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La chaine des vérités (3) : les degrés de vérité
3. Les degrés de vérité
Peut-on atteindre la vérité absolue et totale ? Avant même de chercher à répondre à cette question, il convient d’en éclaircir le sens.
Qu’entend-on par « vérité absolue » ?
Il me semble qu’il y a au moins deux sens possibles à cette expression.
On peut qualifier de « vérité absolue » une pensée ou une affirmation dont la certitude ne fait pas le moindre doute. En ce cas, c’est la confiance que l’on accorde à cet énoncé qui est absolue – et non pas le contenu de l’énoncé lui-même. Notons cela le sens 1.
Mais on peut aussi entendre, par « vérité absolue » un énoncé dont la vérité ne dépend de rien que de lui-même. Il porte en lui sa propre justification, et il n’est pas besoin de chercher ailleurs des arguments supplémentaires pour prouver sa vérité. Notons cela le sens 2.
Un énoncé peut être d’une vérité absolue, selon le sens 1 (c.-à-d. s’accompagner d’une certitude absolue) sans pour autant être d’une vérité absolue, selon le sens 2 (c.-à-d. porter en lui-même la justification de la vérité de son contenu).
Par exemple, que le carré de l’hypoténuse soit égal aux carrés des autres cotés d’un triangle rectangle dans l’espace euclidien, peut être considérée comme une vérité d’une certitude absolue. Mais ce n’est pas un énoncé dont le contenu de vérité est absolue, parce que pour la justifier, il faut faire appel à des éléments extérieurs l’énoncé lui-même – et que sa vérité est donc relative à la vérité des éléments ainsi importés.
En revanche, toute affirmation d’une vérité absolue au sens 2 est aussi d’une vérité absolue au sens 1. En effet, si elle porte en elle tout ce qui est nécessaire pour justifier sa vérité, celle-ci est nécessairement, de fait, d’une certitude absolue.
A ma connaissance (mais certaines ont pu m’échapper), il n’existe que deux propositions dont le contenu est une vérité absolue au sens 2. La première peut s’énoncer de différentes manière. On peut dire « une réalité existe », ou « il y a de la réalité », ou encore « la réalité est réelle ». C’est une vérité dont le contenu est absolu, car, à supposer que rien de ce que l’on pense vrai n’existe, il resterait exact que quelque chose existe, et donc qu’ « une réalité existe », même si, pour le moment, on ne la connait pas autrement que dans sa plus parfaite généralité. A vrai dire, c’est même une tautologie : cela consiste simplement à dire que « la réalité est réalité » ou que « ce qui est réel est réel », c’est-à-dire existe ; et peu importe pour le moment que l’on sache ou non dans le détail ce que comporte la réalité : le fait est que « la réalité existe ». Affirmer le contraire, et dire que « la réalité n’existe pas », ce serait dire que « ce qui est réel est irréel » et que, par conséquent, « ce qui est irréel est réel ». Ce serait une absurdité, et donc une impossibilité pure et simple.
On voit donc que la proposition « une réalité existe » est une vérité qui repose sur elle-même et qui, pour cette raison, est d’une certitude absolue. C’est donc une vérité absolue dans les deux sens du terme.
La seconde proposition qui remplit les conditions pour être classée dans la même catégorie est la suivante : « il y a de la pensée » ou « de la pensée existe ». C’est, si l’on veut, une pensée « performative » : elle se réalise au moment où elle s’énonce. Or si l’on peut douter de tout, comme dirait Descartes, on ne peut pas douter qu’on doute, et donc qu’on pense. La pensée « la pensée n’existe pas » serait contradictoire avec elle-même.
On constate donc que cette proposition également est une vérité qui repose sur elle-même et qui est d’une certitude absolue. C’est donc bien une vérité absolue dans les deux sens du terme.
Notons d’ailleurs que, portant avec elles leur propre justification, ces propositions peuvent être prises comme axiomes et éléments premiers d’un raisonnement, qui, de ce fait, auront là autre chose qu’une hypothèse pour débuter.
