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La laïcité, grande oubliée des valeurs européennes
En cette période de campagne électorale (J-17) où chacun scrute l’évolution des sondages pour recadrer son propre programme européen, il n’est pas inintéressant de revenir un peu sur nos « valeurs » européennes. Pour Nicolas Sarkozy, nous l’avons vu, c’est essentiellement, en sus de son habituel credo de l’ego, des « frontières à ne pas dépasser ». Mais pour la plupart de nos contemporains, penseurs de « l’européanité », nos vraies valeurs, celles qui méritent qu’on s’y attarde et qu’on regarde l’Europe au fond des yeux, ce sont les valeurs chrétiennes. Certains, plus œcuméniques, avancent tout de même l’idée d’une culture judéo-chrétienne mâtinée de grec et de latin, voire, pour les plus tolérants, d’une synthèse des civilisations du Livre (incluant donc l’Islam quand il est modéré). Comme si les autres religions, (800 000 bouddhistes déclarés en France par exemple, chamanisme encore très présent chez nos amis samis de scandinavie…), n’avaient pas d’existence légale dans l’Union européenne !
On objectera à cette quasi-unanimité de façade pour la reconstruction de l’Europe que le caractère universel des religions n’en fait pas un caractère proprement européen, la plus grande concentration de catholiques se trouvant d’ailleurs aujourd’hui en Amérique centrale et australe, caractère surtout associé en Europe aux conflits tant extérieurs qu’intérieurs : croisades pour la reconquête des lieux saints contre les musulmans à l’extérieur et les juifs à l’intérieur, querelle autour des images et de l’autorité papale entre catholiques et orthodoxes, guerres civiles entre catholiques et protestants autour de la sécularisation de l’église et de la stricte observance des écritures, la création de la Belgique en 1830 ayant eu notamment pour objectif de fixer par un Etat tampon la limite entre le sud européen « catholique » et le nord européen « protestant ».
Ces valeurs bellicistes, les européens n’en veulent plus puisqu’ils ont fondé leur construction européenne sur la paix et le « plus jamais ça ». Ils ne retiennent que la version profane des cathédrales, du plain-chant, des retables et des fresques romanes, où la beauté de l’art s’y exprime mais pas plus que dans les châteaux d’apparat et de prestige, la musique romantique ou classique, l’art du nu ou de l’abstrait.
Ils ont en fait la culture de la laïcité plus que d’une religion donnée.
Le mot « laïc » est plus ancien en Europe que le mot « christianisme ». On le trouve fréquemment adjectivé chez Homère au sens de « populaire » par opposition au « clerc » (= héritage, sort), d’où « celui qui a reçu le Seigneur en héritage » (= le prêtre). L’histoire de la laïcité puise donc ses racines très profondément dans l’Antiquité dans le sillage de l’histoire de la démocratie. Elle ne s’oppose pas au religieux mais résulte d’une volonté d’affranchir l’homme des contraintes de l’autorité religieuse en s’appuyant non sur des certitudes mais sur le doute, lequel conduit à l’esprit de tolérance et à l’autonomie de la pensée individuelle. Rien d’étonnant à ce que la Renaissance trouve dans la critique des dogmes les prémices d’un nouvel humanisme : Erasme, Pic de la Mirandole, Rabelais façonneront les idées modernes qui aboutiront aux siècles suivants aux Lumières, l’« Aufklarung », de Goethe et de Mozart, en passant par Voltaire, Rousseau et Montesquieu.
Ce sont les différences de comportement des églises qui conditionneront en Europe les lectures différentes de la laïcité (1) :
- En France, le XIXème siècle connaît un affrontement permanent entre républicains, d’une part, qui voient dans l’Etat le garant de la neutralité religieuse et de la liberté de conscience, et monarchistes, d’autre part, partisans d’un retour à l’ordre moral et à la restauration d’une religion d’Etat, en particulier en matière d’éducation, affrontement qui s’achèvera avec la loi du 9 décembre 1905 sur la séparation des églises et de l’Etat : « la République assure la liberté de conscience. Elle garantit le libre exercice des cultes » (article 1), « la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte » (article 2).
