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May

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Une synthèse sur la situation politico-médiatique italienne

La raison pour laquelle les médias italiens n'utilisent pas le mot "régime" pour décrire le côntrole que Berlusconi exerce sur l'Italie, est que ce contrôle marche parfaitement.

 

Actuellement, l'un des seuls journalistes italiens qui combattent ouvertement l'homologation berlusconienne est Marco Travaglio, à qui l'association de la presse allémande a délivré par conséquent son prix annuel. Il est un libéral rigoureux que la droite italienne traite de "communiste", car elle utilise désormais ce mot comme un insulte contre tous ceux qui critiquent sa politique. Travaglio écrit sur un blog, qui est l'un des plus consultés dans le web italien (http://www.voglioscendere.ilcannocchiale.it). Il fait partie d'un front de résistance médiatique sur internet qui comprend également le comédien écologiste Beppe Grillo (http://www.beppegrillo.it), l'ancienne revue de gauche Micromega (http://temi.repubblica.it/micromega-online), le blog du juge Antonio Di Pietro (http://www.antoniodipietro.it), le blog du vidéoactiviste Piero Ricca (http://www.pieroricca.org/) et d'autres plus petits (y compris le mien http://linguaditerra.blogspot.com).
Malheureusement, la gauche est désormais presque absente de la scène politique et médiatique italienne. La gauche modérée du Partito Democratico (anciens communistes et chrétiens de gauche) est lourdement compromise avec Berlusconi et se conduit par conséquent de façon très ambigue. D'une part, elle n'a jamais fait de lois pour limiter le conflit d'intérêts de Berlusconi, afin d'obtenir à son tour un petit peu de contrôle médiatique dans la télévision publique. D'autre part, elle a expéré blanchir son passé, face aux patrons, en s'alliant avec Berlusconi pour réformer le système parlementaire. Elle a ainsi fait en sorte d'éliminer du Parlement toutes les forces qui se trouvaient à sa gauche (communistes et verts), tandis que Berlusconi n'a pas du tout éliminé ce qui se trouvait à sa droite (néofascistes et ligue nord).
Il en dérive qu'actuellement la seule opposition parlamentaire est faite par le petit parti centriste (5%) du juge Antonio Di Pietro ("L'Italie des valeurs"). Di Pietro est le seul qui ne renonce pas à rappeler à Berlusconi que son avocat, Cesare Previti, a été condamné à 6 ans pour corruption judiciaire; que le co-fondateur de son parti, Marcello dell'Utri, a été condamné à 9 ans pour ses rapports avec la mafia; que Berlusconi lui-même ne s'est sauvé de ces condamnations qu'en modifiant pendant les procès les lois qu'il avait violées; et qu'actuellement une cinquantaine de ses parlementaires sont condamnés ou enquêtés pour des délits souvent très graves (corruption, mafia, fraude fiscale).
Cette situation grotesque ne pèse pas sur le processus électoral surtout parce que, sur sept télévisions nationales, Berlusconi en possède trois (Canale 5, Rete 4, Italia 1) et en contrôle politiquement deux (Rai 1, Rai 2). Deux autres restent relativement plus indépendants, mais son influence s'exèrce néanmons indirectement à travers le contrôle du marché publicitaire (Rai 3, La 7). Berlusconi possède en outre l'un des hébdomadaires les plus populaires (Panorama) et l'un des quotidiens les plus populaires (il Giornale). La gauche modérée contrôle une télévision (Rai 3), un hébdomadaire (l'Espresso) et un quotidien important (La Repubblica). Un troisième pôle de pouvoir médiatique est représenté par les industriels et les banques, qui contrôlent une télévision (La 7) et deux journaux importants (Corriere della Sera, La Stampa). Enfin, un courant de l'Eglise relativement indépendant contrôle l'hébdomadaire le plus vendu en Italie (Famiglia cristiana).
Le contrôle médiatique a permis à Berlusconi d'imposer ses valeurs sur une population dont, suivant l'OCSE, 66% n'est pas à mesure de lire un journal ou d'aller sur internet. Une Italie ignorante et illégale, parfois ouvertement fasciste et mafieuse, a grandi pendant vingt ans dans ce contexte et se reconnaît désormais dans le message et dans l'exemple de Berlusconi. C'est une Italie qui, après avoir renoncé à ses valeurs traditionnelles catholiques, a désormais perdu même ses valeurs républicaines et constitutionnelles: solidarité et démocratie, légalité et respect de l'autre, ne sont plus que des mots. C'est une situation extrèmement dangereuse, que personne n'ose dénoncer en craignant qu'une déscprition impitoyable puisse faire soudainement devenir le pays ce qu'il est déjà.

