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Guantanamo : l’horreur technocratique

On avait presque oublié Guantanamo, le camp situé à Cuba où le renseignement militaire américain enferme depuis 9 ans des centaines de détenus soupçonnés de terrorisme. Des documents secrets publiés par le New York Times et le Guardian révèlent en détail le fonctionnement monstrueux de la machine technocratique mise en place après les attentats terroristes du 11 septembre 2001. 

Bien sûr, les médias américains ont déjà publié les allégations officielles contre les assassins d’Al-Quaïda ou ceux que l’administration Bush appelait les “unlawful combattants”, les combattants illégaux. Ces prisonniers ont été capturés dans la “guerre contre le terrorisme”. Selon le Patriot Act, ils ne peuvent pas bénéficier de la Convention de Genève sur les prisonniers. Ils ne peuvent pas contester leur détention devant un tribunal, ils peuvent être détenus indéfiniment sans chef d’accusation et ils seront jugés par des commissions militaires. On savait aussi que la torture est systématiquement utilisée à Guantanamo pour faire parler les détenus. Ils sont privés de sommeil, exposés au froid, menacés de viol et humiliés. Tout cela a été dénoncé par leurs avocats et par la justice américaine.

Mais on ignorait comment fonctionne l’administration militaire. L’organisation Wikileaks a récupéré plus de 700 documents secrets, auxquels le New York Times a eu accès par une autre source anonyme. Par leur nature même - ils sont secrets - ces documents ne peuvent pas être vérifiés et certaines informations ont été obtenues sous la torture. Mais ils fournissent un tableau terrifiant de la machine mise en place par les Etats-Unis pour lutter contre le terrorisme. Une organisation technocratique qui classe chaque détenu selon la valeur des informations qu’il est censé détenir et le danger qu’il représenterait si on le libérait.

Ce qui apparaît clairement, c’est que la majorité des prisonniers n’étaient pas des extrémistes, que certains ont été arrêtés parce qu’ils étaient au mauvais moment à la mauvaise place. Pourtant, ils ont été interrogés pendant des années pour leur faire avouer qu’ils appartenaient à Al-Qaïda ou qu’ils étaient talibans. Certains documents sont accablants : un villageois afghan de 89 ans, souffrant de démence sénile a été expédié à Guantanamo parce qu’on avait trouvé des numéros de téléphone suspects dans sa maison. Un garçon de 14 ans a été arrêté et interrogé parce qu’il pouvait connaître les responsables talibans de son village. D’autres informations prêteraient à rire, si elles n’étaient pas pathétiques : parmi les indicateurs de menace et d’activités terroristes, les interrogateurs cherchaient les liens avec certaines mosquées à Londres ou la possession d’un modèle de montre Casio “connue pour être donnée aux étudiants dans les camps d’entraînement d’Al-Qaïda à la fabrication de bombes”.

Bien sûr, parmi les détenus à Guantanamo figurent aussi de vrais terroristes, comme Khalid Sheikh Mohammed, soupçonné d’être le cerveau des attentats du 11 septembre 2001. Mais les documents révèlent que l’obsession du terrorisme a créé un système à la Kafka, inhumain, incompétent et finalement inefficace, puisque 600 détenus ont été libérés, après des années de détention, de brutalité et d’interrogatoires musclés. Il reste 172 détenus à Guantanamo. Le président Obama avait promis de fermer le camp. Mais le Congrès a bloqué le transfert de prisonniers vers un tribunal civil aux Etats-Unis et certains détenus ne peuvent être extradés vers aucun pays. Guantanamo continuera donc à être une horreur technocratique, en marge de la justice, au nom de la guerre contre le terrorisme.

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La banalité du mal décrite par Hannah Arendt n'a pas pris une ride, hélasFurieuxFurieuxFurieux

La banalité du mal est un concept philosophique proposé par Hannah Arendt en 1963 dans son ouvrage Eichmann à Jérusalem. Rapport sur la banalité du mal, et largement repris depuis[Par qui ?].

Le conceptHannah Arendt est une philosophe et une spécialiste de théorie politique, juive allemande, réfugiée aux États-Unis. En 1961 et 1962, elle suit en Israël le procès d'Adolf Eichmann, criminel de guerre nazi, en tant qu'envoyée spéciale du New Yorker. Elle estime qu'Eichmann, loin d'être le monstre sanguinaire qu'on a décrit, est un homme tristement banal, un petit fonctionnaire ambitieux et zélé, entièrement soumis à l'autorité, incapable de distinguer le bien du mal. Eichmann croit accomplir un devoir, il suit les consignes et cesse de penser. C'est ce phénomène qu'Arendt décrit comme la banalité du mal. Il ne s'agit pas de le disculper : pour Arendt, cette attitude est impardonnable, et Eichmann est coupable. Ce concept pose des questions essentielles sur la nature humaine : l'inhumain se loge en chacun de nous. Dans un régime totalitaire, ceux qui choisissent d'accomplir les activités les plus monstrueuses ne sont pas si différents de ceux qui pensent en être incapables. Continuer à « penser » (c'est-à-dire s'interroger sur soi, sur ses actes, sur la norme) est la condition pour ne pas sombrer dans cette banalité du mal ou encore dans la « crise de la culture ». Dans un régime totalitaire, cela est rendu plus difficile par l'idéologie, la propagande et la répression.

Erreurs d'interprétation répandues La banalité du mal n'est donc pas la « banalisation » du malLe concept de banalité du mal ne disculpe pas les auteurs de crimes Développements ultérieurs Stanley Milgram s'est appuyé sur le concept de banalité du mal pour expliquer les résultats de son expérience de psychologie expérimentale de soumission à l'autorité (Expérience de Milgram).Rony Brauman et Eyal Sivan ont réalisé un film à partir des images d'archives du procès d'Eichmann (Un spécialiste), et un livre (Éloge de la désobéissance), prolongeant leur réflexion sur la soumission à l'autorité comme instrument de barbarie dans les conflits contemporains. Bibliographie Hannah Arendt, Eichmann à Jérusalem. Rapport sur la banalité du mal, traduction française A. Guérin, Gallimard, 1966 – Folio, 1991 [Eichman in Jerusalem : A Report on the Banality of Evil, New York, The Vinking Press, 1963]Stanley Milgram, Soumission à l'autorité, éd. Calmann-Lévy, 1974Rony Brauman, Eyal Sivan, Éloge de la désobéissance, Éditions Le Pommier, 1999.« Qu'est ce que la politique ? » concept d'isolement, isolation puis désolation; préface française : Courtine et Denamy Filmographie Un spécialiste Un film de Rony Brauman et Eyal Sivan (1999), à partir des images de Leo Hurwitz, coproduit par Momento !, Bremer Institut Film-Fernshen, Image Création, Amythos Film & TV Production, Lotus Film, France 2 Cinéma, Westdeutscher Rundfunk, RTBF et Noga Communications. 2 h 03 min Liens externes Y a-t-il une « banalité du mal » ? par Marc Alpozzo sur Oulala.net (2004) 

 

Merci pour l'ensemble de ce commentaire et ce rappel sur la banalité du mal.

