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A propos de "Inside job" le film : la vérité sur la crise financière
C’est la vision du film “Inside job” de Charles Ferguson(2010), actuellement en salle, décrivant la crise des subprimes et explicitant la façon dont elle a été déclenchée qui m’a inspiré les réflexions qui suivent.
Ce film est un excellent film : sans effet spéciaux, sans suspense ni acteurs connus il parvient pourtant à monopoliser notre attention sur un sujet assez aride et peu réjouissant. Pourquoi ? Est-ce parce qu’il démontre comment un système se rapprochant de la pyramide de Ponzi a pu être monté au niveau mondial par des banquiers sans beaucoup de scrupules et nous explique pourquoi nous payons encore les traites d’un enrichissement qui ne nous a pas concerné ? Pas seulement. Parce que, même si l’on avait compris en gros le système, on reste scotché devant l’écran : il y a donc autre chose qui se dégage du film, un message subliminal, une leçon qui n’est pas explicitée mais qui me semble d’une importance capitale.
La difficulté, avec les essais d’analyse de l’évolution du monde, c’est que l’étude de l’histoire nécessite un certain recul temporel. L’histoire en train de se faire ne peut comporter la prise de distance qui seule permet de relier entre eux des faits avérés et de relier ceux-ci à des évènements antérieurs dont on détermine l’éventuelle valeur causale. Dans le maelstrom des éléments constituant la contemporanéité comment dégager les lignes de forces qui détermineront un avenir qui n’est pas encore écrit, et, pour celles-ci, le point d’origine de leur trajectoire ?
Or les chercheurs, les analystes, les journalistes, et chacun d’entre nous, ne cessent de tenter l’exercice périlleux de l’histoire contemporaine. D’autant plus que nous percevons que des changements sont en train de s’opérer, changements dont nous essayons de comprendre l’importance et le risque, la crise des subprimes donnant un exemple fort d’un de ces évènements qui résonne comme une alerte et nous pousse à l’analyse. Or il me semble que si sur l’état de l’économie au jour le jour nous apprenons de plus en plus de choses, quelques théories fumeuses s’effondrant comme des châteaux de cartes sous les coups de butoir de la réalité, certaines leçons de l’histoire récente n’ont pas encore été tirées. J’aimerais ici préciser mon point de vue sur cet aspect des choses.
S’il est en général difficile d’analyser l’histoire en train de se faire, ce n’est pas le cas pour tout le monde. Et en particulier, ce n’est pas le cas pour ceux qui font l’histoire, et en particulier pour ceux qui ont décidé de laisser leur empreinte sur le monde sans tenir compte des dégâts collatéraux de leur action.
Pour le dire d’une autre façon, si un dirigeant décide d’essayer de maintenir son pays en paix, il y a une certaine probabilité pour qu’il y parvienne (mais ce n’est pas certain) mais s’il a décidé de faire la guerre et qu’il la prépare résolument, la probabilité pour que celle-ci se produise avoisine les cent pour cent. Ainsi, ce sont les dirigeants eux-mêmes qui sont le plus prés de connaitre l’histoire contemporaine, et cela, d’autant plus qu’ils sont déterminés à agir de façon autoritaire sur leurs administrés.
Quel rapport avec la crise des subprimes ?
Selon moi, une guerre a été déclarée, il y a de cela longtemps : son arme c’est l’économie, ses belligérants, la finance internationale et les citoyens. A part que ces derniers, dans leur grande majorité, l’ignorent. Et qu’ils sont sur le point de perdre cette guerre mondiale qui se déroule sans qu’ils sachent en être un des principaux acteurs.