- Dans les pays anglo-saxons où l’influence de la Réforme a fait plus précocement prendre conscience de la nécessité des distances à introduire entre pouvoir politique et pouvoir religieux, la laïcité est vécue non pas comme une séparation stricte d’avec la société civile mais comme une coopération entre toutes les églises et l’Etat. Ainsi, sont-elles reconnues en Allemagne comme ayant une mission d’intérêt public, d’où la possibilité pour tous les cultes d’être subventionnés sous certaines conditions et de faire de l’enseignement religieux de son choix une matière à part entière du cursus scolaire. Quant au Royaume-Uni, si les cultes ne sont pas subventionnés par l’Etat, c’est la protection de la liberté religieuse qui prime depuis l’habeas corpus, d’où l’autorisation du port du foulard islamique pour les musulmanes ou du port du turban pour les sikhs.
- enfin, dans les pays d’Europe de l’est, en particulier en Pologne, la place particulière reconnue par l’Etat aux églises majoritaires peut s’expliquer par leur engagement dans les luttes nationales d’émancipation de la tutelle soviétique sans pour autant s’être confondues avec le nouveau pouvoir politique.
On le voit, la laïcité est une valeur sûre de la construction européenne. Elle a été inscrite dans la charte des droits fondamentaux votée lors du sommet de Nice en 2004 et intégrée au projet de traité constitutionnel soumis à referendum et rejeté en France. Ceci n’a pas empêché Nicolas Sarkozy de profiter de la réécriture du traité simplifié pour en supprimer toute référence en se contentant de la rédaction suivante : « consciente de son patrimoine spirituel et moral, l’Union se fonde sur les valeurs indivisibles de la dignité humaine » (2).
Rien d’étonnant, dans ces conditions, qu’il ait enchaîné sur une entorse à la loi du 9 décembre 1905 en supprimant en France par décret le monopole de la délivrance des diplômes de l’Etat, puisque le Saint-Siège peut désormais sur simple habilitation et selon des critères non scientifiques faire obtenir l’équivalence de niveau dans les écoles religieuses françaises, ouvrant la porte à toutes les dérives, par exemple à l’équivalence de diplômes sanctionnant des études universitaires d’Etat sur l’évolution des espèces et des études dans une faculté théologique sur le créationnisme (3).
Lincunable, 21 mai 2009.
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(1) Jean-Michel Ducomte, Europe et laïcité, 2009, disponible sur le site internet de la Ligue de l’enseignement.
(2) JOCE C 303/01 du 14 décembre 2007.
(3) Jean-Michel Baylet, Le droit accordé au Vatican de reconnaître des diplômes est une entorse à la laïcité », Le Monde daté 21 mai 2009.


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On me signale une coquille dans la référence du JOCE : 14 décembre 2007 (et non 2001). Bonne lecture quand même.
A propos du dernier point, justement dénoncé par Baylet, il existe une pétition relayée par le comité 1905 : http://comite1905.over-blog.com/ en vue d'abolir cet accord avec le Vatican (merci Kouchner !)
merci pour l'info, J&B46, j'ai signé aussi.
. Il est, quand même, bien significatif de quelque chose que, depuis l'origine de Médiapart, quand il est question de "laïcité", cela ne vient pas de la rédaction, mais bien du club : . Comme ici : . http://www.mediapart.fr/club/blog/jeanpaulyveslegoff/100608/mediapart-et-la-laicite . ou, là : . http://www.mediapart.fr/club/blog/caroline-pinet/170109/ne-touchez-pas-a-la-laicite jpylg
Et bien, cher jean_paul_yves_le_goff, voici un débat à poursuivre puisque nous en partageons tout l'intérêt. Il serait même fort utile d'entrainer des croyants sous notre bannière de la laïcité car il ne vous aura pas échappé qu'un des arguments-chocs de Jean-Michel Baylet est d'avoir souligné que "la rupture opérée par le décret porte atteinte à la liberté des institutions d'enseignement catholique elles-mêmes".
