Thématiques du blog
La polémique autour de la députée arabe israélienne pose la question de la pace des citoyens arabes dans l’Etat Juif
Hanan Zoabi, la députée arabe israélienne, a été prise violemment à partie mercredi 2 juin 2010 en plein débat à la Knesset sur le raid meurtrier de l’armée israélienne. Hanin Zoabi représentante du parti Balad ( extrême gauche nationaliste arabe) appartient à la minorité palestinienne d’Israël. Elle avait fait parler d'elle quand a été arrêtée par les soldats de Tsahal qui avaient attaqué illégalement et violement la flottille humanitaire de Gaza. Elle se trouvait sur le ferry turc Mavi-Marmara. Suite à sa libération en raison de son immunité parlementaire, elle avait témoigné aux médias internationaux et surtout à la chaîneTV arabe Aljazeera où elle a dénoncé les violences commises par les commandos israéliens qui avaient tiré sur les passagers du bateau faisant plusieurs morts.
La présence parmi les volontaires de la flottille pour Gaza de Hanan Zoabi, une femme de gauche, de nationalité israélienne et députée en plus, venait de contredire tous les mensonges israéliens sur la nature du mouvement pacifiste qui n’avait comme objectif que de lever l’embargo sur Gaza et d'apporter de l’aide humanitaire à sa population. La propagande israélienne, pour justifier l’acte de piraterie commis par son armée prétendait que l’intervention de l’armée était un acte d’autodéfense et portait toute la responsabilité à ceux (des terroristes sympathisants du Hamas !!!) qui ont entrepris des actions violentes qui ont mis en danger la vie de soldats israéliens.
Hanin Zoabi était attendue à la Knesset de pied ferme. Avant même qu'elle ne monte sur le podium, les insultes avaient fusé de partout pour l’empêcher de prononcer son discours. Son apparition à la tribune a mis les nerfs à vif des parlementaires du Likoud, parti de droite au pouvoir . Les esprits s’échauffent en hébreu, mais les images de l’agression verbale dont a été victime Hanin Zoabi sont très éloquentes.
Hanan a fait face, à la tribune, avec beaucoup de mérite aux insultes menaçantes dont la sommation raciste par excellence : « Va vivre à Gaza, traîtresse », a été prononcée à son encontre en arabe puis en hébreu par Miri Reguev, députée du Likoud (une ancienne porte-parole de l'armée israélienne). La tension allait monter encore d’un cran lorsque Zoabi essaye de reprend la parole. Une parlementaire du parti d'extrême-droite d'Avigdor Lieberman s'avance vers le podium pour s'interposer entre Hanin Zoabi et le micro. «Pourquoi cette femme a-t-elle le droit de parler ?», s'exclame-t-elle, avant d'être expulsée de la salle. Le président de la Knesset a dû expulser plusieurs parlementaires de l'hémicycle pour tenter de rétablir l’ordre.
Hanan Zoabi, dont le discours a été à de nombreuses reprises couvert par les cris et les sifflets, avait fini par prononcer avec sérénité quelques phrases. Elle a notamment défendu sa participation à la flottille pour Gaza. «C'était un impératif politique, humain et moral de s'opposer à ce blocus qui emprisonne 1,5 millions de personnes». Elle a dénoncé les députés de la coalition gouvernementale et de l'opposition qui l'ont taxée «d'ennemi d'Israël». «Qui est l'assassin ? Est-ce que j'ai tué quelqu'un ?», riposte-t-elle. Ce à quoi un élu réplique, selon le compte rendu du Jerusalem Post : «Vérifiez si elle a un couteau sur elle !».
Le président de la Knesset avait demandé à son tour à Zoabi de quitter la tribune . La députée avait refusé, elle tenait absolument mais calmement à terminer son discours mais on l’a obligée de force de reprendre sa place et sous escorte.
Les choses ne se sont pas arrêtées là pour Hanan Zoabi. Un député du Likoud a exigé la levée son immunité parlementaire afin qu'elle puisse être jugée et bannie de la Knesset pour «son soutien au terrorisme». Une pétition circulant sur internet, qui appelle à son départ du parlement, a été signée par près de 40.000 personnes en 24 heures. Cela nous rappelle le cas du député arabe de la Knesset Azmi Bishara dirigeant du parti Rassemblement patriotique démocratique et qui se trouve aujourd'hui exilé car interdit de rentrer en Israël.