Tous les commentaires

Monsieur, votre article intitulé "Une synthèse sur la situation politico-médiatique italienne", malgré la lucidité de son analyse, dénote une ignorance profonde de l'Italie et de la situation médiatique italienne et la présence d'un noyau de préjugés que même l'homme le plus illuminé ne serait pas en mesure de déraciner. Vous dites que le 66% des Italiens n'est pas en mesure de lire un journal! Cette affirmation pour un journaliste comme moi est révoltante car elle est contraire à l'intelligence. La Repubblica est vendu à environ 600.000 copies par jour (aucun quotidien français n'atteint ce chiffre, le Monde fait 365.000 par jour, le Figaro 327.000). En plus Repubblica a une édition nationale et une édition régionale différente dans chaque région comme tous les grands journaux nationaux. Raison pour laquelle, les quotidiens sont beaucoup plus répandus qu'en France (sans compter les milliers de quotidiens locaux et sportifs). Vous avez cité quelques journaux d'opposition mais vous avez oublié de citer "L'Unità", "Il Manifesto", "Liberazione", "Il Riformista", des grands journaux pourtant. Le journal le plus populaire et le plus vendu en Italie a été longuement "La Repubblica" (opposition) non pas "Il Giornale", comme vous dites. Seulement dans les dernières années a été légérement dépassé par le Corriere della Sera (environ 611.000 copies vendues par jour). Et l'Espresso (gauche, 600.000 copies vendues par semaine) est beaucoup plus vendu que Panorama (500.000 copies). Et puis je vous signale que le "Corriere della Sera" (droite), pendant la campagne électorale, par le biais de son directeur Paolo Mieli, a ouvertement exprimé ses préférences pour Veltroni et a fait campagne contre Berlusconi. Un signe que même à droite la société civile italienne est critique à l'égard de Berlusconi. Et puis vous parlez de Famiglia Cristiana (hebdomadaire catholique). Dans plusieurs éditoriaux cet hebdomadaire a publié des éditoriaux violents et critiques contre Berlusconi concernant les droits de l'homme (affaire des empreintes aux roms) et n'a pas hésité à définir certains décrets promus par la Ligue du Nord comme "dignes du Troisième Reich". Et même les hiérarchies catholiques ont critiqué ouvertement le gouvernement en place. La situation, certes, est très critique au niveau des télévisions mais les journaux en Italie sont libres et Berlusconi n'a jamais réussi à les faire taire. La presse écrite en Italie est bien vivante car même les intellectuels de droite ont toujours refusé de se faire amadouer par Berlusconi. Le plus grand journaliste italien, Indro Montanelli, conservateur (aujourd'hui disparu) avait dit :"Berlusconi est comme une maladie. Il faut la rattraper pour développer les anticorps". Vous parlez d'une Italie ignorante et illégale. Vous faites allusion au gouvernement où au peuple italien tout entier? Vous devriez faire une distinction. Vous savez, ce n'est pas la même chose. Les universités italiennes sont les plus anciennes d'Europe et la préparation y est très rigoureuse. La culture en Italie est bien vivante, je vous l'assure. Vous parlez également d'une Italie mafieuse. Peut être dans votre vision catastrophique, qui ne voit que le mauvais et jamais le bon, vous ignorez les batailles du juge Giovanni Falcone, du juge Paolo Borsellino, du journaliste Giancarlo Siani et de Roberto Saviano. La société italienne n'est pas en soi mafieuse (cela est une affirmation grave), plutôt vous devriez dire que le pouvoir mafieux se cache dans le système politique. Mais, encore une fois, vous ne faites pas distinction entre société civile italienne et pouvoir politique. Vous auriez besoin pour cela d'une leçon de journalisme car vous n'avez pas assez d'objectivité et vous parlez suivant vos opinions personnelles. Vous parlez d'une Italie fasciste. L'Italie a crée le fascisme mais aussi son antidote. La libération du Nord de l'Italie a été achevé par les partisans, qui ont libéré Gênes, Bologna et d'autres villes du Nord. Antonio Gramsci, intellectuel et philosophe, malgré son emprisonnement, a crée le Parti communiste italien, jugé par les historiens le plus grand parti communiste d'Europe. De ce point de vue je trouve le "fascisme français" (façon Jean-Marie Le Pen) beaucoup plus dangereux car il s'est caché derrière l'identité nationale et le concept de patrie pour nier l'histoire et les atrocités de l'histoire. Puis vous affirmez que la seule opposition est celle de Di Pietro mais vous oubliez Dario Franceschini, leader du Parti Démocrate, un leader sérieux qui fait une opposition ferme à Berlusconi. Et vous oubliez aussi le plus grand syndicat de la gauche italienne CGIL, qui a rassemblé presque 2 millions de personnes dans la rue contre le gouvernement de Berlusconi. Et vous oubliez aussi le maire de gauche de Venise, Massimo Cacciari, illustre philosophe, Dario Fo, Umberto Eco, Eugenio Scalfari, Alberto Asor Rosa etc, tous les intellectuels qui se lèvent (et écrivent) contre le Cavaliere tous les jours sur les journaux. Voilà pourquoi les médias italiens n'utilisent pas le mot "régime". Dans un régime l'opposition n'existe pas, les intellectuels sont en prison et le pouvoir a une voix unique. Ce n'est pas du tout le cas de l'Italie, malgré la puissance de Berlusconi. Laissez-moi dire que Sarkozy aussi, comme Berlusconi, a la mainmise sur la télé et les médias. Bien sûr il ne contrôle pas les médias directement comme Berlusconi. Pour cela il est beaucoup plus malin que le Cavaliere car son contrôle se fait "discrètement" à travers ses amis et ses fidèles. Peut-on juger la culture et la tradition d'un pays seulement sur la base des actes de son gouvernement? Peut-on juger l'histoire et les traditions de France sur la base de la politique de Sarkozy? Avant de porter un jugement si dur et catégorique sur un pays entier, renseignez-vous, et vous découvrirez qu'une toute réalité s'ouvre à vous yeux. Mais, pour l'instant, je constate que vos yeux sont trop fermés pour voir quoi que ce soit.