Le film “Inside job” démontre, en décrivant les faits ayant abouti à la crise des subprimes, que celle-ci ne devait rien au hasard. Tout a été préparé par les lois de dérégulation financières, elles-mêmes décidées en amont. La façon dont les prêts toxiques ont été “blanchis” par passage de relais pour aboutir à des notations AAA ; la mise aux postes clés, et même ceux des autorités de régulation, de personnes ayant des liens avec les banques ; la constitution particulière des agences de notation, qui sont privées et qui reçoivent de l’argent (beaucoup) si elles donnent de bonnes appréciations(cf sur Wikipedia : Article Agence de notation financière de Wikipédia en français (auteurs) Contenu soumis à la licence CC-BY-SA ) ; les prestigieux enseignants américains en sciences économiques dont certains (combien ?) sont très largement rémunérés par les banques ( et qu’en est-il des nôtres ?) etc… tout a été mis en place pour que la finance internationale s’enrichisse de façon exponentielle, non pas en ignorant les risques, mais en s’arrangeant pour que ceux-ci soient, dans tous les cas, payés par le peuple. Et cette opération mondiale a été possible grâce à l'accord, sinon la complicité, des gouvernants des pays industrialisés.
Cette martingale présentée comme un système gagnant à tous coups, c’est celle où, en fin de compte, ce sera toujours le contribuable qui trinquera.
En effet, il n’aura échappé à personne que les banques sont des organismes privés (surtout depuis que ceux qui font l’économie ont décidé qu’il n’y aurait plus de banque publique et que les états ne pourraient désormais plus emprunter qu’à des banques privées) que le citoyen va renflouer par ses impôts (privatisation des profits, socialisation des pertes, comme on dit). De la même façon, la restriction des services publics représente l’amende payée par le peuple pour un système d’endettement des états qui a enrichi les banques, système d’endettement qui va être évalué, encore une fois, par des agences de notation privées, et sur des critères officiellement subjectifs : “C’est ma conviction” disent les évaluateurs dans le film...
Les théories en cours lors de la dernière décennie “Too big to fall” ou “Les marchés s’autorégulent” ne sont que les résultats d’une propagande savamment instillée dans une population peu habituée à se poser des questions à ce niveau de mondialisation économique.
Mais il serait urgent de se demander pourquoi tant de gens, des principaux intéressés (réellement intéressés, d’ailleurs…) aux principaux économistes, en passant par les politiques et les journalistes, ont répétés en boucle ces âneries, au point de conspuer quiconque tentait de faire entendre un son de cloche différent de la théorie officielle. C’est un point fondamental, car, alors que les pays d’Europe sont soumis l’un après l’autre à des attaques dont on peut prévoir qu’elles vont mettre ces pays en faillite (et ne croyons pas que la France va être indemne : je pense qu’elle fait partie du cœur de cible) il devient indispensable d’ouvrir les yeux sur les mécanismes ayant amené le monde là où il en est. Sinon nous allons continuer à accepter des décisions qui sont destinées à nous nuire, avec des conséquences de plus en plus funestes. Et les facteurs qui ont permis que des théories erronées prennent le pas sur des positions plus pragmatiques et expérimentées ne sont pas liés au seul hasard : ils ont été mis en place délibérément et systématiquement, même si nombre de ceux qui les ont promus ont été dupes eux-mêmes avant de duper les autres.
La troisième guerre mondiale a déjà commencé, et elle est à la fois économique et psychologique.
Si les acteurs politiques, par exemple ceux qui ont présidé à l’élargissement de l’union et à la création de l’euro, avaient tenu compte de quelques signaux des économistes les alertant sur le fait que faire une monnaie unique avec des pays aux économies de forces et de styles différents cela ne pouvait pas marcher, nous n’en serions pas là. Mais nous sommes dans un régime de l’auto-persuasion : le simple bon sens n’a plus court, et depuis longtemps. Entre la stratégie conduisant à cacher au bon peuple les raisons de la prise de décisions obérant l’avenir, voire ces décisions elles-mêmes, noyées derrière des faits secondaires montés, eux, en épingle, et le fait que les décideurs, pour faire leur sale boulot, se racontent à eux-mêmes qu’ils ont raison, il est depuis des décennies difficile de considérer que nos dirigeants nous disent la vérité.
