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La philosophie et les sciences (4) : Les sciences sur le champ de bataille

Les sciences sur le champ de bataille

 

 

Pour ne pas être trop long, et parce que ce serait sans doute assez vite ennuyeux, il suffira de montrer en quoi chacune des sciences principales a pu être tentée d'annexer chacune des autres sciences, que ce soit en prétendant en donner les clefs, que ce soit en prétendant en régir les objets; et pourquoi, pourtant, elle se montre en elle-même insuffisante. On pourra ainsi surprendre comment l'une d'elle espérant atteindre son but se retrouve finalement rattraper par une autre, et ainsi de suite.

Prévenons d'avance qu'évidemment, le caractère schématique de ces explications interdit d'y voir une description historique de la succesion des sciences (qui n'aurait pas beaucoup de sens), ni une critique des sciences en elles-mêmes, lorsqu'elles s'en tiennent à leur objet propre.

 

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Les mathématiques sont sans doute les sciences qui se prêtent le plus facilement à cette annexion : elles sont à la fois les plus sûres et les plus transversales. Historiquement, elles furent d’ailleurs les premières à assurer leur discours, à tel point que lorsqu’il fallut consolider la méthode des autres sciences, on a cherché à y introduire des mathématiques et à généraliser les règles qu’on y appliquait. On connait celles de Descartes, qui en sont directement inspirés, et la déclaration de Galilée, que nous avons vu précédemment : pour comprendre le réel, il faut le soumettre à une lecture mathématique.

 

 

 

 

 

Cette affirmation ne va pourtant pas de soi. Car que sont les objets mathématiques sinon des constructions de l’esprit ? Où sont, dans la réalité, les nombres ? Où sont, dans la réalité, les objets géométriques idéaux, à 1, 2 ou une infinité de dimensions dont on étudie les propriétés ? Le problème de leur statut ontologique est donc bien présent et soulevé déjà dans l’antiquité : comment ce qui n’est qu’une construction logique de notre esprit pourrait-il nous donner les clefs de la réalité ?

 

Car, après tout, si l’équation e=mc² est bien en rapport avec la réalité, pourquoi 1+1=2, qui n’est jamais qu’une formule plus générale, ne le serait-elle pas aussi, d’autant plus que, sans elle, la première est impossible ?

 

Quoiqu’il en soit de cette question, qui est présupposée résolue par les mathématiciens, pour qu’ils puissent utiliser les nombres comme si de rien n’était, le fait est que toutes les sciences ont été depuis gagné par les mathématiques. Il a fallu pour cela multiplier les mesures, dans tous les domaines. Ce qui n’est pas sans susciter à nouveau quelques problèmes sur la manière de mesurer et dans le rapport entre les quantités discontinues, des mathématiques, et les quantités continues, des relevés. Mais on a pu malgré tout avoir l’impression que tout était quantifiable, et réductible à de la quantité et à de la mesure. Ce qui fait des mathématiques la science reine.

 

Evidemment, cette prétention est fausse : tout n’est pas susceptible de mesure. Et surtout c’est en s’appuyant sur cette question du rapport entre objet mathématique et objet réel que deux autres sciences vont s’efforcer de la renverser.

 

 

Il y a une science que la réussite des mathématiques ne pouvait pas laisser indifférente : c’est la science logique. Et, de fait, cette science du raisonnement a, par principe, un droit à se revendiquer « clef de toutes les autres sciences ». Hélas, elle était toujours en gestation, n’ayant guère avancée entre Aristote et Kant. Pourtant s’il était une science dont on sentait bien que sa réussite était due à sa logique, c’était les mathématiques. Et lorsque l’on s’est efforcé de généraliser la méthode géométrique aux autres domaines, on pouvait bien considérer que cela revenait à en ressortir en réalité la rigueur logique. C’est ainsi que, peu à peu, s’est développée une autre logique, plus formelle mais plus efficace, capable de s’adapter à davantage de situations. Cette même logique, réfléchissant sur ses propres éléments, et sur le statut des mathématiques, a trouvé que, somme toute, les objets mathématiques devaient n’être que des formes logiques. Le logicisme s’est donc donné pour objectif de réduire toutes les mathématiques à de purs énoncés logiques (cf. Principia Mathématica de B. Russell). Ce qui ferait de la logique à nouveau la science reine.

 

Cette entreprise faillit réussir, mais buta finalement sur ce qui est connu sous le nom de Paradoxe de Russell, et qui est, en fait, une contradiction. Et il est évidemment ennuyeux pour la logique d’en arriver à se contredire ! Il fallait donc tout revoir, et c’est ce que Russell fit mais au lieu de chercher à transformer la logique, qui, à ses yeux, devait, laissée à elle seule, nécessairement aboutir à cette impasse, il chercha de l’aide dans la linguistique (la théorie des types) ; et c’est ainsi que le même grâce auquel la logique avait espérer devenir la clef de voûte fut celui qui la soumit à une autre. Mais nous en reparlerons un peu plus bas.

 

 

La réussite des mathématiques et, indirectement, de la logique, avait provoqué un redoublement d’études sur les fondements de ces sciences, et sur le statut de leurs objets. Et une science se trouva bien placé pour en donner le fin mot : puisque la logique et les mathématiques sont une création de l’esprit, c.-à-d. d’un sujet pensant, il faut étudier le fonctionnement du sujet. Et c’est donc la psychologie qui prétendit à son tour, indirectement, expliquer les sciences, et donc ce qu’elles expliquent, le monde, en fournissant les clefs de la représentation des sujets (cf. Brentano).