Cher Monsieur, je vous remercie pour votre long commentaire et je comprend les raisons de votre enervement, mais vos arguments ne changent pas mon opinion. Je comprend votre enervement, surtout si vous croyez que je suis un étranger. Mais ce n'est pas le cas: je suis un italien. J'aime donc et connaît aussi bien que vous notre Pays. Je connaît et j'admire Asor Rosa et Umberto Eco, Dario Fo et parfois Eugenio Scalfari, Antonio Gramsci et parfois même Dario Franceschini. Le soutient et le respect pour Falcone et Borsellino font partie de ma biographie. La CGIL et le PCI ont été à mon avis un grand syndicat et un grand parti. Je pense même que Repubblica est un journal assez démocratique, et que le sont L'Unità, Il Manifesto et Liberazione. Bref, j'ai grandi et me suis formé dans la gauche italienne. Mais cela ne change rien de mon analyse. Je dis que 66% des italiens sont des analphabètes fonctionnels qui ne sont pas à mesure de comprendre un article de journal. Je n'invente rien. Ce sont les données publiés par l'OCSE en 2001, que tous les spécialistes connaissent (j'ai consacré à ce sujet la réponse au commentaire suivant, dans cette même page). Tullio De Mauro, par exemple, n'a pas manqué d'insister sur ce point: - - Le fait que Repubblica vende 600.000 copies ne change rien: c'est un chiffre qui correspond à 1% de la population italienne et rentre aisément dans ce 34% de la population que l'OCSE considère comme suffisamment alphabétisée. De la même manière, le fait que l'Unità (60.000 copies) et Manifesto (40.000 copies) sont des journaux libres, ne change pas grand chose (0,15%). Je sais que Repubblica et le Corriere sont les plus grands journaux italiens, et qu'ils sont assez libres et parfois assez critiques envers Berlusconi. Mais, sans compter qu'il servent trop souvent d'autres intérêts qui ne sont pas ceux des lecteurs, ils n'atteignent que 2% de la population. Dans son ensemble, la lecture habituelle de la presse quotidienne, y compris les journaux sportifs qui en constituent la moitié, ne dépasse pas 40% de la population (voir diagramme ci-dessous). Elle ne peut pas dépasser ce taux, parce qu'il coïncide grosso modo avec le taux de ceux qui comprennent ce qu'ils lisent. En revanche, 95% de la population regarde régulièrement la télévision, qui n'a pas besoin de compétences alphabétiques. Cela veut dire qu'au moins 55% de la population n'a d'autre moyen d'information que la télévision. Les journaux télévisés de Mediaset de 18h00-20h30 ont à peu près 6 million de spectateurs, ils atteignent 10% de la population, dix fois plus que Repubblica ou Corriere. Sans compter le pouvoir intrensèque de la vidéo, cela montre déjà suffisamment quelle est la disproportion des forces. Vous dites que même à droite la société civile est critique, étant donné qu'une fois, il y a trois ans, lorsqu'il était certain que Berlusconi allait perdre les éléctions, le directeur du Corriere a déclaré qu'il n'allait pas voter pour lui. Or, "critique" me semble un mot un peu fort en ce contexte. Mais, même si ce ne l'était pas, reste que ces rares prises de positions verbales sont tout à fait impuissantes, face à un homme qui tous les jour assène un coup mortel au droit constitutionnel, glorifie publiquement un mafieux, se fait une loi pour se sauver de la prison, appelle cuillons ce qui ne votent pas pour