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Beppe Grillo aurait-il peur du dissensus ?

Le 12 février 1924, Gramsci fondait en Italie l’Unità, journal qui continue encore aujourd’hui d’informer, d’analyser, de décrypter, malgré les tentatives de certains de le faire disparaître. C’est Mussolini le premier qui s’y attela et pendant les années noires du fascisme, l’Unità parut clandestinement. Plus récemment, Berlusconi essaya lui aussi de se débarrasser de la pensée critique du journal qui, selon lui, entachait sa réputation. L’on sait combien les tyrans ont besoin de consensus : il faut faire taire les avis contraires, les opinions contrastantes, les idées différentes pour ne faire régner que la pensée dominante. Et la première chose à supprimer pour ne faire entendre qu’une seule voix, c’est la presse. C’est un journalisme qui essaie au contraire de proposer des réflexions critiques, des analyses, et qui tente de faire éclater la vérité que certains voudraient dissimuler. Il suffit de relire tout ce qui a été écrit de négatif sur Mediapart après l’affaire Cahuzac, notamment, pour saisir à quel point le journalisme dérange.

Faire taire l’Autre, c’est déjà l’éliminer. Ce que l’on ne voit ni n’entend n’existe pas. Je crois que si le film No, qui retrace la campagne chilienne où les opposants à Pinochet eurent pour la première fois l’occasion de s’exprimer, m’a tant plu, c’est justement parce qu’il fait sentir de manière subtile mais forte l’importance du dissensus, la nécessité absolue de donner la parole aux uns et aux autres, de faire entendre le pour et le contre, le oui et le non. En ce sens, le journalisme est le trésor de la démocratie, il est, aussi, ce qui la fait exister. Il fait entendre différentes voix, il permet aux uns et aux autres de s’exprimer. Il incarne la liberté d’expression, qui est la première chose à laquelle s’attaquent les régimes totalitaires.

Eh bien ce matin, l’Unità publiait un éditorial dans lequel Pietro Spataro évoquait un “axe inédit Berlusconi-Grillo” qui empêcherait, selon le journaliste, Bersani de mener à bien la formation d’un gouvernement. En début d’après-midi, Beppe Grillo, dont j’ai déjà parlé ici, publie un court texte qui rappelle que l’Unità est “dans le rouge” et qu’elle reçoit des financements publics et celui qui ne cesse de vanter les mérites de la démocratie directe conclut en disant : “nous sommes en train d’entretenir avec l’argent de tous les contribuables un projet éditorial de propagande”. 

Je vous épargne ma réaction et retranscris plutôt ici la réponse du comité de rédaction du journal : “Que Beppe Grillo se fasse une raison : l’Unità ne s’est pas tue pendant le fascisme ou au moment des attaques quotidiennes de Berlusconi et elle ne se taira pas aujourd’hui. Pénalisée par la publicité et dans un régime de marché déformé par l’absence de lois qui protègent la libre concurrence, L’Unità reçoit ces financements publics destinés au monde de l’édition qui existent dans tous les pays démocratiques du monde et qui ne sont remis en question qu’en Italie, où est menée une campagne de désinformation lancinante et loin d’être désintéressée. En outre, ces fonds ont déjà été amplement réduits et les coupes ont contraint plusieurs journaux à fermer, surtout à gauche. Ces mesures de soutien servent justement à garantir l’existence de voix libres et à défendre la liberté de la presse et de l’information ainsi que le pluralisme que la Constitution italienne, la Déclaration universelle des droits et de l’homme et la Charte des droits fondamentaux de l’Union européenne ont reconnu comme valeurs fondatrices du vivre-ensemble démocratique. On ne peut pas faire un trait sur le dissensus et sur la liberté de pensée comme sur un commentaire désagréable ou qui ne se rangerait pas à la pensée unique d’un blog. C’est le jeu de la démocratie et Grillo devrait apprendre à le respecter”.

En effet, il y a quatre jours, Grillo publiait un autre texte sur son blog pour expliquer que tous les commentaires négatifs qui fleurissaient ces jours-ci sous ses écrits n’étaient que des spam et que les gens qui les écrivaient étaient payés pour le faire. Le grand défenseur d’Internet qui expliquait il y a encore peu de temps que la révolution se ferait grâce au web, qu’Internet était la plate-forme idéale et parfaite pour la démocratie directe car seulement à travers cette grande toile informatique, tous les citoyens avaient la possibilité de s’exprimer librement (oui, je sais, tout le monde n’a pas d’ordinateur, tout le monde n’a pas internet mais j’imagine que pour Grillo, ces gens-là ne méritent pas vraiment de participer à la démocratie...?) a semble-t-il fini par trouver une limite à cette plate-forme révolutionnaire : même ceux qui ne partagent pas ses idées ont le droit de s’exprimer.

