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Grèce: Le financement de la campagne fait débat

S'ils ne pèsent pas toujours très lourd dans le jeu institutionnel bruxellois, certains eurodéputés conservent au moins leur liberté de parole. Guy Verhofstadt, ex-premier ministre belge, vient d'envoyer un courrier musclé à la Commission, dans lequel il s'indigne du financement, par le «contribuable européen», des législatives grecques du 6 mai prochain - pour près de 30 millions d'euros.

«Comment est-il possible que les deux principaux partis, en grande partie responsables de la situation actuelle en Grèce, reçoivent un plan de sauvetage financier du contribuable? Il serait plus juste que les mesures d'assainissement budgétaire imposées aux citoyens grecs, dont beaucoup sont maintenant confrontés à un chômage et une réduction drastique de leurs revenus, s'appliquent également aux politiciens et aux partis politiques», s'indigne le patron des Libéraux (ALDE), troisième groupe politique au sein de l'hémicycle (lire la lettre en PDF ici).  
 
Des aides publiques ont été débloquées lundi par le Parlement grec, pour financer, par anticipation, la campagne des législatives anticipées du 6 mai prochain. Les montants de ces subventions, qui ont provoqué un vif débat, sont calculés sur les résultats du précédent scrutin, et favorisent donc les deux principaux partis, de droite (Nouvelle démocratie) et de gauche (PASOK).

La première formation est accusée d'avoir maquillé les comptes publics du pays, au début des années 2000. La seconde a assuré la gestion des deux années de crise, depuis le printemps 2010, à coup de plan d'austérité massue, qui ont aggravé la situation. Si Nouvelle démocratie reste, selon les sondages, le favori du scrutin, le score cumulé des deux grands partis pourrait ne pas dépasser 40%... Un total insuffisant pour composer une majorité.

«Ce paiement fournirait un énorme avantage lors de la campagne uniquement pour les principaux partis établis, qui sont déjà en situation de surendettement et doivent des millions à leurs employés et à l'État», estime Guy Verhofstadt, qui juge également que «le coût de la politique en Grèce est un scandale». Et d'interpeller José Manuel Barroso, le président de la Commission: «Ce versement a-t-il été discuté au sein de vos services?»

La Grèce fait l'objet, depuis février, d'un nouveau plan d'aide, de 130 milliards d'euros, sous la gestion du Fonds monétaire international (FMI), de la Banque centrale européenne (BCE) et de la Commission. Cette «Troïka», extrêmement contestée à Athènes, est censé fixer la politique de sortie de crise du pays, en lien avec le gouvernement.

La Commission a répondu jeudi à Guy Verhofstadt, par la voix de l'un de ses porte-paroles, en rappelant que «l'organisation d'élections appartenait aux autorités nationales». Au fond, le courrier de l'ex-premier ministre belge est à l'image des critiques, de plus en plus vives, notamment en Allemagne, qui visent le patron de la Commission, et surtout son vice-président chargé des affaires économiques, Olli Rehn, qui ne suivraient pas d'assez près l'application des réformes en Grèce.

Le premier ministre luxembourgeois Jean-Claude Juncker avait ainsi proposé, en début d'année, la création d'un nouveau poste de commissaire, spécialement dédié à la «reconstruction» de la Grèce, provoquant, là encore, une vague d'indignation en Europe.

Cette polémique risque d'ajouter au climat d'instabilité qui règne en Grèce, en amont des élections. Si les sondages se confirment dans les urnes, il sera difficile de former un gouvernement qui défendrait coûte que coûte le contenu du «mémorandum» rédigé par les autorités européennes et le FMI. De là à remettre en cause l'accord clé de février...

Relire, côté Journal de Mediapart, notre entretien avec Guy Verhofstadt (janvier 2012), et nos articles sur la Troïka grecque, et sur les équipes de la «task force» en place à Athènes.

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