Quoiqu’il en soit, ces deux exemples suffisent à montrer qu’il nous est possible de connaitre des vérités absolues.
Il y a peut-être un autre sens de « vérité absolue », qui pourrait vouloir dire alors une « pensée qui porte en elle la compréhension absolument exacte de quelque chose de réel ». Je n’en traiterais pas ici pour une raison toute simple : j’ai déjà montré dans le précédent billet qu’il n’y a connaissance réelle que si elle porte une certaine compréhension du réel et qu’une telle connaissance était possible. Et il va de soi que cette compréhension doit être bel et bien exacte pour être une réelle compréhension. Tant donc que la pensée ne porte pas une compréhension exacte de la réalité, on ne peut pas parler légitimement de connaissance ou de vérité. En ce dernier sens, donc, une connaissance (ou une vérité) est absolue ou n’est pas.
Si l’on peut connaitre des vérités absolues, peut-on pour autant connaitre la vérité totale ?
Vérité partiel ou vérité totale peut s’entendre soit par rapport à la question posée, soit par rapport à la connaissance de la réalité totale. A la question « quel est le nom de l’actuel Président de la République française ? » on peut considérer que « Nicolas Sarkozy » est une vérité totale par rapport à la question, au sens où elle épuise ce qui était demandé. Cependant, par rapport à la connaissance de la réalité totale, ce n’est qu’une vérité partielle.
On peut donc déjà constater une chose : il nous est possible de connaitre de telles vérités partielles. Ainsi « la personne qui lit ces lignes est un être vivant » est une vérité, mais c’est une vérité qui ne concerne qu’une petite partie de la réalité (notre orgueil dût-il en souffrir !).
D’une manière générale, on peut penser qu’à chaque question, pour peu qu’elle soit assez précise et bien formulée, il existe une seule réponse vraie – même si on ne la connait pas encore. Et donc qu’il y aura autant de questions que de vérités, toutes évidemment partielles.
Cependant il faut bien noter que toutes ces vérités, pour être nombreuses, ne sont pas incompatibles entre elles : elles répondent chacune à des questions différentes et éclairent donc chacune un aspect différent de la réalité. Loin d’être une diversité de vérités concurrentes ou contradictoires, il doit s’agir d’une pluralité de vérités cohérentes entre elles, puisqu’elles doivent respecter l’unité d’ensemble du réel.
Ainsi, il ne faudrait pas conclure de la pluralité à la diversité : la diversité, étymologiquement, désigne la séparation, la divergence de plusieurs parties entre elles. Les différentes vérités ne sont pas diverses en ce sens parce qu’elles doivent toujours toutes rentrer dans le cadre de l’unité de la réalité.
Par exemple, à la question « le philosophe Socrate était-il grec ? », si l’un répond oui, et l’autre non, chacun peut bien prétendre dire la vérité, mais, en réalité, une seule de ces affirmations sera conforme à la réalité parce qu’elles sont totalement divergentes et que l’une nie l’autre.
Pour que plusieurs vérités puissent coexister, elles ne doivent pas être tels, mais, au contraire, participer chacune à son niveau d’une compréhension de la réalité : « Socrate était grec » et « Descartes était français » sont deux vérités partielles, au sens où elles n’éclairent chacune qu’un aspect du réel, mais tout à fait compatibles.
On doit donc bien comprendre que la pluralité n’est pas incompatible avec l’unité. La pluralité, en quantité proprement indéfinissable, des vérités partielles doit toujours « rentrer » dans l’unité du réel.
Que faut-il alors en conclure sur la vérité totale ?
C’est la vérité qui correspond à cette unité qui regroupe en soi toute la pluralité des vérités partielles.
Mais la relation entre les vérités partielles et la vérité totale peut s’entendre de deux manières.
Par exemple, à la question : « quelle est la capitale de l’Italie ? », la vérité correspondante est « Rome ». Cette vérité est partielle, par rapport à la vérité qui rendrait compte de toute la réalité, évidemment.
