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L’Oréal - Nestlé : l'art de la rumeur
Il a suffit que Peter Brabeck, le président de Nestlé face une confidence calculée au coin du feu pour que le monde politique et économique s’agite. Le boss autrichien de la plus grande entreprise alimentaire mondiale a profité des Salzburger Festspiele, le très chic Festival musical de Salzburg, dont Nestlé est le principal sponsor, pour lâcher une petite bombe : “Le conseil d’administration m’a demandé de réfléchir aux formes que pourrait prendre le développement à long terme” de la participation de Nestlé dans l’Oréal. Et voilà que ressurgit le vieux fantasme français du grand méchant loup suisse qui veut bouffer toute crue la pauvre l’Oréal !
La Tribune titre : “Le patron de Nestlé plus qu’ambigu sur l’avenir de l’Oréal”. Les Echos : “Nestlé se penche sur le dossier L’Oréal”. Peter Brabeck est un fin renard. Il a été PDG de la multinationale suisse pendant onze ans, où il avait commencé comme simple vendeur de glaces avec un camion, selon la légende pieusement répétée à Vevey. Il en connaît toutes les arcanes et tous les secrets, en maître stratège. Il sait parfaitement que chaque mot tombé de sa bouche est recueillie, analysée et répercutée dans le monde entier. Quand on est à la tête d’un empire qui a fait, au premier semestre, un chiffre d’affaires de 55. 3 milliards de francs suisses (plus de 38 milliards d’euros) et dont le bénéfice net dépasse 5.4 milliards de francs suisses (plus de 3.8 milliards d’euros), on mérite son slogan : “Notre objectif est d’être reconnu comme leader dans la nutrition, la santé et le bien-vivre, et comme la référence pour la performance financière et la confiance de tous les actionnaires”.
Les actionnaires de Nestlé peuvent dire en choeur : Merci Peter ! L’action a pris 0.8% à la Bourse suisse, le lendemain. Pas seulement à cause du PDG, mais surtout parce que Nestlé a vendu au géant pharmaceutique suisse Novartis 52% de ses actions Alcon, le spécialiste de l’ophtalmologie qu’elle avait acheté en 1977. Du coup, Nestlé a empoché 26 milliards de francs (plus de 19 milliards d’euros). D’après la banque suisse Vontobel, cela donne à Nestlé au moins 15 milliards de francs suisses (plus de 11 milliards d’euros) pour des acquisitions. Avec le franc suisse au sommet et l’euro au tapis, cela représente une jolie force de frappe.
Vous me voyez venir ? Nestlé possède, depuis 1974, un peu moins de 30% du capital de l’Oréal, contrôlé par la famille Bettencourt. Une participation “très positive pour les actionnaires des deux groupes”, selon Peter Brabeck. Toujours cet art de minimiser les choses, typique des grands patrons. Il faut savoir que l’Oréal est le premier actionnaire de Nestlé, dont il détient 4% du capital. L’an dernier, les deux géants ont renouvelé un acte d’actionnaires : Nestlé ne pourra ni acheter de nouvelles actions L’Oréal ni en vendre, du vivant de Liliane Bettencourt et même six mois après sa mort. Parce qu’elle le vaut bien !
Evidement, Peter Brabeck suit de son oeil bleu acier avec son éternel sourire de jeune premier le feuilleton Bettencourt. Déjà en 2008, quand il avait quitté ses fonctions de directeur général, il avait annoncé que Nestlé réfléchissait à sa participation dans l’Oréal. Mais la vieille dame a 87 ans et une féroce bataille familiale se livre autour de son contrôle de l’Oréal, sur fond de scandale politico-financier. Comme tous les analystes financiers suisses le répètent : pour Nestlé, racheter l’empire du shampoing n’a aucun sens économique et ne renforcerait pas sa position. Nestlé, c’est l’alimentaire et il n’y a pas de synergie avec L’Oréal. En attendant, une petite rumeur ne peut pas faire de mal aux cours en Bourse. Une rumeur “très positive pour les actionnaires des deux groupes”, comme aurait dit Peter Brabeck.


Tous les commentaires
Brabeck.. l'homme qui a fait passer aux ventes de Nestle la barre des 100 Milliards de CHF annuels. Face aux 13 ou 14 Milliards de benefices annuels, les dividendes de l'Oreal (150 a 200 Millions d'Euros) ne sont pas grand chose. Par contre, les 178 Millions d'action, representant (a 80€ l'action) pres de 14 Milliards, ca, ca pese lourd..
Quand j'ai commencé mes études universitaires, j'ai appris toutes les théories anglosaxonnes en économie, en gestion, en stratégie, en finances internationales... C'était la Bible, il fallait tout lire... Puis, il fallait aller dans les Grandes Ecoles car ce Savoir y était encore mieux décortiqué...
Evidemment, il fallait faire une croix sur toutes velléités de renverser le dollar, d'égaler GENERAL MOTORS, de trouver mieux que les "sciences de gestion" américaines, de trouver meilleure formation que dans une banque américaine ou chez un lessivier américain...
Même JJSS s'y est collé pour nous prouver que nous étions à mille lieues de rattraper le moindre retard... J'étais subjugué, presque paralysé devant tant de Savoir...
GM? Grand Prêtre de la Comptabilité Analytique, du Contrôle de Gestion, de la Stratégie, du Reporting... Que de nuits blanches pour comprendre, que de découragements parfois...
Aujourd'hui, je "sais" que la volonté de puissance n'est jamais un bon présage... car rien ne compte plus que la philosophie dans la perennité d'une entreprise... "Le poisson pourrit toujours par la tête!"
La volonté de puissance est finalement le poison mortel de ces gros poissons, c'est démontré et c'est démontrable...