Evo Morales courtisé par Vincent Bolloré n'est pas dupe
Le président Evo Morales, très courtisé pour le lithium bolivien, en particulier par Vincent Bolloré, a rappelé à son auditoire de la Fondation des Sciences politiques à Paris que s’il se sent comme un « demi-président », et qu’il a longtemps été traité d’ « indien rebelle », il n’est pas pour autant dupe et sait que ce sont les sociétés transnationales et les groupes oligarchiques qui gagnent les guerres qu’ils déclenchent.
Evo Morales, président de la Bolivie,
Sciences Politiques, 18 février 2009, Paris, France
" Je dirige le pays temporairement grâce aux puissants mouvements sociaux et en particulier grâce au mouvement indigène qui remonte à l’époque de Tupac Katari, qui a été écartelé (en 1781). Quand il est mort, il a dit "je reviendrai sous forme de millions du personnes ". C'est ce qui est arrivé.
Plus tard, les mouvements sociaux ont été menés par des métis … il y a une longue histoire nationale de luttes. Pour que le Mouvement vers le socialisme et les mouvements sociaux alliés arrivent au pouvoir nous avons du tenir bon. Le processus a commencé en 1994. Les cultivateurs de coca étaient toujours parmi les plus combatifs. Une fois nous "avons gagné" un accord mais il a été rapidement dépouillé de sa signification et donc nous avons dû continuer à lutter.
On a longtemps dit que les peuples indigènes n'avaient aucun droit de s'engager en politique mais aujourd'hui tous les citoyens ont ce droit. Le gauche, ce n'est plus juste des intellectuels dans des cafés; c'est un mouvement du peuple, mais pour y arriver, cela a coûté beaucoup de vies. Nos luttes ont un esprit anti-néolibéral, anti-impérialiste et anticolonial.
Au départ notre mouvement avait peu de force électorale; nous n'étions pas crédibles, même à nos yeux. Nous avons de temps en temps gagné des élections sans même avoir des candidats capables de remplir leurs fonctions. Les sondages ont constamment sous-estimés notre force. Avant 2002 nous avions atteint 20 % et étions au niveau du MNR.
Le Parlement a pendant une longue période été "la mafia supérieure du pays". Ils ont essayé de m’expulser du Parlement mais j’y suis revenu grâce au mouvement social. J'ai été insulté comme une personne indigène, traité de "porc" et d'autres noms d'animaux à quatre pattes. Cela m'a blessé, mais cela fait partie d'un long héritage colonial.
J'ai été caricaturé et insulté comme "l'Indien rebelle". Et aujourd'hui nos adversaires osent nous traiter de racistes! La Constitution que nous avons récemment approuvée est la première à être votée sur par tous les citoyens. Des constitutions Précédentes (notre pays ont eu 18 d'entre eux depuis l'indépendance) ont été négociées au Parlement, à huis clos.
Ce processus profond de libération a été remis en cause par les secteurs racistes. Ils ont appelé à l'autonomie régionale et le changement de capitale. Ceux qui ont voulu me jeter hors du palais présidentiel l'année dernière doivent maintenant reconnaître que j'ai été approuvé par 67 % des électeurs à un référendum.
Les conspirations ont continué. L'ambassadeur américain [avant d'être expulsé en octobre 2008] conspirait avec l'opposition régionale.
La nouvelle Constitution reconnaît comme un droit social l'accès à services de base, y compris l’eau, l’électricité, les télécommunications. Ceux-ci ne peuvent pas être contrôlés par des intérêts privés.
Tout citoyen en âge de voter peut être considéré comme un électeur; aucune exclusion arbitraire des listes ne pourra avoir lieu. On m'a dit quand j'ai fait mon service militaire national que notre pays ne doit pas permettre aux étrangers de porter des armes. C'est pourquoi je me suis opposé à la présence américaine, y compris une présence armée, dans des endroits comme l'état de Chaparé où les agents de la DEA Drug enforcement agency, unité anti-stupéfiants) étaient armés.
Nous ne pouvons tolérer des bases militaires étrangères sur notre sol non plus. Nous sommes des pacifistes; déclarer la guerre à nos voisins n’a aucun intéret. Nous avons perdu toutes les guerres auxquelles nous avons participé. Alors à quoi bon ? Ce n'est jamais le peuple qui gagne une guerre; ce sont les sociétés transnationales, les groupes oligarchiques, ceux qui veulent vendre aux enchères le pays et voler toutes ses ressources. Par le vote populaire nous avons éliminé les grandes exploitations terriennes (latifundios).
Quelques dirigeants de l’église ont également fait campagne contre la constitution. Il y avait même des signes disant "Oui à Dieu; non à la nouvelle Constitution"! Comme si j'étais le diable. Beaucoup de Catholiques ont voté "oui" mais la hiérarchie écclésiastique s'y est opposée.
J'ai l’impression que je ne suis qu’un demi-président, j'ai encore tant à apprendre; Il y a tant de personnes qualifiées qui peuvent aider à résoudre les problèmes de la Bolivie. Nous sommes si riches en ressources naturelles et pourtant notre peuple est si pauvre.
Notre pays est riche en lithium et j'ai discuté de l'exploitation de ce métal avec l'entrepreneur français Vincent Bolloré à l’occasion de mon passage en France. Nous avons également du pétrole dans certaines régions. Nous pouvons construire de nombreuses installations hydroélectriques; et nous avons la capacité d’exporter l'énergie.