Les films de Rithy Panh : site2

Bophana, une tragédie cambogienne

La terre des âmes errrantes

S21 , la machine de mort Khmère rouge

A la question posée: Pourquoi la torture contre moi ? " C'était les ordres " .

Penser, s'interroger : Oui, et tenir compte des enseignements de l'Histoire !

Mais ces techniques se transmettent, perdurent, et s'appliquent FurieuxFurieux.

 

 

 

 

Et les USA menacent de sanctions d'autres pays pour des raisons humanitaires!

Petit rappel:

Los Angeles, 29 Avril 1992, émeute suite à l'acquittement des policiers qui avaient sauvagement battu un automobiliste noir.

10.000 personnes arrêtées

55 morts

2300 blessés

1100 édifices endommagés

785 millions de dolards de dommages

Pas un mort dans la police.

 

Un seul pays a-t-il menacé de sanctions les USA?

 

Petite question, sait-on si il y a eu des morts à Guantanamo depuis 2001 et combien?

@ ibn-nanard,

Officiellement, les Etats-Unis reconnaissent que 3 prisonniers de Guantanamo sont morts de mort violente...suicide ?.... mais Wikileaks en annonce 7...

http://www.harpers.org/archive/2010/03/0082865

http://idees.blogs.courrierinternational.com/archive/2010/03/03/un-site-noir-de-la-torture-et-des-morts-a-guant%C3%A1namo-des-acc.html

http://www.zataz.com/news/21177/dossiers--prisonniers--Guantanamo-Bay--wikileaks.html 

Mais il n'y a pas que Guantanamo.... que dire des 17 bateaux-prisons de l'US Navy, qui ne relèvent d'aucune juridiction internationale, et dont les prisonniers à bord sont soumis uniquement à la juridiction U.S. en temps de guerre ? c'est à dire à une juridiction d'exception....

http://www.lepoint.fr/actualites-monde/2008-06-02/les-etats-unis-accuses-d-utiliser-des-bateaux-prisons-contre-les/924/0/249875

http://www.guardian.co.uk/world/2008/jun/02/usa.humanrights

Et parfois je me demande si Hannah Arendt n'a pas préché dns le désert, ou écrit pour rien.... quand on sait qu'une partie non négligeable des Américains et Européens sont toujours favorables à l'utilisation de la torture ou de la peine de mort.... dans "certains cas".... On nous répète sans arrêt "plus jamais ça".... mais en fait depuis 1945 et la découverte de l'indicible et de l'innomable .... derrière les beaux discours...les "mentalités" n'ont pas changé....

Quid de la compassion et de l'empathie qui disparaissent dès que "l'autre" est différent ? et est désigné comme un "inférieur" ou un "parasite" par ceux en charge de la politique d'un Etat.... ex : l'actuelle islamophobie distillée par nos élites gouvernementales... qui n'agissent pas autrement que ceux qui en d'autres temps distillaient l'antisémitisme .... Ceux qui diffusent "la banalité du mal" ne sont donc pas innocents ... bien au contraire... puisqu'ils aident à sa banalisation...

Focus "on" Guantanamo, mais toutes les autres prisons, celles qui apparaissent en pianotant "prison secrete americaine" dans tous les coins du monde ... Hoax ?

La théorie de la banalité du mal reprend une vielle antienne celle qui dit que le malin est en nous et que contrairement à ce qu'avance Rousseau la "culture " ou la "civilisation" est justement ce qui permet sinon de l'en déloger du moins de la combattre.

D'où l'éloge de la désobéissance qui est aussi l'éloge de la critique.

D'où l'importance accordée à la responsabilité individuelle

+ 1 Applaudissements

Comment les Américains, peuvent ils être propriétaire de Guantanamo alors qu'on est à Cuba? Quand ont ils volés Guantanamo à Cuba?

@Maryse,

La "possession" de Guantanamo est liée à la guerre qui opposa à la fin du XIXème - 1898-l'Espagne et les USA. Aux termes de cette guerre où Cuba lutta pour son indépendance l'aide des USA lui permet de triompher en particulier de l'acharnement barbare du Général espagnol Weyler. Les USA toujours en quête d'avantages en profitèrent pour requisionner la baie de Guantanamo. Comme quelques années après ils volèrent le Tejas devenu Texas au Mexique, Porto Rico etc...

Merci pour ce rappel des plus importatnts...

J'en profite pour dire , aussi, que tous les habitatns des USA n'étaient pas d'accords...

Le plus célèbre et important de ceux qui ce sont élévés contre ces ignominies est d'entre eux est Henry David Thoreau :

La désobéissance civile est le refus de se soumettre à une loi, un règlement, une organisation ou un pouvoir jugé inique par ceux qui le contestent. Le terme fut créé par l'américain Henry David Thoreau dans son essai Résistance au gouvernement civil, publié en 1849, à la suite de son refus de payer une taxe destinée à financer la guerre contre le Mexique.

En Europe, même si le recours au concept de désobéissance civile a tardé à être formulé, l'idée de la résistance à une loi inique ou injuste a existé bien avant le XIXe siècle. Aujourd'hui, le concept s'est étendu à de nombreuses personnes notamment par les actions très médiatiques des altermondialistes ou celles des mouvements anti-pub, certains ne voyant dans ces actions que la dégradation de biens, d'autres y voyant un acte salutaire de désobéissance civile, visant à faire modifier la politique des autorités.