Mais imaginons maintenant quelques pages d’un traité de géographie qui listeraient l’ensemble des capitales du monde. Ces quelques pages contiennent donc toutes les réponses aux questions du type : « quelle est la capitale de … ? » dont la précédente n’était qu’une espèce.
De même, envisageons la question suivante : « quel est le résultat de 1+2 ? ». La réponse, 3, est ainsi une vérité. Mais cette vérité n’est qu’une partie de la vérité plus large qui répond à la question : « quels sont les nombres entiers après 0 ? » La réponse sera l’ensemble des entiers naturels positifs. Or cet ensemble, nous ne pouvons pas en faire la liste détaillée, puisqu’il est indéfiniment croissant.
Dans ces deux cas, on peut dire que la « vérité totalisante » envisagée est la somme des vérités partielles qu’elle regroupe : ce sont des listes, des dénombrements, etc.. Et on voit déjà que la connaissance actuelle, détaillée et exhaustive de telles vérités totalisantes n’est pas toujours possibles.
Mais on peut aussi considérer le cas suivant. Un petit traité de géologie peut expliquer comment et pourquoi tel séisme précis s’est produit. Il répond donc à la question : « comment et pourquoi ce séisme s’est-il produit ? ». Mais un séisme plus conséquent peut expliquer en général comment et pourquoi un séisme se produit. Et la vérité partielle précédente s’intègre dans cette vérité là, mais pas tout à fait de la manière dont un exemple s’intègre dans une liste.
De même, plutôt que d’avoir la connaissance de tous les nombres un par un, il est possible d’avoir la connaissance de ce qu’est un nombre et de la manière dont ils s’engendrent.
Il y a donc deux manières différentes d’envisager la relation de la partie au tout : soit le tout est conçu comme la simple somme de ses parties – et c’est alors comme une liste ou un assemblage. Le tout alors n’existe que par ses parties. Soit le tout est conçu comme l’intégralité de ses parties (au sens mathématique de l’intégrale), c’est-à-dire comme une unité générale qui ordonne à soi ses parties. En ce cas, le tout existe par son principe propre, et ses parties n’en sont que des dérivés.
Ainsi, on peut concevoir qu’avant que Socrate puisse exister, il faut que l’être humain en général puisse exister – et que Socrate n’est qu’individu « dérivé » de l’espèce (ou de l’essence) humaine. De même on peut concevoir que si cette pomme qui tombe le fait comme elle le fait, c’est parce que s’applique, à titre de cas particulier « dérivé », la loi, en elle-même générale, de la gravitation.
Dans le cas de la liste, il s’agit, si l’on veut, d’une unité extérieure, comme un regard embrassant plusieurs objets les unifie d’une certaine manière (ainsi on pourrait parle de l’unité d’un tas de gravas dont les objets n’ont pas en eux-mêmes d’autres relations que leur situation dans ce tas). Mais dans le cas de l’intégrale, il s’agit d’une unité interne à une pluralité d’objets, puisque c’est la nature même des objets qui est prise en compte (tous les hommes appartiennent à l’espèce humaine). La pensée de l’unité est alors tirée de l’intérieur même des concepts.
Mais qu’en est-il donc de la vérité totale (en reprenant « totale » dans son sens absolu) ? Qu’en est-il de la vérité « absolument totale » ?
Pour pouvoir répondre à cette question, il faut pouvoir répondre à celle-ci : l’unité de la réalité, visée par l’idée de totalité, renvoie-t-elle seulement à celle d’une liste des objets et des événements qu’elle comporte ? Ou y a-t-il une unité interne à rechercher ?
Dans le premier cas, la recherche est évidemment interminable, en tous les cas pour la raison, qui use d’un procédé discursif, demande du temps, et ne peut pas saisir « le détail de l’infini » : il y a toujours quelque chose à rajouter.