J’accuse les sciences humaines d’être en partie responsable de cet enfumage. Les sciences du comportement et de la communication ont porté l’art de la manipulation des masses à un degré jamais atteint, et les sciences économiques se sont perdues dans des théorisations prospectives conformes à l’esprit du temps : mais ni les unes ni les autres n’ont tenu compte ni évalué les conséquences de la mise en pratique de leurs théories. L’observateur fait partie de l’observation : c’est déjà vrai en science dure, mais c’est primordial en science humaine. On sait qu’une évaluation économique inquiétante contribue à créer ce qu’elle craint, qu’un discours habile peut faire taire une opposition légitime : la responsabilité de l’acteur qui utilise ces outils est engagée, mais comme il pense agir au nom d’une “science” il se dégage lui-même de toute responsabilité. C’est tragique.
Ainsi, le fait de faire vivre les populations dans un état de “crise” permanente contribue à leur faire accepter l’inacceptable, voire à leur faire croire n’importe quoi. De même, annoncer comme une bonne nouvelle que l’on va permettre de faire accéder chacun, même les ménages les plus pauvres, à la propriété, alors que l’on sait qu’un certain nombre de ces victimes de ce marketing vont se retrouver en faillite et sans toit, tandis que d’autres, plus nombreuses, vont passer les meilleures années de leur vie à devoir compter chaque sou pour pouvoir payer leur traites, c’est quoi ? Une manipulation de plus. Mais dans le monde de la "comm" omniprésente, on ne se pose plus la question de la vérité. Tout est fait pour responsabiliser les victimes, voire les faire payer deux fois, dans une sorte de double-peine hallucinante, et déresponsabiliser le communicant. Mais qui évalue les conséquences d'un appauvrissement de la population ? Le néolibéralisme prétend que faire fonctionner tous les systèmes humains selon un mode marchand rend l'entreprise mondiale plus performante : c'est une profession de foi, une idéologie, qui ne cesse de prouver sa fausseté. Mais on continue pourtant de l'appliquer avec une détermination hallucinante, parce que ceux qui en souffrent ne sont pas ceux qui la promeuvent et en bénéficient...
Pour savoir qui est réellement coupable, ce n’est pas très difficile, il suffit de savoir à qui profite le crime…Vous avez dit bonus ? Dividendes ? Paradis fiscaux ? Bouclier fiscal ? Les écarts de revenus entre les populations aisées et les pauvres ne cessent d’augmenter, ce qui est exactement l’opposé de ce que à quoi devrait aboutir une gouvernance globale qui se présente officiellement comme sociale et démocrate, et l'inverse de ce qu'énoncent tous ces messages prétendant faire notre bien.
Où est le progrès ? Ne réside-t-il pas surtout de nos jours dans l’art d’utiliser au maximum la main-d’oeuvre pauvre et la productivité des classes moyennes pour un bénéfice grandissant des plus riches, sans déclencher de révolte chez ceux qui sont ainsi exploités ? Et ceci grâce à une utilisation de stratégies de communication qui vont bien au-delà de la simple publicité pour modifier notre façon même de penser et de concevoir le monde ?
Que va-t-il advenir maintenant ?
Quand est-ce que les citoyens vont se réveiller ? Est-ce que les manifestations qui se déclenchent dans les pays atteints par ces punitions financières (une petite remarque pour noter que dans le monde de la mondialisation économique, si un pays a des difficultés, on ne l’aide pas, mais on le punit, en lui faisant payer ses emprunts plus chers… on voudrait affaiblir les pays de l’ Europe que l’on ne s’y prendrait pas autrement…) sont l’amorce d’une prise de conscience et d’un refus de cette manipulation globale ?