Face à la critique, c’est tellement plus simple d’accuser l’opposant d’être un “troll” ou un “spam” ou de retirer les financements publics à un journal pour le faire taire. Tellement plus simple.... Et la démocratie dans tout ça, elle est passée où?

Tous les commentaires

28/03/2013, 23:12 | Par jdapr

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29/03/2013, 09:56 | Par Annie Lasorne

... Mais il est tard Monsieur, il faut que je rentre chez moi. (Jacques Brel Ces gens-là 1966)

Il y a des matins où il difficile d'être lucide et d'avoir peur du lendemain.

29/03/2013, 10:50 | Par XipeTotec

"L'Unità" est aujourd'hui le journal des "sociaux traîtres" du PD. A mon avis, c'est Gramsci qui doit se retourner dans sa tombe.

Le mouvement 5S est de toute manière contre le financement public des médias.

29/03/2013, 12:21 | Par RienNeVaPlus

L'Unita n'est plus le grand quotidien de gauche qu'il était. C'est désormais un journal de "centre gauche".  Il roule aujourd'hui pour Bersani. Quand à B. Grillo c'est un autre problème. Lorsqu'on prone la suppression des syndicats (c'était dans son programme) on n'est pas très loin du fascisme historique.

 

29/03/2013, 12:35 | Par ma mo

Indépendemment de l'évolution historique de l'Unità, les propos de Grillo sont dangereux pour la démocratie et pour la liberté de la presse. Essayez-vous de dire que puisque l'Unità "roule pour Bersani", comme vous l'écrivez, il serait justifié de lui retirer tout financement public?

(Effectivement, la suppression des syndicats va dans la même direction, celle du fascisme, malheureusement.)

29/03/2013, 14:07 | Par RienNeVaPlus en réponse au commentaire de ma mo le 29/03/2013 à 12:35

Je suis bien entendu pour la liberté d'expression et le soutien à la presse, quelles que soient les convictionss des uns et des autres (hormi les médias qui montrent un racisme avéré ou appellent à la violence).

Je parlais ici de l'évolution politique de l'Unita. "J'interdis d'interdire" reste l'une de mes devises. Cordialement

29/03/2013, 14:29 | Par max angel

Il y a des faits et rien que les faits.

1°) il existe pour tout un tas de bonnes raisons, un rejet des partis politiques traditionnels et des hommes politiques en général, non seulement en Italie mais un peu partout en Europe,

2°) à partir de là, il faut réfléchir à une "restauration" de la politique au sens noble du terme, soit, l'organisation de la polis,

3°) la tentation est grande de doubler les instances traditionnelles en utilisant les nouveaux médias et en croyant que ces "outils", cette technologie servira la démocratie, alors que chacun sait comment on peut manipuler et être manipulé par ce média,

3°) on ne peut échapper à la réalité, il faut se mouiller, il faut même parfois se salir les mains, or, Beppe Grillo, pour le moment croît que c'est en éliminant ce qui existe d'une manière radicale, en plongeant le pays dans plus d'instabilité, en jouant la politique du pire que va naître "un ordre nouveau", expression qui me fait froid dans le dos,

4°) "le Monstre doux" de Rafaele SImone va l'être de moins en moins.

La démocratie est à revoir, à repenser, des assemblées constituantes devraient accoucher d'une approche nouvelle des règles de la vie politique en incluant ce qui se fait de meilleur, ou de moins mal dans les différents pays de l'UE. Ce qui suppose une libération du monde politique du monde économique qui le tient bien en mains en le finançant.

Il y a là une tâche gigantesque et émoustillante à mettre en oeuvre. Et ce que les italiens vivent, nous autres français, allons aussi l'expérimenter.

Ce ne sera point un ex-clown paranoïaque, mais peut-être une femme ou un homme, qui nous jouera le bonimenteur. Nous sommes dans une société du spectacle. Nous nous y baugeons avec délectation. La classe politique s'y plait.

A preuve, hier, grande séance d'hypnose, ratée, mais quand même suivie par près de 8 millions de citoyens. Ce qui prouve qu'il y a une majorité de gens qui ont autre chose à faire que de se faire rouler dans la farine.

Alors, la démocratie directe, vivante, qui implique une générosité, un sens du collectif, une responsabilité partagée, ce n'est pas pour demain.

Je crains qu'une fois de plus, ce qu'attendent les pleupleus, c'est un chef, un guide, un duce, un führer comme les moutons attendent le berger ou les croyants leur prophète ou son représentant sur terre.

Et pourtant... devenir citoyen responsable de soi et des autres, quoi de plus    libérateur ?

 

29/03/2013, 17:03 | Par ma mo en réponse au commentaire de max angel le 29/03/2013 à 14:29

Merci! C'est un plaisir de vous lire! Des mots indispensables et libérateurs. Que dis-je, émancipateurs! 

