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Le monde du disque en crise: la crise de la culture musicale
Depuis de nombreux mois, les Majors de l’industrie du disque et de la distribution sont entrées en guerre contre le téléchargement illégal, avec l’appui du gouvernement. Ils tentent de rejeter la responsabilité de cette situation sur les utilisateurs et les fournisseurs d’accès Internet.Mais pas une fois on ne les entend se remettre en question. On n’entend d’ailleurs pas plus les médias, généralistes ou spécialisés dans le domaine de la musique, soutenir ou enquêter sur une autre thèse. Certains artistes eux-mêmes se lancent dans la bataille contre les « téléchargeurs » sans chercher réellement quelle peut être l’explication originelle de cette situation. Sans se demander pourquoi, malgré la crise économique, qui pourrait pousser plus de Français à télécharger gratuitement, certains artistes sont peu touchés par ce phénomène alors que d’autres subissent de plein fouet le recul des ventes.
Actuellement, avec la crise économique et la sinistrose ambiante, on a vite fait d’expliquer que les raisons sont conjoncturelles. Pour notre part, nous pensons qu’il faut chercher des causes structurelles, liées aux modes de fonctionnement mêmes de cette industrie. Tout comme cela se passe dans l’industrie automobile ou dans le milieu bancaire : la volonté de faire des profits exponentiels à court terme est souvent l’explication de la chute. L’industrie automobile n’a pas su prendre le virage des énergies bio et de la hausse du pétrole, l’industrie du disque a voulu profiter du tournant numérique sans mettre les moyens et s’est fait dépasser par ces technologies se contentant de la situation de quasi rente dans laquelle elle se trouvait.Le but de cet article est de mettre en avant les motifs non avoués, voire tabou, de la crise actuelle que subit le monde de la musique.
1- la baisse de qualité des disques
Depuis déjà bien longtemps les Majors cherchent à faire de la musique enregistrée un produit de grande consommation pour augmenter à tout prix leurs marges et leur chiffre d'affaire. On ne peut pas leur en vouloir sur le principe. Une industrie est faite pour gagner de l'argent et si possible de plus en plus. Malheureusement, cela s'est toujours passé au détriment de la qualité. Dans ce cas, on peut comprendre que, lassé, le consommateur se détourne du produit : pourquoi continuer à payer cher un article dont la qualité baisse de jour en jour ?
Concernant l’industrie du disque, nous nous demandons juste si cette baisse de qualité est un manque de prise de conscience de l’importance que cette qualité revêt pour le client auditeur, ou une volonté délibérée de ne pas prendre en compte cet aspect « qualité du produit », dans le but de produire plus, plus vite et à moindre coût.
Dans les années 60, déjà, la qualité des disques commençait à baisser, dans le but de réduire les coûts de fabrication tout en vendant de plus grosses quantités. Ainsi, alors que le poids d'un disque dans années 50 s’étalait entre 180g et 230g en moyenne, il était tombé, dans les années 80 à environ 110g à 120g. (A titre d'exemple: un disque audiophile de qualité pèse minimum 180g).
Déjà à cette époque, les industriels du secteur ont commencé à enregistrer une baisse des ventes, sans faire (ou vouloir faire) le lien avec la qualité. Ils ont remis en cause le principe du disque vinyle, considéré vieillot, dépassé, et ont mis en avant, à grands renforts de marketing et de communication, une nouvelle technologie, sensée relancer les ventes : le CD.
Le CD a eu ses heures de gloire. Difficilement accepté au début par les audiophiles pour manque de qualité musicale, il finit rapidement par s'imposer pour son côté indéniablement pratique. Cela aura duré une dizaine d’années avant que la qualité du CD se mette elle aussi à baisser de façon sensible, et entraîne une nouvelle baisse des ventes avec elle. On a alors incriminé les fabricants de graveurs de CD qui favorisaient la copie (toujours pas de remise en cause sur la qualité !).
