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Que devrait-on et que peut-on détecter chez un enfant de 4 ans...et pour quoi faire?
Quand un bilan est réalisé chez un enfant de 4 ans, et c'est ce que la loi prévoit (mais qui n'est pas toujours réalisé) dans le cadre du suivi médical gratuit proposé par les services de Protection Maternel et Infantile départementaux, il faudrait et on peut détecter des choses importantes:
- troubles de visions: essentiels à rechercher car pouvant avoir des sérieuses répercussions sur des apprentissages et le comportement,
-troubles de l'audition: fréquents et essentiels à détecter en raison des sérieuses répercussions sur des apprentissages et le comportement,
-troubles d'orientation temporo-spatiaux: parfois associés à des troubles de type dyslexie, pouvant avoir des répercussions sur l'apprentissage de
la lecture et de l'écriture,
-retards de maturation ou d'acquisition de la motricité fine: pouvant avoir des répercussions sur des apprentissages (écriture),
-retards d'acquisition du langage: pouvant entraîner des difficultés relationnelles et sociales,
-certains troubles du comportement: difficultés de communication, hyperactivité psycho-motrice, retards de socialisation,
- etc.
C'est, heureusement ou malheureusement, à cette occasion, qu'on peut mettre en évidence des signes ou suspicion de maltraitance.
Il est évident que la présence des parents à ce bilan est absolument indispensable!
Il est indispensable de prendre le temps d'expliquer si l'on souhaite un engagement parental!
La valeur de ce bilan dépendra de la compétence de celui qui s'en charge, du temps pris pour le réaliser, des conditions environnementales.
La confirmation et la prise en compte, plus ou moins rapide, plus ou moins urgente, plus ou moins prolongée de ces problèmes concerne une multitude d'intervenants:
-les parents pour les informer, les sensibiliser, les encourager, les soutenir,
-des grand-parents, le voisinage, des amis,
-les enseignants pour les informer, les sensibiliser, les soutenir,
-le médecin de famille,
-un ophtalmologue,
-un otorhino laryngologue,
-un psycho-motricien,
-un orthophoniste,
-un psychologue,
-un centre spécialisé, des professionnels des services sociaux, etc.
Mais, très souvent, on peut aussi tout simplement attendre!
Un certain nombre de difficultés, de troubles, de problèmes peuvent donc être détectés, et devraient l'être, dès la petite enfance. Certains problèmes peuvent s'avérer de plus en plus difficile à faire disparaître, si l'on s'en préoccupe tardivement. Leur prise en compte, ou leur surveillance, par des moyens, souvent simples, peut grandement améliorer, voir en faire disparaître ou en prévenir les conséquences.
Quelques constats:
Il est criminel d'étiqueter autiste un enfant qui n'a pas subi un examen ORL spécialisé.
Il est aberrant de mettre en place une rééducation orthophonique lourde sans bilan ORL préalable.
Il est essentiel d'encourager une fréquentation scolaire régulière chez un enfant dont la langue française n'est pas la langue maternelle.
La plupart du temps, le mieux sera l'approche pluridisciplinaire qui réduit le risque d'erreur, toujours dommageable pour l'enfant.
Tout ce discours peut être résumé par un mot: PRÉVENTION.
L'actuel discours sécuritaire n'aurait plus guère de raison d'être si les dispositions légales actuelles (et déjà anciennes) étaient appliquées. En d'autres mots, si les moyens leurs étaient donnés. Actuellement, ce n'est que très partiellement le cas.

Tous les commentaires
Apparemment, ce bilan des quatre ans n'est pas obligatoire en France? Ou est-ce qu'il est tellement bâclé ou décrié (comme tout ce qui se fait est toujours automatiquement dénigré, comme par réflexe), que personne n'en tient vraiment compte?
