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May

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En savoir un peu plus pour en avoir un peu moins peur

N’étant pas anesthésiste, ce billet peut comporter des inexactitudes de détails.Évoquer la fin de la vie dans le champ de la physiologie, revient, pour faire simple, à se pencher sur 3 organes. Le cerveau, les poumons et le cœur.

La vie du cerveau dépend directement d’un apport en oxygène, transporté par le sang. Privé d’oxygène pendant plus de 5 minutes environ, le cerveau meurt. C’est la mort cérébrale. La vie se maintient néanmoins si la respiration et les battements cardiaques persistent. 

La respiration est commandée avant tout par le centre de la respiration, une petite structure autonome contiguë au cerveau. Notre volonté peut agir : c’est la démarche des plongeurs en apnée. MAIS notre volonté ne peut prendre le pas sur le centre respiratoire ! Il arrive toujours un moment où l’individu, qui s’efforce de rester sans respirer, perd connaissance en raison même du fait de rester sans respirer, en raison même du fait de priver son cerveau d’oxygène. Dès lors qu’il a perdu connaissance, c’est le centre de la respiration qui prend le relais en balançant une grande inspiration oxygénante ! On ne peut donc mettre fin à ses jours en bloquant sa respiration, et ce quelle que soit la volonté du sujet !Comme le cerveau, le centre de la respiration est, lui aussi, dépendant de l’oxygène reçu. S’il en est privé trop longtemps, comme le cerveau, il cesse d’agir. Le sujet s’arrête de respirer.La respiration, comme le sang, sont indispensables à l’oxygénation du corps.Le cœur est très autonome. Son rythme est, bien sûr, modifié par toutes sortes de facteurs (l’effort l'accélère, l’émotion l'accélère, une grosse émotion peut le faire s’arrêter momentanément.) Mais, en principe, les battements du cœur ne dépendent que très peu du cerveau.

Le cœur, à l’arrêt, peut, au frais, survivre assez longtemps : c’est le principe du transport en vue d’une greffe. A la température du corps, sans oxygène( artère coronaire obstruée), le muscle cardiaque meurt : c’est l’infarctus. S’il est partiel, on survit, s’il est massif, on meurt. Comme tous les muscles, le cœur ne peut battre que peu de temps sans oxygène. Comme dans les crampes des joueurs de foot, l’acide lactique s’accumule et finit par arrêter les contractions.

Dans quelles conditions concernant ces 3 organes, la fin de vie peut-elle survenir ?Au niveau du cerveau, la prise de certains médicaments peut conduire au coma, qui n’a rien à voir avec la fin de la vie. C’est une perte de conscience, comme lors d’une anesthésie, ou à la suite d’un très gros choc (commotion cérébrale), ou à la suite d’une insuffisance en sucre dans le sang (coma insulinique). Il peut arriver que le centre de la respiration soit également touché. Si le centre de la respiration est paralysé par une substance, c’est l’apnée prolongée, le déficit d’oxygène…et la fin de vie.

Dans les comas, le cœur bat, le centre respiratoire fonctionne ou pas( nécessité d’une assistance respiratoire), la conscience est très fortement déprimée ou absente (coma dépassé, mort cérébrale).

Un saignement dans le crâne (hémorragie cérébrale) ou un blocage de la circulation cérébrale (AVC= accident vasculaire cérébrale) peuvent conduire à un manque localisé ou généralisé d’oxygène dans le cerveau. Malaise, paralysie partielle, coma, décès possibles.

Dans le cas de la noyade, il y a apnée dans un premier temps, puis perte de conscience, mouvement respiratoire réflexe, inhalation massive d’eau, blocage réflexe de la respiration et décès par insuffisance d’oxygène dans le cerveau. C’est un peu la même chose en cas d’hydrocution ou lors d’un étouffement.Si certaines substances sont injectées, le cœur peut s’arrêter de battre. C’est automatiquement la perte de conscience dans un premier temps et la mort cérébrale à échéance rapide (quelques minutes).

Toutes les techniques visant à supprimer les fonctions du cerveau, du centre respiratoire ou du cœur conduisent à la fin de vie.  

Et la douleur dans tout cela ?