 

Cette méthode d’explication pose malheureusement un problème : comment fonder l’objectivité sur la subjectivité ? Comment expliquer l’absolue validité des nécessités logiques sur la simple habitude des relations psychologiques ? Comment fonder enfin l’universalité des propositions sur la singularité des sujets ? C’est la valeur même de la logique, et, par là, des sciences qui sont ainsi mis en danger par le psychologisme. Husserl fut celui qui s’attaqua à ce problème et c’est pour en sortir qu’il élabora la Phénoménologie, et qu’il plaça donc au cœur des sciences comme moyen de comprendre comment il est possible de penser l’objectivité. Mais celle-ci n’ayant pas encore acquis le statut de science (à ma connaissance), je la laisserai donc de côté. Comme nous l’avons évoqué, outre la psychologie, la linguistique a aussi prétendu être la science première. Et, en effet, toute pensée rationnelle se présentant forcément par le moyen d’un langage, il est légitime de se demander dans quelle mesure le langage ne prédétermine pas notre pensée. C’est ainsi que Benveniste essayera de retrouver les catégories logiques d’Aristote dans certains modes de la langue grecque. C’est ainsi que l’on a pu dire que la philosophie de l’être était due à un langage dans lequel le même mot « être » sert à désigner l’existence et la copule logique. C’est ainsi encore que Nietzsche, linguiste avant d’être philosophe, expliquera que la croyance en la liberté découle indirectement de l’habitude langagière d’avoir un sujet pour toute action, et donc de dire « je », même pour la pensée : on dit « je pense », alors que la pensée vient de l’inconscient quand elle doit venir. Bref : le langage détermine grandement, voire totalement la pensée, et peut créer des illusions. Avant la logique, il doit donc y avoir une science du langage, qui va s’efforcer de le purifier, de voir ses différents emplois, la manière dont il joue sur notre représentation, etc. La philosophie analytique (Russell, Wittgenstein) est plutôt sur cette position.

 

C’est donc l’étude du langage qui devient la science transversale et qui prédéterminera l’interprétation de toutes les autres.

 

 

Mais une autre science vient mettre tout le monde d’accord, que ce soit la psychologie, la linguistique ou la logique. Et c’est la biologie, dans sa branche neurologique. Puisque tout cela provient de l’existence d’un être vivant et pensant, pour comprendre la manière dont se déploie la pensée, il faut d’abord comprendre ce qu’est la pensée et comment elle naît. Or comprendre l’apparition de la vie, son développement et ses diverses manifestations, dont la pensée, c’est le rôle de la biologie. Déjà, on voit que la stimulation de zones du cerveau provoque certaines impressions, certaines pensées. Et on a isolé les zones des sensations. Et, régulièrement, ainsi, on découvre que, finalement, la pensée ne serait peut-être qu’une manifestation particulière des connexions neuronales. Pour découvrir comment fonctionne la pensée, il faut donc découvrir comment fonctionne le cerveau. Et la biologie est bien la science la plus importante, qui va nous révéler le fonctionnement réel, c.-à-d. matériel, des autres.

 

Mais qu’est-ce que la vie et la pensée sinon un simple développement de la « matière » selon des lois naturelles ? La biologie va peut-être nous donner le fin mot de la pensée, mais qui va nous donner le fin mot de la biologie ? La physique, bien sûr, c'est-à-dire la « science des lois naturelles » (non seulement la physique au sens habituel, mais aussi la chimie). On sait déjà que la vie est rendue possible par l’ADN, et on ne doute pas que bientôt on réussira à synthétiser de l’ADN, et par là à expliquer mieux comment la matière vivante est apparue de la matière inerte, réduisant ainsi la vie à de la chimie – réduction déjà bien amorcée. La physique serait alors tout simplement la science unifiée du réel !

 

Certes, mais que sont les lois de la nature sinon des équations mathématiques ? … Et là, on va tourner en rond. Alors reprenons par ailleurs.

 

 

Toutes ces sciences, c’est bien beau, mais il n’y a pas de sciences sans idées. Or les idées, on s’en est aperçu, cela évolue. Et ça n’évolue pas au hasard. Qui nous dit que ce qui est tenu pour vrai aujourd’hui le sera encore demain ? Et déjà on voit que ce qui est tenu pour vrai ici ne l’est pas forcément ailleurs. Même la logique, on voit qu’elle a évolué et qu’il y a des contestations. Alors ? Il faut d’abord constater cette évolution, s’habituer à une forme de relativisme ou de scepticisme au moins transitoire, et essayer de comprendre ce qui conditionne notre pensée.

 

Pour comprendre ce qui a pu donner telle ou telle idée à une personne, il faut connaître sa vie, les influences qu’il a subies, quelle éducation il a reçue. Et ce sont les sciences humaines qui donneront la clef de nos représentations. On a déjà parlé de la psychologie, on a parlé de la linguistique. Mais voilà la sociologie : à notre représentation du monde correspond forcément à une certains idéologie, qui est l’expression, en pensée, de l’état social. Tout est lié, on vit comme on pense… mais, nous dit la sociologie, on pense aussi comme on vit. Et si notre psychologie, et notre pensée en général, dépend des conditions sociales, le sociologisme nous sort de cette naïveté qui consisterait à croire que l’on peut juger du monde à partir d’une position neutre et objective.

 

Mais le dernier mot ne sera pas à la sociologie. Car les sociétés elles-mêmes ont une histoire, et toutes s’insèrent dans l’histoire de la planète. Et rien ne serait possible sans la science historique elle même qui constate que les pensées changent et évoluent. L’histoire des idées nous montrent comment non seulement les idées se succèdent mais se suscitent l’une l’autre au travers les époques. C’est l’histoire, c’est la gestation qui donne la clef de ce qui apparait ensuite. Pour comprendre le nouveau-né, il faut comprendre qu’il y a eu un fœtus. C’est donc d’abord l’histoire des sciences, l’histoire des idées, l’histoire des hommes qui doit nous permettre de comprendre l’homme, et de comprendre le sens de ses entreprises et de ses pensées présentes, nous explique l’historicisme.

 

 

C’est la gestation caché qui donne la clef de ce qui, ensuite, se manifeste. Mais comment ce qui est caché pourrait être connu de l’histoire ? Ou tout au moins de l’histoire telle qu’elle fut vécue par les hommes ? Car il y a autre chose. Il y a une histoire cachée, une histoire oubliée, enfouie dans l’inconscience, et qui agit pourtant et détermine nos pensées. Car qu’est-ce que la pensée sinon la part consciente d’un psychisme dont la plus grande partie demeure inaperçue de nous ? La part émergée de l’iceberg… Comment croire que cette part émergée pourrait être indépendante de la part immergée ? Non, elle en dépend évidemment, elle en dépend directement. Et c’est ainsi que l’on doit faire l’histoire des idées. Pourquoi telle personne a telle idée ? Il faut chercher les motivations inconscientes qui s’y expriment, les processus obscurs qui expliquent l’émergence à la conscience de cette pensée. Ainsi, même si toute science émane d’un sujet, ce n’est pas la psychologie ordinaire qui peut donner le dernier mot de la pensée. C’est la psychanalyse, qui va plus profondément, dans les eaux troubles où le sujet se donne l’impression de naviguer sans peine.