lui, projète de faire tomber le gouvernement adversaire en en corrompant un sénateurs, par le biais d'un rôle à la télé offert à l'une de ses amants. Sans compter son amitié de plus en plus arborée avec cet horrible cortège d'anciens et de nouveaux fascistes, de racistes et de mafieux certifiés, qui se réfusent d'honorer les partisans et poussent les médecins à dénoncer les sans papiers. Ce sont des choses qui exigeraient toute autre révolte morale que celle que le PD a su prononcer à travers les "...mais aussi..." de Veltroni. Je parle d'une Italie ignorante et illégale: je parle d'une Italie, non de l'Italie. Il s'agit d'une Italie que Mediaset a élevée pendant vingt ans, en la réduisant à ses valeurs nichilistes et antidémocratiques. Il s'agit donc bien sûr d'une classe dirigente, mais d'une classe dirigente qui a produit son peuple. Le fait qu'il y ait de bonnes universités, de bons livres, parfois des débats intéressants, une marveilleuse tradition littéraire, artistique et musicale: tout ça n'empêche pas que la plupart de la population, aujourd'hui, n'a pas les moyens culturels suffisants pour se défendre de l'attaque médiatico-cognitifs d'un groupe de criminels. Je parle d'une Italie mafieuse: d'une Italie, encore, non de l'Italie. C'est l'Italie, justement, qui a tué Falcone et Borsellino. Une Italie qui n'a pas besoin de se faire manipuler via Mediaset parce qu'elle est déjà d'accord avec le modèle de Berlusconi: fraude fiscale, falsification des bilans, chantage, extorsion, paralyse des tribunaux, généralisation de la préscription. Il est vrai qu'il existe même une Italie honnête. Mais il existe également une Italie mafieuse et corrompue: non seulement dans la classe politique, mais dans les entreprises, dans les banques, dans les journaux, et même dans les villes, dans les quartiers, dans les rues. Il s'agit de savoir quelles en sont les proportions aujoud'hui. Et en taire n'aide pas à les réduire. Je parle enfin d'une Italie fasciste: je ne parle pas du fascisme historique. Le problème n'est pas Mussolini. C'est le fascisme quotidien pratiqué actuellement par une bonne partie de la classe dirigente, qui se transmet également à une bonne partie de la population. Le coeur du fascisme est toujours le même: la haîne bourgeoise contre les pauvres. Tant que ce sentiment existe, il y a du fascisme. Or, ce sentiment me semble aujourd'hui dominant dans la bourgeoisie italienne. On le perçoit sur plusieurs niveaux, à partir de la faiblesse avec la quelle la "société civile" a réagi à la décision du gouvernement de transformer les immigrés en des boucs émissaires de la crise. Cher Monsieur, à chaque fois que je parle avec l'un de mes compatriotes qui habite encore en Italie, et qui en regarde la télévision, je perçois un écart perceptif, à l'égard de la situation politico-médiatique du pays, qui m'inquiète. Il me semble que l'énormité des abus qui se produisent tous les jours devrait exiger un état de mobilisation permanente, des grèves générales tous les mois, des gestes fortes et clairs de l'opposition, une prise de risque même personnelle des hommes politiques. Mais rien de cela ne se passe, ou presque. La seule vérité pour laquelle tout le monde semble prêt à se battre est la suivante: "il n'y a aucun problème de contrôle médiatique en Italie". Or, cela me semble constituer un problème.