Mais, si l’on accepte l’idée que l’évolution économique des trente dernières années n’est pas le fruit du hasard, la droitisation généralisée des États européens, et leur évolution globalement plus sécuritaire, vont-elles permettre que ce refus s’exprime et soit suivi d’un changement de cap dans la politique économique et dans la politique tout court ? Il me semble qu’il existe une sorte de course de vitesse entre la prise de conscience par le peuple et certaines élites de ce qui est en train de se passer, et l’évolution des différents gouvernements vers le développement d’un contrôle accru de la population, visant, entre autre, à prévenir tout débordement à venir. Peut-être certains savent-ils que la marmite risque, un jour, de se mettre à bouillir…
Je crains, à entendre certaines sirènes médiatiques, que d’aucuns continuent à tenter de nous faire croire que la solution aux conséquences désastreuses de la politique néolibérale serait de faire encore plus d’Europe, une sorte de gouvernement européen qui serait assez fort, nous dit-on, pour se défendre dans le grand marché mondial. Encore une fois, c’est le système où on perd à tous les coups : soit on s’appauvrit, soit on disparait en tant que pays autonome pour se vendre au plus offrant, avec la finance (“Saint-Lémarché” !) qui dictera encore plus sa loi car le peuple ne sera plus souverain, si tant est qu’il l’est encore…
En effet, tant que la régulation n’est pas effective, et que le pouvoir de l’État par rapport à la finance n’est pas rétabli, tout changement se fera au bénéfice de cette dernière.
Enfin, a-t-on pensé au fait que l’argent des banques, c’est le nôtre ? Sans nos investissements, que sont-elles ? Que se passerait-il si les citoyens s’organisaient pour se passer de leurs services ? N’est-ce pas pour cette raison que les États vendus à la finance entendent parvenir rapidement à la dématérialisation de l’argent ? Une fois que nous serons entièrement dépendants du bon vouloir de guichets virtuels, auront nous encore la possibilité de gérer nos avoirs à notre guise ? L'emprise fait oublier, souvent, que le roi est nu : évaluons, réellement, les forces en présence.
Alors, je ne sais pas ce que vont donner les mouvements qui s’amorcent : je ne fais pas, moi, partie de ceux qui violentent l’histoire et qui sont donc capable de la prévoir, au moins à court terme. Mais je sais que tant que l'on n'a pas compris les ressorts d'une erreur, on est condamné à la répéter. Et il me semble que la vérité commence à se faire jour.
Mais je sais aussi que lorsque quelqu’un déséquilibre volontairement un système pour le détourner vers son seul propre intérêt, il court le risque, un jour où l’autre, d'avoir à essuyer en retour un mouvement d’une force au moins équivalente, mais moins calculée…
PS : pour ceux qui ne l'ont pas lu, voir le remarquable article de Martine Orange "Comment la zone euro s'est retrouvée face à l'abîme"


Tous les commentaires
Une analyse tout à fait pertinente qui me donne grande envie d'aller voir ce film. Je suis d'accord avec vous sur l'état de guerre dans lequel nous vivons, sur l'influence néfaste des "faiseurs d'opinion" qui au nom d'un prétendu réel devant lequel nous n'aurions qu'à plier nous manipulent pour le plus grand profit de leurs maîtres et le leur.
Quelques bémoles cependant à propos des sciences humaines que vous jugez pour une part responsables de cet état de choses. L'utilisation qui en est faite, la récupération/détournement de leurs analyses ne suffisent pas à les discréditer en bloc. Je vois mal comment les travaux de Bourdieu, par exemple, pourraient être utilisés par les classes dominantes.
A propos, aussi, de notre part de responsabilité dans cette situation : il a été bien confortable de déléguer à quelques uns le soin de faire de la politique, les responsables irresponsables qui nous dirigent nous ont certes déresponsabilisés mais nous les y avons aidé ; il est tellement plus commode que quelqu'un pense à notre place - Kant en faisait déjà la remarque -, tellement plus commode de continuer à jouer les éternels mineurs.
Merci, Patrick Rodel, pour votre commentaire. Et vous avez raison : la question n'est pas celle de la responsabilité des sciences humaines, mais plutôt celle de ceux qui les instrumentalisent, les utilisant dans le sens de leur propre intérêt. Et qui n'opèrent pas de révisions de leur corpus théorique quand la réalité vient infirmer leurs affirmations.
