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Je rêve d'une société matrilinéaire!

Sans doute inconsciemment opposé à la violence, attiré par les femmes…et aussi par les éléphants, je rêve d’une société matrilinéaire, une société où la testostérone ne ferait pas la loi !
Est-ce un rêve ou cela pourrait-il être une réalité ?
Les anthropologues et les ethnologues nous racontent que l’humanité serait passée par une série d’étapes depuis la sauvagerie de la horde à la société patriarcale actuelle en passant par la barbarie et le matriarcat . Ah, ah, nous nous rapprochons !
Il y a bien longtemps, l’humanité fonctionnait donc sur un mode différent, le mode matrilinéaire. Dans ces temps lointains, avant le stade de la sédentarisation consécutive à l’élevage et à la culture de la terre, la femme occupait une place privilégiée. Pourquoi ?
On peut facilement imaginer qu’à cette époque, les hommes avaient déjà pleinement conscience que la pérennité de leur espèce était liée à la présence de leurs compagnes : les femmes ! En effet, sans femme, pas de descendance et le groupe aurait été condamné à la disparition ! Face aux buffles, face aux mammouths, face à l’ours, il fallait de la force, beaucoup de force, pour lancer le javelot, l’épieu. Les femmes occupaient donc leur temps à la cueillette, surveillaient le feu, tannaient les peaux, fabriquaient les vêtements, veillaient sur les enfants.
Mais, pour les hommes, les femmes, bien que considérées sans doute comme piètres chasseurs, étaient indispensables !
De plus, à cette époque, les femmes auraient usé de ce mystérieux statut de reproductrices pour y associer (astucieusement !) du « sacré, du religieux », bref de quoi se conférer ainsi une place particulière, un statut privilégié ! Pas bêtes, les guêpes !
Ainsi serait née la société matrilinéaire, plaçant la femme au centre du groupe !
Aujourd’hui, on évoque souvent la société Moso comme modèle de société matriarcale. Les Moso vivent aux confins de la Chine. La philosophie Moso repose sur la réincarnation, en l’occurrence celle des morts vers les enfants.
Le nom de la famille, les biens matériels et les terres sont transmis par les femmes. Il n’est pas institué de couple rigide, pas de mariage. Le choix du fiancé est fait par les femmes. Les hommes ne vivent pas chez leur compagne, ne lui rendent visite qu’occasionnellement, presque subrepticement paraît-il ! A sa guise, la femme peut recevoir successivement plusieurs hommes chez elle. La sexualité y serait donc beaucoup plus libre, en tous cas plus spontanée, moins rigide ! Les enfants appartiennent aux femmes, pas aux hommes. Ce sont les femmes qui subviennent à leurs propres besoins ainsi qu’à ceux des enfants. Elles sont agricultrices, pêcheurs.
Les femmes ont des vêtements plus riches et plus colorés que ceux des hommes.
Les femmes les plus âgées, les plus sages occupent le sommet de la hiérarchie. Elles sont en relations avec les divinités, servent d’intermédiaires.
Les hommes n’interviennent qu’occasionnellement chez les femmes, pour des gros travaux (construction de maison). Leur domicile habituel reste celui de leur mère. Apparement, le reste du temps, ils ne font pas grand chose, pour ne pas dire rien !
Mais la place prédominante des femmes n’est nullement absolue. Par exemple, c’est l’oncle qui exerce l’autorité concernant l’éducation des enfants.
C’est évidement la base non violente du fonctionnement de cette curieuse société qui m’attire et nullement le désœuvrement des hommes!
Aujourd’hui, hélas, ce fonctionnement est totalement mis à mal, notamment du fait du modernisme.
Cette place prédominante accordée à la gens féminine se retrouve aussi dans certaines sociétés animales. C’est d’ailleurs là que je les ai découvertes !
Fonctionnent, entre autre, en sociétés matriarcales, les hyènes, les éléphants, les lions.
De magnifiques films documentaires nous décrivant le fonctionnement en milieu naturel de la société des éléphants, nous font découvrir les avantages de ce type de société.