Sommaire 1 Définition de la désobéissance civile 1.1 Une infraction consciente et intentionnelle1.2 Un acte public1.3 Un mouvement à vocation collective1.4 Une action pacifique1.5 Un but : la modification de la règle1.6 Des principes supérieurs2 La légitimité de la désobéissance civile : le cas français3 La critique à l'encontre de la désobéissance civile4 La formation du concept de désobéissance civile 4.1 De l'Antiquité à l'époque moderne4.2 Henry David Thoreau4.3 Mohandas Gandhi4.4 Après le nazisme : Nuremberg et la désobéissance obligatoire4.5 Martin Luther King4.6 César Chávez5 Différents cas et formes de désobéissance civile 5.1 Exemples en France5.2 Actions au niveau mondial5.3 La désobéissance civique5.4 La résistance fiscale6 Les artistes dans la résistance civile7 Bibliographie8 Références9 Voir aussi 9.1 Articles connexes9.2 Liens externes Définition de la désobéissance civileLa doctrine n'est pas unanime sur la définition et même sur la reconnaissance de l'existence de la désobéissance civile. John Rawls et J. Habermas ont chacun une définition de la désobéissance civile.

Selon Rawls : « La désobéissance civile peut être définie comme un acte public, non violent, décidé en conscience, mais politique, contraire à la loi et accompli le plus souvent pour amener un changement dans la loi ou bien dans la politique du gouvernement. En agissant ainsi, on s'adresse au sens de la justice de la majorité de la communauté et on déclare que, selon une opinion mûrement réfléchie, les principes de coopération sociale entre des êtres libres et égaux ne sont pas actuellement respectés1

Pour Habermas : « La désobéissance civile inclut des actes illégaux, généralement dus à leurs auteurs collectifs, définis à la fois par leur caractère public et symbolique et par le fait d'avoir des principes, actes qui comportent en premier lieu des moyens de protestation non violents et qui appellent à la capacité de raisonner et au sens de la justice du peuple. »

Six éléments sont donc caractéristiques d'un acte de désobéissance civile :

Une infraction consciente et intentionnelle1. L'acte de désobéissance doit être une infraction consciente et intentionnelle, et doit ainsi violer une règle de droit positif. On remarquera ici que l'infraction peut porter sur la norme contestée directement, dans ce cas on parle de désobéissance directe ; ce fut par exemple le cas des campagnes de désobéissance civile lancées par Martin Luther King qui visaient à faire occuper par les noirs les espaces légalement réservés aux blancs. Mais la norme violée peut ne pas être celle contestée, on parle alors de désobéissance civile indirecte, c'est le cas par exemple des sit-in, qui ne visent pas à contester le code de la route.

Bien qu'il ne soit pas possible de constater l'existence d'une infraction a priori (c'est le juge qui détermine l'existence d'une infraction), on considère qu'un acte est constitutif d'un acte de désobéissance civile lorsque ses auteurs prennent le risque de commettre un acte qui est, aux yeux de l'opinion publique et à ceux des autorités, généralement tenu comme une infraction.

Touchant cette question, il est intéressant de rappeler l'expérience réalisée par Stanley Milgram.

Un acte public2. L'acte de désobéissance se traduit par une attitude publique, ce qui le différencie de la désobéissance criminelle - cette dernière, ne prospérant que dans la clandestinité (parfois avec une revendication).

Dans la désobéissance civile, la publicité vise à écarter tout soupçon sur la moralité de l'acte, à lui conférer, en outre, une valeur symbolique ainsi que la plus grande audience possible afin que l'acte ait le plus grand retentissement pour modifier le sentiment de l'opinion publique. L'acte vise ainsi la plus grande médiatisation possible et peut rentrer dans une stratégie de provocation et d'agitprop.

Certains auteurs vont au-delà. Fidèle à la ligne de Gandhi, ils voient dans la publicité une exigence qui veut que l'on communique à l'avance aux autorités compétentes les actions futures de désobéissance.

Un mouvement à vocation collective3. L'acte de désobéissance s'inscrit dans un mouvement collectif. Elle est l'acte d'un groupe qui se présente comme une minorité agissante, et se traduit par l'action concertée de celle-ci, ainsi Hannah Arendt relève que « loin de procéder de la philosophie subjective de quelques individus excentriques la désobéissance civile résulte de la coopération délibérée des membres du groupe tirant précisément leur force de leur capacité d'œuvrer en commun. » La désobéissance est donc par nature collective. Cependant rien n'empêche que le sursaut moral d'un individu ne finisse par mobiliser un courant plus large qui pourra alors être qualifié de désobéissance civile.

Une action pacifique4. Le désobéissant use généralement de moyens pacifiques. La désobéissance civile vise à appeler aux débats publics et, pour ce faire, elle en appelle à la conscience endormie de la majorité plutôt qu'à l'action violente. C'est un des traits qui la distingue de la révolution, qui pour arriver à ses fins peut potentiellement en appeler à la force. En outre l'opposition à la loi qui est inhérente à la désobéissance civile se fait dans une paradoxale fidélité à une loi considérée supérieure, il n'y a donc pas dans l'esprit de la désobéissance civile de violence. Celle-ci étant plutôt le fait de l'État, le seul qui dispose d'une « violence légitime » selon Max Weber, cette violence pouvant être physique mais aussi psychique, voire économique.

Un but : la modification de la règle5. La désobéissance civile poursuit des fins novatrices. Elle vise l'abrogation ou tout au moins la modification de la norme contestée.

Des principes supérieurs6. La désobéissance civile fait appel à des « principes supérieurs » à l'acte contesté. C'est sans doute le trait le plus important de la désobéissance civile puisque c'est lui qui lui donne une certaine légitimité. Ces principes considérés supérieurs peuvent être religieux : ainsi, des membres du clergé ont souvent été des participants ou des dirigeants dans des actions de désobéissance civile. Aux États-Unis par exemple, les frères Berrigan sont des prêtres qui ont été arrêtés des douzaines de fois pour des actes de désobéissance civile dans des protestations anti-guerre.

Les principes supérieurs invoqués peuvent également être constitutionnels ou supra constitutionnels. Ainsi des écrivains et auteurs français, dans leur texte appelant à la désobéissance civile en 1997 contre un projet de loi de Jean-Louis Debré, qui obligeait notamment toute personne hébergeant un étranger en visite privée en France à déclarer à la mairie son départ, faisaient référence aux libertés publiques et au respect de la personne humaine. En faisant cet appel, les désobéissants révèlent qu'il existe selon eux une possibilité d'être entendu par les gouvernants. Ce fut d'ailleurs le cas contre le projet de loi Debré, car à la suite du débat qui eut lieu, et devant la mobilisation de l'opinion publique, le gouvernement de l'époque n'eut d'autre choix que de renoncer au projet.