Mais dans le second cas, il ne va pas de soi que la recherche ne puisse pas aboutir, au contraire. A mesure que l’on « totalise » ainsi, on produit des idées et on découvre des lois plus générales. Or l’existence même de concept comme celui de « réalité » montre que la pensée peut s’élever à ce qu’il y a de plus général (car quelle idée peut être plus générale que celle de « réalité » pour décrire la réalité ?). La difficulté ne semble donc pas tant dans la capacité à fournir des concepts adéquats que dans celle de les articuler correctement. Mais il n’y a là rien qui semble radicalement impossible.
Enfin, si le second cas de « vérité totale » est le seul que l’on puisse espérer à la portée de la raison, il faut noter que c’est aussi le seul moyen de totalisation qui permet véritablement de comprendre la réalité. Faire la liste des êtres humains, c’est bien. Mais, pour comprendre à quoi elle correspond, il faut produire le concept d’être humain. Faire tomber des pommes, ça peut être amusant. Mais pour comprendre ce qui se passe, il faut généraliser et produire au jour la loi de la gravitation, etc..
Il est donc plutôt encourageant de constater que, si la connaissance exhaustive de tout ce que comporte la réalité ne nous est pas possible, en réalité, elle n’est pas véritablement nécessaire. Ce qu’il faut pour comprendre le réel (et donc les objets et les événements qui nous entourent), c’est la connaissance de l’unité interne aux phénomènes.
Voilà donc en quel sens on peut espérer atteindre la vérité totale, et en quel sens on ne le peut pas.
Mais parler de vérité « totale » implique que l’on essaie de trouver l’unité de la vérité dans tous les domaines où celle-ci a un rôle à jouer. Cela suppose que, quelque soit le domaine, « vérité » signifie toujours la même chose. Car il n’est pas bon de changer le sens des mots sans changer les conséquences des raisonnements. Pour savoir donc jusqu’où va cette « vérité totale », il faut examiner si les différentes espèces de vérité possèdent elles-mêmes cette unité que l’on recherche dans les choses. Et c’est ce que nous verrons dans le prochain billet, qui sera aussi le dernier.


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Tiens! Je n'ai pas vu passer cet étrange ovni qu'est le concept de "vérité-relative" (pas relative au sens relative à un domaine bien sûr)...
Merci à vous Marc, de reprendre ainsi, aussi clairement, les points du débats au cours des différents fils et des différents billets. Nous voyons ainsi que "le voile des mots" peut jouer des tours... - 1- Une vérité, ce serait la conformité de l'idée avec son objet, ou bien la conformité de ce que l'on dit ou pense avec ce qui est réel. Une vérité serait une "représentation" du réel telle, qu'elle lui serait conforme... "Aussitôt que nous pensons concevoir clairement une vérité, nous sommes naturellement portés à la croire" dit Descartes ... - 2- Une "vérité relative", c'est une vérité qui est en relation avec quelque chose: relative à quelque chose. C'est une représentation liée au réel, soumise aux conditions de connaissance dans un temps et un espace donné. C'est une vérité vérifiable par tous, le plus souvent émise dans le contexte d'une science (dont les expériences peuvent être reproduites), mais passagère, relative, parce que les connaissances scientifiques évoluent sans cesse. Vérité, relative, partielle, impartiale, évolutive. J'appelle cette vérité relative : "connaissance". - 3- Une "vérité absolue", c'est une vérité déliée, sans plus aucune relation, à rien. Ce n'est même plus une représentation, c'est l'existant lui-même. Elle n'est pas liée à l'histoire, elle est au-delà des connaissances humaines. C'est une vérité transcendante. je peux certes dire "ceci est une table", "ceci est un homme", et en effet, pour le sens commun, il s'agit bien d'une table, ou d'un homme. Seulement, ces