Le cas de la député de Hanan Zoabi et celui de Azmi Bishara remettent sur le tapis la question des Arabes de 1948, qui sont nés en Palestine avantet après la création de l'Etat d’Israël [1948], qui se sentent chez eux et qui refusent de quitter leur terre natale . Certes, ce sont des Palestiniens et ils nourrissent un fort ressentiment contre Israël, mais ce sont aussi des citoyens israéliens, au même titre que les Juifs. Dans la réalité ils sont réduits à l’état d’une minorité dans une société faite par et pour les Juifs. Leur loyauté à l’égard d’un Etat juif qui les opprime, qui les marginalise et qui les surveille sera toujours posée parce qu’ils se sentent d’abord arabes et palestiniens. Ces arabes de religions musulmane et chrétienne revendiquent leur pleine appartenance au peuple palestinien et entendent jouer un rôle à part entière dans sa lutte de libération et en particulier l’établissement d’un Etat palestinien avec Jérusalem Est comme capitale. Mais ils réclament aussi la transformation de l’Etat israélien en un Etat réellement démocratique de tous ses citoyens, c’est-à-dire l’abolition de son caractère juif, considérée comme le seul moyen de parvenir à une égalité complète entre citoyens israéliens juifs et arabes.


Tous les commentaires
J'ai été moins impressionnée, je crois, par l'empoignade à la Knesset, sachant que les invectives, hurlements, y sont quotidiens, et que les insultes échangées feraient tomber dans les pommes un parlementaire français.
Je crois d'ailleurs que quinze députés ont été expulsés du parlement, toutes tendances confondues: ça, c'est plutôt rare.
Mais les 40 000 signatures en 24 heures ( contre 2500 à 3000 manifestants contre l'attaque de la flotille) , pour obtenir la levée de l'immunité parlementaire d'Hanan Zoabi... ( A supposer que le comptage soit authentifié) . .. Mais je ne vois même pas sur quoi ça peut se fonder légalement!
Le problème c'est qu'il y a un antécédent avec Azmi Bishara qui sous pression a été obligé de quitter Israël et de présenter sa démission du parlement . Puis il y a le cas de Chiekh Raed Salah, dirigeant islamiste très respecté de nationalité israélien qui paradoxalement à ce qu'on attendait, a été libéré avec ses trois compagnons sans jugement. Je pense qu'Israél est entrain de reculer sous la pression de la communauté internationale et face à la position ferme de la Turquie
Sur médiapart on peut prendre la défense des palestiniens c'est beaucoup moins violent; parfois on est traité d'antisémite ou autres noms d'oiseau mais en général on reste calme et poli et pourtant la situation est en réalité d'une extrême violence. Pour les juifs normalement constitués l'épreuve est terrible: des victimes devenues bourreaux dans un maelstrom d'extrémisme religieux de racisme d'islamophobie.
On peut chipoter les détails, les faits sont accablants et quand on a dit cela on a rien dit de positif .
Mon opinion c'est qu'aujourd'hui partout dans le monde la politique doit être éthique au delà des cultures, des langues, des religions. Cette éthique doit être fondée sur le respect de l'autre et de la nature.
Libéré des pesanteurs d'idéologies cruelles, de nombreuses solutions simples peuvent être trouvées qui progressivement améliorent les plus mauvaises situations et permettent de développer les sociétés dans des perspectives plus heureuses;
Israel n'a pas renoncé aux idéologies du 20ème siècle qui l'ont fait tant souffrir il serait temps de changer de millénaire
Je suis d’accord, mais les israéliens doivent d'abord résoudre leurs contradictions intérieures entre modernité et tradition, entre être Juif et être Israélien, entre être sionisteet être Juif. Je pense que seulement après ils pourront résoudre ce qu’il y a entre eux et les Palestiniens.
Entre modernité et tradition la solution passe par une éthique fondée sur le respect de l'autre et de la nature. Ceci est aussi vrai pour les musulmans et les islamistes..
Je ne me suis pas arrêté à cette contradiction malgré sa primauté. Oui, mais libres aux hommes et aux peuples de s'autodéterminer et de choisir leur mode de vie en toute liberté mais dans le respect des autres.
Un article de Bishara:
http://www.tlaxcala.es/pp.asp?reference=2681&lg=fr
Je dirais bien comme Christian, mais ... je pense qu'éthique et politique sont des domaines hétérogènes qui ne se rencontrent que de loin en très loin.
Il suffit d'appartenir à un groupe (sans chercher très loin, par ex. un groupe professionnel) et l'on mesure soudain combien les positions éthiques personnelles sont vite mises de côté au bénéfice des intérêts de chacun.
La politique est avant tout une affaire de rapports de forces, pas de morale.
Et la violence des relations l'emporte. Sauf pour de rares cas (je pense à Ghandi, Mendella).
Tout cela rend très inconfortable et nécessaire l'engagement.