On s'aperçoit que par ce trait, la désobéissance civile, loin d'affaiblir les institutions, peut au contraire les renforcer en provoquant une compréhension plus claire de leurs idéaux fondateurs et en faisant participer davantage l'opinion publique au processus normatif.

La légitimité de la désobéissance civile : le cas françaisC'est en la rapportant à la sphère juridique et non à sa dimension morale, pourtant généralement bien acceptée, que la justification de la désobéissance civile présente le plus d'intérêt. Mais c'est aussi là qu'elle est la plus controversée. Y a-t-il un droit à la désobéissance civile ?

La désobéissance civile peut être considérée comme une garantie non juridictionnelle des libertés publiques, garantie exercée par les gouvernés eux-mêmes. Elle n'est pas explicitement reconnue juridiquement dans la hiérarchie des normes françaises. Toutefois l'article 2 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen dispose que :

« Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l'oppression. »

La constitution « montagnarde » de 1793 ira même jusqu'à mettre en place dans ses article 33, 34 et 35 un véritable droit à l'insurrection : Article 35

« Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs. »


Le Préambule de la Constitution de 1958 est très court mais celui-ci renvoie à deux textes fondamentaux dans notre histoire juridique : la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen de 1789, et le préambule de la Constitution de 1946.

La valeur de la déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789 fut pendant longtemps discutée, s'agit-il d'une simple déclaration d'intention ou d'une norme du droit positif ? Les deux thèses s'affrontaient au sujet de la valeur juridique de ce préambule et des textes auxquels il renvoie. L'une soutenait qu'elle ne pouvait être que morale et philosophique (un guide facultatif pour l'État), tandis que l'autre défendait son caractère normatif et juridique (une obligation de valeur constitutionnelle).

Le Conseil constitutionnel français trancha la question dans sa décision du 16 juillet 1971, relative à la liberté d'association : il s'agit bien d'un texte normatif de la plus haute valeur. Par la suite dans la décision du Conseil constitutionnel du 27 décembre 1974 relative à la loi de finances pour 1974, le Conseil constitutionnel s'est référé pour la première fois à la Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen de 1789. Puis par une décision du 16 janvier 1982 sur la loi de nationalisation, le Conseil constitutionnel a indirectement reconnu une valeur constitutionnelle à la résistance à l'oppression : en effet il a réaffirmé la valeur constitutionnelle du droit de propriété en soulignant que la Déclaration de 1789 l'avait « mis au même rang que la liberté, la sûreté et la résistance à l'oppression ».

Il faut ici se demander quels sont les liens entre la résistance à l'oppression et la désobéissance civile. La résistance à l'oppression va très loin, le texte cité en fait un droit, mais aussi « le plus sacré des devoirs », ce qui implique qu'il ne s'agit pas seulement d'un moyen d'action mais d'un but en soi, et que celui qui l'invoque doit agir immédiatement et très fort. Cela excède la désobéissance civile, qui reste un mode d'action parmi d'autres, comme la manifestation, le recours au procès exemplaire, la lutte armée, etc.

Cependant l'affirmation de ce droit reste quelque peu théorique et n'est pas directement utilisée par les magistrats lors de jugement de personne ayant commis un acte de désobéissance. Une autre norme du droit français interprétée a contrario (article 433-6 du code pénal) accorde une certaine protection aux personnes faisant des actes de rébellion à l'égard de fonctionnaires publics qui agiraient sans titre (par exemple dans le cas d'une perquisition sans autorisation du Juge des Libertés et de la Détention). D'autre part, lorsqu'un fonctionnaire reçoit un ordre manifestement illégal, il lui appartient d'y opposer un refus d'obéissance (article 122-4 du code pénal).

La résistance à l'oppression se situe donc entre l'affirmation d'un droit de résistance à l'oppression quelque peu théorique et la reconnaissance d'un droit à la désobéissance très limité. La question de la légalité de la désobéissance civile n'est donc pas clairement affirmée, elle est en principe illégale mais ce principe n'empêche pas certaines manifestations de tolérance administrative ou de clémence judiciaire (le juge dispose de nombreux moyens de droit pour acquitter le prévenu ou modérer la peine : état de nécessité, légitime défense, erreur de droit, circonstances atténuantes, interprétation restrictive de la règle de droit, etc.)

Le problème de la légalité de la désobéissance civile vient du fait que malgré une transgression volontaire de la règle de droit, celle-ci s'effectue paradoxalement dans une fidélité au reste du dispositif légal (y compris par exemple à la sanction prévue par la loi contestée), ainsi qu'à une loi supérieure. La désobéissance civile peut donc s'analyser comme un « délit politique » et dès lors le désobéissant civil bénéficiera du régime de protection qui peut être mis en place pour ce type de délit.

La critique à l'encontre de la désobéissance civileConclusion de "Les lettres du Mahatma Gandhi à Adolf Hitler" par Dr. Koenraad Elst : "Il n’est pas certain que cela aurait marché, mais le gandhisme n’est pas synonyme d’efficacité. Les méthodes de Gandhi réussirent à dissuader les Britanniques de s’accrocher à l’Inde, pas à dissuader la Ligue Musulmane de partitionner l’Inde. Sous cet angle, c’est simplement une question sans réponse, une expérience non-tentée, de savoir si l’approche gandhienne aurait pu réussir à empêcher la Seconde Guerre Mondiale. Par contre, il ne peut pas y avoir deux opinions quant à savoir si cette approche de la dissuasion non-violente aurait été gandhienne. Le Mahatma n’aurait pas été le Mahatma s’il avait préféré une autre méthode. Notre jugement concernant ses lettres à Hitler doit être le même que notre jugement du gandhisme lui-même : soit les deux représentaient une alternative éthique élevée aux méthodes plus habituelles de la politique de puissance, soit les deux étaient erronés et ridicules."

