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L'État prisonnier et le citoyen otage
Depuis quand les États européen sont-ils obligés, pour emprunter, de le faire auprès de banques privées ? Oh, pas tant que ça, moins de quarante ans. On fait mine de découvrir maintenant un élément essentiel de l'économie de nos pays qui a conduit directement à la situation actuelle(cf le billet de Dilou "Les voyous de la dette", où ce texte a paru en commentaire).
Certes, l'information passait ici ou là, mais elle était noyée sous l'image d'Épinal d'une construction européenne qui allait définitivement mettre fin à des siècles de guerre, comme si l'Europe entrait enfin, grâce à ses dirigeants humanistes, à l'âge adulte, la crise de 29 étant présentée comme le repoussoir justifiant toutes les défenses de la monnaie imaginables.
Et donc, depuis toutes ces années la simple suggestion que la construction européenne n'était pas la mise en œuvre d'un projet idéal et généreux, mais une nouvelle façon de passer par-dessus la souveraineté du peuple pour le bénéfice des plus riches, se heurtait à un mépris généralisé. Souvenons-nous de ce qui a été dit et écrit partout à propos de la question du "non" au Traité Constitutionnel Européen qui prétendait inscrire dans la constitution la néo-libéralisation du monde ("une concurrence libre et non-faussée") : les partisans du non étaient ridiculisés, et, même, néantisés. Pas de chance, ils étaient majoritaires.
Aucun problème, on attend un peu, et ça passe quand même.
Vous avez dit "démocratie ?".
Donc, je reprends et je synthétise :
Étape n°1
Le citoyen lambda, s'il est propriétaire, entretient sa banque (et donc la finance internationale, puisque son prêt joue les filles de l'air et disparait on ne sait où) grâce aux intérêts de ses emprunts.
Étape n°2
Le même paie aussi des impôts, croyant par là entretenir des services publics dont il apprécie qu'ils existent. Mais une part grandissante de sa contribution va directement enrichir les généreux prêteurs privés (toujours la finance internationale) auprès de qui l'État a été obligé d'emprunter. On dit "merci qui ?".
Étape n°3
Enfin, comme ces impartiales agences de notation aux résultats indiscutables estiment que là, vraiment, la dette de l'État est trop importante, la note du pays est dégradée, et les taux d'emprunts sont relevés, ce qui accroit encore la dette, donc les prélèvements des particuliers au bénéfice de la finance. La part de ses impôts dévolue aux services publics est encore plus amputée pour payer cet accroissement de taux.
Étape n°4
Mais, comme ces ogres assoiffés de sang n'ont pas de limite (et ça, c'est de notre faute, enfin, pas exactement la notre, mais celle des gouvernements que le peuple, dans sa grande naïveté, mâtinée d'une soumission inconsciente à la propagande, a élus) ils exigent des coupes sociales qui vont faire que ce pour quoi on paie des impôts, va disparaitre. On va donc désormais devoir payer sur ses propres deniers pour des services pour lesquels on cotise déjà par la contribution directe ou indirecte (impôts ou sécurité sociale). Et encore, cela est vrai pour ceux qui seront capables de s'offrir ces services : pour les autres, des soins de dispensaires à l'ancienne et une école au rabais seront le lot quotidien. Cette étape n'est pas strictement superposable à la précédente, parce que les agences de notation pourraient au contraire penser qu'il vaut mieux faire des coupes dans les gros travaux, prestigieux mais moins utiles que le maintien de services publics efficaces. Mais ces gros travaux, dont les entreprises sont du monde de cette haute finance, ne se feraient pas sans l'État, tandis qu'un malade va quand même faire ses soins non remboursés, s'il a les moyens de payer, s'entend...
En comptant, cela fait quatre étages aux ponctions de la finance.
Et encore... J'en oublie sûrement. J'avais trouvé sur la toile l'information selon laquelle ces banquiers qui nous gouvernent avaient l'intention de mettre en place un impôt mondial. A suivre.
