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Où va-t-on ?

J'étais à Lyon pour une soirée projection/débat autour d'un documentaire intitulé L'amour sans limites, réalisé par François Chayé et Samantha Campredon. Ce film date de 2008 mais fait toujours autant mouche sur les spectateurs. Il parlait (déjà) de vie affective et sexuelle des personnes en situation de handicap.Et France 2 a diffusé, le jeudi 24 février 2011, Sexe, amour et handicap, un documentaire de Jean-Michel Carré qui a été vu par deux millions de spectateurs. Et qui m'a valu, le lendemain, d'être contacté par Libé.fr pour répondre en direct sur leur tchat à des questions de lecteurs à propos de l'accompagnement sexuel, avant d'être mis en ligne (http://www.liberation.fr/societe/1201420-l-handicap-et-la-sexualite-comment-lever-les-tabous). Il y a eu 34 réactions à ce blog, dont la majorité négative, pleines de préjugés et de préconçus. D'une part, par manque d'information et, d'autre part, car la formule du tchat ne permet pas de répondre aux questions de façon approfondie.Enfin, Yanous.com a publié deux articles très intéressants et très complets sur ce sujet qui monte en puissance depuis quelque temps (http://www.yanous.com/espaces/femmes/femmes110218.html et http://www.yanous.com/news/focus/focus110218.html). L'un d'eux est le témoignage interpellant d'une femme « handicapée » qui bénéficie d'accompagnement sexuel et qui milite en faveur de cet accompagnement très spécifique.Et, pendant ce temps, le suspense demeure : la proposition de loi du député UMP Jean-François Chossy va-t-elle être présentée ce semestre comme promis ? L'intolérance aura-t-elle le dernier mot ? Ou la liberté d'être et de choisir sa vie, qui est une des valeurs de la République, aura-t-elle gain de cause ?Autre inquiétude. Comment les personnes « handicapées », et beaucoup d'autres qui ne le sont pas, pourront-elles continuer à circuler, à se déplacer librement à l'avenir, avec le prix de l'essence qui ne cesse de grimper pour atteindre des sommets de plus en plus vertigineux ? En été 2008, alors que le litre de gasoil était à 1,40 € et le baril à 140 €, les routiers et les taxis étaient dans la rue. Aujourd'hui, le litre de gasoil est de nouveau à 1,40 € pourtant le baril n'est qu'à 110 €, donc où passe cette différence très conséquente ? Nous battons des records et personne ne bouge, comme si tout le monde était résigné. Alors que l'État, Total, Elf et les autres s'en mettent toujours autant dans la poche et probablement même plus. Aucune compagnie pétrolière n'a l'intention d'être solidaire en diminuant un peu ses marges et bénéfices astronomiques. Et le gouvernement non plus puisque Christine Lagarde a annoncé qu'il n'était pas question de baisser les taxes sur le pétrole.Ceci dit, comment va-t-on pouvoir se déplacer en voiture lorsqu'on n'a que le SMC ou, pire, le RSA ou l'AAH ? Les transports en commun ? Encore faudrait-il qu'il y en ait suffisamment et qu'ils soient tous accessibles. C'est loin d'être le cas. De surcroît, dans certaines conditions, les contraintes liées à un handicap sont telles qu'il est impossible d'utiliser les transports en commun, il n'y a que la voiture qui soit envisageable.Cependant, rien n'est prévu à ce jour pour de telles situations. On sait depuis longtemps qu'il y aura épuisement des champs pétrolifères et pourtant… En dehors de la voiture électrique (qui n'est pas une panacée sur les grandes distances) rien ne se présente à l'horizon. De là à penser que ce n'est pas un hasard, que c'est pour permettre à quelques-uns de s'enrichir cupidement sur notre dos en prétextant la pénurie, il n'y a qu'un pas… Que je franchis sans hésiter.L'homme est un loup pour l'homme, disait Thomas Hobbes. Ah bon ? Je dirais plutôt un charognard.Autre indécence. Je dois changer de fauteuil roulant électrique. L'actuel a huit ans et ne correspond plus à l'évolution de mon handicap : mauvais positionnement, douleurs, inconfort. Rien d'original. Toutefois, combien de Français ont une idée du prix d'un tel fauteuil et des marges que récupèrent les revendeurs et les fabricants ? Avec l'aval de nos gouvernements successifs étant donné qu'aucun ne s'est jamais attaqué à ce problème, tout en se plaignant du trou de la sécu !Le devis de mon fauteuil s'élève à 27 000 € ! Combien de Français ont une voiture à ce prix ? C'est de l'exploitation de la misère humaine. En toute bonne conscience et légalité. Du reste, pourquoi se