Il fallait trouver une solution non "piratable" pour maintenir le niveau des ventes. Le SACD a été lancé. Au vu de sa définition : « super audio CD », nous, les mélomanes, déçus par les dernières productions en CD, étions enthousiastes, à l’arrivée de cette nouvelle technologie.C’est ainsi qu’à la sortie d’un nos classiques préférés en SACD (l’album « Time Out » de Dave Brubeck), avec un ami, nous avons voulu faire quelques écoutes comparatives. Nous avions, à l’époque, pu nous faire prêter le dernier modèle de lecteur SACD haut de gamme Sony, considéré comme une référence sur le marché, un appareil tout de même vendu aux alentours de 5000 euros. Notre comparaison s’est portée sur les disques suivants : Le vinyle mono de l’époque (Fontana), Un vinyle en version stéréo CBS, Un CD 16 bits digitalisé du vinyle,un CD 16 bits du commerce, un CD remasterisé 20 bits, et la version remasterisée SACD.Quelle n’a pas été notre surprise ! Certes la version mono d’époque grattait un peu, mais ce fut de loin la plus musicale. Ensuite vint, en terme de qualité sonore, d’amplitude, de plaisir d'écoute, la version vinyle stéréo, et ainsi de suite, pour finir par le SACD. Nous qui espérions que l’arrivée du SACD allait remonter le niveau de qualité devenu bien bas avec les derniers CD !!!Nous avons renouvelé l’expérience avec les disques d’autres artistes, de jazz, de classique… La conclusion allait toujours dans le même sens.
Aujourd'hui, on ne peut qu'être admiratif du dernier IPOD, un vrai bijou technologique. On peut en un seul click télécharger en fichier MP3 la valeur de toute une discothèque qu'aurait mis plus de 40 ans un mélomane passionné à constituer.
Mais, le MP3 est à la musique ce que le litre étoilé est au vin de Bordeaux. On a voulu utiliser une norme informatique, prévue initialement pour compresser les données, faciliter le téléchargement et optimiser la place dans un ordinateur, pour diffuser de la musique. Par conséquent, le son est de médiocre qualité, la dynamique trop faible. Comment, alors, faire passer des sensations, vraie raison d’être de la musique, si tout est comprimé, diminué, aseptisé ?
Où est le respect du travail artistique des chanteurs et musiciens ?
2- et des enregistrements
Beaucoup d'éditeurs de disque ont réduit leurs exigences en terme de prise de son et de pressage. Nous avons tous en mémoire les célèbres studios tels qu’Abbey Road où les Beatles enregistraient tous leurs tubes. On se rappelle des images d’artistes comme Gainsbourg passant des semaines à faire et refaire des morceaux pour que les prises de sons soient les meilleures.De nos jours, hormis pour quelques artistes à la fois auteur, compositeur, interprète (on pourrait presque dire « de la vieille école »), dans les grandes maisons de disque, tout doit aller vite. L’artiste enregistre tout un album en quelques jours. C’est comme si, un réalisateur de film ne faisait qu’une seule prise de chaque scène et s’en contentait.Lorsque l’on voit un artiste qui enregistre, la console de mixage semble plus importante que l’artiste lui-même. Très peu enregistrent avec de « vrais » musiciens. Ces derniers ont été remplacés par des boites à rythme.
Il ne reste que quelques petits labels indépendants à promouvoir la qualité d’enregistrement. Mais ces derniers ont du mal à s’en sortir et risquent toujours de disparaître ou d’être rachetés par des Majors.
De même, tous les plus grands artistes avaient des directeurs artistiques qui ont fait d'eux les stars que l'on connaît aujourd'hui. A présent, ils ont été supprimés petit à petit, tout comme les ingénieurs du son.
3- le rôle des médias
Les Majors promeuvent un artiste ou un nouveau disque comme Danone lancerait un nouveau yaourt. Les médias, complaisants, voire complices, sponsorisent/mettent en lumière les artistes de ces entreprises. Certaines chaînes de télévision se sont même lancées dans le système avec des émissions de télé-crochet qui n’ont pour but que de faire de l’audience et de "people-iser" une personne plutôt que découvrir un véritable artiste.