Si l'on comprend pourquoi les banquiers internationaux qui ont réfléchi à ces plans depuis des décennies ont pensé avoir trouvé là une martingale géante qui marcherait à tous les coups (ponction maximum, redistribution minimum, risque minimum, explosion en vol de toute velléité socialisante, etc.) on peut se demander pourquoi ils n'ont pas tenu compte de la diminution de consommation qui allait forcément découler de cette pression sur les peuples des pays industrialisés.
Je pense en fait qu'ils en ont tenu compte, et qu'ils ont attendu que les pays en voie de développement soient assez avancés pour se lancer à fond dans la consommation : leur expansion démographique est pleine d'espoir pour des marchés en quête de clientèle, et leurs éventuelles velléités révolutionnaires disparaitront vite devant les tablettes numériques et les écrans plats. Quant à nos propres idéaux issus du siècle des lumières, ils sont considérés par une grande partie des jeunes européens comme des principes passéistes nous empêchant de jouer vraiment notre rôle dans la compétition internationale ( évaluer pour cela l'âge moyen des personnes militant dans des partis politiques d'opposition, ou manifestant dans les rues...). Bon, c'est l'effet de la propagande ( et le résultat d'une politique éducative "bien" pensée) et quand la jeunesse se réveillera, cela pourra aller vite et faire mal... mais en attendant...



Tous les commentaires
Pour l'instant, prisonnier,
bientôt, "suicidé" dans sa cellule..?
Axel
Le processus d'auto-lyse a commencé il y a longtemps, probablement au moment où, en 1973, comme le rappelle Dilou, nous avons tendu aux banques la corde que nous venions d'attacher autour de notre cou. C'est de cela dont nous sommes maintenant prisonnier. Mais libre à l'État de secouer ce joug et de reprendre sa liberté de choix.
Au lieu de cela, ses représentants font le forcing pour amputer encore plus celui-ci de l'autonomie de la gestion de son budget, par le projet d'une "règle d'or" qui n'a comme seul sens que de restreindre encore notre souveraineté.
Si ces décideurs veulent tant un budget à l'équilibre, c'est de leur responsabilité qu'ils le mettent en place. Jusqu'à présent, ils ont conduit leurs (soi-disant) indispensables réformes dans le sens qu'ils voulaient, non ? Mais ils seront comptables devant le peuple de la récession qui en découlerait.
Cette "règle d'or" serait-elle un des derniers cadeaux avant faillite électorale et reconversion généralisée dans les grands groupes financiers ? Espérons que le PS ne s'y oppose pas seulement pour faire monter les enchères jusqu'à reddition finale...
L'Etat prisonnier c'est une farce? L'Etat est complice du fait des méfaits de Sarkozy et de sa bande de nazes et de financiers (En fait l'oligarchie française et ses ramifications internationales)!
L'Etat, théoriquement ça devrait être "nous", pas "eux".
Quand l'Etat c'est "eux", comme actuellement et depuis 1973, on peut parler de détournement, de perversion, de manipulation etc.
Mais se sentir complices, même si ce n'est pas totalement faux
(on a l'état qu'on mérite, dans une certaine mesure),
serait un angle d'attaque un tout petit peu trop injuste pour être efficace, je crois?
Le fait que ++il y a hésitation sémantique entre état= nous et état=eux prouve le divorce grandissant entre les instances dirigeantes ,nation et au delà ensuite , et la "multitude"!
En 73 peu ou pas de publicité a été faite sur la loi monétaire de janvier!
DONC elle est passée inaperçue!bien évidemment !en catimini!
Croit on une seconde que cette loi ne devait pas être soumise à un référendum étant donné ses enjeux et surtout ce qu'elle remettait en question?Allons donc!La Banque de France niée dans son rôle institutionnel et ravalée à ....une image ,celle d'un garage!
Ce fut une "révolution" sourde muette derrière un sourire bon enfant et une valse musette.Un basculement !une confiscation!
-La multitude n'est pas inintelligente!on endort sa confiance !elle est en butte aux durs travaux de la viequotidienne dont des dirigeants bien placés sont eux libérés et peuvent ainsi cogiter à loisir!
Alors:enfumage!
1983/84!retour de bâton!
Inutile de refaire le conte à dormir debout!quand le vin est tiré il faut le boire ...ou le rejeter!