Les points critiquables dans la désobéissance civile :

  • Ça ne veut être que de la communication : ce n'est que de la communication. La portée est cependant muselée par :
  1. Les médias qui choisiront ou non de relayer l'évènement et avec le message qui n’ira pas nécessairement dans le sens que le voudraient les activistes.
  2. Les médias qui détruiront ou non l'image que l'on voudrait transmettre ou sinon amoindriront ou ridiculiseront l'impacte du dit acte de désobéissance civile.
  3. La société et les idées déjà présentes chez la population (aliénation mentale, sociale, économique) insérées par le tissu social, et surtout par l’influence notable des médias au profit des idéologies (économique et politique, non démocratique) qui les dépassent.
  • L'action de Gandhi a fonctionné parce qu'il avait une image importante dans la société. Une image quasi religieuse dans la société indienne très mystique, croyante, religieuse (la religion est un forme d'idéologie).
  • Gandhi prenant l'image sur l'action de Jésus 2, veut bien sûr être un sauveur et impose le totalitarisme de la paix : et ce qui induit l'interdiction de l'insoumission ou l'insurrection Réel et concrète3,4
  • Ça se veut pacifiste, ça se dit pacifiste, confondant humanisme avec non-violence et ça critique les actions de ceux qui ne trouveraient pas dans la désobéissance civile le choix le plus sur d'atteindre des objectifs simples (sans nécessairement utiliser de violence contre les personnes).
  • Ce qu'il faut dénoncer dans la vision de Gandhi, de la désobéissance civile, du pacifisme béas : il y a pourtant des cas où la désobéissance ne fonctionnerait pas, des cas ou les tyrans ou des classes supérieurs ne remettront pas en cause la politique, car ce n'est pas leur intérêt, leur intérêt est tout autre et c'est le leur. Il y a des cas où le système lui-même ne se laisserait pas démettre par des coups de bluff dans la communication pourtant tellement démocratique. Aucun changement de société n'a été fait sans un véritable acte : ce qui est diffèrent du "non-agir" de la désobéissance civile. Et peut-être qu'un autre changement de société est nécessaire ou sera nécessaire. Le mot français violence vient du mot latin « vis » qui désigne d’abord la force sans égard à la légitimité de son usage5.
  • Est-ce que la désobéissance civile est l'acte de soumission à la propriété du capital et du libéralisme suprême ? En tout cas la désobéissance civile refuse de critiquer suffisamment la matérialité du monde et les injustices matérielles par la même qu'elle ne veut pas que l'on y agisse matériellement, on peut alors se demander si la désobéissance civile est toujours la meilleure action possible 6.
  • On peut également douter que la simple désobéissance civile à elle seule soit suffisante, sans d'autres applications dans la vie (un choix d'un autre mode de vie, comme des écovillages, des ashrams...). On peut se demander si ce n'est pas un autre exutoire inavouable de l'inaction et de la non-implication des peuples dans leurs sociétés qui sont en théorie démocratique, mais qui finalement refusent d'être démocratique, les peuples y compris par leurs inactions irresponsables et leur "Soumission librement consentie" dans une Doctrine des bonnes intentions.
  • Peut-être que la désobéissance civile fonctionnerait dans le meilleur des mondes ou dans une véritable société démocratique, une société sans classe sociale, cependant nous n'y sommes pas encore là. Tant qu'il y a des classes, il y a lutte des classes. Interdire aux classes inférieures de réagir aux violences et injustices qu'elles subissent, des violences structurelles et des violences mentales et des injustices matérielles, leurs interdire d'agir ce qui est parfois leur seul recourt, peut être considéré comme un crime6.
  • La résistance civile reste un simple outil de communication à prendre comme tel dans toute stratégie du peuple, par le peuple pour le peuple.

La formation du concept de désobéissance civile De l'Antiquité à l'époque moderneUne forme de désobéissance civile existait déjà dans le mythe d'Antigone, laquelle brave les lois de la cité pour donner à son frère une sépulture décente, et dans la Lysistrata d'Aristophane, où les femmes décident de se refuser à leurs maris tant qu'ils n'auront pas mis un terme à la guerre.

L'histoire romaine a conservé la mémoire de manifestations de femmes, en 195 avant J.-C., contre des restrictions vestimentaires, ainsi qu'en 42 avant J.-C. contre une taxe abusive, ce qui montre que déjà l'idée de résistance à une loi jugée inique était déjà présente.

De son côté, la religion chrétienne au Moyen Âge distinguait, sur la base de la théorie des deux épées formulée au Ve siècle par le pape Gélase, la sphère civile et la sphère religieuse. Se référant à la norme de l'Évangile qui veut que l'on « donne à César ce qui appartient à César et à Dieu ce qui est à Dieu », l'Église a ensuite formulé de manière définitive le devoir d'obéissance en se fondant sur la doctrine paulinienne selon laquelle il n'y a d'autre pouvoir que celui qui vient de Dieu. Elle établit en outre que le bras armé de Dieu est plus puissant que celui des hommes, qu'ils soient rois ou empereurs, car ils sont ce qu'ils sont par la seule grâce de Dieu. Cependant Saint-Thomas d'Aquin dans la Somme théologique, ouvrira un début de brèche a l'obéissance aveugle à la loi en acceptant que l'on désobéisse à des lois injustes (plutôt définies comme des actes de violence que des lois) et pour autant que lesdites lois soient contraires au droit divin et que la désobéissance à la loi ne produise pas de maux supérieurs à son accomplissement.

Au XVIe siècle des penseurs comme Étienne de La Boétie ou les monarchomaques théorisèrent le refus d'obéir au tyran.

Henry David Thoreau

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Henry David Thoreau, 1856Le mouvement d'« indépendance des colonies » vis-à-vis de l'absolutisme métropolitain a été à l'origine de l'apparition de nouveaux ordres juridiques. Ces nouveaux systèmes ont été précédés d'une désobéissance de fait qui constitue la base du droit à l'autodétermination des peuples.

Ce mouvement d'indépendance a permis la théorisation de la désobéissance civile qui fut mise en place par Henry David Thoreau dans son essai «Resistance to Civil Government » publié en 1849 à la suite de son refus de payer la part de l'impôt destinée à financer la guerre contre le Mexique en vue de l'annexion du Texas, fait pour lequel Thoreau fut contraint à passer une nuit en prison. Thoreau s'opposait également à la politique esclavagiste des États du Sud, au traitement injuste infligé à la population indigène américaine. Son éditeur refit publier l'ouvrage à titre posthume avec un nouveau nom « Civil Desobedience », inspiré par la correspondance de l'auteur où figurait effectivement le mot. Son ouvrage fut traduit par désobéissance civile bien qu'il aurait été sans doute plus fidèle de traduire le terme par désobéissance civique, cependant l'usage du terme désobéissance civile est devenu courant par la suite.