En tous cas chaque fois que je tente de partager mes expériences finlandaises avec ceux de mes amis concernés par cette tranche d'âge pour leurs enfants, je me heurte au refus sytématique habituel de ne serait-ce qu'écouter, s'intéresser, à ce que font ces pays nordiques si sains et si avancés socialement. Ce genre de bilan est obligatoire en Finlande, très complet et très profond, avec notamment une psychologue qui vient passer une heure avec l'enfant etc. Très bien vécu par les parents aussi: on est aux antipodes des rengaines déprimantes que j'entends ici, à base de blocages du genre "intrusion dans nos vies privées", "incompétents toucheront pas à mon gamin" etc...
Cher M Philips, une nouvelle fois, quelle chance de vous avoir, pour couvrir dans votre blog ce sujet à votre manière simple et toujours tournée vers l'enfant avant tout. J'imagine que comme pédiatre vous devez vous sentir bien seul par moments?..
Cher Axel, Ce bilan est prévu par la Loi, donc obligatoire. Dans la pratique, chaque département se débrouille comme il peut, en fonction de ses moyens et de ses choix de priorité. Comme trop souvent en France, la PRÉVENTION est perçue comme une forme d'intrusion. Mais, la confiance aidant, on arrive à mettre en place des dispositifs très efficaces. Le problème avec la PRÉVENTION, c'est qu'il est quasi impossible d'en évaluer l'efficacité: comment, par exemple, prouver que c'est grâce à une détection précoce d'une semi-surdité qu'on a évité à un enfant de devenir "délinquant"(agressivité réactionnelle à un trouble de communication)? Cette énorme difficulté à prouver l'efficacité d'un travail de prévention pousse "tous ceux qui veulent du résultat" à réduire les moyens attribués à ce type d'action!!!
Dans le cadre de la protection de l'enfance votre billet ferait une excellente fiche pour les professionnels sur les gestes à tenir, les regards à porter, l'observation à mener avec l'empathie qui ressort de votre contribution. A mettre entre toutes les mains de professionnels, de parents et de tous ceux qui côtoient des enfants. Et votre intervention sous cet angle, dans le débat actuel, me paraît d'autant plus nécessaire qu'on nous parle de dépistage chez les jeunes enfants dans la perspective de se prévenir face aux mauvais éléments, alors que nous avons besoin de prévention pour tous car ce sont eux -avec ce que nous leur aurons transmis et mis en route- qui feront le futur de la Terre que nous leur laisserons. Certes vous connaissez, je connais, nous connaissons tous des professionnels qui essaient de concourir à cette prévention, mais nous savons aussi le démantèlement qui est en train de miner le service public, notamment dans le secteur sanitaire et des soins dont l'exemple de la pédopsychiatrie est un des plus criant.
Cher M Philips Je rejoins les commentaires sur votre billet publié ci-dessus et je pense que les enfants qui vous rencontrent ont de la chance. La question que je me pose est de savoir comment tracer la frontière entre la socialisation naturelle,si j'ose rapprocher ces deux termes, de l'enfant qui a besoin avant tout d'être accuilli avec amour et attention... plus qu'avec compétence et qui ne nécessite rien d'autre que cette surveillance que vous décrivez, et une assistance médicale, avec tout le danger de signaler "un enfant hors norme". Pour voir la place que prennent les orthophonistes ou les psychologues à l'école, pour observer la place que les mêmes prennent de plus en plus dans la formation pour adulte comme si tout ce qui faisait un pas à côté de la réussite scolaire ou sociale normalisée était à verser dans le pathologique... pour observer aussi l'envahissement du vocabulaire politique par le vocabulaire médical je me dis qu'un grande prudence s'impose. Comment faire de la prévention qui ne verse pas dans la normalisation? Il me semble comprendre que vous y êtes attentif. Mais... représentez-vous une exception ou est qu'un grand nombre de vos collègues sont d'accord avec vous? Serge Koulberg
Cher Serge, "enfant qui a besoin d'être accueilli avec amour et attention...plus qu'avec compétence". Vous êtes dur! Je crois qu'il faut beaucoup d'expérience, de la compétence en quelque sorte, pour arriver à faire la part des choses. C'est à dire ne pas "médicaliser" immédiatement tout en restant attentif pour déclencher la machine si nécessaire. Pédiatre en libéral, c'est ensuite par une longue pratique en PMI que j'ai acquis le sentiment de me rapprocher de cet équilibre que vous évoquez! Il est bien plus facile de soigner une pneumonie que de" suivre" un enfant qui "pose""peut-être"un "problème"!! On est très loin de la "machine à soigner"!