Et je pense comme vous qu'il ne faut pas dédouaner chacun de ses responsabilités. Notre passivité collective a contribué à laisser advenir la catastrophe en cours. C'était d'ailleurs en quelque sorte l'objet de ce premier billet sur Mediapart : "Pendant que je dormais"
C'est la raison pour laquelle je trouve important que toute personne qui en comprend la nécessité œuvre à convaincre les non-votants de se déplacer pour faire entendre leur voix lors des futurs scrutins : la responsabilité commence là.
"Il me semble qu’il existe une sorte de course de vitesse entre la prise de conscience par le peuple et certaines élites de ce qui est en train de se passer, et l’évolution des différents gouvernements vers le développement d’un contrôle accru de la population, visant, entre autre, à prévenir tout débordement à venir. Peut-être certains savent-ils que la marmite risque, un jour, de se mettre à bouillir…"
Une course de vitesse vers un contrôle accru de la population,
oui,
et c'est cela, je crois, toute cette sensation que les $arkozy et consorts sont acculés à la frénésie permanente, à ces mensonges grossiers et à ces manières de rentre-dedans hyper-agressifs.
Cela s'accompagne d'autre part,
de tout un autre volet qui fait partie du sacro-saint Sécuritaire, tout ce qui dans notre vie pratique, matérielle, quotidienne, s'est transformé peu à peu, au fil des ans, sans qu'on s'en aperçoive, en un véritable décor de prison aux accès et aux déplacements systématiquement difficiles, entravés, ralentis, contrôlés...
Liliane,
chacun des chapitres de ce texte excellent, pourrait faire un billet en lui-même, et pourrait faire naître autant de discussions si constructives mais surtout, si utiles, si nécessaires.
"Quand est-ce que les citoyens vont se réveiller?"
Hélas! Ils ne se réveillent que quand ils sont quasiment morts de faim, et encore, je suis optimiste...
...car avec une mondialisation aussi des critères de la misère, même mourir de faim sera bientôt banalisé et "fatalisé"?
Axel J, merci.
Je sens réellement cette course entre la levée du voile qui obscurcissait notre jugement, et la montée en puissance d'une organisation néo-libérale du monde qui cache de moins en moins son jeu. Cette organisation refuse l'équilibre pouvoir/contre-pouvoir, et, en cela, son projet se rapproche dangereusement de ceux des totalitarismes. Car faire semblant d'écouter le peuple, tout en jouant contre lui, est contraire à l'esprit de la démocratie... c'est du moins mon point de vue. Si ce projet est compréhensible (et encore...) de la part d'une multinationale qui n'a ni tête, ni coeur et ne fonctionne qu'en terme de rentabilité, il devient en revanche paradoxal de la part des états qui sont mandatés par le peuple pour le défendre et défendre l'intérêt général.
Depuis qu'on nous a seriné que quand la finance allait bien, un pays allait bien, j'ai l'impression que la notion d'intérêt général a changé de signification, voire a disparu, pour nombre d'acteurs de la vie politique.
"soit on s’appauvrit, soit on disparait en tant que pays autonome pour se vendre au plus offrant"
Je suis d'accord pour résumer l'alternative en ces termes.
Mais dois-je comprendre que vous préférez vous appauvrir et si oui jusqu'à quel point ? Pourquoi et en quoi ne pourrions-nous pas trouver notre bonheur meme au prix de notre disparition en tant que "pays autonome"? Le concept d'autonomie, en tant que pays, n'est-il pas surfait quand les acteurs de l'économie et surtout de la finance n'ont eux, pas de frontières, et que par consequent la France n'aura jamais plus le pouvoir de diriger toute seule son économie ? La seule, la vraie, l'unique et la dernière frontière que l'on peut encore espérer leur imposer ne peut passer que par l'Europe, celles de la France seule sont hors d'atteinte, cette frontière nous devons encore la construire et c'est urgent. Et les lois qui les régiront devront fatalement addresser les turpitudes de ceux que le fim dénonce.
Je mettais en exergue cette alternative parce que, justement, de mon point de vue, il y en d'autres. Et c'est la propagande qui nous fait croire que nous ne pouvons choisir qu'entre Charybde et Scylla. Que les pays d'Europe soient solidaires est un beau programme, par exemple solidaires pour diminuer l'influence de la finance et des lobbyistes des grandes firmes sur leurs gouvernements, solidaires pour voter des impôts sur les transactions financières, pour défendre et promouvoir les industries européennes et les PME, pour s'engager collectivement sur un projet social, etc. Mais qui a ce programme ?