Thoreau, prenait la défense des minorités, il écrivait qu'« un homme qui aurait raison contre ses concitoyens constitue déjà une majorité d'un » et, encourageant cet homme à l'action, il ajoutait qu'« une minorité n'a aucun pouvoir tant qu'elle s'accorde à la volonté de la majorité : dans ce cas, elle n'est même pas une minorité. Mais, lorsqu'elle s'oppose de toutes ses forces, on ne peut plus l'arrêter. » La désobéissance civile serait donc un outil contre la « dictature de la majorité » qui sévit en démocratie selon Tocqueville, un illustre contemporain de Thoreau.

Mohandas Gandhi

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Mohandas Gandhi, 1942Le XXe siècle fut marqué par deux grandes figures de la désobéissance civile, Mohandas Gandhi et Martin Luther King.

Ainsi le 11 septembre 1906, Gandhi réunit 3000 personnes au Théâtre Impérial de Johannesburg et obtient, comme dans une sorte de nouveau Serment du Jeu de Paume de la Révolution française, de l'assemblée ainsi réunie, le serment de désobéissance. Cela lui vaudra en 1907 ses deux premiers séjours en prison. C'est au cours du deuxième qu'il va découvrir le traité de désobéissance civile de Henry David Thoreau. Par la suite, Gandhi développa l'idée de désobéissance civile à travers le concept de Satyagraha (littéralement la voie de la vérité), qui lui permit de mener sa lutte non violente contre l'apartheid en Afrique du Sud et de s'opposer à la politique coloniale du Royaume-Uni en Inde, puis pour l'indépendance de l'Inde. Le 17 mars 1930, Gandhi lance une « Marche du sel », vers les marais salants de Jabalpur, distants de 300 km. Le gouvernement britannique détient en effet le monopole du sel qui lui rapporte 15 millions de francs or par an, utilisés pour l'entretien des troupes coloniales. Arrivés sur place le 6 avril 1930, à 8 h 30 du matin, accompagnés de quelques milliers de sympathisants, il récolte du sel qui sera vendu aux enchères pour la somme de 425 roupies, un montant non négligeable pour l'époque. Les 50 000 marcheurs défient les autorités en récoltant du sel sur la plage, puis investissent les dépôts de sel du gouvernement colonial. Tout au long de la marche, Gandhi a diffusé une liste de règles religieuses du comportement non-violent qui sont scrupuleusement respectées. Les manifestants sont frappés ou arrêtés. Après plusieurs semaines, le gouvernement finalement cède.

Gandhi proposait les règles suivantes dans sa lutte non-violente :

  1. Un résistant civil ne doit pas avoir de colère.
  2. Il supportera la colère de l'opposant, ainsi que ses attaques sans répondre. Il ne se soumettra pas, par peur d'une punition, à un ordre émis par la colère.
  3. Si une personne d'autorité cherche à arrêter un résistant civil, il se soumettra volontairement à l'arrestation, et il ne résistera pas à la confiscation de ses biens.
  4. Si un résistant civil a sous sa responsabilité des biens appartenant à d'autres, il refusera de les remettre, même au péril de sa vie. Mais il ne répondra pas à la violence.

Après le nazisme : Nuremberg et la désobéissance obligatoireAprès la Seconde Guerre mondiale, lors du procès des anciens nazis à Nuremberg, la question : « jusqu'à quel point le principe de légalité doit prévaloir sur celui de justice ? », fut au cœur des débats. Les anciens nazis se dirent de simples exécutants obligés d'agir face à la rigueur militaire et à la sauvagerie nazie et de punir toute forme de dissidence. Cependant dans son ouvrage, « Des hommes ordinaires, le 101eme bataillon de réserve de la police allemande et la solution finale en Pologne », Christopher Browning démontre que des hommes ordinaires, ni spécialement nazis, ni même obsessionnellement antisémites, ont agi avec un zèle meurtrier pour éradiquer les juifs de Pologne. L'historien relève un passage particulièrement intéressant : "après l'exposé de la mission qui était confiée au bataillon, à savoir l'exécution par les hommes du bataillon des femmes, enfants et vieillards juifs d'un hameau polonais comptant 1800 juifs, le commandant du bataillon écœuré par l'ordre qui lui avait été donné propose à ceux qui ne s'en sentent pas la force de ne pas participer à la mission; seulement 12 hommes sur les 500 du bataillon refusèrent d'accomplir la mission." Browning met au cœur de ces comportements criminels certains facteurs mis également en évidence par Milgram : le conformisme de groupe, la force du lien social, la division et l'organisation du « travail » et surtout la lente déshumanisation des juifs.

Par la suite, à Nuremberg, les juges ne se sont pas bornés à reconnaître le droit de la personne à désobéir aux normes iniques, ils ont aussi condamné ceux qui avaient obéi à ces normes, transformant ainsi le droit de désobéir à un ordre illégal ou inique en un devoir dont l'inaccomplissement mérite la punition correspondante.

Martin Luther King

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Martin Luther King, 1964La désobéissance civile fut par la suite adoptée par Martin Luther King, le leader du mouvement pour les droits civiques des noirs aux États-Unis. Il fut le meneur du boycott des bus de Montgomery (Alabama) en 1955, qui commence lorsque Rosa Parks refuse de céder sa place à une personne de couleur blanche. King est arrêté durant cette campagne, qui se termine par une décision de la Cour suprême des États-Unis déclarant illégale la ségrégation dans les autobus, restaurants, écoles, et autres lieux publics.

La désobéissance civile a aussi été utilisée par les militants pacifistes qui remettaient en cause l'esprit et les motifs de l'intervention militaire au Viêt Nam, ils organisaient notamment des sit-in qui paralysaient le centre des grandes villes.

César ChávezCésar Chávez est un syndicaliste-paysan en Californie, il appelle à la grève et au boycott pour défendre les droits sociaux des paysans et journaliers de 1965 à 1975.

Différents cas et formes de désobéissance civileLes formes matérielles des actions revendiquées de désobéissance civile sont très diverses. On peut distinguer en particulier celles essentiellement passives, celles plus offensives et, parmi celles-ci, celles comportant la destruction de biens matériels[réf. nécessaire] (arrachage de plants de maïs OGM par exemple). Ces dernières obéissent à des qualifications juridiques particulières (destruction en réunion dans le cas français).

