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YouTube censure l'accusation d'une rescapée du séisme en Italie: Berlusconi derrière?
Stefania Pace affirme que la Protection civile a fait rentrer les gens dans leurs maisons, trois heures avant le désastre, alors qu'elle ordonnait en même temps l'évacuation de la Préfecture. YouTube censure l'interview: le chantage judiciaire de Mediaset commence à fonctionner?
C'est une histoire qui résume l'Italie d'aujourd'hui. Le 17 avril, la rescapée du tremblement de terre Stefania Pace raconte devant la caméra du blogueur Claudio Messora (http://www.byoblu.com) ce qu'elle a vu la nuit du tremblement de terre, le 6 avril. Elle dit être descendue dans la rue, avec d'autres gens, après la première secousse de 23h30, suite au conseil de son ami Giampaolo Giuliani, le chercheur qui venait de recevoir une plainte pour avoir diffusé une alarme considérée comme injustifiée. Stefania raconte avoir vu dans la rue les responsables de la Protection civile qui, entre minuit et une heure, invitaient les citoyens à rentrer chez eux. Cela serait confirmé par plusieurs témoins dans différentes villes. Trois heures plus tard, à 03h30, la deuxième secousse tue 300 personnes dans leurs maisons. Or, on sait que la Protection civile a ordonné l'évacuation de la Préfecture de l'Aquila à minuit. On se demande donc pourquoi, pendant qu'elle sauvait ses personnels, cette institution gouvernamentale poussait la population à rentrer dans les vieux bâtiments qui les tueraient.
Cette interview, publiée sur YouTube, atteint rapidement plusieurs milliers de visites. Le jour suivant, l'émission télévisée Chi l'ha visto? demande à son tour une interview à Stefania Pace. Cette interview est transmise partiellement le 22 avril, à l'exclusion des parties concernant la Protection civile. Ce même soir, YouTube obscurcit la vidéo, en la rendant inaccessible "pour infraction aux conditions d'utilisation". En réalité, la vidéo, bientôt republiée ailleurs, ne présente aucun contenu illégal, ni violation du droit d'auteur ni aucune phrase raciste ou offensive. Interrogé par les blogueurs italiens, YouTube n'a pas encore expliqué pourquoi il l'a obscurcie. Mais l'histoire ne se termine pas là.
Après avoir répondu à la censure par la deuxième vidéo (que nous proposonc même ici), Claudio continue à s'intéresser au tremblement de terre. Le 27 avril, à 14h25, il diffuse ainsi, de façon très prudente, une interview de Giuliani qui annonce une nouvelle secousse. Le blogueur informe aussi ses lecteurs que des évacuations sont déjà en cours au nord de L'Aquila. Or, pendant l'après-midi, des anonymes copient, modifient et republient cette interview sur YouTube, en en faisant l'annonce d'une catastrophe imminente, tandis que le blog ByoBlu, avec la vidéo originale, devient soudainement inaccessible jusqu'à la nuit. Les journaux télévisés du soir accusent ainsi internet et les blogs de diffuser la panique, tandis que le principal quotidien italien, il Corriere della Sera, indique personnellement l'auteur du blog ByoBlu comme responsable. Le jour après le blogueur arrive pourtant à publier une deuxième interview de Giuliani qui démontre son innocence et le Corriere della Sera est obligé de rectifier son article.
En bref, une grande opération médiatique semble avoir été mise en place contre ce blogueur suite à son interview de Stefania Pace. En l'absence de toute explication par YouTube, on ne peut qu'avancer des hypothèses.
Il faut savoir, d'abord, que la Protection civile est une institution très puissante en Italie, qui dépend directement du Premier Ministre, Silvio Berlusconi. Dirigée depuis longtemps par Guido Bertolaso, dont la fille candidate aux prochaines élections européennes dans le parti de Berlusconi lui-même, elle gère non seulement les nombreuses urgences environnementales du pays (entre autres celle des déchets à Naples), mais également l'organisation des grands événements internationaux (tel que le prochain G8). Il faut savoir, ensuite, que Berlusconi a explicitement demandé aux médias de ne pas critiquer la Protection civile, en ce moment difficile pour le Pays. Une émission de la télévision publique qui a osé le faire, Annozero, a été attaquée durement par les médias de Berlusconi et par ses alliés, au point que son caricaturiste a été suspendu.