gêner : la sécu, l'État et d'autres paient ! Sinon, ce sera la personne malade ou en situation de handicap qui se saignera aux quatre veines, à moins qu'elle ne renonce à son autonomie, son confort ─ ce qui est plus fréquent qu'on ne le croie et indigne d'un État de droit. Avoir un handicap est un luxe que l'on n'imagine pas si on ne le vit pas au quotidien. Un luxe imposé par une société mercantile. Non par des caprices ou autres goûts de luxe.Même le fauteuil électrique de qualité le moins cher ─ plus de 15 000 € ─ ne vaut pas son prix. Ici, on s'en met plein les poches sous prétexte de productions limitées, entre autres. Soit, puisque les politiques laissent faire. Mais dans ce cas-là, il faut qu'ils assument ce laisser-faire. Or, j'ai 7000 € à ma charge désormais parce que l'État ne respecte plus ses engagements financiers sous prétexte de crise et autres cadeaux coûteux aux plus nantis, depuis l'arrivée au pouvoir de Nicolas Sarkozy. 7000 € alors que, comme la plupart des personnes « handicapées », je n'ai que 1000 € environ de ressources mensuelles en moyenne. Mais les Bettencourt et consorts sont bien plus à plaindre. Vais-je pour autant renoncer ? Non, je vais me battre une fois de plus pour le respect du droit, rien de plus ni de moins, et pour toutes ces personnes qui n'ont pas les capacités de se battre.Je suis le premier à dire et à penser que tout n'est pas dû, même lorsqu'on a un handicap, mais les inégalités ne sont pas acceptables au-delà d'un certain seuil de mépris. Non seulement, le droit à compensation est allègrement bafoué depuis 2007 et, en plus, les bouffis de fric, les obèses du portefeuille, s'engraissent de plus en plus.Face à un tel déni de démocratie élémentaire et au statisme apathique des Français, je ne peux être qu'admiratif devant le courage des Libyens. L'égalisation des droits et des chances a indéniablement un prix et beaucoup de chemin à faire.Autre tartuferie franco-française : je viens d'apprendre qu'à Maizières-les-Metz, en Lorraine, 13 pavillons vont être construits. Le promoteur, Logane, exige de l'architecte qu'il prévoit la possibilité de pouvoir installer le cas échéant un plan incliné aux normes ! Le cas échéant. Ce qui signifie qu'il ne faudra pas que les futurs propriétaires aient une personne en situation de handicap dans leur entourage, et que la construction de ce « plan incliné éventuel » sera en sus du coût initial du pavillon. Mais il y a pire : les chambres et la salle de bains sont au premier étage. Donc, pour respecter les « normes », un WC est prévu au rez-de-chaussée ainsi qu'un siphon de sol dans le cellier afin de pouvoir installer une douche… Le cas échéant ! Et le propriétaire n'aura plus qu'à mettre un lit dans le salon ! Ainsi, le tour est joué : la maison est accessible ! De qui se moque-t-on ? De qui se moquent les députés, les sénateurs et les ministres qui sont au pouvoir grâce à nos voix ? Comment peut-on voter pour des tartuffes aussi inciviques et irresponsables. D'autant plus que les travaux de mise en accessibilité sont beaucoup plus chers après que pendant la construction d'une maison ou d'un immeuble. Et qui est censé subventionné ces travaux de mise en accessibilité ? L'État et les collectivités locales ! Ce qui signifie que, d'un côté, ils font des cadeaux mirobolants aux entrepreneurs et autres, et, de l'autre côté, ils payent les surcoûts avec l'argent des… contribuables, évidemment. Quel sens de la gestion et de la justice !Quoique. Ils sont à l'image des Français, de la majorité des Français. Or, la majorité des Français pleurent les retards et l'indifférence en matière d'accessibilité uniquement lorsqu'elle en a besoin, c'est-à-dire lorsqu'elle se retrouve en fauteuil roulant, avec une poussette-canne, une jambe dans le plâtre ou est en perte d'autonomie du fait de l'âge. Autrement, la majorité des Français ne se soucie absolument pas d'accessibilité. D'autant plus que « ça n'arrive qu'aux autres ». Effectivement. Jusqu'au jour où… L'individualisme rend stupide et aveugle, à un certain stade.Nous cultivons l'exclusion à tour de bras derrière les rhétoriques soi-disant intégratrices. Ainsi, nous sommes des milliers à être interdits de séjour dans notre propre pays ou assignés à résidence car nous avons la chance d'être affublés d'un handicap…On comprendra que cette société n'est pas la mienne et ne le sera jamais. Je défends d'autres valeurs.

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