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L’ABSENCE

Le coup de tonnerre le plus fort, le plus tonitruant est muet, presque absent même de toute vision , abstrait.

Tel a été le choc le plus violent qu’ait pu me donner le cinématographe : dans un plan unique, fixe *, un homme franchit une porte qu’il a ouverte, (que nous l’avons vu ouvrir). Il a le geste de refermer la porte, elle claque. Nous aurions absolument du la voir se refermer, pourtant elle ne nous est pas apparue, mais telle m’est apparue, évidente, efficiente, la réelle et juste vision cinématographique : séparer, schizer le sens, n’en donner que l’essentiel, la plus petite, intime, infime parcelle, bressoniser l’image, presque jusqu’à son inexistence, presque jusqu’à la cécité, presque jusqu’au noir éblouissant de la vanité de la mort.

Marcel Hanoun

* « Le grand alibi » (1950) – Alfred Hitchcock

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Merci Marcel pour ce texte beau et juste. Je retrouve là ton goût obsessionnel de la métonymie, ce que tu appelles "bressoniser" l'image...

N'est ce pas plutôt, chère amie, une synecdoque (une antonomase) ? car dans ce dernier cas c'est encore plus beau, plus juste ... cut !

Bonne remarque très cher, j'avoue que la distinction n'est pas si facile... Pourquoi songer à la mort face à un plan entièrement noir ? Où la Nuit cinématographique comme qui dirait...

Association classique et banale mais peut être que l'impétrant qui a pondu le texte censé nous occuper est proche du terme de son existence et donc l'acuité en est plus grande ? et que la Nuit n'est plus alors seulement cinématographique … (Mais dites moi, chère amie, pourquoi un accent sur votre "où" ? accident de frappe ? la volonté d'être obscure, davantage qu'un plan entièrement noir ?)

Obscure ou elliptique peut-être... Vous parlez d'association banale et classique entre le noir et la mort, j'en ai une autre qui nous permettra de revenir à ce très beau film de Marcel Hanoun "L'Etre à l'autre" : une phrase juste dans laquelle le mot "la mort" pourrait remplacer celui d'amour, hélàs : "l'amour se résume-t-il à la conclusion de Pénélope, je t'ai tant attendu ?" Un peu noir pour finir...

Ne dois-je pas remercier, me réjouir, de la pertinence et de l'intelligence de certains commentaires, tout en regrettant et déplorant, amer, l'inutile et vaine aigreur de certains; mais n'est-ce pas là un jeu humain, dialectique, peut-être nécessaire pour nous associer et/ou nous dissocier, dans ce même lieu, presque en un même temps ?

Je viens de regarder à nouveau le début du Grand Alibi. Il y a en effet une ellipse saisissante. Le son sans l'image. D'autant plus visible que le personnage est au tout premier plan, de dos, et referme la porte invisible d'un geste du bras, sans se retourner. N'est-ce pas aussi une façon pour Hitchcock de placer le spectateur entre la porte et le personnage, et donc à l'intérieur même du récit qu'il fait à la jeune fille, récit qui, à la fin du film, se révèlera être un mensonge, d'embarquer le spectateur dans ce mensonge ?

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