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Eichmann à Jérusalem, de Hannah Arendt

Eichmann s'est rendu sans broncher aux espions israéliens venus pour l'emmener et le faire juger à Jérusalem, parce qu'il avait, finalement, la conscience tranquille.

Eichmann était un SS, responsable de l'émigration, puis du déplacement des juifs et enfin de la logistique de transport de la solution finale.

 

Je ne sais comment mieux résumer tout le propos de ce livre, dense et précieux.

La dernière déclaration d'Eichmann à son procès fut qu'il n'était coupable que d'avoir été vertueux, puisque l'obéissance était une vertu.

 

Comment des hommes ont-ils pu assister aux déportations et à la solution finale sans réagir? Comment des hommes, qui n'étaient ni des sauvages ni des sadiques, ont-ils pu y participer en gardant leur bonne conscience?

 

Hannah Arendt aborde toutes ces questions, que se pose toujours quiconque a eu connaissance de cette horreur. Mais elle ne fait pas que cela : en retraçant le procès d'Eichmann, elle retrace la manière méthodique dont l'élimination des juifs fut pensée et amenée, peu à peu, dans les consciences avant d'être effectivement réalisée, que cette "purification de l'Europe" était pour les nazis le but principal de la guerre, qu'ils continuèrent et accentuèrent contre leurs propres intérêts alors que les premiers revers apparaissaient sur le front. Pire, même, elle montre comment le machiavélisme nazi a fait des victimes des complices, empêchant toute révolte massive des juifs.

 

Bref, Hannah Arendt nous montre en acte comment le mal, dans toute sa violence, peu à peu, devient une chose banale et normale.

 

Un livre, dont on ne ressort pas indemne, à méditer de toute urgence : car les mécanismes qui ont fait le passé menacent toujours de faire l'avenir.

Tous les commentaires

Oui...Hannah Arendt, sur la banalité du mal ! Eichman se réclamant de Kant !...Un livre précieux...qui nous renvoie au "connais-toi toi même"... Il y a du barbare en chacun de nous qui ne demande qu'à s'exprimer pour peu qu'on lève les interdits...importance de l'éducation...importance des limites qui contiennent le désir d'anéantissement de l'autre...a lire et à relire...merci de ce rappel, Marc Lefrere

Ce livre m'a marqué. Merci. La banalité du mal dont parlait Arendt était celle d'un homme qui ne pensait pas, dont la banalité apparente cachait une terrifiante absence de pensée. Il organisa le génocide sans qu'il soit certain qu'il ait eu quelque rapport avec la passion antisémite; il faisait au mieux le travail qui lui avait été ordonné. Je ne pense pas qu'Arendt démontre comment l'horreur devient normale. Elle montre comment des types qui sont sans pensée sont devenus des rouages de la machine à exterminer; pas de haine hideuse, pas de provocation ricanante, pas de sadisme tromphant: un type qui a obéi à des ordres, les a transformés en ordres à son tour, à un niveau de responsabilité importante, sans état d'âme. La question, au niveau du sujet, est celle de la responsabilité que nous avons de nos actes, de leurs conséquences. Et quand l'Etat devient arbitraire, assassin, nous avons à nous poser la question de ce que nous pouvons faire contre. Et face à tout arbitraire, face aux atteintes à la dignité des humains. Cela ne remplace pas les études historiques. Mais cela apporte de la pensée sur ce qui fut une entreprise de destruction des vies et des pensées.