Aux temps de la PAC les européens ne parvenaient pas à s'entendre sur la question des efforts à faire : un euro, un élargissement et une crise des subprimes plus tard, je n'ai pas l'impression que les différents pays aient davantage un sentiment européen. Je considère donc qu'une Europe sans frontières avec un gouvernement fédéral, présentée comme une solution à l'endettement des états, ne représente en fait qu'une prise de pouvoir néolibérale sans guerre (mais pas sans guerre économique). Il n'y a qu'à constater le fonctionnement de l'Europe actuelle, et le pouvoir pris par une commission non élue sur un parlement élu, pour comprendre qu'il est urgent de définir des valeurs et des projets à l'Europe avant de prétendre utiliser celle-ci pour le bien des citoyens.
Selon moi, prétendre qu'il faut se resserrer sous le manteau Europe pour ne pas se faire manger par la mondialisation est une contre-vérité si cette Europe a les valeurs et les pratiques du néo-libéralisme. A ce moment-là, l'Europe devient un prétexte pour accepter une casse de tous les acquis sociaux, un appauvrissement des tranches moyennes et basses de la population inversement proportionnel à une augmentation de la richesse des plus aisés. Cette Europe néolibérale-là ne fera que le bonheur des riches et ne présente aucune garantie de stabilité.
Je remarque qu'il s'est passé au niveau des états européens la même chose que pour les ménages : il a été dit et répété qu'il fallait investir, comme il fallait devenir propriétaire. Les endettements enrichissaient les banques, et appauvrissaient états et emprunteurs privés, devenus riches de leurs nouveaux biens mais pauvres de leurs dettes. Et les agences de notation privées viennent maintenant nous dire que ces emprunts étaient irraisonnés, que tout cela a été très mal géré, et qu'il faut payer pour nos turpitudes... Allons donc !
Je le répète : à qui profite le crime ?
"Mais qui a ce programme ?"
Certains l' ont, d'autres pas. Et a cet egard, il ne fallait pas elire le nain de l'Elysee, car s'il y en a bien un en Europe qui protege les banques c'est bien lui : http://www.mediapart.fr/journal/economie/091110/regulation-financiere-nicolas-sarkozy-est-dans-le-double-discours
D'autres pays europeens sont prets a bouger dans le bon sens. Encore faut-il s'en appercevoir, au lieu de pointer du doigt une responsabilite europeenne quand le probleme est national...
À lire aussi, cet excellent billet de Christian-BR:
Irlande, Grèce, Portugal, Espagne, France bientôt, la Démocratie Européenne abandonnée aux Banques, la guerre civile est proche
Merci liliane pour cette brillante analyse. Ton article m'a été recommandé par Axel J.
Nous sommes, comme toi, en France et en Europe, des milliers de personnes conscientes de l'histoire en marche, de l'intellectuel au simple citoyen de base, nous sommes certainement plusieurs centaines de milliers certains que l'élite nous prend pour des imbéciles, et nous sommes et seront des dizaines de millions à payer pour l'incurie de nos élites.
Ma question est celle-ci, pourquoi ne traduisons nous pas notre analyse en mouvement politique, démocratique ( au sens premier) destiné à contre carrer ce mouvement de guerre néo-libéral qui prend les commandes du monde ?
Pourquoi, de quoi, avons nous peur ? de la liberté ?