 

Mais qu’est-ce qui permettra d’explorer l’inconscient ? Le langage. Alors la linguistique reprend du poil de la bête ! (Cf. Lacan). Mais comment interpréter le langage sinon avec logique ? Et qu’est-ce que la langue sinon l’expression d’une société ? Mais qu’est-ce que la société sinon l’expression de l’organisation économique qui s’y trouve ? Mais d’où vient cette organisation, sinon d’un processus historique ? Et qu’est-ce que ce processus historique sinon l’accomplissement, dans le cadre de l’homme, des lois du vivant ?

 

Sociologie, économie, histoire, biologie, physique, mathématique, logique, psychologie, psychanalyse, linguistique, histoire, économie, mathématique, biologie, physique, etc..

 

C’est ainsi que les sciences s’affrontent sur le grand champ de bataille de la pensée, pour savoir laquelle est la première, laquelle est la plus importante de toutes !

 

 

On pourrait penser que cette bataille est dénuée de sens. Mais ce n'est pas le cas. Ce n'était pas pour rien si leur mère, la philosophie, cherchait à savoir quelle était la première d'entre elles. Car, en réalité, cette question revient à celle-ci : quel est le fondement des sciences? Et si chaque science est fondée sur une autre et si finalement ce « jeu » est circulaire, peut-on dire qu’elles sont bien fondées ?

Difficile question...

 

Tous les commentaires

Cher Marc, Je suis toujours avec beaucoup de plaisir l'exposé de votre pensée... Plusieurs questions surgissent. 1- Que chacune des sciences ait pu être tentée d'annexer chacune des autres, quoi de plus normal, puisque le rêve de l'homme (avoué ou non), par le truchement de chacune d'entre elles, est de découvrir « la vérité » en toute « certitude » et qu'elle doit, pour cela être « totale ». La diversité des sciences (sciences de la nature, sciences humaines ou sciences mathématiques) obligent à tenir compte de la complexité de l'objet étudié dont la représentation change en fonction du champ disciplinaire d'où nous l'analysons. Ne sommes -nous pas entrés aujourd'hui dans l'ère de la transdisciplinarité ?

2 - La philosophie est mère de toutes les sciences dites-vous. Sans doute...mais la philosophie est-elle une science ? Suffit-il au discours spéculatif d'être fondé sur l'argumentation logico-mathématique pour faire de la philosophie une science ? S'assumer comme mère de toutes les sciences, n'est-ce pas, pour la philosophie, une manière de se positionner comme étant « au dessus de toutes les sciences » ?

3- Le statut de la vérité est-il le même selon qu'il s'agisse d'une vérité philosophique, d'une vérité établie par l'une des sciences de la nature, par l'une des sciences humaines, par les mathématiques ? Qu'en est-il du statut de la preuve dans la philosophie, puis dans les sciences humaines, dans les sciences de la nature, dans les mathématiques et dans la philosophie ?

4- Si les mathématiques sont, à leur origine, reliés à la réalité ; mais elles s'en décrochent assez vite, prises, par le plaisir de l'abstraction, de l'idée pure, et par le processus de cohérence logique, permettant de relier les objets idéaux entre eux, en donnant l'impression d'un « monde parfait » et fermé sur lui-même. Comme la logique, les mathématiques ont pour objet leur propre construction. Peut-être se voudraient-ils le" modèle opératoire", exemplaire, de toute élaboration de connaissance en vérité ; en ce sens là, se situerait leur tentative d'annexion sur les autres sciences...Mais de quelle « vérité » nous parlent les mathématiques concernant l'homme, la nature, la vie ou la métaphysique ?

5- Que signifie cette phrase : « C’est la psychanalyse, qui va plus profondément, dans les eaux troubles où le sujet se donne l’impression de naviguer sans peine » ? D'où voyez-vous que « le sujet se donne l'impression de naviguer sans peine » dans « les eaux troubles » (?) où irait plus profondément la psychanalyse ?

6- Le langage parle du sujet, mais il parle aussi de la société, de l'histoire, de l'économie, et il utilise les règles de la linguistique...Si bien que prendre le langage pour objet d'étude ne signifie pas l'annexer au champ disciplinaire d'où il est observé...Tout dépend de la question que l'on se pose en prenant le langage pour objet d'étude : que me dit le langage sur le « sujet », que me dit-il sur la société, sur l'histoire, sur la géographie, sur l'économie, sur la biologie, ou sur sa structure lui-même, etc...En fonction du choix de mon entrée de recherche je peux mettre en place une méthodologie et me doter d'outils propres... La transdisciplinarité est de plus en plus à l'œuvre dans les objets de recherche. Pourquoi dans cette étude sur "la tentation des sciences de s'annexer l'une à l'autre", ne faites-vous pas apparaître la pensée de la complexité chère à Edgar Morin ?

7- Enfin, je ne peux résister à vous proposer cette formulation, qui pourrait nous renvoyer à notre échange précédent dont nous n'avons évidemment pas épuisé le questionnement : « Si la finalité du doute est l'obtention d'une vérité, celle-ci ne se confond pas avec la certitude absolue ; figement de la pensée en proie à l'évidence, la vérité est vouée à demeurer un fantasme qui oriente la quête et ne s'atteint que sous forme partielle alors qu'on la voulait absolue » (Sophie Mijolla-Mejor, 1992, "Le plaisir de penser", Paris, PUF)