vérités, définies selon le sens commun, si elles sont vraies et utiles, ne sont pas pour autant des vérités absolues. Univers, homme, ciel, mer, table, chaise, sont des termes construits par l'homme pour définir des « choses » dont la vérité absolue est antérieure à toute définition et ne peut se réduire à elle.. La notion de vérité absolue évoque soit un fantasme, un idéal métaphysique, ou une approche mystique de la vérité qui nécessite, au-delà du logos, une expérience mystique - 4- Dans cette optique, une "vérité absolue" ne peut être que "totale", et une connaissance ou une "vérité relative" ne peut être que "partielle"
1) Je suis plutôt d'accord avec cela. 2) Certes un vérité relative est une vérité en rapport avec quelque chose. Et d'ailleurs toute vérité partielle est relative à la question qu'on pose ("Paris" est relatif à "Quelle est la capitale de la France?"). Et la question que l'on pose détermine un domaine de recherche et donc une catégorie de moyens pour obtenir la vérité correspondante. Mais : - rien n'oblige que, par définition, une vérité (surtout relative) soit vérifiable par tous (cela suppose qu'une vérité est toujours "répétable" - et c'est déjà une certaine thèse sur la réalité que de dire cela). C'est seulement le cas des vérités recherchées par la méthode scientifique. Par exemple la phrase "j'ai bien dormi cette nuit", je vous assure qu'elle est vraie - mais vous n'aurez pas de moyen de le vérifier par vous-mêmes, ni d'ailleurs personne. - une vérité relative, au sens de vérité qui peut se réveler fausse par la suite, n'est tout simplement pas une vérité : c'est une hypothèse déclarée valable pour le moment. Ce n'est pas une vérité. Sinon le jour où on va s'apercevoir que c'était faux, il faudra dire "cette vérité est fausse" - et il faut éviter les expressions absurdes. ==> C'est pour cela que, dans le troisième sens éventuel, je disais que "une vérité est absolue ou n'est pas". 3) Je ne vois pas ce que peut vouloir dire "une vérité" qui n'est plus une pensée. Si "vérité absolue" signifie pour vous "vérité" sans "pensée", alors en effet, c'est une contradiction dans les termes et je ne chercherai pas à la sauver. Mais cela veut dire aussi que ce n'est tout simplement pas dans ce sens qu'il faut prendre l'expression si on veut qu'elle en ait un. Par ailleurs, je trouve qu'il y a une légère contradiction à dire que "c'est l'existant lui-même" et qu'elle "n'est pas liée à l'histoire" : l'existant peut bien avoir une histoire. Si vous voulez dire que l'existant ne dépend pas forcément de notre histoire - ou du temps que l'on met à le connaitre - je suis d'accord. Mais je ne vois pas en quoi cela empêche que l'on puisse le connaitre vraiment. Le temps que je mets pour aller à Paris ne m'empéche pas d'y aller... au contraire. Et pourtant Paris n'a pas bougé et n'est pas dépendante de (ou relative à) mon parcours vers elle. Par ailleurs, on ne peut pas dire que les concepts ne sont que de étiquettes extérieurs qui ont été posé sur les choses sans rapport avec ce qu'elles sont réellement (c'est ainsi que j'interprete votre "antérieur à toute définition", parce que sinon je ne vois pas où est le problème ; ce qui n'a pas été défini n'est pas pour autant indéfinissable). Si tel était le cas, puisque les concepts sont ce qui nous permettent de penser le réel, soit on ne comprendrait en fait jamais rien au réel, soit on doit supposer que l'on vit perpetuellement dans l'illusion absolue de nos concepts (de type Matrix ou Malin Génie de Descartes). Maintenant, puisque la vérité absolue est selon vous "l'existant lui-même", je peux comprendre qu'elle soit "totale", mais je ne vois plus pourquoi c'est un fantasme : l'existant lui-même existe totalement. Donc ce que vous appelez "vérité absolue" existe - simplement, comme je l'ai dit en commençant, il ne s'agit pas de "vérité" et c'est un abus de langage.