Elle est présente quand la conscience est présente. Elle disparaît rapidement quand la conscience disparaît. On parle de coma stade 1 à 4 : avec persistance de réaction à la douleur, sans réaction à la douleur. (Notons qu’il existe des réflexes à la douleur -le patient retire sa main si on le pique- ne passant pas par la conscience et donc sans douleur consciemment ressentie.Le délai entre l’arrêt du cœur et la perte de conscience est très court : quelques secondes, une minute ?Le délais entre l’arrêt respiratoire et la perte de conscience est un peu plus long : tant que le cœur continue à pomper, un peu d’oxygène continue à maintenir la conscience. Dès que l’oxygène chute, la conscience est perdue, la douleur éventuelle disparaît. Délais de l’ordre de la minute ou un peu plus.

Dans l’agonie (insuffisance cardiaque, insuffisance respiratoire), la réduction de l’oxygénation du cerveau est très progressive et tout se passe comme si le sujet se sentait mourir.Dans les comas artificiels, (chez les grands brûlés par exemple), des médicaments sont injectées pour priver le patient de sa conscience et lui éviter des douleurs. On peut mettre en place une respiration assistée si l’on craint que le centre de la respiration ne soit trop déprimé. Tout cela est réversible.

Sans respiration assistée, en augmentant les doses, on provoque un ralentissement puis un arrêt respiratoire menant à l’arrêt cardiaque et à la mort cérébrale. C’est un dispositif utilisé par certaines associations d’aide à une mort « douce ».

« Tomber dans les pommes », « Perte de connaissance ». Une émotion, un phénomène « vagal » peut entraîner une perte de connaissance passagère par arrêt respiratoire passager. Pas de danger de fin de vie. Le centre de la respiration va lancer son message de mouvement respiratoire.Idem en cas de commotion. Le centre respiratoire n’est pas touché, maintient la respiration.Coma éthylique, coma médicamenteux, overdose : il y a risque d’arrêt de vie si le centre de la respiration est trop déprimé.

Fin de vie. Le vieillard s'éteint parce que son cœur, fatigué, s’arrête. Dénutri, le sucre du sang chute progressivement et conduit à une perte de conscience. Le transport d’oxygène est déficient, la conscience s’altère.

Accidenté. De très nombreux et variés facteurs sont en jeux (hémorragie, étouffement par inhalation, choc cérébral grave, etc).

De tous temps les hommes ont utilisé toutes sortes de moyens pour mettre fin aux jours des uns et des autres (guerre, peine de mort, génocide, crime).Les flèches empoisonnées au curare paralysent la respiration, entraînant la mort par asphyxie. Des dérivés du curare sont utilisés en anesthésiologie pour relâcher les muscles…sous respiration assistée.

Etre fusillé, recevoir une balle dans la nuque, c’est s’exposer à des étapes intermédiaires pleines de douleurs et d’aléas.

La chaise électrique paralyserait en même temps le cerveau, le centre de la respiration et le cœur : résultats pleins d’aléas, on en connaît de nombreux exemples, tous plus sinistres les uns que les autres.

Le gaz Zyklon agit comme le cyanure ou l’oxyde de carbone (appareils de chauffage défectueux, gaz d’échappement de voiture) en prenant la place de l’oxygène du sang. Le décès n’est pas immédiat mais rapide.

Guillotine, garrottage, pendaison : brusque suppression d’apport d’oxygène. Perte de connaissance très rapide…mais pas nécessairement concomitante ! Des nombreux médecins publièrent en 1804 le résultat de plusieurs expériences sur les guillotinés. Voir le site http://books.google.fr/books?id=ZJA3AAAAMAAJ&pg=PA728&lpg=PA728&dq=exp%C3%A9rience+guillotin%C3%A9&source=web&ots=IH4skHx_Xl&sig=a0kVK4Y2IhiYx9nC6HCSfVwjYuo&hl=fr&sa=X&oi=book_result&resnum=1&ct=result</p>Dans la pendaison avec chute de haut, on peut penser que tout est concomitant.

Dans l’égorgement, la mort survient par privation d’oxygène en raison à la fois de l’hémorragie et de l'éventuel arrêt des mouvements respiratoires.

Il existe encore bien d’autres circonstances menant à la fin de vie : choc toxi-infectieux, empoisonnement, dénutrition, déshydratation, intoxication par l’eau, urémie, etc. On sort peu à peu de la physiologie pour entrer dans la pathologie.

