droit de contrôle si on lui demande de le faire !
le "mou dans la corde à noeuds" chez ceux que vous citez, c'est pareil... mais pas tout à fait, puisque plus douloureux !!
Léon
Et le rimmel qui coule, ils acceptent ça, à votre boulot, Léon ?
Vous nattez aussi votre barbe en y glissant des perles ?
Bon, glisser des perles, je n'ai jamais eu de doutes...
Continuez à faire vos perles Léon, nous nous chargeons de les enfiler!
ce peut être douloureux, espoir...
Paulette vous en parlerait volontier, mais elle est partie au travail.
Léon
vous êtes très moqueuse, annie !
vous avez quelque chose contre le surlignages des yeux et la coloration des cils au travail pour leur donner plus de longueur et mieux travailler plus paour gagner autant ?
ah ! les perles !
Léon
on peut aussi se faire licencier par le Medef, pour autre chose:
Le Medef condamné pour licenciement injustifié