Il y a seulement un an, ce genre de discours, qui fleure bon le complot, aurait encore été jugé absolument grotesque par l'ensemble des médiapartiens. Aujourd'hui, seul quelques irréductibles persistent à refuser de regarder la réalité en face. Oui, on nous mène tout droit à l'abattoir, oui, tout cela est fait de manière délibérée et très méthodiquement, oui nous sommes bientôt arrivés au point de non retour. Mais oui, il est encore possible de renverser cette sinistre perspective. Comment ? D'abord en identifiant nos adversaires car on ne peut pas se battre contre un ennemi sournois qu'on ne voit pas parce qu'il se cache. Et pour cause, sa tenue de camouflage est le mensonge entouré des techniques de manipulation psychologique les plus sophistiquées qu’on peut facilement imaginer mises au point dans des organismes tels que la CIA. On s'apercevra alors que cet ennemi dispose de moyens colossaux contre lesquels il serait tout bonnement suicidaire de vouloir lutter de front. C’est donc à un travail de sape de longue haleine auquel il va falloir nous livrer pour reconquérir peu à peu tous nos attributs d’êtres humains. Depuis 40 ans, nous sommes témoins d’une dégradation régulière de nos propres conditions d’existence alors que nos moyens de production tant industrielle qu’alimentaire n’ont jamais cessé de progresser. Cela a été rendu possible par les politiques de privatisation à outrance de la totalité de notre appareil productif. Résultat : les patrons, les banques, les capitalistes sont aujourd’hui les seuls maîtres du jeu. Et que font-ils ? C’est bien simple et chacun de nous peut le constater pour peu qu’il ouvre les yeux, ils font de nous absolument tout ce qu’ils veulent: soumission toujours plus grande au travail pour ceux qui ont la chance d’en avoir, chômage de masse, précarité croissante devenue précariat (précarité ins-ti-tu-tio-na-li-sée), etc. Les premiers indices de notre esclavage proche sont là. Esclavage qui touche déjà les couches les plus démunies de la société avec par exemple, ces fameux stages en entreprises qui deviennent la nouvelle norme dans le domaine de l’exploitation humaine par le patronat.
Voilà donc où se situe pour nous le terrain à reconquérir en priorité : celui du travail qui fait de chacun de nous ce que nous avons vocation à être tous, des hommes libres et fiers. Nous devons donc recréer notre outil de travail, notre propre appareil de production envers et contre toutes les tentatives venant de l’extérieur ou de l’intérieur pour nous en empêcher.
RECREER NOTRE APPAREIL DE PRODUCTION A NOUS ! Système bancaire compris.
Mais cette reprise en main de notre destinée doit se faire en tirant les leçons du passé et en pleine connaissance de la nature humaine. Les exploiteurs existeront toujours, de même que les joueurs de poker, de même que les escrocs, de même que les mégalomaniaques qui nous mènent régulièrement au bord du gouffre. Nous, nous sommes des gens normaux, socialement sains mais ce n’est malheureusement pas le cas de ces socialement fous qui ne vivent que pour montrer aux yeux du monde qu’ils sont les plus forts, qu’ils sont les plus riches, qu’ils sont les premiers en tout. Il faudra donc faire contre mauvaise fortune bon cœur et leur réserver une place dans la société de demain comme DE GAULLE avait su le faire en son temps pour nous faire bénéficier de trente années de prospérité.
Liliane,
Une fois de plus, merci pour un billet si intéressant, plein de justesse.
Il fait renaitre en moi une autre idée. Une idée qui va tout à fait dans le sens de ce que vous évoquez mais qui la dépasse.
Je veux dire qui la reprend sur un espace de temps encore bien plus long: celui qui correspond en fait à l'apparition de cet animal bizarre que nous nommons "homme".
Ce que je veux dire, c'est le sentiment que j'ai que, dès qu'il a pris conscience de son pouvoir sur son environnement, l'homme n'a eu de cesse que de toujours aller plus loin, plus vite. Une manière de rassasier sa curiosité insatiable.
Depuis qu'il pense et agit, l'homme "essaye", "tente" des choses. Dans tous les domaines et sans se préoccuper des conséquences. Il vit, agit. Point-barre.
Pendant des milliers et des milliers d'années, ces petites "expériences", ces petits "jeux" n'ont guère eu de conséquences. La nature était là, avec ses ressources, son immense capacité à "digérer" les actions des hommes. Et ce, dans quel que domaine que ce soit. Au pire cela engendrait quelques millions de morts, comme pendant la dernière guerre mondiale.