Vous voyez comme c'est ambigüe, les mêmes ou presque que sur ce blog, cher Philips, vous même, déploriez que les troubles mentaux soient considérés comme un tabou. Et ici, vous ne parlez d'autisme qu'à propos d'ORL Point de pédopsy dans votre prévention. D'accord, faut regarder les oreilles ! mais le nombre d'enfants que j'ai vu arriver avec des oreilles impeccables, et qui étaient passés par toute la filière que vous indiquez, jusqu'à y perdre les deux premières et si précieuses années qui auraient permis un diagnostic de troubles de type autistique ! Les pédiatres et les généralistes souvent, racontant que tout allait s'arranger, et qu'Enstein n'avait rien dit avant 4 ans ! Je pense que vous connaissez ce problème du retard à l'allumage ! Si je m'en plains ce n'est pas pour augmenter la clientèle des psy, c'est plutôt pour éviter d'en augmenter la densité! Mais bon, on sent bien que vous êtes attentif aux enfants, dans leur ensemble, et que probablement, dans la réalité, vous ne seriez pas tombé dans ce travers. Ce travers existe toutefois. Cordialement
Cher Alain, Beaucoup de sagesse dans vos propos! Effectivement, par incompétence ou par peur, beaucoup de médecins refusent d'être les premiers à annoncer le handicap et "font comme si". Je me souviens de ce petit trisomique de 9 mois, pour qui le diagnostic était évident, qui avait été vu par des médecins dont aucuns n'avaient osé évoquer le problème. N'en reste pas moins que le diagnostic précoce de l'autisme n'est pas aisé, réclame un suivi. J'ai le souvenir de ma petite fille qui m'inquiétait grandement durant son premier mois de vie en raison d'une espèce de blocage d'accès à l'extérieur, me faisant penser à des signes d'autisme, mais qui, ensuite, eut un éveil magnifique! A l'inverse, avoir vu un enfant de 5 ou 6 ans étiqueté autiste et qui présentait un véritable problème d'audition! Dans tout, de l'attention, de la mesure et de la prise de responsabilité! Bien à vous
Nous sommes d'accord... Le diagnostic très précoce est assez risqué oui. Mais je pense qu'on pourrait souvent intervenir, par une guidance, éclairée mais intuitive encore, auprès des parents, pour les inciter à changer de chemin, et à éviter ainsi de conforter un repli qui menace d'autisme. Sans poser de manière formelle un diagnostic qu'on pourrait encore espérer éviter. C'est délicat, je sais ..; Bien à vous A.G
Merci d'avoir mis un lien vers ce magnifique fil, plein de bon sens, de compétence et d'expériences vécues sur le fil que j'avais lancé à propos de la TV : http://www.mediapart.fr/club/blog/etoile66/191208/le-role-de-la-tv-dans-l-acquisition-des-mots-pour-penser-ecrire-et-s-expri Comme le souligne Axel, ces mesures existent dans toute l'Europe du Nord et sont obligatoires. Si les parents ne présentent pas l'enfant dans le délai fixé, il est immédiatement contacté, car on sait que les troubles physiques ou mentaux non soignés précocement empirent avec le temps. C'est une question de responsabilité sociale envers les citoyens en devenir. Ces examens sont obligatoires en Allemagne, j'en ai mentionné l'étendue sur le fil: http://www.mediapart.fr/club/blog/etoile66/191208/l-orthographe-l-illettrisme-contribution-a-la-discussion Comme l'écrit Axel, je vis exactement la même chose. Lorsque vous dites aux Français que dans d'autres pays, certains domaines marchent bien mieux qu'en France, immédiatement les gens se