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"Le contrôle médiatique a permis à Berlusconi d'imposer ses valeurs sur une population dont, suivant l'OCSE, 66% n'est pas à mesure de lire un journal ou d'aller sur internet."
Pouvez-vous préciser vos sources ?
Certes, je ne prétends pas bien connaître l'Italie ,même si je passe régulièrement mes vacances dans l'Italie du Nord. Mais ce pourcentage me surprend, tant j'ai pu constater la vitalité de la presse écrite de ce pays : de très nombreux titres proposés et surtout beaucoup de gens d'apparence très simple qui se bousculent chaque matin pour acheter , et lire , le journal, notamment La Repubblica.
Il ne me semble pas que le peuple, en Italie du Nord du moins,soit à ce point illettré ! J'y ai souvent constaté les très nombreux efforts des municipalités des petites bourgades pour démocratiser la culture , musicale notamment, qui n'ont pas leur équivalent en France. De plus on rencontre beaucoup d'Italiens très cultivés . Vous véhiculez une image de l'Italie qui ne correspond pas du tout à celle que je connais.

Madame, Ma source est le rapport de l'OCSE, Literacy in the Information Age, publié en 2001, qui constitue la référence des spécialistes sur la question de l'analphabétisme. Ce rapport définit cinq niveaux de compétence alphabétique, représentés dans l'image ci-dessous par de différentes couleurs (les niveaux 4 et 5 étant fondu, en bleu ciel). Le premier niveau (bleu foncé; 35% environ en Italie) comprend les analphabètes proprement dits, plus ceux qui arrivent tout au plus a répérer une information simple, un nom par exemple, dans quelques lignes de texte. Le deuxième niveau (rouge; 31% environ) comprend ceux qui arrivent à déduire une information complexe en croisant deux information simples dans un texte bref. Par exemple: après avoir lu dans un petit récit que Pierre est le fils de Jean, et qu'il porte un journal à son père, il faut savoir dire si à la fin Jean a un journal. L'OCSE considère que ce niveau n'est pas suffisant pour participer à la société de l'information. On appelle donc ce 66% environ d'italiens des analphabètes fonctionnels, c'est-à-dire des gens qui, tout en reconnaissant les lettres de l'alphabet, n'en maîtrisent pas suffisamment l'usage. Le troisième niveau (jaune; 26% environ) comprend ceux qui savent répondre à un question sur un texte moyen, en faisant un résumé des informations principales. L'OCSE estime que celui-ci est le niveau d'alphabétisation minimal qui est nécessaire aujourd'hui. Le quatrième et le cinquième niveaux (bleu ciel; 8% environ) comprend ceux qui savent répondre à des questions conditionnelles (si... alors...?) en comparant plusieurs textes longs.
international-adult-literacy-survey-2001

Voilà. J'espère avoir répondu à votre question sur les sources. J'ajouterai seulement que je suis plutôt d'accord avec Rousseau, Deleuze et Pasolini: ce n'est pas sûr que l'alphabétisation soit un bien en tant que telle, surtout du point de vue du bonheur. Si j'insiste sur ces données, ce n'est donc pas pour émettre un jugement moral quel que ce soit sur le peuple italien. J'aime mon peuple et surtout ses analphabètes. Le problème est que, depuis quinze ans, un entrepreneur autoritaire a trouvé la manière d'exploiter de façon scientifique cette ignorance, afin d'accroître sa puissance financière et son pouvoir politique. Or, je pense que cela n'est pas légitime. C'est grâce à l'analphabétisme que Berlusconi s'empare du consensus populaire, puisque une moitié abondante de la population italienne ne se forme une représentation de la réalité qu'à travers la télévision, et qu'il cotrôle 5 chaînes sur 7. Le graphique suivant croise les données OCSE 2001 sur l'analphabétisme avec les données CENSIS 2005 sur la diffusion des média. Les jounaux, les livres, les hebdomadaires et internet n'atteignent que 50% de la population. L'autre moitié n'a qu'une idole.
analfabetismo-e-media.png

Merci de toutes ces précisions. Une remarque toutefois, l'absence de la France dans ces graphiques , ce qui nous prive d'un élément intéressant de comparaison. Cela veut-il dire que la France n'a pas été prise en compte dans cette étude ( ce qui serait étonnant vu l'approche détaillée pour la seule Suisse !) ou que ses performances, nettement supérieures ou inférieures à ce groupe de pays, apparaissent dans un autre graphique ? Par ailleurs, dans le second graphique, la part de la population atteinte par les quotidiens et les livres en Italie me semble encore assez importante . Là encore si quelqu'un a des connaissances sur le sujet , il serait intéressant de comparer avec la France...