Exemples en France

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Arrachage de plants de maïs transgénique à Menville (Haute-Garonne) le 25 juillet 2004Le concept de désobéissance civile gagne aujourd'hui de nouveaux partisans en France. Ainsi peut-on citer le mouvement des écrivains et auteurs contre le projet de la loi Debré : le « Manifeste des délinquants de la solidarité » écrit le 27 mai 2003, en soutien à des militants arrêtés pour avoir aidé des étrangers en situation irrégulière, a déjà été signé par plus de 12 000 personnes et 300 organisations. Ce manifeste s'oppose ainsi à l'application de l'article 21 de l'ordonnance du 2 novembre 1945 qui dispose que : « Toute personne qui (...) aura, par aide directe ou indirecte, facilité ou tenté de faciliter l'entrée, la circulation ou le séjour irrégulier, d'un étranger en France ou dans l'espace international précité sera punie d'un emprisonnement de cinq ans et d'une amende de 30 000 €. »

De même les procès médiatisés de José Bové pour des dégradations d'un magasin de fast-food en construction ou l'arrachage de plants transgéniques avec les Faucheurs volontaires ont suscité des élans importants de solidarité et une amorce de débat sur la légitimité de ce type de pratiques, passant par la destruction de biens matériels.

Récemment, des dispositifs biométriques ont été détruits à Gif-sur-Yvette (91) par un collectif anti-biométrie7 pour dénoncer la numérisation généralisée du contrôle social, et les volontés des industriels d'habituer les enfants dès leur plus jeune âge à la biométrie. Trois personnes sont poursuivies, elles sont en appel de jugement (trois mois avec sursis, 10 000 euros de dommages et intérêts, 1500 euros d'amendes).

De nombreuses associations pratiquent des actions de désobéissance comme moyen ponctuel ou permanent : ainsi des associations comme Greenpeace luttent contre les transports de déchets nucléaires ; les militants s'enchaînant sur les voies ferrées, d'autres comme l'association Droit au logement occupent de façon illégale des logements vides pour alerter l'opinion et modifier la politique du gouvernement en matière de logement, le Planning familial abrite au su de tous des pratiques discrètes en contradiction avec la loi, comme la distribution d'adresses de centres IVG étrangers pour les femmes ayant dépassé le délai d'avortement légal en France... Act Up-Paris vise à alerter l'opinion. « Hormis les manifestations, qui sont déposées auprès de la préfecture de police, les actions, dans la majorité des cas, sont illégales. Pénétrer dans un ministère, dans un bureau, dans un lycée, investir un monument public sont des actions non tolérées par la loi », rappelle un membre d'Act Up.

La désobéissance civile a été utilisée à plusieurs reprises par les paysans du Larzac dans leur lutte contre l'extension du camp militaire entre 1971 et 1981.

A l'Education Nationale, un mouvement de professeurs qui refusent d'être inspectés ("désobéisseurs") pose la question des nouvelles formes de la désobéissance civile8.

Cependant la plupart de ces associations ne veulent pas être considérées comme des désobéissants civils par peur d'être accusées lors d'un procès (ce qui serait néfaste à leur image) et le risque de se voir dissoute comme une vulgaire association de malfaiteurs n'est pas négligeable. La désobéissance est donc une arme efficace mais à manier quand on est vraiment sûr de son fait, car dangereuse pour ceux qui l'utilisent et la revendiquent.

Actions au niveau mondialLes actions de résistance pacifique du mouvement altermondialiste lors de ses « contre-sommets », ou des ateliers de formation à la désobéissance civile sont suivis par les militants de cette mouvance (afin d'apprendre des techniques illégales non-violentes et les attitudes à tenir en cas d'arrestation) démontre que la désobéissance civile est une « arme » à part entière d'une partie des altermondialistes.

Les anarchistes prônent la désobéissance civile comme moyen d'échapper à l'État, sous la forme de squats politiques, appropriations, actions...

La désobéissance civiqueUne des premières utilisations du terme de désobéissance civique a lieu le 19 décembre 1996 avec la publication de l'« Appel à la désobéissance civique » de plusieurs personnalités du cinéma, en refus des lois Debré et de leurs dispositions relatives à l'immigration9. Le texte contient ces mots : « Nous appelons nos concitoyens à désobéir et à ne pas se soumettre à des lois inhumaines »10.

Dans le livre Pour la désobéissance civique, José Bové et Gilles Luneau préfèrent ce terme à la traduction phonétique de l'anglais "désobéissance civile". Ils définissent six critères à réunir conjointement pour caractériser ainsi un acte:

  1. c'est un acte personnel et responsable : il faut connaître les risques encourus et ne pas se soustraire aux sanctions judiciaires
  2. c'est un acte désintéressé : on désobéit à une loi contraire à l'intérêt général, non par profit personnel
  3. c'est un acte de résistance collective : on mobilise dans l'optique d'un projet collectif plus large
  4. c'est un acte non violent : on a pour but de convertir à la fois l'opinion et l'adversaire, non de provoquer une répression ou une réponse armée ; toute attaque aux biens ne peut avoir qu'une dimension symbolique
  5. c'est un acte transparent : on agit à visage découvert
  6. c'est un acte ultime : on désobéit après avoir épuisé les recours du dialogue et les actions légales

Jean-Marie Muller, professeur de philosophie, théoricien de la non-violence, auteur du livre De la désobéissance civile, critique l'utilisation du terme « civique »11. Il réagit à un dossier de Évelyne Sire-Marin dans la revue Politis consacré au centenaire de la « désobéissance civique » (n°916), et dénonce la définition de la désobéissance civile donnée par Évelyne Sire-Marin. Selon lui, cette définition est « en totale contradiction avec toutes les actions menées depuis un siècle et ayant eu recours à cette appellation ». Civil vient du latin civilis, dans le sens opposé à criminalis. Selon Jean-Marie Muller, la désobéissance est « civile » en ce sens qu’elle n’est pas « criminelle », c’est-à-dire qu’elle respecte les principes, les règles et les exigences de la « civilité ».11

La résistance fiscale Article détaillé : résistance fiscale.

La résistance fiscale est un acte politique consistant à refuser de participer à la fiscalité de son pays au nom de valeurs morales.

Divers groupes travaillent à légaliser une forme d'objection de conscience à l'impôt militaire qui permettrait aux objecteurs de conscience de désigner leurs impôts pour n'être dépensés que sur les postes non-militaire du budget12.