La place du chef , la hiérarchie, ici en l’occurrence celle de la femelle la plus âgée, la matriarche, est naturellement reconnue non sur une base correspondant à sa puissance physique ou à son pouvoir, comme dans bien des sociétés humaines patriarcales actuelles, mais sur l’expérience, la sagesse, la connaissance. Point de combat pour occuper cette place, la simple reconnaissance du groupe !
Dans la société matriarcale des éléphants, existe une très grande solidarité. Entre les femelles, entre les adultes et les enfants. L’objectif de vie semble être réduit à la recherche de nourriture, à la reproduction, voir au jeu. Pas de combats, pas de luttes de pouvoir, pas de revendication de territoire.
Au delà d’un certain âge, le jeune adulte est chassé du groupe, invité à se trouver ailleurs une compagne !
Après quelques années passées en petits groupes, les éléphants mâles, à la période du rut, saillissent les femelles puis reprennent leur vie simple, à l’écart, sans soucis !
Chez les humains, l’étude des différents types de sociétés, que ce soit au cours de l’évolution ou dans des régions géographiques actuelles, renvoie obligatoirement à une « loi » en régissant de manière absolue le fonctionnement, à savoir l’interdit de l’inceste. Cet interdit impose la recherche d’un compagnon (ou d’une compagne) en dehors du groupe pour fonder une famille. Les sociétés ne fonctionnent que dans la diversité des racines.
C’est Lévy-Strauss, le grand ethnologue, qui en a établi l’universalité, et ce, quelles qu’en soient les justifications (voir http://www.mediapart.frhttp://blogs.mediapart.fr/blog/m-philips/240608/inceste ).
Ainsi, qu’il s’agisse de la société Moso ou des éléphants, il semble bien qu’une société matrilinéaire soit empreinte de plus de paix que de guerre, remplie d’une simple recherche pour assouvir des besoins basiques plutôt qu’à l’exercice de violences gratuites.
Les individus mâles gardent leur prérogatives de reproducteurs, mais, en dehors de cela, occupent une place secondaire, presque accessoire, sans grandes responsabilités ni devoirs !
Des raisons suffisantes d’en rêver ! Qu’en pensez-vous ?
Sur ce sujet ,Wikipédia consacre un très intéressant chapitre sur ce sujet des sociétés matrilinéaires: http://fr.wikipedia.org/wiki/Matriarcat .
Vous y trouverez les différences entre les termes de « matriarcat », « système de parenté matrilinéaire » et pleins d’autres informations et renvois de tous ordres.
Vous y apprendre qu’en Europe occidentale, les sociétés germano-scandinaves sont encore, aujourd’hui, dans leurs profondeurs, matriarcales et matrilinéaires ! (La nationalité allemande, le saviez-vous, est justifiable aujourd’hui par une grand mère maternelle allemande !).
Concernant les différents types de système de parenté (chez les Inuïts, les Hawaîens, les Iroquois, les Soudanais, les Crows), consultez : http://www.reynier.com/Anthro/Parente/systeme.html

Tous les commentaires
Votre vision ne s'appuie-t-elle pas sur une vision idéalisée de la femme? Entre ces femmes là et celles chantées par Renaud
renaud - miss maggie
, ce qui génère la violence c'est, je crois, le sentiment de toute puissance ou d'impuissance.
"vision idéalisée de la femme" Certainement cher Christophe67! N'empêche, à part Maggie, je les préfère, de loin, aux hommes, ne serait-ce que dans leur façon de "fonctionner" dans la vie, leur façon d'aborder les choses, les gens, les problèmes!! Pour ce qui est de l'usage de la violence, même si on la rencontre chez les femmes, j'ai toujours eu le sentiment qu'elle ne s'exprimait qu'en dernier ressort et non de façon habituelle. Mais il faudrait de vraies statistiques!
. passionnant. . jpylg
Charmant billet, l'éléphant est mon animal emblématique préféré, et j'ai appris beaucoup de choses. Merci M. Philips !
Pour moi aussi, l'éléphant est l'animal que je préfère! Il aurait fallu que je naisse en Inde, devenir cornac! Mais enfin, le cheval, c'est pas mal quand même!