29/03/2013, 23:27 | Par Anacharsis en réponse au commentaire de max angel le 29/03/2013 à 14:29

"Ce qui prouve qu'il y a une majorité de gens qui ont autre chose à faire que de se faire rouler dans la farine. Alors, la démocratie directe, vivante, qui implique une générosité, un sens du collectif, une responsabilité partagée, ce n'est pas pour demain"

Pas très logique votre raisonnement: Le fait qu'une majorité de gens n'ait pas envie de se faire rouler dans la farine me semble plutôt la manifestation d'un sens du collectif et d'une responsabilité partagée. Pourquoi conclure à l'attente par nos contemporains, d'un chef, d'un guide, d'un duce ou d'un führer. Je ne comprends vraiment pas.

29/03/2013, 14:50 | Par medoc

Une invitation à enlever les oeillères...Pas de sauveur évergétique, pas de solutions miracles, pas de providence, fut-elle laïque.

29/03/2013, 16:34 | Par eric38

Chère Madame, L'unita n'est plus que l'équivalent en France de Libération. L'organe de presse du parti Démocrate, loin, très loin de sa glorieuse histoire liée à Gramsci que vous vous plaisez à nous rappeler. Comme Libération, il est anticommuniste et remplit ses colonnes de propos toute à la promotion de ce social libéralisme, terme "euphémisant" pour nommer ce néolibéralisme qui nous ensevelit.

A noter, que le nom Unita a été l'objet d'une rude bataille juridique toute à la faveur du PD.Y compris, la fête de l'Unita (toute comparaison gardée, l'équivalent de celle de L'Humanité) est devenue le rassemblement des adhérents et sympathisants du PD.

L'équivalent s'appelle Il manifesto qui n'a pas attendu, lui, Grillo pour voir ses financements publics supprimés.

29/03/2013, 17:01 | Par ma mo en réponse au commentaire de eric38 le 29/03/2013 à 16:34

Cher Monsieur, je suis parfaitement au courant de ce que vous dites. Mais pour moi cela ne justifie en rien les propos de Grillo. 

29/03/2013, 17:57 | Par eric38 en réponse au commentaire de ma mo le 29/03/2013 à 17:01

Chère Madame, puisque vous êtes parfaitement au courant des "mutations" de L'Unita, il eût été convenable de rapporter ces points, de les mettre en discussion, en perspective afin d'évoquer Grillo.

Cette irruption sur la scène politique ne vient pas de nulle part.Ce personnage est  le résultat, ici, en Italie du lent délitement de la démocratie au coeur de cette fragile République (de par son histoire), souvent capable du meilleur (comme dans les années 70), parfois du pire.

J'ai vu,  les militants de la Ligue Lombarde faire le salut fasciste sur les marches de la mairie de Rome, acclamant l'acte de débouloner une stèle à la mémoire des résistants. Et un camarade italien de me glisser à l'oreille: "ils n'ont même plus besoin de marcher sur Rome!"

Mussolini, Berlusconi, le pape omniprésent dans les affaires du pays, les mafias, la corruption à tous les étages de la vie politique, ce que l'on nomme pudiquement "la crise économique", la paupérisation économique, autant que morale, culturelle et esthétique...mains propres...Grillo, c'est tout celà.

Des copains, éduqués, conscients, de ceux qui lisaient, soutenaient, militaient pour L'Unita (celle de Gramsci) ont voté Grillo. "Un saut dans l'inconnu, nous avons les pieds dans le vide".

29/03/2013, 19:49 | Par XipeTotec en réponse au commentaire de eric38 le 29/03/2013 à 17:57

Oui hélas. Les débats politiques ne sont guère sérieux en France. En France, Grillo est fasciste et Mélenchon antisémite avec à peu près la même faiblesse d'argumentation.

29/03/2013, 22:25 | Par mass en réponse au commentaire de XipeTotec le 29/03/2013 à 19:49

Je n'ai pas d'avis sur Grillo, mais mes amis italiens de gauche (extreme-gauche ) pour la plupart ont un avis très négatifs sur Grillo. Je vais leur faire confiance vu qu'eux, ils le vivent tout les jours.

 

PS : quand dans une vidéo je le vois se feliciter avec des militants de Casa Pound, qu'ils ont le même programme cela fait un peu peur. Je vous laisse vous renseigner sur Casa Pound.

 

https://www.youtube.com/watch?v=jeVgiMFE-MA

30/03/2013, 08:37 | Par ma mo en réponse au commentaire de mass le 29/03/2013 à 22:25

Vous me rassurez...