La France doit apparaître dans un autre graphique. Je ne pense pas que ses performances soient très différentes de celles de l'Allemagne ou du Royaume Uni

Monsieur, merci pour vos précisions. J'ai écouté l'interview de Tullio de Mauro. A aucun moment il parle de "analphabétisme". Il parle de "de-alphabétisation" de la population, c'est-à-dire un processus par lequel les personnes ayant fait des études universitaires, une fois entrées dans le monde du travail, "oublient" progressivement une partie de leur culture "linguistique" de base. Le problème est donc très différent. Il parle également de pénurie de bibliothèques (vrai mais cela est un problème mais qui n'a rien à voir avec l'analphabétisme, plutôt cela a à voir avec la de-alphabétisation)). De ce point de vue vous devriez mieux expliquer la signification d'"analphabètes fonctionnels" et le sens de l'expression "ne sont pas en mesure de lire un journal" à la lumière de cette étude car ces phrases, sans leur contexte (le processus de-alphabétisation), ne veulent rien dire. A une première lecture de votre article il semble que le 66% de la population italienne soit une masse d'indigènes sauvages. Ce qui n'est pas du tout le cas, car cette donnée se réfère à un forme de rétrécissement du vocabulaire scolaire et/ou universitaire à la faveur d'un vocabulaire plus professionnel. D'où la mauvaise compréhension d'un journal dont le registre linguistique relève plutôt de la culture scolaire et/ou universitaire. Il faut savoir lire les statistiques et surtout les placer dans leur contexte. Autre chose. Vous dites que le fait que la Repubblica (un grand quotidien pas un tabloid) fait presque 600.000 copies ne veut rien dire. Je me permets de contester cette affirmation. Le quotidien le plus diffusé en Allemagne (Suddeutsche Zeitung) vend 461.000 copies (et le FAZ 365.000), El Pais en Espagne 425.000 (et El Mundo 337.000), the Guardian 358.000 (et le Times 650.000), cela veut dire que la Repubblica est un des grand quotidiens les plus diffusés en Europe et le fait qu'il soit un journal d'opposition cela a beaucoup de signification pour moi. Je répète, la presse en Italie est bien vivante et pas au service de Berlusconi. En France j'ai compté 83 quotidiens (nationaux et régionaux) alors qu'en Italie j'en ai compté au moins 193. Cela aussi est un signe fort du fait que la presse (nationale et régionale) est très répandue et elle est capable d'atteindre toutes les couches sociales car elle est très variée. Les données statistiques de l'OCSE ne prennent pas en compte le nombre de journaux nationaux et régionaux, leur diffusion auprès de la population, l'énorme diffusion de la presse régionale. Résultat, l'image qu'en résulte ne correspond pas à la réalité (comme c'est souvent le cas dans les statistiques, les sondages qui révèlent des "tendances" pas la situation réelle). Il est important d'analyser critiquement la situation réelle du pays mais le "catastrophisme", je vous l'assure, ne contribue pas à l'amélioration de la situation. Presse quotidienne nationale française * Le 10 Sport A * L'actu * L'Agefi (France) * Aujourd'hui Sport C * La Croix D * Direct Soir E * Les Échos * L'Équipe * Utilisateur:Salebot/Journal/2008-12-28 F * Le Figaro * France Soir H * Haratch * L'Humanité I * International Herald Tribune L * Libération (journal) M * Mon quotidien * Le Monde P * Paris Turf * Présent (quotidien) Q * Le Quotidien du Médecin T * La Tribune (quotidien) Presse quotidienne régionale française A * L'Alsace-Le Pays * L'Ardennais (journal) B * Le Berry républicain * Bordeaux 7 C * Centre Presse * Centre Presse (Vienne) * Charente libre * Corse-Matin * Le Courrier picard * Le Courrier de l'Ouest D * Le Dauphiné libéré * La Dépêche de Tahiti * La Dépêche du Midi * Les Dernières Nouvelles d'Alsace * Direct Matin Plus E * L'Écho républicain * L'Est républicain * L'est-éclair F * France-Antilles * France-Guyane H * Le Havre libre * Le Havre Presse I * L'Indépendant (journal français) J * Le Journal de Saône-et-Loire * Journal de l'île de La Réunion * Le Journal de la Haute-Marne * Journal du Centre * Le Journal du Pays basque * Les Journaux du Midi L * Le Bien public * Lyon Capitale M * Le Maine libre * La Marseillaise (journal) * Midi libre * La Montagne (journal) N * Nice-Matin * Nord éclair * La Nouvelle République des Pyrénées * La Nouvelle République du Centre-Ouest * Les Nouvelles Calédoniennes N (suite) * Les Nouvelles de Tahiti O * Ouest-France P * Paris-Normandie * Le Parisien * Le Populaire du Centre * La Presse de la Manche * Presse-Océan * Le Progrès * Le Progrès de la Somme * La Provence (presse) Q * Le Quotidien de La Réunion R * La République des Pyrénées * La République du Centre * Le Républicain lorrain S * Sud Ouest T * Témoignages * Le Télégramme de Brest U * L'Union (journal) V * Var-Matin * La Voix du Nord * Vosges Matin Y * L'Yonne républicaine Total: 83 titres Quotidiani italiani (nazionali e regionali) A * Abruzzo Oggi * L'Adige * Affaritaliani.it * Alguer.it * Alto Adige * L'Ambrosiano * America Oggi * L'Arena * L'Avanti! 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Monsieur, J'ai déjà détaillé la notion d'analphabétisme fonctionnel dans une autre réponse, que je vous ai signalée et que vous n'avez pas eu, malheureusement, la patience de prendre en compte. Il s'agit par ailleurs d'une notion largement répandue dans les sciences du langage, qui n'a donc pas tant besoin de mes définitions, que de votre souci de vous renseigner avant d'en écrire. En ce qui concerne les données de l'OCSE, que vous avez l'air de traiter de douteuses, sachez qu'il ne s'agit pas du genre de sondages auquels plusieurs d'entre nous semblent avoir été habitués par nos médias nationaux, où chacun paye son institut afin d'obtenir les données qui lui arrangent. Il s'agit au contraire d'une recherche internationale objective qui actuellement fait référence. Enfin, quant à l'insistance sur le fait que vous êtes un jeune journaliste professionnel, je vous suggèrerais de laisser aux lecteurs d'en juger, sur la base de la qualité de vos interventions. D'autant plus que, notre débat portant précisément sur la liberté ou non de la presse, vous risquez de faire croire que votre statut ne vous situe pas dans une position idéale pour énoncer des vérités désintéressées sur ce sujet. Bien cordialement.