La radio, vecteur privilégié de la musique, ne valorise pas non plus la qualité sonore, à part France Musique. Aujourd’hui, les radios poussent même le vice en incitant leurs auditeurs à écouter les émissions sur Internet !
Comment, dans ce cas, éduquer les oreilles à un son de qualité ?
Les médias se contentent de relayer la position des éditeurs et des distributeurs.
Ils sont enthousiasmés par les nouveautés technologiques, sensibles à la mode « high-tech ». Je vois encore l'image du journaliste de TF1, Jean Claude Bourret, au journal de 13h de l'époque, casser un disque noir en direct en ventant la fin du vinyle pour le CD.
Il en a été de même avec l’arrivée du MP3. les magazines spécialisés n’ont jamais dénoncé cette technologie comme étant une source de moindre qualité. Mêmes les spécialistes de la musique classique, sensés être les gardiens du temple, prônent actuellement la musique compressée !Pour eux, écouter de la musique classique est déjà bien en soi. Nous pensons le contraire. La musique classique, pour être réellement appréciée à sa juste valeur, pour procurer des sensations, a besoin de qualité. Sans cela, on la consomme comme un hamburger, on ne prend pas de plaisir !
4- la musique n’est pas un produit de consommation comme un autre
Les industriels et les médias se sont comportés comme si la musique (ou la culture en ordre général) était un produit de consommation comme un autre. Comme si seule la communication et l’efficacité du marketing, du merchandising, faisait vendre. Comme si tout était bon pour gagner de l’argent. Ce qui compte pour les éditeurs, c’est que le CD soit en tête de gondole dans les supermarchés, que l’artiste vienne faire sa promo dans les émissions télévisées et radio ayant les plus fortes audiences. Ils pensent (naïvement ?) que cela suffit.
Ils pensent plus à rentabiliser une composition par la vente des articles dérivés qu’à mettre en avant le produit initial : aujourd’hui, ça n’est pas tant la vente d’un album qui rapporte que les extraits vendus en sonnerie de téléphone portable. Où est la qualité dans tout cela ? et la culture ?
C’est même plus grave car cette baisse de la qualité entraîne aussi des conséquences sur la santé. Comme nous l’évoquions dans un précédent billet, un enregistrement de mauvaise qualité, compressé, pousse l’auditeur à augmenter le volume et à endommager ses oreilles.
Cela porte à oser une comparaison avec l’industrie alimentaire. La qualité gustative et surtout la qualité nutritive (et sanitaire) se sont énormément dégradées avec l'augmentation de production.Et le nombre d’obèses ne cesse d’augmenter. La puissance publique a commencé à s’intéresser au problème de la mal-bouffe que lorsque les conséquences sur la santé ont été trop visibles.Dans la culture musicale, les autorités commencent tout juste à prendre conscience du problème sanitaire lié aux pertes d’audition chez les jeunes mais ne s’attaquent pas à la problématique de la baisse du niveau culturel de nos contemporains.
Comme pour la nourriture, ils s’en occuperont malheureusement lorsque le mal sera fait. Lorsqu’il n’y aura plus que des artistes pré-fabriqués (et on a déjà bien avancé dans cette direction), lorsque nos enfants ne feront plus la différence entre une symphonie et la musique criarde ou insipide d’un groupe inventé pour faire sonner un téléphone. En effet, comment leur faire comprendre le plaisir que procure l’écoute d’un opéra lorsque le seul moyen pour eux de le découvrir est le mode compressé du MP3 ?
5- On arrêtera le téléchargement lorsque l’on parlera de qualité audio
En conclusion, les industriels du disque sont en grande partie responsables de la crise actuelle des ventes : pas étonnant, quand les artistes sont médiocres et la qualité pas au rendez-vous que l’on ne veuille pas payer pour un disque !
