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Un souffle de cléricalisme catholique

Au cours de ces dernières semaines, Mediapart, sous les plumes de Laurent Mauduit (27/8), puis d’Antoine Perraud et d’Elodie Berthaud (4/9), a soutenu le droit de la hiérarchie catholique, et notamment de son chef, de s’exprimer sur les problèmes de société, et s’est félicité de la position prise à l’égard des Roms. Les propos tenus par le pape à Londres les 17 et 18 septembre n’invalident pas leurs remarques mais invitent à les compléter.

Le 17, à Westminster Hall, celui-ci a, devant 2000 représentants de la société britannique, dont ceux des autres grandes religions, expliqué « la tradition catholique » : « Les normes objectives qui dirigent une action droite sont accessibles à la raison, même sans le contenu de la Révélation. Selon cette approche, le rôle de la religion dans le débat politique n’est pas tant celui de fournir ces normes, comme si elles ne pouvaient pas être connues par des non-croyants – encore moins de proposer des solutions politiques concrètes, ce qui de toute façon serait hors de la compétence de la religion – mais plutôt d’aider à purifier la raison et de donner un éclairage pour la mise en œuvre de celle-ci dans la découverte de principes moraux objectifs. » Le lendemain, dans une résidence pour personnes âgées, Benoît XVI a condamné l’avortement et l’euthanasie au motif que « la vie est un don unique, à chaque stade, de la conception jusqu'à la mort naturelle, et c'est Dieu seul qui donne et qui reprend ».

Tout esprit sans préjugé devrait ainsi admettre que l’homme a été créé par un Dieu qui a inscrit dans son développement biologique et sa conscience une volonté directement accessible. Voir dans l’embryon, dès l’origine, un être humain à part entière, notamment, n’est pas un article de foi mais « une évidence de la raison », affirmait le cardinal Ratzinger au Figaro Magazine le 14 août 2004, soit quelques jours après la publication d’une loi confirmant l’autorisation de détruire après cinq ans les embryons congelés en déshérence. Il montrait ainsi que « l’éclairage » de la « tradition catholique », encore appelée « la » religion, consiste à rappeler cette évidence aux responsables politiques dont la lucidité a été prise en défaut. Si elle bénéficie d’un monopole, c’est qu’elle a « reçu de Dieu le don de la vérité ultime sur l'homme" (Jean-Paul II, 1998, encyclique Fides et Ratio, no 2) ». On sait pourtant que « l’évidence de la raison », qui aurait dû s’imposer a fortiori à l’embryon in utero, avait échappé à celui qui, pour avoir tenté de concilier foi et raison, est devenu le théologien catholique de référence (Thomas d’Aquin), et que les papes eux-mêmes ont fluctué sur ce point jusqu’au XIXe siècle [1]. Aujourd'hui encore, la vérité ultime peut être relative aux rapports de force. Dans Le Monde du 12 janvier 1994, Jean-Marie Lustiger avait admis qu'il n'y avait peut-être pas de faute morale à arrêter la congélation ; il s'agissait alors d'une concession à un gouvernement qui, à sa demande, avait écarté du projet de loi l'utilisation thérapeutique des embryons en éprouvette. Dans le numéro du 29 novembre 2000, alors que le nouveau texte en préparation envisageait cette possibilité, le cardinal la considérait à nouveau comme une atteinte intolérable à la vie d'un de nos semblables.

Le 19 septembre, à Birmingham, Benoît XVI a regretté que le scandale des prêtres pédophiles « mine gravement la crédibilité des responsables de l'Église ». Le 19 août 2005, au cours d’une rencontre œcuménique à Cologne, il avait déploré le discrédit entraîné par « les divergences entre chrétiens » à propos du respect de la vie [2]. Il faudrait ajouter à ces motifs la présentation comme indiscutables de règles que l'institution elle-même fait évoluer ainsi que la contradiction entre les attitudes œcuméniques et la substitution de « l’éclairage » aux « normes » d’une part, l’obstination à revendiquer une « vérité ultime » exclusive et opposable au législateur d’autre part.

[1] Cf. cardinal Pierre Eyt, « La papauté et l’éthique de la vie », dans La papauté au XXe siècle, Édouard Bonnefous et al., dirs., Cerf/Fondation Singer-Polignac, 1999, p. 177-178.

[2] En 1995, par exemple, le président de la Fédération protestante Jacques Stewart avait admis, « non sans garde-fou », la recherche sur l’embryon non implanté en faisant valoir que « la vie n’est pas d’abord une question de biologie, mais une question de relation » (dans Yves Azeroual, Foi et République,Paris, Banon, 1995, p. 63).

Tous les commentaires

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Cher monsieur Andrault,

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Ne pensez-vous pas que l'expression "cléricalisme catholique" relève du pléonasme ?

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Bien sûr, du point de vue étymologique on peut dire que non. Mais je pensais surtout au point de vue historique.

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jpylg, anarchiste chrétien.

Si vous parlez de l'institution, je pense que c'est vrai historiquement et même structurellement (sa définition de la laïcté demeure la juste répartion des compétences entre le "pouvoir temporel" et le "pouvoir spirituel" (le sien).

Bien à vous. MA

 

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Je vous remercie de votre réponse.

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Je crois qu'une revendication est faite, aujourd'hui, par l'Eglise de France ( en accord avec le Vatican) adressée à la République, savoir que la religion ne doit pas être cantonnée à la sphère privée mais a droit à l'existence dans la sphère publique.

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Je pense que cette revendication est déraisonnable. La religion - catholique surtout - est très présente dans l'espace publique, à mon avis même beaucoup trop, par rapport à ce que doit être la laïcité d'un Etat.

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jpylg

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