En Irlande, certains voient la société irlandaise comme étant une société matriarcale à la base. Et effectivement, la "mère" - plus que la femme - y a un rôle très important. Presque trop lourd à porter parfois. Ce qui est en parfaite contradiction avec le rôle que l'Eglise catholique a dévolu aux femmes dans ce pays depuis son indépendance (1922). Ce système martriarcal irlandais remonterait, selon certains, aux tribus celtes où les femmes connaissaient une certaine liberté face aux hommes (cf plusieurs reines dont la reine Maeve).
Tiens, en allant voir, grâce à Yolande, j'ai trouvé Epona, déesse protectrice des chevaux et des cavaliers, M. Philips ! http://site.voila.fr/Epona1
Site remarquablement bien fait: objet d'une thèse universitaire! Je ne connaissais pas, très intéressant!
Votre billet est passionnant, je regrette de ne pas l'avoir vu plus tôt pour en discuter ! Avant d'aller lire celui sur l'inceste, j'ai envie d'évoquer ici le fait que les toutes premières représentations artistiques (retrouvées à ce jour) de l'humanité sont des représentations de la femme, il y a environ 25.000 ans.
~~ Pour en savoir un peu plus : http://www.hominides.com/html/art/venus_art_mobilier.html
Venus callipiges= venus aux "belles" "fesses"! Comme quoi les humains du passé avaient une autre vision de la beauté des femmes qu'aujourd'hui! En même temps, on voit bien que cette vision des femmes n'était nullement restreinte, correspondait à une vision générale. Ne faut-il pas y voir la perception que "beauté" allait avec "fécondité"...et sans doute aussi avec "plaisir"!? Je crois aussi que cette vision est encore d'actualité dans certaines régions d'Afrique. Je vais aller plus loin: une femme qui dispose d'un bon pannicule adipeux, cela veut dire disposer d'une bonne réserve d'énergie en cas de famine, donc un gage de pérennité, que du positif!
dianne J'ai suivi votre conseil. Une bouffée d'oxygène... merci. :o))
Cher Monsieur Philips,
J'ai beaucoup aimé votre article sur lequel je suis tombé un peu par hasard, n'ayant pas beaucoup de temps pour flâner sur Mediapart et sur Internet en particulier.
Je partage tout à fait votre rêve d'une société où les mâles accepteraient leur part de féminité, d'une société apaisée, aimant la vie.
Je me suis beaucoup intéressé aux travaux des ethnologues qui ont étudié les sociétés matristiques/matrilinéaires (matriarcale, pendant de patriarcale évoque la domination d'un sexe sur l'autre !).
Or il m'est apparu que ces sociétés ont largement existé durant les premiers millénaires qui ont suivi l'invention de l'agriculture. Il est d'ailleurs tout à fait probable que ce sont les observations des femmes (qui récoltaient les grains voici 12 000 ans environ) qui furent à l'origine de l'agriculture. Elles assurèrent ainsi assuré une certaine sécurité alimentaire au clan. Elles étaient alors doublement mères nourricières ! De plus, la sédentarisation (qui avait quelque peu précédé les pratiques agricoles mais a été pérennisée par celles-ci) a entraîné une explosion démographique et donc l'expansion des clans. Le femme était donc aussi doublement féconde et honorée en cela.
J'ajouterai qu'elles furent aussi chamanes, guérisseuses, par leurs connaissances des plantes. Ce qui sera sans doute l'une des causes de la haine que leur vouera l'Eglise catholique, plus tard, qui brûlera les sorcières.
Napoléon les réduira à l'état de pourvoyeuses de chair à canons !
En ce moment, il sort de nombreux ouvrages qui annoncent - ou souhaitent pour que l'humanité ait un avenir - l'avênement de sociétés "adoucies", humanisées, d'une civilisation de l'empathie (Jérémy Rikfin), où l'altuisme ne serait pas seulement prêché mais réellement acté, où la fraternité humaine serait enfin reconnue comme un fait "de nature" sur notre Terre-Patrie (Edgar Morin) - terme qui allie bien l'unité du féminin (Gaïa, la Terre) et et du masculin (Patrie, terre de nos père, nom féminin d'ailleurs !)
Avec toutes mes amitiés... fraternelles,
Georges HERVE