Monsieur, je ne vois pas comment le fait que je suis journaliste professionnel puisse rendre mon discours moins objectif et moins pertinent sur une matière comme la liberté de presse. Cela est une contradiction flagrante. D'autant plus que j'habite en France et je peux analyser avec plus d'objectivité l'état de la liberté de presse dans mon pays. Si je parlais de l'état de l'enseignement en Italie ou en France vous seriez sans doute mieux placé que moi pour en parler car vous travaillez dans ce milieu. Mais je ne veux pas faire des polémiques avec vous. Sachez seulement que vous avez répondu à côte car vous savez très bien que Tullio De Mauro dans cet interview ne parle que de dé-alphabétisation. Quant à la notion d'analphabétisme fonctionnel, puisque vous ne savez pas donner une définition précise en quelques lignes et vous me renvoyez aux manuels de sciences du langage, sachez que le premier but du journalisme est d'informer, rendre accessible la connaissance, divulguer. Et l'idée de Mediapart est celle d'un journalisme "participatif" non de montrer aux autres usagers une attitude professorale (comme vous faites). "Une personne est analphabète du point de vue fonctionnel si elle ne peut se livrer à toutes les activités qui requièrent l’alphabétisme aux fins d’un fonctionnement efficace de son groupe ou de sa communauté et aussi pour lui permettre de continuer d’utiliser la lecture, l’écriture et le calcul pour son propre développement et celui de la communauté", nous dit l'UNESCO. Mais vous savez très bien que même les données de l'OCSE ne sont pas des vérités éternelles. D'autant plus que selon les statistiques fournies par l'OCSE en 2001 (croisées avec les données du CENSIS 2006) même une personne avec une culture moyenne serait considéré un analphabète fonctionnel. Les profils sont basés sur la capacité à remplir un formulaire, la compréhension d'un article de journal ou de la posologie d'un médicament, le manuel d'utilisation d'appareils électroménagers, la lecture d'un diagramme. Qui, parmi nous, n'a jamais eu des problèmes à comprendre les explications d'un manuel d'utilisation cryptique ou la lecture d'un diagramme compliqué? Souvent ces textes sont écrits dans un langage scientifique souvent obscure et/ou incompréhensible. Puis certains articles de journaux (sur Le Monde par ex. ou sur La Repubblica en Italie) sont souvent peu compréhensibles pour une personne avec une culture moyenne car, étant des "produits" intellectuels assez raffinés, les auteurs utilisent, dans leur textes, figures de rhétorique ou allégoriques qui ne sont pas toujours compréhensibles par un lecteur moyen. De ce point de vue, je crois que ces données sont très relatifs et doivent être pris avec précaution. Une étude de ce type offre, bien sûr, une direction de base (surtout aux gouvernements) pour travailler à améliorer la situation mais a aucun moment il doit être considérée comme une photographie exacte et irréfutable du pays. Bien à vous