Que la multitude soit capable de conscientiser et qu'elle le fasse quand l'occasion lui en est donnée;1986,2002,(ben soyez meilleurs qu'elle!),
2005!!!!!ALORS là!!le masque est tombé MAIS le visage n'est apparu que peu à peu:de multiples visages derrière le visage ,symbolique ,d'un pouvoir aux mille voix et qui n'est PAS le pouvoir élu mais un autre !
Les responsables ne sont pas les électeurs manipulés :on ne le dira jamais assez et j'estime ,humblement ,que les culpabiliser revient à se placer du côté du manche!alors que eux sont sous le fer de l'outil!
Les informer suffit :ils ne sont pas stupides!
Maintenant les "athéniens" ont à s'atteindre ,dans tous les sens du mot!
KOSZAYR
L'État dont je parle, c'est nous, l'ensemble des citoyens (comme le dit aussi Axel dans le fil) qui sommes entravés par des règles qui diminuent notre marge de liberté, règles qui ont été édictées contre l'ensemble des citoyens, au nom de la prééminence d'une politique économique qui avait pour projet de défendre les grands groupes et la finance. Mais d'autres prétextes ont été mis en avant, bien sûr, prétextes qui s'entendent encore : si l'économie va bien, tout le monde en profite, donc il faut d'abord que les investisseurs soient contents, sinon, ils n'investissent plus ; si on taxe les riches, ils vont investir ailleurs ; si on protège les salariés, les entreprises ne sont pas compétitives et risquent de faire faillite, etc.
En réalité, si le néolibéralisme empêchait le chômage, cela se saurait... En fait, c'est l'inverse : en Néolibéralie, il n'y a aucun élément empêchant une société bénéficiaire de licencier ou de délocaliser si tel est le bon plaisir des investisseurs, ni rien, ou presque, qui empêche la fuite des capitaux, et le libre-échange des salariés aboutit à une diminution des salaires puisqu'on arrive toujours à trouver moins cher, etc..
En revanche, je pense que la question du krach appauvrissant d'un coup un grand nombre d'investisseurs, ou d'un gouvernement décidant de ne pas honorer ses dettes pour cause de socialisme actif, restent les épouvantails qui leur font peur. Mais il y a aussi l'auto-gestion, les échanges non-marchands, le retrait d'espèces, le boycott, la déconsommation...
On ne cesse de faire croire au peuple qu'il est impuissant, qu'il n'y a pas d'alternative... Alors que celui-ci vote, tout au moins pour l'instant. Et qu'il y a beaucoup de façon d'agir, même pacifiquement.
Aussi je pense que les pourparlers qui ont lieu en ce moment et qui semblent avoir pour but de diminuer l'acces illimité à internet ne se produisent peut-être pas par hasard, et sont à dénoncer (seuls les plus riches pourraient se connecter sans limite ?).
Je ne suis pas masochiste, un Etat qui fait souffrir ce ne peut être NOUS, l'Etat c'est EUX.L'Etat a été confisqué bel et bien.Nous avons été spoliés de celui-ci. La règle édictée par l'ensemble des citoyens en votant à 55 % contre le traité de Lisbonne en illustre tristement l'exemple nous avons été dépossédé de l'Etat.
Pas encore lu votre billet, mais juste vous dire combien votre titre est excellent.
Bon, et bien, au risque de me répéter, Liliane : brrrrr ..., et grrrrr ....
Voilà.
Le titre est bon, le contenu pas mal non plus. Vois pas ce qui va nous faire sortir de ce système, pour le moment. Ici, chez nous, ça ne doit pas encore assez souffrir, pas encore assez de gens exaspérés et/ou exsangues, en fait, et/ou la peur que ce soit pire ou de perdre le peu ...
Moi, je suis assez exaspérée et je m'inquiète pour demain, pour mes jeunes et ce qu'on leur laisse, comme modèles et sociétés. Sans doute pas assez exsangue ?
Mais ça gagne du terrain, la protestation, on sent quand même que ça enfle. Faut voir ....
Faut rappeler les choses telles qu'elles sont, en effet. Sans relâche. Merci à celles et ceux qui répètent et appellent sans relâche ...
+1 Anne
Cordialement