La seule solution, et certains commencent à le comprendre, est de remettre en avant une valeur ajoutée dans le produit disque ou même dans la musique dématérialisée. Et cela doit s’accompagner d’une rééducation portée par les autorités publiques ainsi que par les médias.Par exemple, mettre en avant la moindre qualité de la musique compressée donnera envie aux auditeurs de payer pour avoir de la musique non compressée et apportant plus de sensations et de plaisir.On pourrait imaginer que, lorsque l’on télécharge légalement, les morceaux ne soient pas en MP3 mais issus d’enregistrement originaux (rappelons-nous la comparaison sur le Dave Brubeck, citée ci-dessus : je serais d’accord de payer pour télécharger si la qualité était identique à celle de mon vieux vinyle mono, avec les craquements en moins !).
Enfin, dans une période où les Français accordent plus d’importance au prix des choses et à la justice sociale, on peut se demander si les médias n’ont pas joué contre les artistes en publiant chaque année les revenus des uns et des autres. Sous prétexte d’une volonté de transparence, on apprend que tel artiste a gagné plusieurs millions d’euros une année. Alors, il est simple de conclure qu’il n’a pas besoin d’argent et qu’il ne souffrira pas si l’on copie illégalement son œuvre. Jamais les médias, lorsqu’ils parlent de ces revenus, expliquent d’où cela provient, que ces revenus ne sont pas linéaires car un véritable artiste ne produit pas un album tous les ans…
Nous avons donc encore du travail si l’on veut sauvegarder notre patrimoine culturel musical et transmettre à nos enfants le goût pour cette musique de qualité.
Cependant, heureusement, tout n’est pas noir et des niches subsistent ; il faut espérer qu’elles viendront à se renforcer : tous les disques vinyles n’ont pas disparu, il y a même régulièrement des rééditions de certains grands classiques, certes en petit nombre, destinées essentiellement aux collectionneurs, mais c’est suffisamment significatif pour s’en réjouir (en 2008, pratiquement 2 millions de disque vinyles 33-tours on été vendus au État-Unis, un record depuis 1991. En France, ce marché est aussi en augmentation : il s'est vendu à peu près 200 000 à 250 000 unités).
Le 2e motif d’espoir réside dans le fait que les jeunes redécouvrent la stéréo.
Nous détaillerons ces 2 sujets lors d’un prochain billet.
Nous avons aujourd’hui une technologie extraordinaire , il faudrait commencer à s’en servir à bon escient et pour le bien de tous…


Tous les commentaires
Excellent. Vous soulevez de bons points. Espérons que l'industrie vous entendra. Mais peu d'audiophiles possèdent le matériel sophistiqué et la grande majorité se rabat sur le format .MP3 que je n'aime pas du tout. L'un est-il la conséquence de l'autre ? Il y a toute une pente à remonter. Comme vous, il me faut une qualité très nette du son, celle où l'on distingue bien les instruments et où il n'y a pas de 'traficotage' d'ingénieur du son. Il y a de très bonnes maisons côté classique, mais je déplore que le répertoire reste limité. Il y a tant à découvrir ou à redécouvrir . Heureusement que nous avons Naxos, Dorian, Analekta, Atma et Hyperion pour ne parler que de celles que je connais le plus... mais les majors sont vraiment paresseuses ou frileuses. La concentration de l'industrie a mené à la disparition de grandes marques ou petites mais bonnes étiquettes et c'est bien dommage. Le même phénomène se voit du côté du livre. Je continue de vous lire avec intérêt. Merci.