Tous les commentaires

Bonsoir, Je viens de lire votre billet, attirée par le titre : "en savoir un peu plus pour en avoir un peu moins peur". Je me demandais de quoi ça parlait. Dès le début du texte vous évoquez la fin de vie (on sait où on met les pieds ! ou les yeux...) et au fur et à mesure de la lecture, je cherchais où me menait cette liste. Une fois la lecture finie, je ne sais pas si elle contribue à "en avoir moins peur". Une chose m'étonne : dès le début, vous parlez de "fin de vie" et non de "la mort".Vous employez surtout ce mot en parlant de la mort cérébrale. Dans mon entourage, dans les médias, lorsque quelqu'un meurt, j'entends : "il est parti", "il s'est éteint", "il a disparu", etc et de moins en moins souvent : "il est mort". Je crois que nommer les choses par leur nom contribue à les apprivoiser, à entrer en contact avec leur réalité. La naissance et la mort sont les deux grands passages de notre vie, un début et une fin auxquels nous n'échappons pas. Je regrette que nous tentions de vivre comme des immortels, en écartant le plus possible tout ce qui nous rappelle que, nous aussi, nous allons mourir un jour. Cette mort qui nous attends on ne sait quand donne aussi l'intensité à notre vie. Et penser à la mort, ce n'est pas être triste au quotidien, mais être conscient que l'on est vivant ! :-) Bien à vous,

Oui, je le reconnais, j'ai eu quelque pudeur à évoquer-à deux reprises-la mort. Je voulais en parler et en même temps ne pas trop "agresser" le lecteur (ou moi-même!). Nous sommes aussi dans le politiquement correct (troisième âge, non-voyant, petite taille, "n'a pas vocation à","mutualisation",...) Votre vision de la mort est belle, je la partage. Elle est aussi un évènement extraordinaire et passionnant, comme la naissance. Nous pouvons, éventuellement, y jouer un certain rôle. Un grand voyage, un grand départ, cela se prépare! En même temps, beaucoup n'aiment pas trop qu'on l'aborde!

Je me suis longuement interrogée sur le phénomène de la "lueur au fond d'un tunnel" au moment de la mort. Et si ce n'était tout bêtement qu'une réminiscence de cette lumière qui nous a accueillis au sortir du ventre de la mère? Le long tunnel noir et la lumière au bout... On repart comme on est venu.

Bien sûr la naissance est un commencement, celui d'une vie "autonome". Mais nous ne naissons pas "vierge": notre cerveau, à la naissance, a déjà accumulé beaucoup de choses venant de l'environnement (bruits du coeur, des intestins et voix de la mère, bruits extérieurs-paroles, musique, etc-lumière?-odeurs?-mouvements divers). C'est vrai que des "rescapés" de la mort ont souvent évoqués "une grande lumière". En tout cas, il y a beaucoup de points communs entre la naissance, le sommeil et la mort. Une "prise ou une perte de conscience".

Merci pour le billet... et pour les commentaires de Myriam et de SylvN. Faire "de sa Majesté la Mort la rencontre", comme chantait Brassens (un autre très grand, M Philips) dans "Oncle Archibald", cela m'arrive assez souvent, depuis quelque temps déjà, au cours de mes promenades matinales. J'y pense, je n'ai pas l'impression d'en avoir peur, mais qui peut dire ce qu'il en sera le moment venu? En attendant, même si je ne sais pas, comme Georges, "semer des fleurs / dans les trous de son nez", j'essaie de la narguer en fredonnant avec lui: "Elle arpentait le trottoir du cimetière en troussant plus haut qu'il n'est décent son suaire, son suaire".

"Réussir sa mort" Orgueil? Prétention? Droit? Liberté? Si nous arrivions à nous débarrasser du fatras, du poids de notre culture judéo-chrétienne, comme nous pourrions travailler à accueillir ce moment dans la paix, la sérénité! Pour nous-même...mais aussi pour les autres! Je pense que tous ceux qui l'a voit arriver devraient se sentir soumis à une sorte d'obligation humaine: faire en sorte d'y préparer leur proche, leur en parler les premiers, l'évoquer! Bien sûr, il ont aussi d'autres sujets à gérer (douleur, succession, quotidien) mais, de part leur position, ils devraient se sentir obligés d'y préparer leur entourage! Question de dignité! Question de responsabilité! Si on ne peut rien dire de notre naissance (nous la subissons), on devrait avoir l'obligation de mettre des mots sur ce qui va se passer, ce qui est en train de se passer. On est des êtres de parole, que diable! Alors, chiche?

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