Il me semble, cher pascal b., que Hannah Arendt dénonce la banalité du mal pour mettre en garde contre ce qui peut surgir banalement en nous, lorsque les interdits sont levés par un pouvoir, exigeant la soumission. Ici, la monstruosité d’un régime s’appuie sur le travail ordinaire de fonctionnaires zélés se soumettant aux ordres, peut-être pas seulement sous la pression de la terreur. Pas besoin de haine ou d’idéologie pour expliquer le pire, la soumission suffit. Peut-être peut-on se référer ici au « discours sur la servitude volontaire » d'Etienne de la Boëtie... Il convient également de se souvenir que le psychologue américain Stanley Milgram a entrepris de démontrer expérimentalement ce que Hannah Arendt a révélé au procès Eichmann : la soumission à l’autorité suffit pour transformer un homme ordinaire en bourreau. Au début des années 1960, il recrute des personnes qui croient participer à une expérience scientifique. Il leur est demandé d’administrer des chocs électriques à des sujets attachés sur une chaise s’ils ne répondent pas correctement à des questions. D’abord étonnés, les bénévoles s’exécutent de leurs tâches, n’hésitant pas à envoyer des décharges électriques de plus en plus puissantes. L’expérience se révèle donc concluante : on peut commettre des actes violents sans forcément être poussé par la haine. Il suffit d’être sous l’emprise d’ordres impérieux. Chacun d’entre nous pourrait donc devenir un bourreau ? Le débat est ouvert...il m'apparaît que pour résister à cette barbarie interne refoulée, puisque « interdite », il convient de fortifier ses propres interdits... Il me semble que la barbarie et liée au désir de toute-puissance, enfoui dans l'inconscient, toujours porteur de rêve et qui ne demande qu'à faire retour... Pour le reste, sur la question du sujet et de l'éthique, je suis parfaitement d'accord avec vous

Cher Renarblanc Sur l'expérience de Stanley Milgram, que je connais, il me semble que la situation en dit long sur l'expérimentateur. Etre capable de monter une telle expérience de manipulation, c'est se mettre en position d'un expérimentateur nazi. (je l'ai vu dans le film Icare je crois, et puis un des livres de Miguel Benasayag et puis ailleurs) Au nom de la "science", sous les encouragements du professeur, dans une société dite "démocratique", il est donc demandéà un étudiant de torturer. L'étudiant ne sait pas qu'il va être conduit à cela. Il ne sait pas que le Professeur le regarde comme il regarde ses rats de laboratoire, il ne sait pas que les scientifiques peuvent être des salauds comme les autres. Il saura qu'il aurait pu se comporter en tortionnaire, qu'il ne faut pas croire sur parole l'autorité même en blouse blanche. Cela ne prouve pas que quiconque peut se comporter en tortionnaire sous l'effet d'ordres impérieux. Cela prouve qu'il y a des autorités qui sont vécues comme indiscutables par certains. Cela me semble signifier plutôt que la politique en démocratie devrait inciter le peuple à savoir se révolter, à être en vigilance constante vis-à-vis de son appareil étatique de répression, vis-à-vis de ses représentants, des dépositaires de l'autorité. Les tortionnaires appartiennent à la même humanité que nous. Cela ne signifie pas que nous puissions tous nous transformer en tortionnaires. Les SS sélectionnèrent une "élite" de volontaires pour le génocide. Ne pas vouloir y participer directement pour un SS ne conduisait pas à l'exécution. Je ne crois qu'il s'agisse de "fortifier ses propres interdits". Mais de penser aux conséquences de ses actes, de penser à qui a pu nous conduire à nous conduire de façon détestable en certaines situations, à participer à quelque processus de développement de la civilisation. Et aussi les "interdits" ne sauraient prévoir les situations inédites et se retrouver alors contournés telle la ligne Maginot.

Se mettre en position d'expérimentateur nazi ? Hi, pascal b., je me permets de mettre un peu de modération dans vos propos car je ne pense pas que vous vouliez atténuer l'horreur de la barbarie nazie, ce qui pourrait apparaître en première lecture. 1- Il n'y a pas eu de « vraie torture », mais une simulation... 2- Les victimes étaient des acteurs volontaires, jouant le rôle de victime, pour participer à l'expérience... 3- les seuls ignorants étaient ceux qui jouaient le rôle de bourreaux sans savoir que c'était un rôle Ces trois rappels suffisent à faire voler en éclat votre appréciation sur le psychologue expérimentateur nazi... Je trouve intéressant, en revanche, la violence de votre propos...car elle nous place au cœur du questionnement. Un des problèmes posée par la barbarie nazie, c'est que le bourreau nazi est un être humain...certes, monstrueux, barbare, mais être humain comme vous et moi...Honte pour l'homme ! Honte pour l'humanité ! Comment on fait avec ça ? Comment un homme peut-il devenir un barbare ? Qu'est-ce que je peux avoir de commun, moi, avec un barbare ... Comment peut se faire le glissement ? Y a-t-il des êtres humains suffisamment armés pour résister ? Pour être un barbare pensions nous, il faut être porté par un idéal de haine...Mais ce n'est pas si simple. Nous voyons avec Eichmann qu'il suffit d'avoir une approche kantienne de la loi, un respect de la hiérarchie et des obligations du fonctionnaire.... Bien cela ne prouve pas que tous nous pouvons devenir des barbares... Mais cela indique peut-être qu'il y a en nous des forces internes qui doivent être refoulées et contenues très fortement par un interdit intériorisé dans l'inconscient...certaines situations se prêtant plus facilement que d'autres à un retour du refoulé...Dire cela n'est pas sacrilège...c'est montrer l'importance de l'éducation et de l'attention à ces toutes petites choses qui ne sont que des compromis et qui peuvent conduire à la barbarie