. @ Lincunable . Merci pour votre remarque. A mon avis, ce n'est pas la meilleure chose à faire pour la défense de la laïcité de trop s'appuyer sur un point de vue électoraliste et poser en principe que tel politicien la défend mieux que tel autre. A mon avis, ils la défendent tous très mal. Mais, enfin, je veux bien admettre qu'il faille nuancer et, de toutes façons, l'important est de la défendre, et pour cela, commencer à informer, ce que Médiapart me semble faire particulièrement mal. . Cela dit, le premier des points est la prise de conscience de l'anomalie profonde de la loi Debré de 59; le double système d'enseignement est l'atteinte majeure à la laïcité et le fait que cela n'ait pas choqué l'opinion publique est ce qui a permis, permet et continuera à permettre toutes les autres atteintes. . jpylg
Je ne vois pas en quoi la loi Debré de 59 constitue une atteinte majeure à la laïcité, jpyl. Comme le rappelle Claude Lelièvre (dans son excellent billet du 10/09/2008 : « le pape : une visite providentielle pour l'enseignement catholique ? ») les établissements sous contrats ont été institués par la loi Debré du 29 décembre 1959, dont l’article 1 a été écrit de la main même du général de Gaulle : " Dans les établissements privés ayant passé un des contrats prévus, l’enseignement placé sous le régime du contrat est soumis au contrôle de l’Etat ; l’établissement, tout en conservant son caractère propre, doit donner l’enseignement dans le respect total de la liberté de conscience ; tous les enfants, sans distinction d’origine, d’opinion ou de croyance y ont accès ". Ce texte relève du respect de la laïcité, remise en question par le président Nicolas Sarkozy qui insiste sur les " racines chrétiennes de la France " et appelle à une " laïcité positive " contre une " laïcité épuisée " menacée par " le fanatisme "....D'ailleurs, le cardinal Jean-Louis Tauran soulignait à juste titre que " ce discours a introduit une nouvelle orientation dans les rapports entre l’Eglise et l’Etat : le président a dit des choses que ses prédécesseurs n’avaient jamais dites […]". Les choses changent...il suffit de suivre l'actualité
Cher jean_paul_yves_le_goff, Je pense au contraire que les périodes électorales sont propices au rappel à l'adresse de nos représentants des sujets qui fâchent ou qu'on passe sous silence. Ceci dit, si je me situe délibérément dans ce contexte, je ne pense pas que ce soit le cas de Jean-Michel Baylet qui pas une seule fois n'évoque l'Europe dans son point de vue mais s'en prend à un récent décret concordataire national en tant que militant laïque. Comme vous le soulignez, peu importe le politicien, l'important est de bien défendre la laïcité, un sujet qui transcende d'ailleurs comme l'Europe les clivages politiques traditionnels. Pour ce qui est de la loi Debré, je partage votre souci vis-à-vis de l'encadrement par l'Etat des établissements privés sous contrats qui ne peuvent toutefois plus désormais refuser de scolariser un enfant pour des motifs confessionnels (ce qui est tout de même nouveau). Je rappelle néanmoins que ce rééquilibrage public/privé avait déjà été amorcé par la loi Marie du 28 septembre 1951; De plus, la loi Debré visait à mieux contrôler le contenu des programmes pour s'assurer qu'ils soient conformes à ceux du public, ce que le décret Sarkozy/Kouchner permet de ne plus faire en déléguant au Vatican un droit de regard qu'il n'avait pas jusqu'à présent.
