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Au sujet de la critique et de Jean-Louis Bory
Il y a trente ans, un homme que je considérais comme un ami, - lui me considérait au moins comme un cinéaste, cet homme, Jean-Louis Bory, se tirait une balle dans le cœur.
Aujourd’hui, la critique de cinéma se tire une balle dans le pied et elle se rate.
Je n’ai pas peur d’attaquer la/les critiques car c’est leur suffisance, leur insuffisance, leurs absences, leur « effacement » que je vise, leur fermeture à ce qui est nouveau, inédit, plein. Un critique devrait être lui-même inventeur, découvreur, créateur, son statut devrait n’être que passager, provisoire, occasionnel.
Ce que j’aimais chez Jean-Louis c’est son courage, son intransigeance, son intelligence, son entêtement passionnel, ses doutes et ses certitudes.
Il se battait pour sortir de la clandestinité quelques-uns de mes films qu’il regardait, seul , en face à face, sans être noyé dans un visionnement communautaire, convenu, routinier.
Je voudrais ici, narrer, sans doute naïvement, cette anecdote d’il y a quelques années déjà, l’histoire d’une projection pour 2 ou 3 personnes dont 1 critique, d’un film toujours inédit. La fin de la projection fut d’abord un silence sans temps ni mesure, un silence qui ne trompe pas. Puis le critique dit : « Je suis aussi ému que lorsqu’en ce même lieu je découvris pour la 1ère fois, il y a longtemps, un film traitant du même sujet. » (Je ne nomme pas le film.)
Je me suis dit ; cette réflexion ne peut, ne doit rester intime, elle sera publiée, proclamée à haute voix. Il n’en fut rien. J’avais à tort projeté sur un autre la fausse conception de découverte, de révélation.
Cette conception, nous l’avons partagé avec Jean-Louis Bory jusqu’à ce que son cœur se brisât.


Tous les commentaires
Combien il manque, cher Marcel, et comme vous faites bien de lui rendre ce bel hommage ! Je l'ai écouté, parfois, mais j'ai surtout lu ses textes. Quel sens du cinéma, intuitif, immédiat ! Il n'attendait pas de savoir, qu'on lui fasse comprendre, ce qu'il convenait de penser sur tel ou tel film. Et il fut l'un des seuls à deviner la force insolente de Manuscrit trouvé à Saragosse, lorsqu'il le vit en marge du festival de Cannes 1965. Il écrivit aussi Mon village à l'heure allemande. Cela fait un moment que je repense à ce roman, que je relirais bien.
Merci cher Marcel, le critique devrait être (selon la belle formule de Léonard de Vinci) "l'homme à l'intérieur de l'oiseau (qui) pose sur un axe un peu plus élevé que son centre de gravité".
Gérôme Garcin, sur France Inter, a aussi évoqué JL Bory, regretté qu'aucun de ses livres (30?) ne soient disponible, ne serait-ce qu'en format poche. Je me souviens de ces dimanche soir, de ces moments lumineux où nos deux grands hommes, avec leur deux voix si dissemblables et si particulières, Bory et Charansol, se renvoyaient la balle, avec une mauvaise foi évidente, une intelligence rare, une connivence extra-ordinaire, à propos de tel ou tel film! Coups droits, revers, amorties, smach, lift, tout y passait! Que du bonheur! Qui ressortira des caves de l'INA ces documents inoubliables. Presque chaque émission était un moment de bonheur total où l'on avait l'impression, tout à coup, d'être intelligent! Merci à toi, Jean-Louis, de nous avoir fait vivre ces cadeaux qui nous accompagnent tout au long de la vie.
Par exemple, cette minute remarquable sur Pasolini : http://www.ina.fr/archivespourtous/index.php?vue=notice&from=fulltext&full=Bory%2C+Jean+Louis&num_notice=5&total_notices=88 Il y en a beaucoup d'autres dans les "caves" de l'Ina, il suffit de les rechercher.
Voici un canular du 1er avril 1977: Bernard Pivot fait croire à ses invités d'Apostrophes (dont Bory) qu'ils procèdent à un essai de voix alors qu'ils sont filmés (Jean Frapat avait, pour le service de la recherche de l'Ortf en 1969, tourné selon ce dispositif une série faramineuse, «Vocations», avec la complicité de Pierre Dumayet): http://www.ina.fr/archivespourtous/index.php?vue=notice&id_notice=I00001333
... Mais en matière de suffisance, absence, fermeture etc, Jérôme Garçin ne tient-il pas son rang ? Peu importe. Mieux vaut se souvenir de Bory, et lui chercher des héritiers.
Le Masque et la Plume, c'était lui. Joie, humour, esprit caustique. Quelle fin tragique...