Juste un commentaire indirect après lecture de ce très intéressant travail. Certaines crises peuvent apparaître "impalpables". On lit ou entend des statistiques, écoute des commentaires, mais si l'on est pas touché personnellement, l'idée même de crise reste somme toute assez floue. J'ai souhaité samedi acquérir un CD dans un très grand magasin Carrefour. Je restai sur l'idée de mes visites précédentes et m'apprêtai à chercher parmi les trois allées dédiées, dans mon souvenir, à cette vente. Rien! ou si peu! Une seule et petite allée, quatre rayons ridicules en nombre de produits présentés : les pas chers (seventies), les artistes internationnaux, les francais, les super promos! Démontée la dizaine de points d'écoute avec casques stéréos cuivrés, disparues : musique de film, musique classique, Jazz, musique du monde... Pardonnez ma naïveté, mais il m'a fallu ce choc pour rendre "palpable" les effets du téléchargement !
Bonjour Did306. Même chose de ce côté-ci de l'Atlantique. L'offre est réduite à peau de chagrin. Il y a presque dix ans que j'achète mes cédés par internet.
Oui, c'est un autre monde... On avait déjà perdu les petits disquaires mélomanes et érudits, chez qui on pouvait se renseigner, au besoin fredonner un air ou évoquer un catalogue vu ailleurs, voilà maintenant que même la FNAC ou pire, le "rayon musique" des supermarchés, eux-mêmes finissent par disparaître!
Un blog intéressant à consulter sur le sujet: Vive la musique libre !
Perso ça me manque énormément, flâner au hasard entre les bacs, repartir avec des trucs parfois inattendus, compter sur mon flair ou sur la chance... L'objet, aussi, l'objet en lui-même, pas une simple suite de zéros et de uns sur mon disque dur, non, un vrai objet, avec son emballage à défaire, ça sent le neuf au début, puis il commence à prendre de la bouteille et des rayures, etc.
Sinon, pour les formats, on n'est absolument pas tenu au MP3 qui effectivement n'est pas vraiment de la musique. Sur mes iPods perso tout est en Apple Lossless, plus encombrant mais aucune perte, quoique pas si encombrant que l'AIFF, lui aussi possible pour les exigeants qui se servent d'écouteurs à 500€ sur leur baladeur. Et si on achète légalement, chez iTunes par exemple, on peut télécharger en format AIFF ou autre, là non plus on n'est pas tenus au MP3.
Je ne sais pas trop comment cela se passe sur vos antennes nationales, mais au Canada, la radio publique (CBC et Radio-Canada) a considérablement réduit l'offre de musique classique et réserve les heures d'écoute restantes aux musiques les plus 'élémentaires' et mille fois entendus. Les animateurs érudits, (tout comme les discaires mélomanes d'autrefois) ont tout simplement été évincés du micro et il est devenu impossible d'entendre un commentaire 'intelligent' à propos d'une oeuvre ou d'un artiste. Pire, un des animateurs du matin, apprécié de tous pour son érudition musicale et son sens de l'humour inimitable, a été parachuté dans un univers complètement étranger au sien. En lisant les tribunes quotidiennes de la radio culturelle de CBC (Radio two) on se rend compte très vite de la grande frustrtion des mélomanes de longue date qui ont tout simplement été largués... (dont moi !). C'est d'une tristesse infinie. On a même été jusqu'à larguer l'orchestre national de la CBC qui était un de nos beaux fleurons et grâce auquel les jeunes musiciens du Canada pouvaient espérer être présentés au public. C'est à peu près aussi désert du côté d'Espace Musique (Radio-Canada) dont l'offre est réduite au point où l'on n'entend plus rien d'extraordinaire, sauf un événement ou deux par année, encore que, quand il s'agit des efforts de Kent Nagano et de l'OSM, on en reste pantois devant l'insuffisance --- j'avoue, à sa décharge, qu'il a un rôle de promoteur à jouer et que tous les prétextes sont bons... hélas ! Nous en sommes là ! Tandis que la radio culturelle jouait son rôle de moteur pour l'industrie de la musique classique, nous en sommes à attendre un sauveur ou un miracle. La culture de la musique classique est en train de se perdre. Mon plaisir, en bâtissant ma discothèque, c'était de découvrir par le truchement de la radio une oeuvre d'un compositeur canadien, nord-américains, du Sud de l'Amérique ou d'ailleurs et de rechercher les cédés pour mieux les réécouter ensuite. Nous ne les entendons plus... À moins d'avoir tout son temps à consacrer aux recherches des nouveautés et des biographies ou autre chose intéressante, il est très difficile de continuer à suivre le fil de l'événement musical. Il y a toujours les revues en ligne, mais c'est plus difficile de se faire une idée de ce qui est bon ou pas... enfin, c'est mieux que rien. Pour ceux qui ne connaissent pas : www.scena.org est une bonne référence musicale. Merci pour les références données ci-dessus.