. "Je rappelle néanmoins que ce rééquilibrage public/privé avait déjà été amorcé par la loi Marie du 28 septembre 1951" . Tout à fait ! Les questions relatives à la laïcité doivent s'analyser à la fois sur le court, le moyen, le long et le très long terme; c'est pourquoi j'émets des réserves sur l'approche électoraliste (indépendamment du fait de mon opposition de principe à la politique professionnelle); mais saisir l'occasion d'une élection se justifie aussi. . Quant à la loi Debré, il faut la re-situer dans son contexte, où l'enseignement confessionnel était économiquement à bout de souffle, d'une part; d'autre part, il faut voir l'intention du législateur et l'application qui est faite. Il n'entrait pas dans l'intention de Michel Debré ni de Gaulle qui, tout en étant catholique, était bel et bien laïque, d'en faire une machine de guerre contre la laïcité. . D'ailleurs, cette évolution n'est pas finie et a des aspects imprévisibles; il y a tout un courant du catholicisme qui est fort embarassé, parce que, d'un autre côté, la loi Debré (c'est-àdire son application) laïcise l'enseignement confessionnel. Ce n'est pas simple. . jpylg
Alors nous sommes d'accord
La question de la Laïcité en période électorale joue encore plus les arlésiennes... Ce qui veulent la tuer se taisent pour ne pas faire peur aux électeurs attachés à ce principe fondamental de nos institutions, ce qui prétendent y tenir se taisent pour ne pas risquer de passer pour anti-religieux. Il est bien de rappeler que nos députés français ont acceptés de voter le Traité de Lisbonne malgré sa “disparition”. - Il est à craindre que pour la plupart des français la Laïcité est un acquis et que les coups de canifs dans la séparation des Eglises et de l’Etat ne sont pas bien graves. Des siècles pour que le peuple est la liberté de croire ou pas et que sa liberté ne soit pas muselée par la (les) croyance(s) d’autres et nous abandonnons peu à peu l’universalisme des droits pour nous enfoncer benoîtement dans le communautarisme et les diktats des différentes églises. - Sale temps pour la République, la Démocratie.... et les femmes.
La laïcité, c'est un peu comme la démocratie : on y est tellement habitué qu'on s'imagine qu'elle a toujours existé et qu'elle est installée définitivement. Or, elle est extrêmement fragile. Par ailleurs, l'échec du projet de grand service public de l'enseignement scolaire d'Alain Savary en juin 1984 montre que les français sont attachés à l'absence de monopole en matière d'enseignement. Le problème est de savoir quelle peut être la relation entre l'Etat et le privé, ce que la loi Debré s'est efforcée de définir.
. " on y est tellement habitué qu'on s'imagine qu'elle a toujours existé et qu'elle est installée définitivement. " . Exactement ! . Alors que, justement, la réalité c'est qu'elle n'a jamais été installée complètement... . jpylg
Tout à fait d'accord avec vous pour la fragilité de tous les acquis indispensables aux libertés des peuples. Mon sens de la laïcité se satisfait des écoles privés sous contrats (respect des programmes imposés par l'Etat, examens nationaux, inspections académiques, mixité, respect de la liberté de conscience, obligation d'accueillir des enfants de toutes confessions ou sans etc...).
. " Mon sens de la laïcité se satisfait des écoles privés sous contrats " . C'est une preuve de la complexité de la question de la laïcité, car pour ce qui me concerne, c'est le lien entre la défense de la laïcité et la "cause des femmes" que je fais mal (et pourtant je connais et la misogynie de nombreux pères de l'Eglise (dans l'antiquité), ainsi que certains aspects de la morale pudibonde d'une certaine sensibilité catholique historique; cependant, je vois mal... sans doute ne vous ai-je pas lue d'assez près... . jpylg
Cher ami, j'ai toujours dit que c'était votre "point aveugle". Ce n'est pas votre faute.
Le fait que les religions - ainsi que le législateur et la société lorsqu’ils s’en inspirent - aujourd’hui comme hier réservent un statut aux femmes différents de celui accordé aux hommes vous aurait-il échappé? Juste une poignée de questions plutôt que de longues explications: Qui à adresser en janvier 2008 une pétition pour que cesse les campagnes d’information du planning familial sur le contrôle des naissances? Qui se bat contre l’avortement? Qui assume les grossesses non désirées? Qui ne meurent plus après usage d’aiguilles à tricoter grâce à la légalisation de l’avortement en France contre la volonté des Eglises? - Loin de moi l’idée de voir dans l’importance de la défense de la laïcité la seule défense des femmes, mais ce seul aspect me paraît néanmoins nécessaire et serait suffisant à mes yeux s’ils n’y en avaient d’autres.