1)==> Ce n’est pas anormal pour les raisons que vous indiquez. Mais c’est illégitime pour celles que j’indique : chacune est une science spécialisée. ==> Ce n’est pas « aujourd’hui » que nous sommes entrés dans la « transdisciplinarité », c’est simplement aujourd’hui qu’on lui donne ce nom là. Mais, comme vous le dites d’ailleurs, la volonté d’obtenir une science unifiée est vieille comme la volonté de comprendre la réalité et l’homme. Simplement, la différence est qu’à cause de la spécialisation nécessaire de toutes les sciences, et leur diversification, il devient impossible d’être un bon connaisseur de toutes. Et cela peut éventuellement poser un problème pour penser leur unité. Chacun risque de penser à travers le filtre de sa spécialisation, et retomber dans un particularisme. 2) ==> Je précise que lorsque je parle de la philosophie, cela ne veut évidemment pas dire que seuls les philosophes officiels peuvent y prétendre. Et la même personne peut être savant et philosophe, seulement elle change alors quelque peu de type d’activité. ==> La philosophie n’est pas une science au sens ordinaire du mot. Le terme même de « science » est en quelque sorte opposé à celui de « philosophie ». L’un affirme avoir trouvé, l’autre affirme rechercher. ==> Dans cette mesure, on ne peut pas dire que la philosophie soit supérieure à la science, comme on comparerait des choses par ailleurs semblables. En revanche, on peut dire qu’elle est supérieur au sens où 1) elle juge du fondement des sciences 2) elle cherche à dépasser la pluralité pour penser l’unité. ==> Il y a un constat : toute « science en gestation » s’est d’abord présenté comme philosophie ou a du subir l’épreuve de la philosophie, ce fut le cas par exemple de la psychanalyse ou de la sociologie. ==> Cela n’est pas une exigence usurpée, c’est simplement lié à la nature même de l’entreprise philosophique. Je vous renvoie à mes deux billets précédents. 3) ==> Ce que montre le présent billet, je crois, c’est que si toutes ces vérités ont, par certains aspects, des statuts différents, elles sont pourtant intriquées entre elles. Le fondement de l’une repose sur l’autre. ==> La « vérité philosophique » est dans une position un peu différente, dans la mesure où dès qu’elle aboutit à une vérité qui semble bien assurée, cette dernière revendique le statut de science. Après l’avoir ainsi vidée de ses découvertes, évidemment, il est facile de lui dire qu’elle n’a rien d’assuré et qu’elle n’est qu’un discours nébuleux. La philosophie s’occupant de bien des domaines, elle adapte ses critères à ce que nécessite son objet. 4) ==> Si la question est : en quoi les mathématiques peuvent représenter une tentative d’annexion de ces domaines ? La réponse est : par l’annexion de la nature, où tout est alors perçu comme affaire de quantité et de chiffre. C’est évidemment une tentation réductionniste, provoquée davantage par des amateurs des mathématiques (au travers de sciences secondes, comme la physique ou l’économie) que par les mathématiciens eux-mêmes, d’ailleurs. ==> La métaphysique est un domaine controversée. Comme on peut affirmer qu’il n’existe pas, le fait que les mathématiques n’y interviennent pas (ce qui est encore à voir car la métaphysique est aussi un moyen de ramener la pluralité à l’unité) n’est pas en soi un problème pour la possibilité d’une réduction. ==> Les mathématiques ont aussi répandu un mode de démonstration, appelé pour cela « more geometrico » (à la façon du géomètre), qu’on a tenté un temps d’appliquer à tous les domaines, même métaphysique (cf. Spinoza, l’Ethique). ==> Les mathématiques, dans le domaine du nombre et de la quantité, nous disent quelles sont les relations possibles et celles qui ne le sont pas. 5) ==> C’est avant la psychanalyse que le sujet avait l’impression de naviguer à la surface de la pensée sans problème. Depuis la psychanalyse, la pensée apparait comme une « eau trouble » (c.-à-d. dont on ne voit pas bien l’intérieur), et le « moi » n’est plus si maitre de la navigation que ce qu’il pensait. 6) ==> Oui, l’étude du langage est bien ce que vous dites, et je n’ai pas dit qu’on annexait le langage au champ observé. L’annexion que je critique n’est pas celle-là : c’est l’annexion des objets d’un champ par celui d’un autre. En étudiant le langage, je peux penser avoir la clef d’un décryptage du sujet, qui est d’abord l’objet de la psychologie. ==> Dans ce billet, je parle du champ de bataille. Car il existe : il y a bien des neurologues, par exemple, qui ne veulent pas entendre parler de la psychanalyse. Mais, comme je l’ai précisé au début, ce sont des tendances qui ne condamnent évidemment pas les sciences eux-mêmes. ==> La pensée complexe d’Edgar Morin a au moins deux caractéristiques qui m’empêchaient d’en parler dans le présent billet : c’est une pensée philosophique, et c’est non pas une tentative d’annexion mais une tentative d’unification et de pacification. 7) ==> Puisque ce qui n’est pas de certitude absolue est douteux, si la finalité du doute n’est pas la certitude absolue, alors le doute n’a pas d’autre finalité que lui-même, ce qui le rend lui-même absolu. ==> Par ailleurs, je ne comprends pas pourquoi dans un premier temps, l’auteur accepte l’idée que la finalité est la vérité (et non la certitude absolue), pour ensuite écarter également la vérité comme un fantasme. Elle aurait aussi bien pu dire alors que la finalité est la certitude absolue mais que c’est un fantasme. ==> Qu’il y ait un plaisir de penser, évidemment, mais que ce plaisir soit lié à l’impossibilité de trouver ce que l’on cherche – ce qui semble sous-entendu – je ne suis pas d’accord. Le plaisir est d’autant plus grand que l’on trouve enfin quelque chose. ==> Enfin, citation pour citation, je me permets de vous soumettre celle-ci, du ténébreux Héraclite : « Si tu n’espères pas l’inespéré, Tu ne le trouveras pas. Il est dur à trouver et inaccessible. » (Fragment B, 18)

Fragment B, 18 (quel traducteur?) à quoi répond la sagesse asiatique: "Ne cours pas après ta ceinture dorée. Au bout de sept jours, elle reviendra".

1) a) Le rêve de la « vérité absolue » n'est pas illégitime en soi : il est au fondement, chez l'homme, de toute quête de connaissance... et les « sciences spécialisées » ne font pas exception à cette règle, puisqu'il s'agit du rêve de l'homme... D'ailleurs, parler de « science spécialisée » ne relève-t-il pas d'un pléonasme ? Une science peut-elle ne pas être spécialisée ? Comment ne pas admettre que l'histoire des mathématiques peut m'aider à approcher aussi une vérité sur les mathématiques, et probablement m'aider à les mieux comprendre ? Comment ne pas accepter que la psychanalyse peut m'aider à approcher aussi une vérité sur le langage ? Et ainsi de suite... Si une "science" parle de son objet, la vérité de l'objet est trop complexe pour être réduite à une seule approche spécialisée. C'est pourquoi au-delà de la tentative d'annexion d'une science sur l'autre, arrive l'âge de raison : l'humilité du chercheur devant sa vérité particulière, et l'obligatoire rencontre avec les autres champs disciplinaires autour du même objet. b) "Ce n'est certes pas d'aujourd'hui que nous sommes entrés dans la transdisciplinarité"...oui et non...Comme vous le soulignez, il fut un temps où il était possible d'être un bon connaisseur de toutes les sciences mais ce n'est plus le cas aujourd'hui. C'est pourquoi nous voyons de plus en plus se former dans les laboratoires de recherche, des chercheurs venus de différentes disciplines, croiser leur regard sur le même objet... C'est précisément cela qui s'appelle transdisciplinarité... Cette transdisciplinarité part d'un constat : la vérité issue d'un seul champ de recherche ne suffit pas à établir la vérité sur l'objet... Et cela oblige à être à l'écoute de l'autre discours ou du discours de l'autre... La quête de la vérité s'élabore aujourd'hui à travers des équipes pluridisciplinaires capables de mettre en résonance les différents résultats de chaque discipline en en dégageant une résultante cohérente.