29/03/2013, 23:41 | Par Segesta3756 en réponse au commentaire de XipeTotec le 29/03/2013 à 19:49

D'accord avec vous. Je suis assez déçue de la manière superficielle par laquelle la situation politique italienne est traitée par les médias français. Si nous tenons à l'Europe des peuples, il va falloir que nous nous efforcions de comprendre mieux ce qui se passe à l'intérieur de chaque pays, même si la barrière des langues est réelle.

C'est vrai que la situation politique en Italie, après la surprise des résultats du M5S (dont Grillo et ses militants ont été peut-être les plus surpris par ailleurs), est instable, une difficile transition dûe aussi à un système électoral compliqué et inique (une loi de droite naturellement, loi Calderoli, groupe Casa delle Libertà http://it.wikipedia.org/wiki/Legge_Calderoli qui est venue modifier l'ancienne loi de 1993 de Mattarella, plus démocratique et laissant place au Parlement pour des partis minoritaires), cumulée à la fin du mandat du Président de la République (sept ans!), qui rend encore plus difficile la sortie de crise. 

  

30/03/2013, 12:40 | Par RienNeVaPlus en réponse au commentaire de XipeTotec le 29/03/2013 à 19:49

Accuser Mélenchon d'antisémitisme est grave (et empèche de mener la véritable lutte contre l'antisémitisme tout en évitant le débat sur les questions de fond).

Les antisémites sont ceux qui - à chaque fois que nous dénonçons, à gauche,  la dictature de la finance - y voient de l'antisémitisme. Cela c'est être antisémite.

Cette accusation vise à refermer la débat démocratique. C'est très grave et insultant.

Quand à Grillo, il emprunte un peu partout, mais n'est pas un démocrate.

30/03/2013, 08:37 | Par ma mo en réponse au commentaire de XipeTotec le 29/03/2013 à 19:49

Malheureusement, les arguments pour rapprocher Grillo du fascisme sont là et bien là. La suppression des syndicats, le refus de parler aux journalistes, de répondre aux questions des autres, les règles qui régissent le mouvement cinq étoiles, la suppression des financements publics aux partis et aux organes de presse, ses prises de position sur la question des rom et sa célébration des "frontières sacrées de la Patrie", par exemple. J'en dis aussi quelque chose ici : http://blogs.mediapart.fr/blog/marie-morisset/230213/beppe-grillo-un-clown-inquietant. Je ne sais pas si vous lisez l'italien mais je vous recommande, entre autres, les deux derniers articles d'Ida Dominijanni (lisibles ici : www.idadominijanni.wordpress.com). Je ne sais pas si vous avez lu aussi que Roberta Lombardi, député 5 étoiles élue chef de groupe à la Chambre, avait écrit sur son blog (après justement que Grillo avait discuté avec Casapound, et pour prendre sa défense) qu'il y avait une "partie bonne du fascisme" : "Casapound”. Prima questione: qualcuno mi dice, finchè esistono loro il fascismo non sarà morto, quindi non mi dire che questa ideologia non rappresenta una minaccia presente. Da quello che conosco di Casapound, del fascismo hanno conservato solo la parte folcloristica (se vogliamo dire così), razzista e sprangaiola. Che non comprende l’ideologia del fascismo, che prima che degenerasse aveva una dimensione nazionale di comunità attinta a piene mani dal socialismo, un altissimo senso dello stato e la tutela della famiglia. Quindi come si vede Casapound non è il fascismo ma una parte del fascismo. E quindi solo in parte riconducibile ad esso. Seconda questione, e questo per me è il punto fondamentale, sono 30 anni che fascismo e comunismo in Italia non esistono più. Invocarne lo spettro a targhe alterne è l’ennesimo tentativo di distrazione di massa: ti agito davanti il noto spauracchio perché voglio far leva sulle tue paure per portarti dalla mia parte. Non sono i fascisti o i comunisti che ci hanno impoverito, tolto i diritti, precarizzato l’esistenza, reso un incubo il pensiero del futuro." Tout cela m'effraie, comme je l'écris dans mon billet de blog précédent.

(Alors que nous sommes d'accord, en ce qui concerne Mélenchon, l'accusation d'antisémitisme reste infondée, injustifiée et injustifiable).

30/03/2013, 08:27 | Par ma mo en réponse au commentaire de eric38 le 29/03/2013 à 17:57

J'ai vu aussi des Italiens faire le salut fasciste sur la place du Campidoglio à Rome pour saluer Alemanno lors de son élection. Tout ce que vous dites sur l'état du pays, j'en suis consciente. Mais malheureusement, je ne crois pas que Grillo soit la solution. J'ai moi aussi des amis qui ont voté Grillo tout en se disant de gauche et je ne comprends toujours pas. Cet argument du saut dans le vide, qui revient souvent, je le trouve vraiment très dangereux, pour beaucoup de raisons : j'en ai évoqué certains ici : http://blogs.mediapart.fr/blog/marie-morisset/230213/beppe-grillo-un-clown-inquietant.

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