2- Nous sommes assez d'accord je crois, mais il reste des nuances. Lorsque je parle de vérité relative, je parle de connaissance, soit élaborée scientifiquement, donc répétable, soit liée à mon expérience subjective. Si celle-ci se révèle fausse, je ne peux la dire fausse que dans l'après coup, lorsque, soit la réalité, soit une nouvelle connaissance a pu montrer que ce que je croyais vrai était faux. Ici, la distinction entre" vraie et fausse connaissance" est liée à l'histoire. Le concept vérité absolue en revanche me gêne. Se trouvent associés au mot absolu plusieurs sens : « sans limite, total, qui ne tolère pas la critique, qui existe hors de toute condition, autoritaire, aveugle, catégorique, complet, despotique,dictatorial, entier, exclusif, inconditionnel, infini, péremptoire, tout-puissant » A ce sujet une citation d'Albert Einstein : « Deux choses sont infinies : l’Univers et la bêtise humaine. Mais, en ce qui concerne l’Univers, je n’en ai pas encore acquis la certitude absolue." et une autre de Friedrich Nietzsche : "Esprit de contradiction, fredaines, méfiance joyeuse, raillerie sont signes de santé ; toute forme d'absolu relève de la pathologie."
3- La Vérité absolue est une pensée qui colle tellement à la réalité de l'existant qu'elle se confond totalement en lui. Ici, j'entends ce qui, de l'existant n'est pas lié à l'histoire humaine, mais s'inscrit dans l'intemporalité, je veux dire quelque chose qui serait un ordre caché derrière le chaos de la complexité du réel. La vérité élaborée par l'homme ne pouvant être qu'une représentation de la réalité, elle ne peut être la réalité elle-même...on voit bien que derrière cette notion de vérité absolue se cache l'expérience mystique, ou une métaphysique impossible
Rire, Renard. Pour faire bref. Lorsque je dis "le spectacle commence" je décris un état. lorsque je dis "le spectacle commence à me gonfler" je décris une action. Vous ne pouvez donc pas dissocier, ici, "relative" de sa préposition à "relative-à" si vous entendez parler de relative à un domaine donné". Get n'est pas Get-up ... Ce qu'il y a de bien avec l'homo sapiens, c'est qu'au fond, c'est un poète. Ainsi, je crois partager avec vous l'idée qu'il ne faut pas sacrifier sa créativité à une cohérence systématique, au risque de tuer le chercheur.
Rire. Brocéliande Lorsque vous dites le « spectacle commence » vous décrivez un événement ou un fait, mais certainement pas un « état » Lorsque vous dites « le spectacle commence à me gonfler » vous décrivez un ressenti, et certainement pas une action. Pour faire bref dans les deux cas, il s'agit de vérités relatives Et je suis très heureux de partager avec vous l'idée selon laquelle il ne faut pas sacrifier sa créativité à une cohérence systématique, au risque de tuer le chercheur qui lui, doit oser s'aventurer sur les chemins non encore explorés.