2- La philosophie n'est pas une science, c'est entendu...Mais dire que « l'une affirme chercher, quand l'autre prétend avoir trouvé », ne me satisfait pas. La science trouve quelques vérités mais continue à chercher, à traquer les énigmes...alors que la philosophie spécule sur la vérité et déclare, parfois l'avoir trouvée. Elle n'est pas supérieure à la science...mais l'homme a besoin de philosopher pour donner du sens à sa vie, pour définir une éthique et une esthétique... Le mot de Rabelais, « science sans conscience n'est que ruine de l'âme » est plus que jamais d'actualité. Ce n'est pas en terme de « vérité » qu'elle se mesure à la science...c'est en terme de complémentarité...Quelle est la valeur de la vérité ?...En quoi peut-elle être dangereuse pour l'éthique ?... le problème de la sagesse n'est pas le problème de la science : c'est celui de la philosophie

3- ==> « Ce que montre le présent billet, je crois, c’est que si toutes ces vérités ont, par certains aspects, des statuts différents, elles sont pourtant intriquées entre elles. Le fondement de l’une repose sur l’autre. » Je ne pourrais dire mieux. Les vérités philosophiques ne sont pas des vérités scientifiques. Le statut de la preuve n'est pas le même en mathématiques, en sciences de la nature ou en sciences humaines

4- « Mais de quelle « vérité » nous parlent les mathématiques concernant l'homme, la nature, la vie ou la métaphysique ? » ==>Une vérité mathématique ne fait que confirmer la validité du raisonnement logico-mathématique dans le monde imaginaire qu'elle s'est créée elle-même. Elle ne démontre rien sur la réalité. Ce n'est pas cette vérité là à laquelle prétendent parvenir les sciences de l'homme, les sciences de la nature ou la métaphysique...

5- "C’est avant la psychanalyse que le sujet avait l’impression de naviguer à la surface de la pensée sans problème. Depuis la psychanalyse, la pensée apparait comme une « eau trouble » (c.-à-d. dont on ne voit pas bien l’intérieur), et le « moi » n’est plus si maitre de la navigation que ce qu’il pensait." ==> Merci de cette explication...je ne peux que me réjouir de cette réponse qui me convient parfaitement

6- Je suis entièrement d'accord avec votre constat : "un champ de bataille existe"... seulement voilà : il existe non seulement entre les disciplines, mais également à l'intérieur de chaque discipline, entre chaque « homme ».. C'est comme si tous les discours intra et inter disciplinaires étaient narcissiques, chacun voulant détenir la vérité au détriment de l'autre... Ces tendances ne condamnent ni les sciences, ni les chercheurs, ni l'homme...Mais elles sont à prendre en compte, pour pouvoir dire quelque chose de vrai sur le réel...La pensée complexe d'Edgar Morin est une pensée philosophique qui est effectivement une tentative d'unification et de pacification...Elle prend acte de la limite des vérités particulières des sciences et propose une démarche susceptible de conduire à la découverte de vérités plus complètes. Edgar Morin s'intègre parfaitement, me semble-t-il dans le thème de votre billet

7- « Qu'il y ait un plaisir de chercher, je suis d'accord, mais que ce plaisir soit lié à l'impossibilité de trouver ce que l'on cherche, je ne suis pas d’accord. Le plaisir est d’autant plus grand que l’on trouve enfin quelque chose. » ==> On ne trouve pas toujours ce que l'on cherche... Christophe Colomb découvre l'Amérique en cherchant à rejoindre les Indes...je ne dis pas que l'on cherche « sans rien trouver »...on peut trouver une vérité...mais cette vérité ne peut être la certitude absolue à laquelle chacun aspire ==> Enfin c'est avec un réel plaisir que je lis avec vous Héraclite... Lisons bien Héraclite : il parle de l'inespéré...il y a l'idée d'absence d'espoir...l'idée de chercher ce qu'on n'attend pas...Héraclite nous propose une sagesse tragique..une sagesse qui ne rassure pas, ne console pas. Aux espoirs des non philosophes s'oppose l'inespoir du philosophe, qui n'espère rien ou plus rien que l'inespérable vérité.

Juste envie de rappeler ici, en un petit écart, l'étymologie de "désir" : desiderare (latin), vocabulaire appartenant au langage des augures. L’augure lisait les signes dans le ciel et répondait favorablement ou défavorablement. Desiderare signifiait regretter l’absence de l’astre, du signe favorable de la destinée. Tout désir est la nostalgie d’une étoile et sans doute l'attente d'une autre. Amusant de constater l'origine identique avec sidération (sidus : astre). Le désir serait-il un état d'attente, je pousse un peu en disant - un mouvement d'attente - à l'inverse de l'état débilitant de l'influence subite d'un astre ?

Le désir comme désastre...

. Super, l'étymologie ! . J'ignorais. Je n'avais jamais cherché l'origine de ce mot qui est, Dieu sait, tellement vital. . Le fait est que pour qu'il y ait désir il faut qu'il y ait manque... . jpylg

Le fait est que pour qu'il y ait désir il faut qu'il y ait manque. Et inversement. Non?

Je manque de baffes, ce matin. Ce n'est pas pour autant que je les désire...

Si vous ne les désirez pas, c'est sans doute que vous n'en manquez pas, dans le sens de "ressentir un manque".

Si, si. Je "ressens un manque" (de baffes qui me réveilleraient), mais je ne les désire pas. Autrement : je sais qu'il est nécessaire qu'il pleuve, pour des tas de raisons. Mais ce n'est pas pour autant que je désire la pluie : elle est désagréable. Autrement dit : un remède peut être nécessaire (il manque) mais non désirable.