Il faut rappeler, enfin, que le 31 juillet 2008 le groupe de Berlusconi, Mediaset, a porté plainte contre YouTube pour une prétendue violation des droits d'exploitation sur 4.643 vidéos que des usagers ont mis en ligne en les tirant de ses télévisions. Mediaset a demandé à YouTube 500 milions d'euros. Depuis quelques mois, on ne sait plus rien de cette plainte, mais on suppose qu'elle pourrait aboutir à un accord entre ces deux entreprises, suivant une stratégie que YouTube a déjà adoptée dans des cas semblables. Or, la vox populi dit que cet accord économique risque de comprendre un contrôle politique de Mediaset sur YouTube qui est l'une des rares sources d'informations, en Italie, qui n'est contrôlée ni par Berlusconi ni par ses (soi-disant) opposants. Même des journalistes professionnels n'hésitent pas à affirmer, désormais, que Mediaset pourrait être en train d'expérimenter des stratégies "non conventionnelles" pour limiter la liberté d'information sur le net. La chose ne peut pas surprendre ceux qui connaissent l'histoire de Berlusconi qui, dans les années 80, était le membre n° 1816 de l'organisation sécrète P2, visant à imposer un régime autoritaire en Italie, fondé sur le contrôle médiatique, à l'aide de la CIA.
Ce n'est donc pas impossible que la censure de YouTube contre l'interview de Stefania Pace par Claudio Messora constitue l'un des premiers résultats de stratégies "non conventionnelles" mises en place par Mediaset contre son seul et dernier opposant réel : l'internet italien.


Tous les commentaires
"Même des journalistes professionnels n'hésitent pas à affirmer, désormais, que Mediaset pourrait être en train d'expérimenter des stratégies "non conventionnelles" pour limiter la liberté d'information sur le net." Eh bien...
J'attends confirmation, mais il y a de quoi craindre pour la liberté d'expression du Net. Nouveau territoire à conquérir, semble-t-il, pour les gouvernants, ou pour les firmes diverses. Pour le moment ce territoire "nous" appartient. Nous laisserons-nous exproprier, comme les colonisés d'hier ? Peut-être.
Où comment internet, une infrastructure décentralisée est dépassée par des service commerciaux centralisés, fragiles et contrôlables.
C'est plus qu'inquiétant. Si nous y consentons, nous en prenons pour longtemps ... Avons nous les moyens de résister ? Demain premier mai tous et toutes dans la rue.
à mon avis, il serait temps dès aujourd'hui de constituer (je ne sais pas comment, je ne suis pas informaticien) des parties du réseau secrètes, et protégées des tentatives de censure des pouvoirs.
Je remarque maintenant que le journal de Berlusconi "Il Giornale" présente une version des événements particulièrement tranchée, et bien sûr défavorable au blogueur : Giuliani, le technicien qui a prévu le séisme et qui n'a pas été écouté par la Protection Civile, est présenté comme un charlatan; les anonymes qui ont diffusé la dernière alarme sont définis comme des criminels que les gendarmes doivent arrêter; on ne sait pas de qui il s'agit, bien sûr, mais on sait que la vidéo avait le logo de ByoBlu (appelé "la télévision byoblu"); enfin, conclut le "Giornale", ce blog est le même qui avait dénoncé la censure de l'interview de Stefania Pace par YouTube, mais cette censure n'a été, sans doute, qu'une "blague numérique". Voilà une synthèse des positions exprimées par Emanuela Fontana sur le Giornale le 28 avril 2009. Or, si vous étiez les manipulateurs de l'histoire, en quoi vos arguments différeraient-ils de ceux-ci?
Je n'imaginais même pas que l'Italie pouvait ressembler à ce point à l'amérique latine...