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Rhapsodie (6) : L'Autre Royaume
Puisque la clef de la compréhension de l'ordre correct des idées semble résider dans le principe de non-contradiction, il faut, pour assurer son choix, s'exercer à percevoir la contradiction partout où elle peut se trouver.
Or celle-ci repose sur l'idée d'une dualité irréductible dont on affirme pourtant l'unité. C'est comme affirmer que « oui » est « non », ou que « positif » est « négatif » ou que « l 'être » est « le non-être ».
Introduire la distinction entre l'être et le non-être est le fondement élémentaire de toute autre distinction.
D'un autre point de vue, tout à fait compatible avec le précédent, le « non-être » consiste précisément à présenter une dualité irréductible : ce qui n'est pas, c'est que l'être soit le non-être.
Ce qui n'est pas, c'est qu'il existe deux réalités incompatibles entre elles.
La réalité est une, et c'est cette unité qu'il faut en tout rechercher, par la chasse à la contradiction, à la dualité irréductible qui introduit le trouble et l'illusion dans la pensée.
Ce qui ne revient pas à dire que toute dualité soit une erreur : ne le sont pas les dualités qui s'unissent et s'ordonnent à l'unité de l'ensemble.
Et c'est sans doute à l'unité aussi que conspirent, malgré eux, notre "héros" et sa parèdre qu'il retrouve ici, après s'être exilé, semble-t-il, du monde.
L'Autre Royaume
Dans les marais noircis, sur les plaines fumantes,
S'attarde quelque fois un être merveilleux.
Sauvage, elle s'esquive, éperdue et errante,
Pour ne pas apparaître, innocente, à vos yeux...
Aucune habileté ne pourrait la surprendre.
Mais avec de la chance, et en sachant attendre,
Furtive, effarouchée, en train de se repaître,
Vous la verrez, peut-être..
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Profitez un instant de cette découverte;
Il n'est rien de plus beau
Dans ce sombre tombeau
Que cette nudité qui vous est toute offerte...
Et que cela fait-il si le plaisir est traitre,
Si la brulure en vous ne peut plus disparaître?
Seul compte désormais l'étrange sensation
Que procure à l'esprit cette vision lascive...
Drogue dure épurée, le corps de la rétive,
Indécente, s'expose à votre déraison...
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Un désir infini,
En des scènes de stupre et d'orgies,
S'élance dans vos crânes écartelés...
Et l'envie s'épandra, sans cesse martelée,
En vos corps pourpres et décrépis,
Pour empoisonner vos vies.
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Que d'os écrasés ainsi, sous les coups répétés
Et sous les contorsions de la belle reptile,
Pendant que la victime, abrutie et docile,
Apathique et servile, s'imagine embrassée!
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Quand de votre cadavre enlacé, au supplice,
Sous les sinuosités de votre séductrice,
Un liquide étonnant coulera goutte à goutte,
Vous l'aurez vu, sans doute...
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L'autre royaume est un autre trépas;
Et la tendre Lilith y règne, tout à côté de moi...

Lilith (1892), par John Collier (1850 - 1934)
(à suivre) (Ne manquez pas la dernière pièce de ce puzzle!)



Tous les commentaires
S'agit-il bien d'un poème de T.S. Eliot ? Je ne vois personnellement aucune contradiction entre plaisir et souffrance, vie et mort, jour et nuit, ombre et lumière, mais plutôt une opposition duale qui lie chacun des termes entre eux sans les confondre comme deux forces s'attirant et se repoussant l'une l'autre.
La contradiction ne viendrait pas me semble-t-il de l'opposition entre ces notions mais de leur confusion et de leur fusion.
Ce n'est pas un poème de T.S. Eliot, mais le rapprochement est intéressant. Il faudra que je le creuse (je connais peu Eliot).
Tout à fait d'accord pour dire que la contradiction ne vient pas de la dualité en elle-même (point de départ de la complexité -et celle-ci existe dans le monde), mais de la confusion que l'on peut vouloir créer entre deux choses opposées.
Il n'y a pas de contradiction à dire que celui qui souffre, peu après, peut ressentir du plaisir. Mais il y en aurait à dire que le bonheur réside dans le malheur, ou que ce qui est mort, sous l'aspect même où il est mort, est vivant.
Cependant, ce refus de la confusion ne doit pas être un refus de l'unité : ce qui s'oppose et est contradictoire à un certain point de vue est aussi complémentaire à un autre. Si le jour n'est pas la nuit, jour et nuit sont malgré tout deux "aspects" d'une même chose.
Trés joli hum, comment dire ?... le tableau.
Il faut se méfier de la beauté !
De la beauté des femmes ? Relisant le mythe de Pandore, c'est un peu ce que les Grecs racontent. Pandore n'est finalement pas incarnée, elle n'est pas vraiment femme mais simple simulacre de femme ("Piège terrible, imparable" Hésiode - Théogonie) dont le but est de détruire l'homme et pas de le reproduire.
En fait, j'évoquais "la beauté" en général (dont celle des femmes n'est qu'un exemple). Je voulais dire qu'il faut se méfier de tout ce qui peut fasciner, troubler et tromper le jugement. (Et d'ailleurs dans le mythe, Pandore est offerte en épouse à Epiméthée - celui qui réfléchit après coup).
effectivement... mais nous sommes tous un peu Epiméthée. Le probème serait de n'être que cela. Je crois qu'il faut distinguer la beauté de la fascination de la beauté qui ne permet pas de mettre en jeu notre faculté de jugement. Quand la beauté sensible et le jugement, notre faculté de penser, se mettent en harmonie, c'est la nuit sublime contre la beauté du jour (distinction que j'emprunte à Kant).