J'ai lu avec beaucoup d'intérêt cette analyse, qui met en lumière des aspects rarement évoqués, et auxquels j'adhère.Par exemple, le slogan d'une radio FM me semble assez symptomatique de cet état de fait : "le son pop-rock" : on n'écoute plus de la musique, on ouvre le robinet du son. Par contre, je suis assez étonné par un argument pro-téléchargement illégal : "pas étonnant, quand les artistes sont médiocres et la qualité pas au rendez-vous que l’on ne veuille pas payer pour un disque !" Pourquoi me donnerais-je le mal de télécharger (légalement ou non) la musique d'un artiste que je trouve médiocre ? La gratuité ne me donnera pas plus envie de l'écouter ...
je regrette juste , que le format numérique en HD ai été limité au SACD ... Le DVD Audio aussi est ( ou plutôt était , car pratiquement mort né ) une alternative Interessante et difficilement piratable.... En fait il y a toute la chaîne qui descent en qualité , les budgets studio son hyper réduits et les maisons de disques encouragent de plus en plus la réalisation en home studio. De plus la logique du disque "auto-suffisant" artistiquement est reléguée au second plan au profit d'une vision purement en terme de logique de carrière dans le sens ou la plupart "pondent" un album pour pouvoir monter la tournée... Peu importe le contenu et surtout sa distance avec la scène... Petite précision à Axel J je cite "si on achète légalement, chez iTunes par exemple, on peut télécharger en format AIFF ou autre, là non plus on n'est pas tenus au MP3." Non non , c'est du AAC ! dans le meilleur des cas du 256 kbs....
Merci pour cette précision. Donc même sur les boutiques en ligne les plus soi-disant prestigieuses, la qualité baisse aussi.
Il faut dire que c'est ce qu'on vit dans la vie réelle à tous points de vue: electroménager, automobile etc, mais aussi services, à distance téléphone "tapez Un" où on ne trouve plus personne de responsable etc etc, beaucoup de clinquant et de gadgets soi-disant si innovants, en vérité masquant une baisse constante de qualité et une captivité toujours croissante du "consommateur" qui a de moins en moins de choix ni de porte de sortie...
Salut,
Je suis le producteur de la musique de ma femme. Elle et moi avons comencé à enregistrer de la musique avec des vrais musiciens avant l'arrivée du CD, on était encore ado. Vous pouvez écouter ses derniers albums sur http://www.guidadepalma.com
Nous nous considérons plus comme des artisans que des artistes. Nous ne sommes ni les enfants de Serge, Jacques, Louis ou Jean Philippe. Nous avons toujours produit ses album nous mêmes, les maisons de disques n'étant pas intéressées par ce que nous faisions nous sommes parti vivre à Londres en 1989. Nous avons vendu aux environs de 30000 unités, en additionnant remix, CD, vinyles et downloads. Nos marchés principaux sont les USA, le Japon et la GB.
D'abord je suis assez d'accord avec ce que dit l'auteur. C'est l'appât du gain et l'absence de vision qui ont tué l'industrie. Par contre je comprend pas très bien comment il fait pour dire que le vinyle ça sonne mieux que le numérique. Qu'il soit nostalgique du son analogique et de la compression très particulière du vinyle, je le comprends, mais un fichier Flac ou AIFF sur des moniteurs studios c'est exactement ce que les musiciens ont joué. Il n'y a pas mieux. Après, les goûts et les couleurs... moi aussi j'aime le vinyle, je suis né avec.