Cher Pierre, Comme le dit JPY, si vous parlez de nécessité, alors il faut parler de besoin, mais ce n'est plus tout à fait la même chose que le désir et le manque., à mon avis. Si vous avez un jardin avec des fleurs, vous désirez la pluie car vous aimez vos fleurs. Si vous êtes maraîcher, la pluie vous est nécessaire car vous avez besoin de faire pousser vos légumes.

. " si vous parlez de nécessité, alors il faut parler de besoin " . Exact. . La "nécessité" est encore un cinquième terme à introduire dans l'affaire. On peut être en manque, et par conséquent éprouver le désir, de quelque chose qui n'est pas nécessaire... . jpylg

Alors définissons le "manque", le "besoin" et le "nécessaire". Et puis le "faute" ("Il me faut"). "La faute" ("Faute de") , ce serait pas mal non plus. Et, tant qu'on y est : revenons sur ce fameux "désir" désastreux (en ce qu'il nous montre séparé de l'astre étoilé) Et, allez hop, réexaminons ces constructions bunkériennes (scholastiques?) à la lumiére de la théorie subnormale. Si le le vous (va) le voulez bien. (L'Oréal est laboratoire d'idées subnormales, aussi.)

. " L'Oréal est laboratoire d'idées subnormales, aussi. " . C'est un tantinet soit peu déstabilisant ce soudain parfum exotique, mais qu'importe... . Pierre Ferron délire juste : Adam et Eve sont en manque - en manque de connaissance (et sans doute aussi en manque de pouvoir). Le serpent, avec son marketing, joue là-dessus, comme sur du velours. . C'est souvent parce qu'un manque est objet d'un désir inaccessible que, comme par hasard, venant d'on ne sait où, surgit l'interdit... . Et, naturellement, plus tard, la transgression et la faute... . Et le châtiment, ou à défaut, le désir de châtiment... la culpabilité... qui est l'expression d'un manque, le manque de justice...mea culpa, mea culpa... . jpylg

C'est bien ce que je craignais : quand , là, on fait le jacques, on (c'est moi qui suis qui dit) est obligé de dire : "Moi non plus, mon méat coule pas."

Si je suis sage, et zen, que j'aime les fleurs et le soleil, je peux aussi ne rien désirer du tout , et laisser faire "wou wei". (Ou "hingabe", pour les germanophones)

Les baffes ne sont pas l'inaccessible étoile qui manque pour faire parler l'oracle

Pour faire être certain jeune "moine (ou moineau) zen", elles furent jugées nécessaires. Et salutaires. Le "maître" zen utilise volontiers le coup sec sur la tête, pour éveiller (maintenir) le moineau-moinillon enivré d'une ivresse douteuse...

La baffitude (ou la baffe attitude) aurai-t-elle un lien avec la béatitude (ou la b. attitude) ?

La baffitude, excellent! Vous devriez revendre le concept à Ségo :)

La baffitude, à défaut de béatification, risque de nous plonger dans les affres de la basse altitude!

Les affres de la basse altitude sont peut-être liées au défaut de la béate édification

Attention à ne pas confondre avec les offres de la boss attitude, qui, elles, sont liées à la bête nidification.

La boss attitude du drôle adhère comme le chameau à la bête des offres et de la demande...

es baffes ne sont pas l'inaccessible étoile qui manque pour faire parler l'oracle Ben si, en en tout cas ca marche dans Asterix!

. " Asterix! . C'est bien de coller à des références basiques... . jpylg

On fait avec ce qu'on a...

J'adhére. Et j'abonde : puisque la baffitude, comme la basse altitude, permet d'affirmer, comme Obelix le fait, que la Suisse est plate. Aprés un stage linguistique intensif au Québec (libre) j'ai pu vérifier à quel point c'est vrai : la Suisse est plate.

. "la Suisse est plate. " . Je confirme ! . J'ai moi aussi, dans une vie antérieure, traversé les montagneuses rocheuses, au Canada. . Je rigolais comme un malade dans le fond du "greyhound bus"; les gens se demandaient ce que j'avais. J'étais simplement en train de penser aux Pyrénées et aux Alpes. . jpylg

. Je ne sais pas si l'inverse est vrai... . Le manque fait naître le désir, oui... . Le désir ferait naître le manque...? . Cela voudrait dire que le désir peut-être premier...ce n'est pas facile à concevoir... . L'explication est plutôt sans doute qu'entre le désir et le manque, il y a un troisième terme: le besoin... . Les psychanalystes diront qu'on en rencontre souvent un quatrième : la demande... . Manque, besoin, désir, demande...quatre termes qui sont souvent objet d'une confusion et correspondent pourtant à des phénomènes différents. . jpylg

Cher JPY Le désir ferait naître le manque...? Ben oui, c'est le b-a-ba du marketing: créer un désir là ou il n'y en avait pas, afin de générer l'impression de manque.

Cher Vincent C'est aussi le b-a-ba de la psychanalyse

. " Ben oui, c'est le b-a-ba du marketing: créer un désir là ou il n'y en avait pas, afin de générer l'impression de manque " . Je ne crois pas. . Le marketing ne peut pas créer le manque, mais il peut créer le désir à partir d'un manque existant, il peut donner forme à un désir...voire déformer le désir... et créer un système illusoire où une certaine offre passera pour répondre à une certaine demande... . Le marketing peut aussi analyser correctement la nature d'un manque et y répondre adéquatement... à mon avis, le marketing ne peut pas "créer" le manque... . De toutes façons, il n'y a pas à le créer, nous sommes essentiellement des êtres en manque, par conséquent des êtres de désir. . jpylg

Cher JPY, Pour le coup, je pense que vous vous faîtes des illusions: la pub existe dans le but de créer le désir à partir d'un manque inexistant, et par cela créer un manque artificiel qui justifiera ce désir. C'est l'essence de la communication des marques: des gens auxquels vous voulez ressembler (role-model) portent des fringues "marquées" (ou des chaussures, ou un téléphone, ou n'importe quoi) qui vous donnent l'impression que le fait de porter ces fringues vous fera ressembler à ce role-model. Vous désirez lui ressembler, vous pouvez lui ressembler en achetant ces fringues, ce qui crée un sentiment de manque que vous comblerez en courant acheter lesdites fringues.