raidissent et se justifient, ont une réaction de rejet et l'argument qui tue - permettant de ne rien changer - c'est "Nous sommes des latins". Ce sont les journalistes qui le répètent en boucle, en accord avec les politiques. Ainsi on maintient le système en l'état. Comme si depuis les Romains, les gens n'avaient pas évolué et comme si entre un Perpignanais et un Lorrain il y avait une similitude culturelle et comportementale ! Dans toutes les entreprises, on pratique le "benchmarking", on va voir ce que font les autres et on en prend les meilleures idées. En France, non. On refuse d'aller voir ailleurs, on cherche une solution franco-française, le nez dans le guidon. D'autres font mieux, mais aucun intérêt, même un refus agacé. C'est très bizarre comme comportement. En Allemagne, à Hambourg plus précisément, lorsqu'on dit aux gens: "Là-bas, ils font mieux qu'ici", immédiatement ils veulent aller voir et comprendre pourquoi. Pour prendre ce qui est mieux. D'ailleurs on voit sur cette vidéo que ce sont les pays d'Europe du Nord qui sont les plus avancés socialement. http://www.gapminder.org/videos/ted-talks/hans-rosling-ted-talk-2007-seemingly-impossible-is-possible/ (J'aime le message d'espoir - basé sur les statistiques - que fait passer Hans Rosling.) Le nier c'est comme se mettre les mains sur les yeux pour ne pas voir. Voilà pour le commentaire d'Axel que je salue au passage. Pour revenir au sujet, je suis entièrement d'accord avec vos remarques et suis étonnée des "peurs" diverses et variées quant à la prévention. Maintenant, le gouvernement actuel veut "détecter" les "futurs délinquants" dès l'âge de 3 ans. C'est tuer le peu de confiance qui se mettait en place par les efforts et le courage de pédiatres comme M. Philips. Car les familles les plus en danger auront bien trop peur que leur enfant soit "détecté" comme "délinquant potentiel" et ne le présenteront pas. Il gardera ses difficultés cachées. Dommage que l'angle de réflexion de ce gouvernement ne soit que sécuritaire. Une "guidance éclairée", un accompagnement personnel serait souhaitable. Je me souviens de ma pédiatre, celle qui suivait mon fils depuis sa naissance. Elle appelait même vers 22h pour demander de ses nouvelles quand elle le savait malade... c'était même devenue une amie... cela se passait à Hambourg. Elle l'a suivi jusqu'à ses 16 ans, quand nous sommes partis pour Paris. Elle a même fait un examen du sang, pour lui et moi, pour voir au niveau des vaccinations si nous avions encore suffisamment d'anticorps. Elle disait fort justement que cela ne servait à rien de faire des rappels et de revacciner si le taux d'anticorps était suffisant. Ce fut son dernier acte de pédiatre pour un enfant de 16 ans qu'elle avait suivi depuis sa naissance. Elle a toujours été là, pour toutes les maladies infantiles, les hospitalisations, mais aussi le conseil. On pouvait aller la voir ou appeler, c'était une personne de confiance importante. Après relecture de votre titre, je suis un peu étonnée. 4 ans, c'est déjà très tard...
Chère Etoile66, "4 ans, c'est déjà très tard": vous avez raison mais il s'agissait en l'occurrence de faire référence à ce bilan médical effectué dans les écoles maternelles par les services de PMI. Un choix, car, avant 4 ans, il y a des choses (dont le langage) qui ne sont pas encore mises en place. Dans la pratique, les moyens ne permettent qu'un seul examen!