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Laïcité et élections
Deux faits m’invitent aujourd’hui à revenir sur le débat engagé dans Mediapart depuis le début de l’année à propos de la laïcité en général et du port du voile par une candidate aux régionales en particulier.
Le maire PS de Joué-lès-Tours a fait apposer la semaine dernière la mention « Laïcité » au-dessous de la devise « Liberté-Egalité-Fraternité » sur le fronton de sa mairie, provoquant l'intervention de la préfecture d'Indre-et-Loire. Celui-là entend réaffirmer un principe violé selon lui par Nicolas Sarkozy, celle-ci fait valoir que « bien que la laïcité soit un principe à valeur constitutionnelle, les termes de la devise Liberté-Egalité-Fraternité sont fixés depuis 1946 par les Constitutions (1946 et 1958) et que seul le pouvoir constituant (...) peut la modifier ». Ni l’un ni l’autre ne semblent avoir compris la conception qui se dégage du rapport Stasi : la laïcité de la République est, dans le domaine « spirituel », la mise en œuvre des trois termes de la devise ; elle assure en effet une égale liberté à tous les groupes, qu’ils se réfèrent à une révélation ou se rattachent au « courant libre-penseur » ; elle facilite ainsi le « vivre-ensemble ». Comme l’ont expliqué Edwy Plenel et Claude Lelièvre en se référant aux lois fondatrices de 1882 et 1905, elle ne se confond donc pas avec l’hostilité aux religions. Elle est même à leur égard « positive » puisqu’elle leur reconnaît toutes les libertés garanties aux personnes physiques et morales plus celle de culte, qui leur est spécifique. Mais elle garantit aussi la libre expression de ce que l'on appelait jadis "l'irreligion". Elle implique la neutralité de la République, qui se traduit pour ses représentants par une obligation de réserve dans l’exercice de leurs fonctions. C’est à la lumière de ce rappel que l'on doit me semble-t-il examiner le jugement rendu le 23 février par le tribunal administratif de Marseille, rejetant un recours « en vue de faire annuler le récépissé définitif délivré par le préfet de région à la liste du NPA en litige » ou subsidiairement, « d'interdire à la liste du NPA de présenter pendant toute la durée de la campagne électorale et pour les besoins de celle-ci une candidate arborant un voile ». Il a jugéque la décision incriminée « ne porte pas une atteinte grave et manifestement illégale à une liberté fondamentale, le principe de laïcité devant être combiné avec le respect de la liberté individuelle de la candidate et de son droit à se présenter à une élection ». Contrairement à beaucoup de contributions publiées par Mediapart, l’argument et la réponse ont, et c’est heureux, une portée générale : peu importent l’orientation politique, le sexe et la religion en cause. Mais on voit que le tribunal néglige la question subsidiaire, qui est de savoir si une personne peut non pas se présenter mais arborer, en tant que candidate, donc éventuellement en tant qu’élue, un accessoire qui de son propre aveu manifeste son appartenance ou sa non-appartenance religieuse. Si oui, il faut admettre que Christine Boutin a eu raison de brandir la Bible à l’Assemblée nationale, et accepter qu’y réapparaissent un jour des soutanes mais aussi que s’y montrent des kippas ou des t-shirts proclamant en lettres voyantes que Dieu est mort ou que les religions sont aliénantes. Il faut aussi envisager que des membres du même parti affichent en ce domaine des convictions opposées.


Tous les commentaires
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J'ai déjà signalé combien je regrettais que Médiapart n'ait jamais soufflé mot - si ce n'est par les soins de votre serviteur - du rapport Machelon , rendu public le 20 septembre 2006, intitulé :
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Les relations des cultes avec les pouvoirs publics
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Que l'on peut télécharger ici :
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http://www.ladocumentationfrancaise.fr/rapports-publics/064000727/index.shtml
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qui a été salué (bien discrètement, la presse de connivence ayant d'autres soucis) comme une formidable attaque contre la laïcité et qui dort dans un carton en attendant de servir.
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L'opinion publique formatée est seulement sensible à un peu petit nombre de symptômes, dont elle traite toujours, en outre, de manière séparée, alors que c'est l' ensemble qui est significatif.