. " je pense que vous vous faîtes des illusions " . C'est possible, mais je crois comprendre ce que vous dites et je ne suis pas convaincu... ce que la pub fait, c'est déplacer un manque... cette pub n'aurait aucun effet si les gens n'étaient pas en manque, mais en manque d'un autre objet... autrement dit, on parlait précédemment de "sublimation" et de "compensation", il y a lieu, me semble-t-il, de parler de "substitution". . jpylg

Déplacer un manque, OK... Mais cela implique une sorte de "vivier" de manques, dans lequel la pub vient puiser? Là il nous faut un psy.

. " Là il nous faut un psy " . Parce que vous croyez que les publicistes sont ignorants ? . jpylg

Eux je ne sais pas, mais moi oui, en tout cas en matière de psy.

je suis là...sourire...il y a un manque d'absolu...mais l'objet complet absolu celui qui supprimerait le Manque est inaccessible...donc il n'y a plus que des objets leurres...qui me donnent l'illusion passagère de combler le manque, mais qui entraine bien vite une désillusion...parce que fondamentalement le manque persiste...

Est-ce à dire que le Manque a gagné? Voilà qui ne risque pas de nous enrichir.

. " le Manque a gagné? " . C'est du Lacan tout pur. Vous n'avez pas besoin d'études complémentaires, VV . jpylg

Et quand vous regarder la course infernale à la consommation et l'obsolescence de toutes choses, Vincent...cela vous fait penser à quoi ?

regardez, pardon...

Je ne sais pas pourquoi, je sens là une question piège... le manque à gagner est sans doute un antidote à la consommation effrénée, mais c'est académique et je préfèrerais gagner sur le manque en consommant beaucoup de ce qui ne coûte que du temps, du plaisir et de l'amitié. Par ailleurs, l'obsolescence de toute chose me semble nécessaire pour permettre la création d'autre chose.

Et c'est là que nous retombons sur les jambes de la philosophie... Ou l'autre nom du Manque pourrait-être le Vide... Un vide "ontologique" qui ferait honte au logique ("Au nom dupe erre, du fil, et du sain d'esprit, ainsi-soit-il...")

J'abonde complètement dans votre sens, Pierre...J'aime beaucoup le vide qui ferait honte au logique

. " fondamentalement le manque persiste... " .

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. jpylg

Oui...Il faut toujours revenir à l'étymologie pour comprendre ce qui se cache derrière le sens d'un mot et ce que l'usage en a fait. Le regret de l'absence de l'astre pousserait au désir de retrouver l'étoile manquante, devenue inaccessible... Et l'impatience de ce désir, ayant à s'accommoder de l'absence, pousserait vers une étoile de substitution, capable de leurrer le désir... Il y aurait ainsi une « sublimation » un déplacement du désir de l'inaccessible étoile (vérité absolue) vers une étoile accessible (vérité relative)...

" un déplacement du désir de l'inaccessible étoile " . Il est sûr qu'il ne suffit pas que le désir apparaisse pour qu'il soit satisfait et que le manque soit comblé... . Que se passe-t-il alors ? sublimation, entre autres, mais de toutes façons, compensation. . La compensation peut-être satisfaisante, ou au contraire, encore plus frustrante... . jpylg

"Les non dupes errent" dit Lacan... Une "succession interminables d'illusions et de désillusions" dit Winnicott

. "Les non dupes errent" dit Lacan... " . Il aurait pu dire aussi : on ne fait jamais que con penser . jpylg

sourire...il aurait pu

Cher Marc, Je ne vois pas vraiment en quoi chaque science serait coupable de tentative d'annexion d'autres sciences, de ma fenêtre je ne vois que l'emprunt par chacune d'outils développés par d'autres et qui lui permettent d'ouvrir d'autres portes. On peut certes voir que l'utilisation exagérée de certains outils exogènes a des conséquences perverses sur le développement de la science elle-même, comme par exemple les mathématiques dans la biologie, mais il ne s'agit pas me semble t-il d'annexion. Un mot également sur les mathématiques: les mathématiques pures (par opposition aux mathématiques appliquées qui servent a modéliser le réel) sont un langage, qui permet d'exprimer des concepts que la langue courante ne permet pas d'exprimer. En cela les maths sont une extension universelle du langage humain. Et soumises aux mêmes paradoxes (genre théorème d'incomplètude de Gödel). Il me semble que la "réalité" d'une expression mathématique n'est pas plus saisissable que la "réalité" d'une expression langagière.

Suite à mon commentaire ci-dessus sur la possible perversité des emprunts d'une science à l'autre: le réductionisme, basé sur la logique que pour connaître le fonctionnement d'un ensemble il faut commencer par analyser chacun de ses constituants et décrire les interactions entre chaque constituant, a permis de nombreuses évolutions scientifiques, y compris en biologie. Mais l'utilisation de toute technique a priori efficace et "logique" a le gros désavantage que seuls les problèmes qui se prêtent à ces techniques sont analysés, et les réponses apportées sont en fait l'expression des limites de ces techniques. La biologie moléculaire est une approche réductionnsite ayant beaucoup emprunté à la chimie et qui permet (par exemple) de montrer que l'ADN code la structure des protéines au travers de séquences d'acides aminés. Comme pour une horloge, on dit que l'étude moléculaire permet de définir à priori la structure de la protéine si l'on connait la séquence sous-jacente. Le problème est que cela n'est vrai que sous certaines conditions (les conditions "normales"), et que dans d'autres conditions environnementales au sein de l'organisme plusieurs types de protéines peuvent être issues de la même séquence. Mais comme le procédé mécaniste ne permet pas d'expliquer ce phénomène, on en parle pas. Avec pour effet final une perception que la biologie est réductible à des processus mécanistes à base d'ADN qui sont bien compris, ce qui permet par exemple de justifier l'opération de séquencement du génome humain comme de la recherche "objective", ou à certains politiciens de penser que la délinquance est codée dans les gènes. Il ne fait pas confondre explication d'un phénomène et limitation de l'outil utilisé pour le décrire, et je pense qu'il y aurait beaucoup à dire sur cette confusion, dans pas mal de domaines.