. Bien sûr ! vous avez cent fois raison. J'ai simplement tendance à penser, peut-être à tort, que l'Eglise adresserait les mêmes revendications à un régime qui serait effectivement laïque; il en va de même, sans doute, pour les manifestations d'homophobie. Les positions de l'Eglise sur les homosexuels sont inqualifiables; mais je ne vois pas à proprement parler, une atteinte à la laïcité. . Quand elle fait subventionner massivement son système éducatif, il me semble que c'est criant. . Et maintenant, le Vatican va décerner des diplômes que l'Université va devoir homologuer. . Profitons de l'occasion pour rappeler que Médiapart s'en fout. . jpylg
Excellent billet Lincunable... Merci pour la clarté de l'exposé...la laïcité est une valeur fondamentale européenne...merci d'en rappeler le contexte historique, spécifique, introduisant des variantes, pour en souligner le côté primordial. Il ne peut y avoir de projet politique européen sans « laïcité » (neutralité de l'état, liberté de conscience, pluralisme, séparation entre ce qui relève du domaine privé et ce qui relève du domaine public)... Comment l'UMP peut-elle prétendre défendre l'Europe avec un discours anti-laïcité ? Rappelons le discours de sarkozy au vatican en décembre dernier : “Dans la transmission des valeurs et dans l’apprentissage de la différence entre le bien et le mal, l’instituteur ne pourra jamais remplacer le pasteur ou le curé, parce qu’il lui manquera toujours la radicalité du sacrifice de sa vie et le charisme d’un engagement porté par l’espérance » !!!! Il y a toutefois une dérive possible du concept de laïcité, contre laquelle il convient de mettre en garde. Les tenants du différentialisme et d'une certaine gauche radicale voient dans la laïcité, qu'ils revendiquent, un « relativisme » culturel...Or, le multiculturalisme dont se revendique la laïcité fonctionne sous l’hégémonie d’une anthropologie des droits de l’homme et non sous celui du différencialisme ou du particularisme. C’est à partir de cette anthropologie des droits de l’homme que l’on peut définir le «non négociable». De ce point de vue, la polygamie, l’excision, le mariage forcé, font partie du «non négociable». La laïcité comme « valeur européenne » ne peut déboucher sur le différencialisme, qui consiste à promouvoir une société dans laquelle l'unicité du genre humain, l'égalité juridique entre les individus et la citoyenneté disparaissent au profit de la valorisation qui sépare, des aptitudes physiques ou intellectuelles données comme innées, et aussi l'appartenance ethnique, raciale ou religieuse... Deux dangers guettent la laïcité : le premier est celui du pouvoir qui affirme en fanfaronnant : « la république a besoin de croyants », pour faire régresser la démocratie, le second est le mouvement différentialiste et l'ethnicisation, qui lui est liée, en prétendant avancer dans nos démocraties au nom d'une laïcité dévoyée dont l'objet est la régression des droits humains
Merci Renarblanc pour vos encouragements qui me sont précieux. Je suis d'accord pour les deux dangers que vous soulignez, soit en transposant : absurdité de la phrase de Malraux ("le XXIème siècle sera religieux ou ne sera pas"), confusion entre neutralité religieuse et conformité des religions à la vie démocratique.
Oui, c'est un peu cela Lincunable... D'autant que la formule présidentielle d'une "laïcité positive" par opposition à une "laïcité épuisée", qui serait elle, négative, s'inscrit dans l'ambivalence de cette double confusion : d'une part un retour au religieux pour appuyer la "République" est ses valeurs, d'autre part une confusion entre neutralité religieuse et conformité des religions à la vie démocratique dans laquelle peut s'engouffrer le communautarisme et le différencialisme...
Merci pour votre billet ! . La laïcité est un bien précieux, le fruit d'une évolution intellectuelle libératoire. . Sa remise en cause va de pair avec les communautarismes - encouragés par le Président actuel, je n'ai pas besoin de faire de dessin. . C'est un terrible retour en arrière qui - s'y nous n'y prêtons pas garde - peut conduire à retomber dans de terribles affrontements tels que la France - et l'Europe - les ont connus avec des centaines de milliers de morts. . Il faut à tout prix préserver la laïcité contre ce qui se prépare - en France du moins - manifeste par le discours du Latran et autres. . Et pourtant, Xavier Bertrand, Rachida Dati - soutenus par Arlette Chabot - mentent en direct sur France2 à ce sujet.