Il se met en position d'expérimentateur sadique, de manipulateur, d'adjudant: ce sera plus précis en effet. Y a-t-il eu une étude pour suivre ces jeunes gens manipulés? Le film "avoir 20 ans dans les Aurès montrait combien est grand le savoir militaire en matière de manipulation. Pour transformer des antimilitaristes en commando d'élite. Mais l'armée ne se cache pas de ses techniques de manipulation. Nous sommes sans doute d'accord sur l'essentiel. La civilisation est une lutte toujours renouvelée, elle ne va pas de soi. Je précise qu'étudier en laboratoire ce qui peut conduire à un comportement de salaud pour produire un savoir sur le nazisme- et mettre en place ce protocole expérimental-là- me semble inquiétant sur les motivations inconscientes (ou pas)du scientifique. Il aurait prouvé comment on pouvait faire un criminel. Mais qu'est-ce que l'expérimentateur a prouvé concernant son rapport à ces jeunes? Neutralité scientifique? Dire qu'il était en position d'expérimentateur nazi en l'occurrence ne me semble pas une exagération si grande, puisque l'objet de l'étude était un savoir sur les personnes et l'obéissance aveugle des nazis; je ne dis pas qu'il a eu un comportement de nazi.

un livre indispensable a tout être humain qui se respecte... l'on n'en ressort pas indemne, savoir que tout un chacun est capable du pire par pure bonne consience professionnelle, par un zèle a bien se faire voir de sa hierachie. Ou comment l'esprit critique de l'individu peu s'abolir dans la deresponsabilisation du fait hiérachique. Ici c'est bie tote la structuration de la société humaine, toute la force du léviathan-Etat comme dit hobbes qui révèle son modus-opérandi. Les ordres sont les ordres, etceux qui sont au-dessus de moi savent certainement ce qu'il font, je n'ai plus a juger de la finalité de mes actes car je ne suis qu'un maillon tenu lui-aussi pour sa propre survie d'obeir, et d'obeir encore. . au-dela d'eichman, c'est toute une reflexion politique qui s'ouvre sur l'Etat de droit et l'Etat d'execption, au ravers de l'Etat d'exception Nazie, qui pire que tout etait selon le droit constitutionnel allemand de l'époque parfaitement valide et légitime, là fut sans doute pour moi, le point d'orgue de ce livre, savoir que tout ce qui fut mené par Hitler et son partie n'était pas contra-leguem, n'allait pas contre la loi... et en particulier le droit international, ou chaque peuple peu se muer démocratiquement en un tyran souverain contre une partie de sa population, et pour lequel encore aujourd'hui nul ne peux rien dire ormis poser de "vive protestation". . c'est toute la société des nations qui bascule dans l'horreur tout au cours de ce procès, même les vaincoeurs posant a leur tour le crimes contre l'humanité pour juger les nazies ne semble pas tout à fait clair, puisqu'harendt pose l'illégalité formelle des loi pénale rétroactive, donc du tribunal de nuremberg. . c'est un livre clair, éminament grand, riche et complet dans ses attendus. c'est toute notre civilisation qui trébuche devant le non-être de ce petit homme "commun" de ce petit fonctionnaire "zelé"qu'est Eichman. . merci pour avoir donner l'occasion d'en parler... ;)

Rappel essentiel. Banalité mais aussi superficialité du mal. Le mal radical est superficiel, seul le bien est profond. Nos sociétés modernes avec leur organisation scientifique du travail, la division des tâches ont rendu et rendent toujours possible un mal radical par des hommes qui ne pensent plus par eux-mêmes. Un livre intéressant aussi sur ce thème : Modernité et Holocauste de Zygmunt Bauman. Quant à Arendt c'est l'intégralité de son oeuvre qui reste d’actualité .

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