L'Amérique Latine aura bientôt son propre Parlement, comme le Parlement européen.
Nous avons beaucoup d'espoir. Beaucoup de ressources naturelles. Nous devons toujours nous battre contre la corruption et décoloniser l'état. Le but principal de notre Constitution est de réaliser plus d'égalité pour tous les citoyens.
Notes recueillies (à la volée) par James Cohen
Traduites par Maguy Day
Evo Morales, président de la Bolivie, 18 février 2009, Paris, France


Tous les commentaires
Merci mille fois pour ce billet en l'honneur, de celui qui représente le mieux actuellement, pour moi, la défense de la démocratie dans le monde. Il n'a pas hésité à remettre son mandat en jeu, lors d'un référendum révocatoire, à mi-mandat. Il a du lutter contre l'oligarchie toute puissante en évitant un bain de sang, lors du massacre des indigènes de la région de Pando, Pour faire approuver sa constitution, il a accepté de ne pas se représenter aux prochaines élections présidentielles, condition demandée par les opposants. Il a fait que maintenant, il n'y a plus aucun analphabète en Bolivie, depuis la fin de l'année dernière. Il est très actif pour son peuple, et en particulier, pour les indigènes. Je vais souvent sur le site gouvernemental, et je me rends compte, qu'il est toujours très actif et que ce qu'il fait est très positif, tous les jours et tous les jours. http://www.abi.bo/ Attention à Vincent Bolloré, c'est un grand "négociateur". Ne vous faites pas avoir pour le lithium, vous avez une richesse extraordinaire, Presidente Evo Morales. Bravo pour tout ce que vous faites pour votre pays. Marie Paule.
he bien ça fait drolement plaisir de lire les propos clairs et nets d'un homme aussi intelligent et qui ne veut pas s'en laisser compter par des propos lénifiants : on a des richesses on va les garder, les exploiter nous mêmes afin d'enrichir le pays et venir en aide aux plus pauvres ! wouah ! enfin quelqu'un de bien, ça fait plaisir.... et nous pauvres français on va se contenter des propos d'un dictateur imbécile qui ne fait rien que protéger ses copains et leurs fortunes : bravo la France : 7 éme pays le plus riche du monde !!!
Admirable, exemplaire. Un retour à la décence, à l'humanité. El pueblo unido... Gracias Presidente !
Je découvre cette parole simple, qui me va droit au coeur. (simple, mais pas simplette, à la différence de celle de Sarkozy, le "simplificateur") Bien sûr, instruite par l'histoire, je resterai lucide, et s'il le faut critique, ne croyant plus du tout aux hommes providentiels. Mais j'ai apprécié : " Et aujourd'hui nos adversaires osent nous traiter de racistes! " Ce qui m'a rappelé ce qui se passe en Guadeloupe où certains (même à gauche ? à vérifier) acccusent le LKP d'être raciste... Et aussi : "La nouvelle Constitution reconnaît comme un droit social l'accès à services de base, y compris l’eau, l’électricité, les télécommunications. Ceux-ci ne peuvent pas être contrôlés par des intérêts privés." Voilà quelqu'un qui sait discerner les priorités "de gauche". Et encore : "Tout citoyen en âge de voter peut être considéré comme un électeur; aucune exclusion arbitraire des listes ne pourra avoir lieu.".
Quelle sagesse, quel sens du collectif, et quelle modestie: " Je dirige le pays temporairement grâce aux puissants mouvements sociaux et en particulier grâce au mouvement indigène qui remonte à l’époque de Tupac Katari, qui a été écartelé (en 1781). Quand il est mort, il a dit "je reviendrai sous forme de millions du personnes ". C'est ce qui est arrivé.. Quelle clairvoyance ! Que de leçons à prendre!
Sage, certes. mais la présence de Bolloré, qui est tout sauf un sage, dans le coin, ne laisse présager rien de bon.
attention,chasser le loup par la porte,il revient par la fenetre.
Madame Day, Merci pour votre traduction, si utile. Un vrai discours politique d'un vrai Président qui travaille vraiment pour les gens de son pays. Cela existe. Pour de vrai. Du coup, ne peut-on dire qu'ici, dans notre pays, une fiction délirante s'écrit, jour après jour, au plus haut sommet de l'Etat, une fiction totalement et volontairement déconnectée de la réalité des gens ? Un truc s'écrit... et c'est aux gens de reconnaître quelque chose qui pourrait ressembler à du vrai, à la réalité qu'ils vivent ! Si les gens ne reconnaissent rien ou pas grand-chose, le sommet s'adresse à eux : "Vous n'avez pas compris. On va mieux vous expliquer." Dans le discours du vrai Président, vérité et réalité ne font qu'un. Un exploit ! La politique !
Evo Morales et Vincent Bollore discutent affaires (en espagnol).On voit à la fin du film "el salar de Uyuni", cette immensité de sel, d'où sera extrait le lithium. http://www.youtube.com/watch?v=F2jsO4yyPZo&sdig=1 Marie Paule
Les Boliviens ont, et tant mieux pour eux denormes richesses dans leur sous-sol;par contre ils nont pas les technologies necessaires pour extraire et transformer ces produits>.Il doivent faire appel a des societes etrangeres pour ce faire.letat Bolivien pourrait avec sagesse gerer ce probleme pour le bien du peuple, que ce soit avec Bollore, ou autre>