Merci à vous, Etoile66. Ceci m'amène à repréciser l'importance du sujet pour l'Europe. Au mépris du passé pour les nouveaux entrants ("ces pays ont perdu une bonne occasion de se taire", Jacques Chirac à propos de l'Irak, "le plombier polonais et l'architecte estonien font du dumping social en Europe" Philippe de Villiers à propos de la directive Bolkenstein), Nicolas Sarkozy oppose un "Je vous ai compris" en mettant en avant les "valeurs chrétiennes" défendues à l'est comme symboles de la liberté d'expression. Il joue donc sur du velours. Les français de leur côté sont tellement anesthésiés par les erreurs du passé qu'ils finissent par ne plus réagir devant celui qui "a replacé la France au centre de l'Europe". C'est cette image qu'il faut inverser, ce discours qu'il faut déconstruire.
Pas d'avenir sans optimisme! Selon les sondages plus de 70% des français semblent ne pas (ne plus) être ébloui par le parti présidentiel censé regrouper les droites de gouvernement, l'anesthésie n'est donc pas d'une redoutable efficacité.... Persuadée que la démocratie est soluble dans le bipartisme je suis assez satisfaite de voir les 2 grands partis échoués dans leurs tentatives récurrentes en ce sens :-)
"Persuadée que la démocratie est soluble dans le bipartisme je suis assez satisfaite de voir les 2 grands partis échoués dans leurs tentatives récurrentes en ce sens :-)" Bonne satisfaction : je doute que celle-ci vous mène au nirvana, cependant. Car ce n'est pas si simple.
Je vous l'accorde volontiers, ce n'est pas simple. La démocratie n'est pas simple.
Raison de plus pour ne pas la gâcher pas avec des propos revanchards. Sans rancune ;-)
Pas de raison de rancune puisqu’il n’y avait aucun esprit revanchard dans mes propos. Je pense sincèrement que le bipartisme n’est vraiment pas bon quelque soit le parti auquel il bénéficie puisqu’aucun n’a seul la clé du nirvana :-)
On n'est déjà plus tout à fait dans un bi-partisme absolu. Tant mieux, je m'en réjouis. Mais il y a un danger, au multi-partisme, que vous n'ignorez certainement pas; c'est pourquoi, il n'est pas forcément la panacée. Il est à noter que les partis qui aimeraient se hisser dans dans le giron du bi-partisme sont prompts à le dénoncer, on connaît la chanson ...
@penelope et caroline pinet : tant mieux si les sondages ne sont pas mirobollants pour le parti du président, je ne vais pas m'en plaindre. D'ailleurs, il semble s'en être rendu compte puisqu'il vient de lancer son blog pour la pêche aux voix. Espérons qu'il n'aura pas l'idée de s'abonner à Mediapart, ce serait la cata...
J'aimerais bien, moi !
@ Melchior Griset-Labûche : est-ce qu'il ne monopolise pas suffisamment la parole par ailleurs ? Un peu d'air frais sans Big Brother, que diable...
Est-ce qu'il ne monopolise pas suffisamment la parole par ailleurs ? Un peu d'air frais sans Big Brother, que diable...
J'ai fait hier une synthèse de ce que j'avais retenu du livre de Tzvetan Todorov . "La peur des barbares", sur mon blog. La thèse de TT dans la 5ème partie du livre met en exergue cette force, cette nécessité de la laicité pour l'Europe. Pour TT la "valeur" finalement la plus caractéristique et la plus importante de l'Europe est sa CAPACITE A GERER LA DIVERSITE. C'est pas fort ca? Il montre que l'Europe a toujours été forte quand elle favorisait la diversité, et faible quand elle cherchait à la réduire (Nazisme...). L'europe est un concentré de cultures, de langues, de religions, de climats sur un tout petit territoire. Notre capacité à gérer, à vivre cette diversité est finalement notre identité et notre force.