Ce qui se passe aujourd'hui avec la mondialisation et le capitalisme (sauvage=qui va sans se préoccuper des conséquences) est encore une autre "aventure" humaine, concoctée par un petit nombre. Rien de bien nouveau donc, selon moi.
Une chose est certaine. Tout se passe aujourd'hui (comme dans le passé) comme si l'homme ne s'était jamais vraiment préoccupé des conséquences de ses actes. Il est poussé par sa curiosité, son désir, ses envies.
Cela l'a mené sur la lune, bravo!
Finalement, mon idée est que ce que vous dénoncez à si juste titre, n'est rien d'autre que la suite d'une immense liste "d'expériences" faites par les humains depuis qu'ils sont là.
Il n'y a, à mon avis, pas de raison de penser que l'homme soit capable de faire "marche arrière". S'il le faisait, ce ne serait plus vraiment un homme!
L'évolution est toujours en marche et l'on peut toujours imaginer l'apparition d'une variété d'humains capables, enfin, de réfléchir avant de foncer! Oui, si d'ici là, notre bonne vieille terre est toujours là!
On pourrait dire que, à sa manière, de par sa constitution même, l'homme a trop de pouvoirs et pas assez de capacité à penser à long terme. Comment le lui reprocher? Et je pense que que ce déséquilibre le perdra. Il disparaitra, tout simplement, comme tant d'autres espèces. "Inadapté" à la durée, inadapté à la longueur du temps qui passe. "Déséquilibré", à sa manière!
Je viens de voir ce film, "Inside Job". Sa vision ne change pas vraiment l'idée que je me fais du fonctionnement de l'homme. Avec cette "correction" que, aujourd'hui, un très petits nombres d'hommes, à cause de la mondialisation, sont capable d'entrainer de très graves problèmes (ici, la crise monétaire et toutes ses conséquences).
L'homme cherche toujours à aller plus loin, dans tous les domaines, bons ou mauvais, positifs ou négatifs. Cela fait partie de sa nature. Ici, il s'agit de gagner de l'argent. Dans le passé ce furent des ambitions de maitres du monde. Et ainsi de suite. Conquête de la lune après conquête de la terre, etc.
Et ces "nouvelles frontières" ont toujours attiré d'autres hommes qui, sans doute, tout simplement, s'emmerdaient et aspiraient à "autre chose".
Combien d'hommes ont racontés que la guerre avait été leur meilleur période de vie? Combien se sont engagé, "pour voir", Churchill le premier!
Cela rejoint ce que je disais juste ci-dessus: curiosité insatiable, désir d'essayer des trucs sans vraiment se préoccuper des conséquences. Dans ce sens, je crois que l'homme d'aujourd'hui n'a pas changé...
PS Juste un détail concernant le film, un truc "bizarre": on a l'impression que les deux seuls "bons" sont DSK et Lagarde!!!
Merci M Philips.
Je me suis fait, en voyant le film, la même réflexion que vous : pourquoi ceux qui sont présentés sous un jour à peu prés favorable ( distanciés, critiques, comme si leur propre positionnement était aux antipodes de celui des différents acteurs de la crise financière qui sont, eux, présentés d'une façon plus que négative) sont les français ? Je me suis demandé si cela avait à voir avec l'itinéraire personnel de l'auteur.
J'ai vu le film hier soir sur canal + J'en ressors ébranlé et révolté. Bien pire que pour tous ces escrocs, je reste sidéré de constater que le président des USA, B OBAMA a non seulement renoncé d'exercer des poursuites mais en plus il a nommé tous les principaux protagonistes de ce pillage organisé, Paulson en tête, aux postes financiers de son pays. Les financiers américains sont parvenus a un tel niveau de puissance et de nuisance sur la planète que cela fait vraiment froid dans le dos.
Pour ceux et celles ne pouvant pas voir le film en salle reste une solution certes pas commode vu son horaire:
prochaine diffusion sur Canal +
Vendredi 9 décembre 2011 à 04h15A voir absolument