Vladimir Vyssotski - «Où'c'que j'étais hier»
Où'ç'que j'étais hier ? Pas moyen d'me rappeler...
J'me souviens juste qu'y'avait des papiers peints...
Puis aussi Claudia, puis une copine à elle et...
Qu'dans la cuisine, j'leur roulais des patins...
Mais on m'annonce au matin,
Que la veille, sans raison,
J'traitais tous de putains
Même la maîtresse de maison
Que je chantais très mal,
Que je courais à poil,
En hurlant « Mon père est un général ! »
Puis j'frappais ma poitrine, la chemise en lambeaux,
En criant que c'est un guet-apens !
Et toute la soirée, j'pompais l'air aux convives
Les harcelant avec mes accords de truand...
Puis j'ai fini de boire,
J'me suis senti un peu mal,
J'ai brisé un miroir,
Et tout le noble cristal,
Versé le vin sur les murs,
Et l'service à café
J'l'ai jeté aux ordures
Avec le buffet...
Et personne n'osait dire ne serait-ce qu'un mot,
Puis, doucement, ils ont repris leurs esprits,
Ils m'ont eu par le nombre, lié les mains dans le dos
Et ensuite, tout le monde a bien ri...
Certains crachaient au visage
D'autres abreuvaient de vodka
Et une espèce de danseur
Me cognait dans l'estomac
Mais une jeune veuve
A eu pitié de moi
Tout en restant fidèle
(Car on ne vit qu'une fois)
J'ai croupi dans la cuisine, écorché et blafard,
En feignant : « Je comprends ! Je regrette !
Allez, détachez-moi, et fin de l'histoire !... »
Ils m'ont détaché... mais planqué les fourchettes.
Ç'qui s'est passé alors
Ça ne se décrit pas
D'où m'est venue cette force ?
Cette puissance dans les bras ?
J'ai ravagé la maison,
Comme une bête aux abois
Et fait tomber le balcon
Quatre étages plus bas.
Où'ç'que j'étais hier ? Je retrouverai jamais !
J'me souviens juste des papiers peints sur les murs...
Il ne reste que le visage, salement écorché
Mais où aller, quand t'es couvert d'écorchures ?
Si tout ça c'est vrai...
En partie, même un tiers...
Il ne reste plus qu'une chose :
S'enfouir six pieds sous terre !
Heureusement que la veuve
N'a pas gardé de séquelle,
A eu pitié de moi,
Et maintenant j'vis chez elle !
Titre original : «Ой, где был я вчера» (1967)



Tous les commentaires
Merci ,
Est-ce une photo du lac Baikal !
Je vous en prie :)
Une photo lac Baïkal ? Quand ça ?
La première image sur la vidéo ;
J'ai pêché sur ce lac en hiver , en l'écoutant !!!
Moi, c'était samedi.
Et comme j'en avais marre de voir partir les gens (pour toujours, à jamais)
et que ça hurlait dans ma tête
voir partir les gens que j'aime (si mal, si mal)
et ça hurlait dans ma tête je me suis assis gentiment (croyais-je)
avec bouteilles verres et conversations élevées (pas une seule chanson)
me joindre à ce que je croyais être une petite fête (fête de lard)
devant cette petite librairie (une bouquiniste) sur le trottoir.
Deux vieux ont été et tété et j'ai hurlé (ou bien ne l'ai-je pas fait ?)
que je n'en pouvais plus de ce manque de musique (même dysharmonique)
dyslexiques ou daltoniens
Moi, barbare borborygme, eux artistes autistes, en plein jour la nuit.
Et le rideau est tombé.
Fatigue nuit.
(De Vadim Kosovoï à Vlad Vissotski)
P(arti) S(ans laisser d'adresse) : j'aime beaucoup Vladimir Vissotski. Mais trop d'herbe à la vodka de bison tue, et la rue de la Roquette était si triste, ces jours (d'été) là.
Et maintenant c'est moi qui suis veuf, depuis si longtemps.
Nazrodwié !
Vaché zdorovie :)
Merci pour ce commentaire plein de lyrisme et pour la référence à ce grand Monsieur. Quand j'estimerai avoir le dixième du niveau de Kozovoï, promis, je m'attaquerai à du grand VV, du lyrique et poignant : "L'horizon", "Je n'aime pas" ou "La maison de cristal", un morceau qui en jette. En attendant, je préfère me faire la main sur des chansonnettes.
Seigneur, cette voix qu'il a ! Chaque fois, c'est comme si quelque chose me râpait le cœur.... Sacré Vladimir !
Marina l'aimait. On peut comprendre ça. C'est pour ça qu'elle n'a rien dit. Et même ça aussi....
Tiens, d'ailleurs : il a rencontré Vlady en 1967.
"J'ai emprunté une robe à Nadia", qu'elle me dit,
"J'serais aujourd'hui telle Marina Vlady
Et tant pis si j'en meurs,
J'passerai au moins quelques heures
Avec ta tronche d'ivrogne, mais dans de beaux habits !"
-- "Aujourd'hui, dans notre brigade mixte..." (1964)
Comme quoi, il devait l'aimer pas mal lui aussi.
Oui....
Magnifique
Le côté magnifique de Médiapart
merci pour cette merveille
Où ce que j'étais hier ?
Et où ce que je serai demain ?
Je préfère ne penser qu'à avant-hier
Et à après-demain....