Je note qu'en 1986 Phonogram, la branche musique et contenu de Philips a été vendu par Philips la même année qu'ils ont sortit le CD. Technologie qui s'est rentabilisée par un système de licence qui fait que toute entreprise qui commercialise des appareils ou des consumables estampillés CD paye une royauté à Philips. C'est à dire que Philips a gagné beaucoup d'argent avec la piraterie.
Notons au passage qu'on n'a jamais autant entendu de musique que maintenant. La musique c'est devenu une forme de pollution. Il faut se planquer pour avoir du silence. Si les fabricants de disques sont en faillite, les éditeurs (ceux qui gèrent les droits) sont eux dans une santé explosive. La musique urbaine ( Rap etc...) étant faite principalement à partir de samples puisés dans de vieux catalogues qu'ils ont déjà payés et rentabilisés il y a belle lurette c'est tout bénef. Pourquoi s'emmerder à donner une avance à un musicien pour créer de nouvelles mélodies, quand ont peut faire un max de pez en recyclant. Je n'ai pas un problème avec cette musique en particulier, moi, mon problème c'est que c'est devenu la musique dominante, on entend plus que ça. J'aime la diversité.
Nous, en bons artisans consciencieux, vieille école et tout, on a fait ça en studio, avec une console Neve de 1970, un vrai Hammond C3, avec de vrais musiciens qui sont allés pendant des années apprendre l'harmonie. Avec cuivres, cordes, la totale... Ça coute €30 000 un album comme ça. De notre poche. On est bien con quand même ;-) On aurait pu sampler une rythmique qui à déjà bien marché, avec des gros boum-boums bien graves... whao, trop cool ! Je te mets un mec qui parle dans sa barbe et qui fait hein-hein de temps en temps... je suis bien con... j'ai été me faire caguer à aller chercher les musiciens de Charlie Mingus et Average White Band. Ceux la même qu'on sample à tout va.
Après tu sort l'album, les magasins, les distributeurs et grossistes qui le vendent, déjà il y en a pas beaucoup parce si ils mettent des disques sur leurs étagères il faut qu'ils vendent un max, mais en plus ils font tous faillite un par un.. donc tu vois jamais le pognon. Idem pour les downloads, comme ils sont trop nombreux et qu'ils vendent des MP3 sans protection, six mois plus tard tu commence à recevoir du spam qui te propose le téléchargement gratuit de ton propre album... ou des sites te le vendent, mais tu leur a pas donné l’autorisation.Whatever...
iTunes c'est super, 18% pour Apple, le reste pour le musicien. 18% c’était ce que les majors nous donnaient. Le problème c'est qu'ils ont succombé à pression des majors qui ne voulaient pas du verrouillage des fichiers. Ils préfèrent se faire dépouiller par les internautes que de donner les clefs de leur librairie à Apple.
Maintenant, on nous dit que c'est la pub qui va financer le musique. Moi je veux pas. La pub ça me gave. Je veux pas d'une pub pour le dernier forfait de "Court Vite l'acheter." de chez Vodafone entre Jacques Brel qui chante le "Plat pays" et "Night in Tunisia" 1ère version de Dizzy. Quand vous avez reçu votre relevé de Spotify ou autres vous voyez que votre morceau est passé 250000 fois et que vous avez gagné €0.90 au total. Ça marche comme ça: sur €1 qui rentre l'essentiel c'est pour payer une armé de gens comme : la technologie, le personnel, les actionnaires, l'agence de pub qui a vendu l'espace publicitaire etc... le musicien lui, ce grand veinard, il prend les miettes, si il y en a...
Moi je préfère le donner gratis notre album. Au moins, celui qui le télécharge il le fait par ce qu'il aime ce qu'on fait.
Stef
http://www.magnethic.com