Jean-Louis Bory, agrégé des lettres en 1945, était avant tout guidé par un messianisme pédagogique brisé par sa mise à pied, en tant que professeur au lycée Henri IV, pour avoir signé l'appel des 121 en 1960. Dans toutes ses interventions comme dans tous ses articles, il prolongeait et renouvelait génialement, à propos du cinématographe, l'explication de texte à la française. Il était un passeur de créations. Quand il écrivait, à propos du personnage féminin d'un film, qu'elle bovarysait, on ne pouvait le soupçonner de n'avoir point lu Flaubert. ° Aujourd'hui, quand nous lisons «dantesque» sous le plume d'un critique, nous savons pertinemment qu'il n'a jamais mis le nez dans le Florentin, nous savons qu'une grande partie de la profession (à quelques exceptions près tel Michel Ciment, né en 1938 et qui fut élève de Bory) s'incarne désormais en des êtres ignares, vulgaires et infertiles, quand ils ne sont pas de surcroît corrompus, c'est-à-dire attachés d'une façon ou d'une autre aux retombées trébuchantes de leurs prestations, là où Jean-Louis Bory personnifiait une forme de pureté. ° Bory était un esprit débordant, il a été remplacé par trop de nombrils faisandés.
Je me souviens aussi...
ne serait-ce de voir Sollers se faire démonter sur le plateau de " ça balance à Paris " donne une idée de ce qu'est devenu le jeu ou l'exercice de critique littéraire. ou inversemment, Laure Adler et toute la profession encenser le livre d'Emmanuel Carrère dont on entend plus parler nulle part. zemmour, naulleau sont hors concours. sans doute symptomatique de la mentalité actuelle de notre époque.
Bory était un esprit débordant, il a été remplacé par trop de nombrils faisandés Terrible, mais si vrai. Quel plaisir d'en savoir un peu plus sur cet homme plutôt secret. L'appel des 121, en 1960, ce n'était pas une vague pétition sans risque. Les signataires risquaient 5 ans de prison. Voir ICI le Monde Diplomatique.
je me souviens aussi de l'époque des joutes oratoires entre Charansol et JL Bory, j'avais 6 ans quand j'ai commencé à écouter le Masque et la Plume, mes parents n'avaient pas la télévision et écouter cette émission était notre grand moment du dimanche soir. je trouve qu'il manque à l'article d'expliciter le "même sujet" bien mystérieux... ce n'est pas tant le "nombril faisandé" des critiques qui m'agace autant que le manque de culture cinématographique, le manque d'ouverture au monde, un côté blasé, une écriture pâle et l'idée de détenir la vérité absolue en matière de compréhension cinématographique. pourquoi n'avons nous pas un "Philippe French" (critique dans la presse britannique)
Passeur, dit Antoine Perraud. C'est bien cela qui manque, des passeurs. Mais le passeur, d'abord, doit être quelqu'un de traversé, n'est-ce pas.
Oui, chère Dominique Conil, et l'un de ceux qui l'a peut-être le mieux montré dans un article de 2003 (L'Express) est sans doute Pierre Combescot: http://www.lexpress.fr/informations/jean-louis-bory-l-irregulier_652513.html
Quel portrait émouvant ! Merci, cher Antoine Perraud.
chère Madame, moi je veux bien jouer 3/4 ailier gauche pour le XV mais il faudrait dejà jouer un peu cartes sur table, si on veut permettre que des gens de qualités ne puissent apporter à notre société ce supplément d'ame dont elle manque. et cette intelligence collective qui nous fait défaut. mais si toutes les cartes sont brouillées d'avance on joue pour rien, enfin on fait de la figuration. on tape des mains à droite, on tape des mains et gauche et rien ne change jamais.
?
ah ben des gens de qualité il y en a et ils sont nombreux même, ils écrivent des bouquins et tout comme edgar morin, tout ça genre des personnes qu'ont des idées et tout. mais le système est géré par d'autres, dont les gentils artistes et penseurs un peu soixanthuitard ou pas d'ailleurs et plein de belles idées ils sont mignons ils font jolie en déco sur les étagères, mais ceux qui ont vraiment quelquechose à dire ou à inventer à proposer d'un peu nouveau et de rénovateur se font souvent malmener par le système en vigueur, quand bien même ils parviennent vaguement à se faire entendre.
Bonjour Jlamo, si je vous suis bien, les artistes un peu novateurs ( et novateurs, pas seulement, d'ailleurs) ont bien du mal à se faire voir, lire, connaître ? Oui, il en est presque toujours ainsi, sauf coup de chance, et peut-être est-ce plus brouillé aujourd'hui. Intéressant , le billet d'A BOUT DE SOUFFLE qui touche au sujet:http://www.mediapart.fr/club/blog/bout-de-souffle/110609/ce-qui-nous-peuple-et-ce-qui-nous-depeuple-de-l-icone-et-de-l-icono C'est bien pourquoi les passeurs, ceux qui s'emportent, adhèrent, et vous parlent, loin de ce que vous appelez le système, sont si rares, et précieux.
Écoutez comment Jean-Louis Bory présente, en 1977, «La Guerre des étoiles»:
Le Masque et la Plume : Star Wars
envoyé par mg1138. - Court métrage, documentaire et bande annonce.
Excellent, excellent: "Ecologie sidérale"(déjà!), "Laurel et Hardi du cosmos", "fascisme noir et fascisme blanc", 'Nuremberg en plastic blanc"!!