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De même ai-je signalé qu'à quelques jours de démissionner de sa fonction de ministre de l'intérieur (et des cultes), en mars ou avril 2007, Sarko avait fait des pieds et des mains (auprès de Villepin et Chirac) pour pouvoir signer le décret créant un "Observatoire national de la laïcité".
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Il faut savoir enfin que cet observatoire n'a jamais été mis sur pied, une fois Sarko devenu Sarko 1er que nous connaissons.
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De même que le toilettage de la loi de 1905 qu'il revendiquait en tant que ministre a soudain rejoint les oubliettes; Sarko 1er semblant désormais rallié au point de vue de Villepinte, selon lequel ce serait "ouvrir la boite de Pandore".
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Je pense, d'ailleurs, qu'il n'y a pas de meilleure comparaison que la boite de Pandore, s'agissant de revisiter la loi de 1905.
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jpylg
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J'ai pu retrouver sans trop de difficultés (mais sans retrouver la date et le nom du fil) ce que j'avais précédemment publié sur Médiapart au sujet de l'observatoire national de la laïcité.
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Je reproduis ces quelques lignes ci-dessous :
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"Il y aaussi la création en octobre 2007 d'un Observatoire National de la Laicité,dû au couple Chirac-Villepin, et que l'ancien président de la République avaitannoncé, en fanfare, le 21 novembre 2006, au 89ème Congrès de l'Association desMaires de France. . Le décret a été rédigé, sauf erreur, le 25 mars 2007,(décret 2007-425) stipulant que, ultérieurement, 22 membres seraient nommés,dont sept hauts fonctionnaires, deux députés et deux sénateurs, et « dixpersonnalités désignées en raison de leurs compétences et de leur expérience ».Si j'en crois ce que j'ai lu dans la presse à cette époque (Le Figaro, LaCroix, notamment), cet acte fut fait à cette date sur l'insistance de NicolasSarkozy qui, le lendemain quittait sa fonction de ministre pour se lancer dansl'aventure que l'on sait. Ce fut donc son dernier acte en tant que ministre descultes et cela ne doit rien au hasard. Qu'est devenu ce décret ? Qui sont les22 membres ? Ont-ils été nommés ? C'est ce que je n'arrive pas à savoir pasplus que je n'arrive à savoir ce qu'est devenu la proposition de loi Glavanypour la création d'un autre observatoire de la même laïcité qui végétait dansles cartons de l'Assemblée nationale depuis pas mal de temps. . C'est pourapprendre des choses comme cela, - entre autres - que je suis abonné àMédiapart. Non pas pour apprendre que le Pape a été reçu en France avec ungrand tintamarre. De cela, je m'étais aperçu sans Médiapart. "
Une mise au point à deux voix qui devrait être lue de tous.
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Je pense que parler des problèmes de la laïcité, en ignorant systématiquement le rapport Machelon, ainsi que la création fictive de L'Observatoire national de la laïcité (décret 2007-425 du 25 mars 2007), sans oublier les propositions jamais abouties du Parti Socialiste en la matière (sous la houlette de Jean Glavany), c'est le signe que l'on ne veut pas vraiment parler des problèmes de la laïcité.
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Par contre, on peut avoir envie de faire semblant d'en parler.
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Je rappelle que dans le fil intitulé "Pour une laïcité combative", ouvert par Jean-Claude Charrié et qui intéresse bien peu de monde, j'ai reproduit l'interview du maire de Joué-les-Tours donnée à France-info le 23 février.
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Elle n'a fait l'objet d'aucun commentaire.
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http://www.mediapart.fr/club/blog/jean-claude-charrie/200210/pour-une-laicite-combative
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Je m'en voudrais de disputer le droit à Raphaël Jornet de publier ce qu'il veut: mais le blabla qu'il fait à ce sujet, c'est de l'information-people.
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http://www.mediapart.fr/club/blog/raphael-jornet/240210/laicite-jour-tranquille-joue-les-tours
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Autrement dit, du formatage. Quand on fait du formatage, évidemment les formatés sont au rendez-vous.
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Le pire obstacle à la remise en ordre de marche d'une laïcité combattive,(je préfère les deux "t") est, évidemment, le formatage.
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Le formatage est l'allié de ceux qui veulent affaiblir la laïcité.
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jpylg