M

Cela étant dit, j'ai trouvé votre blog "Lingua di Terra" très intéressant. Vos différentes analyses de l'état des médias, de la transformation du langage et du savoir par le pouvoir politique sont, à mon humble avis, dignes de la meilleure tradition intellectuelle et civique d'Italie. Cordialement Marco Cesario

Merci beaucoup. LN

Enfin une nouvelle intervention qui ouvre les yeux sur ce laboratoire qu’est l’Italie où s’est élaboré et mis en place un fascisme « soft » qui est en train de s’exporter ailleurs avec succès. Ce qui est le plus inquiétant c'est que l'Italie sombre insensiblement dans le totalitarisme, dans l'indifférence incompréhensible de l'Europe qui demeure sourde aux avertissements inquiets de ses rares intellectuels qui n'ont pas abandonné leur souveraineté et leur indépendance d'esprit. La séparation du pouvoir en Italie est chaque jour un peu plus mise à mal par Berlusconi qui dispose d'une majorité écrasante au parlement et au sénat. Disposant d'une majorité non élue par le peuple mais désignée par lui, contrôlant la plupart des médias(propriétaire de trois chaînes de télévision et en tant que majoritaire au parlement la mainmise sur les chaînes publiques) il est sur le point de réduire à néant l'indépendance du pouvoir judiciaire avant de s'attaquer à la constitution qu'il est en train déjà de vider de sa substance.Ce faisant il aura réalisé le programme de L.Gelli, qui poursuivant son idéal fasciste, a cherché à le réaliser en fondant la P2, organisation secrète à laquelle appartenait Berlusconi lui-même. Cependant on aurait tort de négliger la complicité avec la mafia qui a financé son entreprise à ses débuts.( lire à ce sujet le texte rédigé par deux grands journalistes Marco Travaglio et Peter Gomez traduit en divers langues européennes et présenté et adressé par le philosophe Gianni Vattimo à tous les parlementaires européens le 2 juillet 2003 http://www.giannivattimo.it/menu/libro_berl.html#lettIT J'aimerai aussi signaler aux lecteurs l'excellent livre de Lodato Saverio; Scarpinato Roberto" Il ritorno del principe" qui explique bien la mainmise de la mafia sur l'Etat italien. Merci M.Lunobi d'évoquer tous ceux qui résistent courageusement ! Cordialement

Enfin une nouvelle intervention qui ouvre les yeux sur ce laboratoire qu’est l’Italie où s’est élaboré et mis en place un fascisme « soft » qui est en train de s’exporter ailleurs avec succès. Ce qui est le plus inquiétant c'est que l'Italie sombre insensiblement dans le totalitarisme, dans l'indifférence incompréhensible de l'Europe qui demeure sourde aux avertissements inquiets de ses rares intellectuels qui n'ont pas abandonné leur souveraineté et leur indépendance d'esprit. La séparation du pouvoir en Italie est chaque jour un peu plus mise à mal par Berlusconi qui dispose d'une majorité écrasante au parlement et au sénat. Disposant d'une majorité non élue par le peuple mais désignée par lui, contrôlant la plupart des médias(propriétaire de trois chaînes de télévision et en tant que majoritaire au parlement la mainmise sur les chaînes publiques) il est sur le point de réduire à néant l'indépendance du pouvoir judiciaire avant de s'attaquer à la constitution qu'il est en train déjà de vider de sa substance.Ce faisant il aura réalisé le programme de L.Gelli, qui poursuivant son idéal fasciste, a cherché à le réaliser en fondant la P2, organisation secrète à laquelle appartenait Berlusconi lui-même. Cependant on aurait tort de négliger la complicité avec la mafia qui a financé son entreprise à ses débuts.( lire à ce sujet le texte rédigé par deux grands journalistes Marco Travaglio et Peter Gomez traduit en divers langues européennes et présenté et adressé par le philosophe Gianni Vattimo à tous les parlementaires européens le 2 juillet 2003 http://www.giannivattimo.it/menu/libro_berl.html#lettITLodato Saverio; J'aimerais encore signaler l'excellent ouvrage de Scarpinato Roberto" Il ritorno del principe" qui explique bien la mainmise de la mafia sur l'Etat italien. Merci M.Lunobi d'évoquer pour nous une Italie qu'on lit rarement dans les journaux et de rappeler les noms de tous ceux qui résistent courageusement. Cordialement

Lire à ce sujet le texte rédigé par deux grands journalistes Marco Travaglio et Peter Gomez traduit en divers langues européennes et présenté et adressé par le philosophe Gianni Vattimo à tous les parlementaires européens le 2 juillet 2003: http://www.giannivattimo.it/menu/libro_berl.html#lettIT

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