DDT - «Un pressentiment de guerre civile»
Quand tu fais face à un mur affamé
Quand un nœud coulant brille au lieu du soleil
Quand tu verras dans tes yeux la nuit
Quand tes mains sont prêtes au malheur.
Quand les oiseaux s'étripent à l'aube du printemps
Quand au-dessus de ton âme l'orage voile le jour
Quand le mensonge hurle à la trahison
Quand les freins glapissent à l'amour
Ceux en qui tu croyais sont partis au loin
Et on ne distingue plus leurs mouvements
Et au matin bruineux, la racaille de la ville
Découpe sur ta poitrine
Un pressentiment
De guerre civile
Quand les nuages n'arrivent pas au genou
Quand sur les dents on a des bouts de langue
Quand la nationalité vote pour le sang
Quand la solitude te laisse exsangue
Quand le mot « foi » ressemble à un couteau
Quand les livres fondent sur les tocsins
Quand le suicide est plus honnête que tout
Quand en place d'un rythme tremblent les nerfs
Et les icônes des saints, dans le temple étincelant,
Te disent que l'Église, ce n'est pas toi
Que chantes-tu quand des rêves indécents
Remplacent une mort tranquille ?
Un pressentiment
De guerre civile
Quand un vent noir déchire les voiles
Qui sous les projecteurs crachent la peine au visage
Une révolution sans victimes, mensonge morbide
Tu entends chevroter les cœurs des guides
Quand la nature éclatera, et les rebuts bouillants
Enflammeront les cieux en chute libre
La contre-utopie, sur un cheval rouillé
Ouvrira les tombes lasses d'attendre
Quand le mot « musique », c'est...
Quand le mot « musique », c'est...
Un pressentiment.
Titre original : ДДТ - Предчувствие гражданской войны
Album Пластун, 1991
***
Parfois, traduire du rock russe, c'est pénible, parce que le texte peut être bâti sur des références ou du vocabulaire ancré dans une époque, une réalité sociale : et te voilà à essayer de trouver un vague équivalent (j'ai ainsi traqué Blok et Balmont pour Baudelaire et Mallarmé), soit à hausser les épaules et mettre une note de bas de page qui explique ce qu'est un luber, un seksot ou le sovdep.
Mais parfois, on tombe sur des textes où, oh bonheur ! les rockers ne se sont pas contentés de jouer aux troubadours de leur époque, mais ont essayé de toucher quelque chose d'absolu, d'universel, de transcendant.



Tous les commentaires
Merci une nouvelle fois pour votre traduction qui me permet d'écouter ces talentueux rockers. Le texte est génial, ciselé, coupant comme une lame. 1991 ? On le dirait écrit hiers ! Et bravo pour votre traduction.
J'adore aussi le jeu du batteur, le violon et le saxo qui se répondent et tous les autres, bref, des musiciens de talent en quête de ...
pressentiment
Merci beaucoup pour vos compliments.
>1991 ? On le dirait écrit hiers !
Le morceau a été publié en 1991, mais il doit dater de 1988-89. Le groupe DDT a eu la possibilité de sortir son premier album "officiel" (càd enregistré dans un studio professionnel et pressé en vinyles) en 1988 : ils ont préféré d'abord réenregistrer certains de leurs morceaux écrits depuis 1982 en meilleure qualité, d'où un certain "retard" dans la publication de leurs oeuvres.
"Plastoune" est leur troisième vinyle, et pour la petite histoire j'ai été surpris de trouver un article sur le Wiki français expliquant ce terme, ce qui m'évite l'effort ^^
Relu de nouveau ,
trop beau.
Merci. Une fois encore, j'applaudis !
Merci, merci.
Pour l'autocritique (grande tradition stalinienne) : la rime du premier refrain (ville / civile) fait joli sur le papier, mais remis dans le contexte rythmique de la musique, ça ne sert pas à grand chose (ces deux vers ne sonnent pas "ensemble" ). Aussi, il y a peut-être un contresens à la fin de l'avant-dernier coulet et/ou au début du dernier : j'ai traduit à l'oreille, et quand je compare avec les paroels qu'on trouve sur le net, j'entends pas la même chose. Et comme y'a pas de paroles dans le livret ni de version officielle des textes sur le site, difficile d'avoir une référence (surtout que les paroles peuvent muter un peu au gré des réenregistrements et des lives).