L'europe est un concentré de cultures, de langues, de religions, de climats sur un tout petit territoire. Notre capacité à gérer, à vivre cette diversité est finalement notre identité et notre force. Absolument. Merci de l'avoir formulé ainsi !
Ne pas oublier la Turquie, laïque, dont "la langue, les religions (de nombreux arméniens chrétien y vivent)la culture, le climat" participent de la "diversité (qui) est finalement notre identité et notre force."
(de nombreux arméniens chrétien y vivent) ... y vivaient avant d'y être massacrés et déportés par les Turcs entre 1914 et 1923 , (entre 800.000 selon les Turcs eux-mêmes et 1,5 million de personnes, selon les historiens européens). Excusez "l'hospitalité" qui nie ces faits jusqu'à ce jour... . la culture, ottomane, non européenne . C'est comme avec les fausses informations que vous diffusez sur Daniel Cohn-Bendit - que je me suis permis de rectifier par deux fois en citant de vraies sources - sur d'autres fils... . Un parfait mélange des genres qui mélange informations et polémique.
De nombreux arméniens vivent à Istanbul, et ils en ont assez de cette polémique autour de la reconnaissance du génocide ... Ils veulent oublier. C'est surtout la communauté expatriée qui fait pression pour que cette reconnaissance ait lieu, qui avance, tout doucement. (Se rappeler le mal que nous avons à reconnaître nos propres crimes en Algérie, ou pendant l'esclavage, et se calmer un peu). Evidemment, les anti-intégration de la Turquie en font des tonnes au sujet de cette reconnaissance. Les Arméniens, eux, sont partagés entre leur ressentiment, et leur désir d'entrer à leur tour dans l'UE.
Oui, ben justement, Tzvetan Todorov, dont j'ai repris l'analyse concernant la laicité et la gestion de la diversité se prononce clairement contre l'entrée de la Turqui dans l'Europe, pour des raisons géo-stratégiques uniquement : 1/ il faut bien que l'Europe s'arrête quelque part 2/ on ne peut absolument pas envisager de donner à l'Europe un voisin tel que l'Irak ou la Syrie. 3/ Par contre, il faut absolument établir un partenariat avec la Turquie qui peut jouer un role extraordinaire Je ne suis pas loin d'être de cet avis...
Merci Oliv92 pour votre commentaire. Je crois que je vais me procurer le livre de Tzvetan Todorov
Je suis profondément "Laïc" mais dans les établissements d'éducation religieuse il est nécessaire de faire la différence entre une faculté de "théologie" formant des éducateurs civilisés et les "Madrésas" formant des kamikasés dont la sauvagerie n'est en aucun cas admise par nos valeurs républicaines.
Ce qui est répréhensible, Michel P, et là-dessus nous sommes d'accord, ce ne sont pas les écoles religieuses mais l'utilisation illégale et non contrôlée qui peut en être fait. Cela vaut pour les écoles de toute confession. il n'est donc pas question d'interdire par principe les Medrese (mot turc), Madrese (mot persan) ou Madarsa (mot arabe), qui sont des établissements d'enseignement, mais uniquement celles qui ne respecteraient pas les lois de la République, abriteraient ou encourageraient des activités condamnables pouvant porter atteinte à l'intégrité physique et morale des personnes.
Madarsa (mot arabe) Excusez, mais en arabe, le mot féminin - مدرسة - transcrit en lettres latines se prononce "madrassa", il vient du verbe "étudier" دَرَسَ
Merci pour cette précision, Etoile66, j'ai toujours eu des difficultés avec la vocalisation des racines trilittères
racine trilittère ? Système linguistique hyper-intéressant. J'ai commencé par l'hébreu et ai continué avec l'arabe classique. Deux langues qui se ressemblent tellement... justement le système de racine trilittère, hyperlogique
Nombreux exemples, Etoile66 : *SFR (= ensemble) qui a donné sifr en arabe (= chiffre) et sepher en hébreu (livre); *SLM (= paix) qui a donné salam en arabe et shalom en hébreu (= salutation)... Sauf qu'avec MDRS, on serait dans une racine quadrilittère, non ? Mystère et boule de gomme...