Les artistes dans la résistance civileNombre d'intellectuels et d'artistes ont participé à la résistance civile sous diverse forme, ainsi que les y incitait Noam Chomsky dans son discours de 196613. Aux États-Unis, Joan Baez a soutenu les mouvements pour les droits de noirs, les Black Panthers, et les les mouvements anti guerre du Viêt-Nam, tout comme The Bread and Puppet Theatre. Keny Arkana a composé et interprété une chanson intitulée : Désobéissance civile.

Bibliographie Arendt, Hannah, Du mensonge à la violence, Presses Pocket, 1991.Bové, José et Luneau, Gilles, Pour la désobéissance civique, La Découverte, Paris, 2004David Hiez et Bruno Villalba (éds), La désobéissance civile : Approches politique et juridique, Villeneuve d'Ascq, Presses universitaires du Septentrion, coll. « Espaces politiques », 2008, 198 p. (ISBN 978-2-7574-0065-4)(de) La Boétie, Étienne, Discours de la servitude volontaire ou le Contr'un, Mille et une nuits, Paris 1997. (ISBN 2-910233944)Thoreau, Henry David, La Désobéissance civile (traduction française), 1849.Sandra Laugier, Une autre pensée politique américaine, la démocratie radicale d'Emerson à Cavell, Editions Michel Houdiard, Paris, 2004.Howard Zinn, Désobéissance civile et démocratie, Agone, coll. « éléments », 2010. (ISBN 978-2-7489-0120-7)Jacques Sémelin, Sans armes face à Hitler. Le Résistance civile en Europe (1939–1943), Payot, Paris, 1989, ISBN 2-228-88202-X Références

  1. Rawls, J., Théorie de la justice, trad. franç. de C. Audard, Paris, Seuil, 1987, p. 405
  2. « Quand on me demande quels penseurs modernes ont influencé ma vie et ma philosophie, je réponds invariablement ces deux noms : le grand auteur Allemand Goethe et l'humble saint hindou Mohandas Gandhi. (...) De même, Gandhi, qui était l'hindou le plus chrétien du siècle, a reconnu qu'il avait eu l'idée d'Ahimsa et de non-violence des commandements de Jésus (...) Chez eux deux, l'éthique de perfection intérieure est gouvernée par le principe de l'amour » (en) Schweitzer's Struggle to Find Life's Meaning [archive]
  3. DÉCLARATION DES DROITS DE L’HOMME ET DU CITOYEN. Art. 35. Quand le gouvernement viole les droits du peuple, l’insurrection est, pour le peuple et pour chaque portion du peuple, le plus sacré des droits et le plus indispensable des devoirs.
  4. DÉCLARATION DES DROITS DE L’HOMME ET DU CITOYEN 1948 ONU. Considérant qu'il est essentiel que les droits de l'homme soient protégés par un régime de droit pour que l'homme ne soit pas contraint, en suprême recours, à la révolte contre la tyrannie et l'oppression.
  5. (fr) Violence sur l'Encyclopédie de l'Agora. [archive] Jean-François Malherbe, Violence et démocratie, Sherbrooke, CGC, 2003.
  6. a et b "Ma Non-Violence" par le Mahatma Gandhi, édité par Sailesh Kumar Bandopadhaya - Ahmedabad : Navajivan Publishing House - 1960. "Les Juifs peuvent-ils résister à cette persécution planifiée et éhontée ? Ont-ils un moyen de préserver leur dignité, et de ne pas tomber dans le désespoir et l'abandon d'eux-mêmes ? Je fais le pari que c'est possible. Nul être humain croyant en un Dieu vivant ne doit se sentir impuissant ou abandonné. Jéhovah, le Dieu des Juifs, est un Dieu plus personnel que celui des Chrétiens, des Musulmans ou des Hindous, bien qu'il s'agisse, en fait, par essence, du Dieu commun à tous ces croyants, c'est leur Dieu unique, sans associé et échappant à toute description. Mais comme les Juifs attribuent à Dieu une personnalité et croient qu'Il commande chacun de leurs actes, ils ne devraient pas se sentir impuissants. Si j'étais juif et né en Allemagne, si j'y gagnais ma vie, je proclamerais que l'Allemagne est mon pays, autant qu'elle peut être le pays de l'aryen gentil le plus baraqué ; et je le défierais de me tuer ou de m'enfermer dans sa forteresse ; je refuserais d'être expulsé ou soumis à un traitement discriminatoire. Et pour ce faire, je n'attendrais pas que mes coreligionnaires juifs viennent me rejoindre dans la résistance civile, mais j'aurais la certitude qu'à la fin du compte les autres seraient amenés à suivre mon exemple..."
  7. Site d'un collectif anti-biométrie [archive]
  8. Le "désobéisseur" Erwan Redon : Une nouvelle forme de désobéissance civile ? [archive] (28 juin 2009) et La Ligue des Droits de l'Homme soutient un professeur "désobéisseur" [archive]
  9. Collectif, L'Etat de la France 2009-2010, Paris, La Découverte, 2009, page 367
  10. « "L’appel des 66 cinéastes", contre les lois Debré » [archive] sur le site Fabrique de sens.
  11. a et b « Une manière civilisée de désobéir », une tribune de Jean-Marie Muller [archive].
  12. “The Mission of the National Campaign for a Peace Tax Fund” [archive]; Peace Tax Seven [archive]; Netzwerk-Friedenssteuer [archive]; Conscience and Peace Tax International [archive]
  13. Chomsky et Roszak 1966 et 1968, p. 254-291

Voir aussi Le Manifeste des Désobéissants (site de ressources sur les luttes désobéissantes et stages de formation à la désobéissance civile) Articles connexes John Rawls et la désobéissance civileDoctrine du trustHenry David ThoreauRésistance civile | Résistance passive | Résistance fiscaleBaïonnette intelligenteObéissance | Assertivité | Communication non violente | Mode alternatif de résolution des conflits | Relation interpersonnellePsychologie humaniste | Psychologie sociale Liens externes Revue trimestrielle de recherche sur la non-violenceActes du colloque sur la désobéissance civile - Lyon 2006Des stages pour apprendre à désobéirBibliographie et documentation concernant « Désobéissance civile » dans le catalogue du Centre pour l'action non-violenteSandra LaugierSandra Laugier, « Le modèle américain de la désobéissance civile, de Thoreau à nos jours », Multitudes n°24, 2006.Sandra Laugier, « La démocratie radicale d'Emerson »Sandra Laugier, « Emerson, le scepticisme, l'éducation et la politique » 

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