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Rhapsodie (1) : Les portes de l'enfer
Il y a longtemps déjà, j'eus la chance de découvrir un très ancien ouvrage. Pour être honnête, je serais bien en peine d'indiquer à quelle époque il parut. Le fait est qu'il tombait littéralement en poussière : sa reliure était décousue, et ses pages, parcheminées et empreintes d'une humidité persistante, se décomposaient.
En temps normal, je n'y aurais pas accordé la moindre attention. Mais, de la couverture arrachée, on pouvait lire une large partie d'un feuillet, qui contenait des vers. Et c'est eux qui, étrangement, m'attirèrent.
Il faut dire tout de suite qu'après examen ces pages ne m'ont pas semblé correctement ordonnées, de sorte qu'il y avait là un mystère supplémentaire.
En outre, le livre, qui n'était pas fort épais, ne présentait pas de traces d'imprimerie. L'ensemble était rédigé, visiblement à la main, dans une fort belle calligraphie, qui s'approchait du gothique.
Je me suis pris alors au jeu de la reconstitution : délicatement, j'ai pu isoler certaines parties encore lisibles.
L'ensemble devait être une sorte de pièce, ou de mythe, poétique, sur le thème, bien connu, du vampirisme et de Dracula. Il y avait malgré tout d'importantes différences – si du moins mes efforts de lecture ne m'ont pas trompé.
Sur la première page, qui attira tant mon attention, on pouvait encore deviner, en haut, la citation suivante, tiré du chant III de l'Enfer de Dante :
Lasciate ogne speranza, voi ch'intrate.
Suivait un morceau, composé comme une variation sur ce sujet, et intitulé : « Les Portes de l'Enfer ».
Pensant que cela pourrait vous plaire, ou vous intéresser, je vous en propose ici la retranscription.
Les Portes de l'Enfer
Quittez toute espérance, au delà de ce seuil
La mort est sans repos, et sans fin la tristesse
Ce Royaume est celui de la peur et du deuil
Nous serons sans pitié devant votre faiblesse
Craignez, pauvres mortels, d'être arrivés si loin
Le sang seul en ce lieu peut encore vous sauver
Fuyez sans un regard pour vos hideux défunts
Ils sombreront bientôt dans l'histoire, oubliés
Et vous, âmes trainées en cet endroit maudit
Exsangues et meurtries, savourez cet instant
Les plaisirs désormais vous seront interdits
Vos chairs seront brisées jusqu'à la fin des temps.
N'espérez ni répit ni pitié ni salut
La main du Diable ignore toute miséricorde
En ses griffes tout homme aussi puissant qu'il fût
Ne peut que se soumettre aux tourments de ses hordes.
(à suivre)



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Oups! Au-delà de la peur de vivre et de celle de mourir. Il y a le mythe de Sisyphe à la Camus. Et le vrai bonheur de s'éteindre, loin de la torture, apaisé, dans son lit... de mamifère qui aime tant les draps. Courte couverture d'un passé, conjugué au temps présent et futur du délice d'avoir vécu... d'avoir pu vivre
La bonne mort, c'est ainsi que l'on appelle parfois la chance de s'éteindre doucement dans son lit.
Le mythe se laisse difficilement décrypter. Mais, vous avez bien raison, il faut s'y efforcer et s'y exercer.
Délice d'avoir pu vivre... si l'on a bien vécu.
Rhoo.. encore ce "bien" qui s'invite! Décidement!
Rire... cher Marc, hommage à votre excellence, sinon l'attente d'un billet sur ce thème. Pour apprendre, se laisser bercer par l'élégance.
Vous m'invitez là, je le crains, à une entreprise difficile et qui, sans doute, dépasse mes moyens : faire un billet sur la bonne vie, voire sur le bien lui-même! Diantre, il faut oser aborder un sujet comme celui-là!
Les anciens grecs associaient toujours le bien et le beau : "kalos kagathos". Et, de fait, que peut-il y avoir de plus beau que le bien lui-même?
Mais il faudrait donc pouvoir faire non seulement un billet intelligent (ce qui est déjà d'une grande ambition), mais aussi d'une réelle beauté pour espérer traiter le sujet de la manière qui convient. Sans quoi l'on risque d'être aussi ridicule que celui qui, tout en prétendant faire la critique d'un chef d'oeuvre, n'est pas capable d'aligner quatre phrases harmonieuses.
Bref: vous ressentirez peut-être comme moi combien il est délicat d'affronter dignement un tel thème. Il a quelque chose d'impressionnant.
Mais, en même temps, cette question du bien est lancinante : elle revient, toujours, cachée, en embuscade, derrière toutes nos autres questions...
C'est quand même ennuyeux!
Ou alors, il faut commencer par réclamer beaucoup d'indulgence, s'efforcer de prendre une profonde inspiration (d'où qu'elle vienne), et essayer de défricher la question, peu à peu, maladroitement, dialectiquement, c.-à-d. laborieusement.
Cela viendra peut-être. C'est à voir!