Oui, mais c'est laborieux, comme approche, cette affaire de vérité. Peut-on atteindre la vérité absolue et totale? Ok à la question. Mais pourquoi poser ainsi le problème? Vérité absolue. Relative. Partielle, totale? On réfléchirait peut-être utilement à la nature de la vérité. Par exemple, la vérité, c'est ce qui se vérifie, par les faits, ou par la convention. Ensuite, on peut poser aisément une échelle qui corresponde au degré de possibilité de vérification, pour juger de la qualité de la réalité d'une vérité. Pourquoi se perdre dans les qualificatifs de la vérité, quand sa nature s'exprimerait d'elle-même. Pour mettre en place une théorie, qui pour moi, est particulièrement intéressante. C'est une résolution, mais de quoi? Et la réponse ici devient très personnelle. Vous avez besoin de poser une vérité absolue: la réalité existe. Ce qui vous permet de poser le mensonge absolu, l'absurdité, la réalité n'existe pas. Vous embrayez sur une seconde vérité absolue: La pensée existe. Objectivement s'établit le mensonge absolu, la pensée n'existe pas. De ces deux socles, vous pensez pouvoir déterminer une approche cohérente de la réalité. En fait pour ce qui me concerne, toutes vos démonstrations m'interpellent, chaque fois, sur quelque chose que je ne peux pas intégrer. L'unilatéralité de votre approche. Depuis le début vous posez que c'est la non-contradiction qui permet d'avancer , alors que c'est, à mon avis, exactement l'inverse. Ce que vous refusez à l'absurde, vous le refusez à l'ignorance, et au chaos. Or, sans ces trois là, pas de contraire possible. Ni raison, ni savoir, ni ordre. Et il ne s'agit pas d'un point de vue intellectuel, mais bien de "réalité". Mais cette perception est fine. Sans compter que je peux bien sûr me planter, en beauté. Je reprends. La réalité existe. Mais je ne peux la concevoir dans son ensemble, il me faut la découvrir, et ce qui participe de la découverte, participe aussi de la création. Or je crée cette nouvelle réalité qui m'apparaît à partir de quoi? A partir de ce qui ne m'était pas accessible, à partir de ce qui n'était pas réel pour moi, donc l'irréel, à partir duquel s'affirme ma nouvelle réalité est un réel, mais en puissance. C'est dans le rien uniquement où tout peut absolument se manifester. Il faut une place vide pour mettre n'importe quoi. Posez une bouteille, vous ne pourrez plus vous y asseoir. Allongez vous, pas de place pour trente kgs d'abricots. D'où l'intérêt de ne pas avoir de préjugés, ce qui vous fait découvrir des idées neuves. Il faut faire de la place, trouver du champs, pour avancer. Il me faut l'ignorance, absolument, pour nourrir le savoir. Ici, je pose quelque chose d'autre que ce que j'appelle votre unilatéralité. A tort sans doute. Ensuite, on part pour écrire des volumes. Mais ce n'est pas fini. La réalité, c'est une possibilité. En fait, on parle d'une infinité de réalités possibles. Une, qui correspond à ma perception, s'impose. C'est elle que je nomme réalité. Mais si je n'y avais été, la réalité aurait pu être, et certainement aurait été, tout autre. Donc cette vérité absolue, est surtout un infini absolu, un incertain absolu. Et comme tout ce qui touche à l'inconcevable, de l'absolu, à l'infini, comment parler de réalité qui ne me dépasse? "Rien n'est vrai, tout est permis." Quant à la pensée, dont vous faites une vérité absolue, il n'y a rien de plus aléatoire, ni de plus ténu, fugace, influençable, et sujet au changement. La pensée existe. D'accord. Mais tout se complique singulièrement dès lors qu'on se penche sur la nature de la pensée. Qu'est-ce que la pensée, un flux continu, ou une trace mémorielle? C'est important, parce qu'on va alors pouvoir s'intéresser aux possibilités de décision, dans la représentation qu'on peut se faire de la réalité, et comprendre combien la réalité est absolument relative. On peut bien sûr s'installer dans un monde de conventions, où l'on va reconnaître valables les vérités relatives, et reconnaître ainsi la pensée. Le problème, c'est qu'en matière de reconnaissance, il faut imaginer possible une égalité, une continuité, une constance, dans les postulats, et dans la manifestation, or, malheureusement, tout bouge, et aussi la pensée, qui jaillit comme elle veut, à partir de ce qu'elle veut. Elle vient d'ailleurs de cet inconnu, totalement inaccessible, et qu'on croit nôtre parce que on a réussi à comprendre qu'il était là, quelque part, quand sa nature même, est de nous échapper. Vous voyez, cher Marc, mon monde est infiniment inconnaissable, mouvant, fluctuant, et faux par essence. La seule chose que je reconnaisse stable dans tout cela, c'est d'en poser le centre, à moment donné, en disant, je suis là, simplement, chaque fois que j'ai réussi à rassembler un peu de quelque chose, que j'assimile à un moi-même... Oui, le sentier par ici, n'est pas trop balisé...