. " (genre théorème d'incomplètude de Gödel) " . A propos de ce genre d'exploitation d'une science par une autre - soit dit en passant Gödel se situe dans l'héritage de Wittgenstein, se rappeler de l'ouvrage (1996) de Sokal et Bricmont. . Ils disaient en substance, parlant des philosophes de cette catégorie : ils semblent comprendre ce qu'ils ne devraient pas comprendre (puisqu'ils n'ont pas les bases) et nous (qui avons les bases et qui devrions comprendre) quand ils en parlent, on ne comprend pas... . jpylg

Je ne suis pas sur de comprendre... il existerait en plus de la basse attitude et de la baffitude, une base attitude qui induirait une incompréhenson chronique de la perception qu'ont les logisticiens des dites bases? Autrement dit une attitude faisant que l'on ne peut comprendre ses propres bases que de manière non-logique? Ca me plaît votre truc, je suis sur qu'il y a plein d'applications possibles :)

A propos de ce qui est écrit plus haut, Don't forget : ne pas confondre le désir conscient et inconscient, sinon, on confond besoin, attirance et désir ...si je peux me permettre, chers tous. Ce qui ne veut pas dire qu'on ne puisse aussi parler du désir conscient.

. "ne pas confondre le désir conscient et inconscient, " . Bien évidemment, et les psy savent fort bien que la demande ne traduit pas forcément le besoin, tant s'en faut ... . jpylg

et les psy savent fort bien que la demande ne traduit pas forcément le besoin Ca, même moi j'ai pas besoin de psy pour comprendre, suffit de demander à ma fille...

. " suffit de demander à ma fille... " . VV me semble en très bonne voie ... il a compris que c'est aux enfants d'éduquer les parents... . jpylg

Bof, d'après ma fille je suis plutôt mauvais élève.

Quel billet intéressant! Merci Mr Lefrere, je me suis régalé. Pour les commentaires, faut que je les relises...à tête reposée!

Pour les commentaires, faut que je les relises...à tête reposée! Bon courage!

. Tu vas quand même pas me dire, cher M Philips, que tu n'as pas ta petite idée sur la vérité, sans avoir besoin de passer par tous ces méandres ? . jpylg

Que de commentaires en mon absence! Je vois le fil de la pensée suivre son chemin, depuis la logique pure, jusqu'aux désirs, conscients et inconscients, en passant par le théorème d'incomplétude... et je me dis qu'il va m'être bien difficile de répondre correctement à chacun d'entre vous, d'autant plus que mon temps est toujours fort limité en ce moment. Mais soyez assurés que je vous ai lu avec le plus grand intérêt. J'ajouterai quelques considérations dès que possible.

La guerre des sciences a-t-elle eu lieu ? Franchement, je me pose un peu la question, tant je trouve cette idée d'annexion digne de H.G. Wells. Les sciences ne se combattent pas les unes les autres, elles se complètent mutuellement. Jamais à ma connaissance, une science ne s'est faite phagociter par une autre, tout juste a-t-elle due redéfinir son champ d'études. Entre sciences dures et sciences molles, il y a sûrement des différences, mais n'y a-t-il pas aussi des échanges : histoire des sciences, sciences humaines, philosophie des sciences...Même à l'intérieur d'une discipline spécifique, les applications peuvent être à revoir : ce qui est vrai en géométrie plane ne l'est plus dans l'espace volumétrique, etc... C'est l'idée d'une science définitive qui parait vouée à l'échec, une science qui ne se remette plus en cause en exposant des vérités immuables.

Cette idée là est un fantasme (un désir interdit)...On a beau faire le deuil de ce désir, il n'en demeure pas moins que le rêve demeure...et à la moindre occasion, on assiste à un retour du refoulé... On ne dira jamais assez de quel narcissisme il faut se déprendre pour élaborer un discours scientifique vrai porteur de connaissance...

. " Les sciences ne se combattent pas les unes les autres, elles se complètent mutuellement. " . Elles peuvent se remettre en cause aussi, mutuellement. . En outre, il existe, d'une part, l'idée de science première; d'autre part, l'idée de science totale. . jpylg

Oui...ces idées portent leur poids de désir/interdit

. Le désir et l'interdit est un sujet immense : c'est toute la condition humaine. . En tous cas, on peut voir le désir de savoir comme un désir de pouvoir; c'est justement le mythe du péché originel et de la chute que vous évoquiez il y a plusieurs jours. . Celui qui a le savoir absolu a le pouvoir absolu, et il est exclus qu'il le partage. . jpylg

Encore une fois, je ne dis certainement pas que "la guerre des sciences" donne la clé de toute l'histoire des sciences. Ni même que cette guerre est l'essence de la recherche scientifique. C'est un aspect, rien de plus, et sans doute un aspect accessoire par certains cotés. Mais cela a en effet lieu, et pour une raison assez simple, somme toute : les sciences sont incarnés par des hommes, qui à la fois ne peuvent porter un regard sur le monde qu'à la mesure de leur "tournure d'esprit" et en plus peuvent trouver une certaine satisfaction à se penser comme le défenseur d'une science première, voire totalisante. Quoiqu'il en soit, chaque science est toujours obligé de se redéfinir dans sa relation aux autres. Le débat entre neurologue et psychanalyste est très réel et parfois rude, par exemple. Il s'agit pour chacune de redéfinir ses "frontières" : parfois, elle arrive à les défendre, parfois elle recule, parfois elle avance. On voit par exemple combien l'histoire ou la sociologie ont gagné ces deux derniers siècles de domaines d'études, qu'elles n'inverstissaient pas jusque là. Tout cela n'est pas incompatible avec le fait que, au final, cette redéfinition des frontières conduisent à une forme de complémentarité - mais celle-ci n'est reconnue qu'après la pacification (ou par des pacificateurs) au moins temporaire ou relative qui aura condamné les prétentions vaines de l'une (qui veut entrer dans un domaine nouveau) ou de l'autre (qui veut l'en empécher).

Oui, cher Marc...la guerre des sciences est une donnée de l'histoire des sciences... Un discours même scientifique, peut-il vraiment se départir de la part de narcissisme qui le sous-tend ? Oui, je le pense, c'est ce que vous appeler la pacification. Mais cela ne peut se faire que dans la confrontation à la réalité (aux autres, et aux autres sciences) et au prix d'un travail de deuil interminable (celui du désir de toute-puissance de chacun), qui n'enterre pas pour autant le travail du rêve...et un possible retour du refoulé...La tentation est toujours grande de nier l'autre... Edgar Morin ouvre une bien belle perspective...

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