Sam.
02
Aoû

MEDIAPART

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Abjects et pathétiques

Impossible de passer à côté. Strauss-Kahn est partout. C'est la curée médiatique jusqu'à la nausée, jusqu'à l'abjection et au sordide. Un étalage permanent et souvent complaisant d'articles et de reportages qui se vautrent dans le stupre d'une information populiste qui se répète en boucle jour après jour. Avant que le désintérêt retombe avec la même désinvolture et le même cynisme. Et le microcosme politique, de gauche comme de droite, est à l'avenant. Bernard Debré est allé très loin dans le ridicule, la haine, la diffamation et l'intolérance, sur son blog et dans des déclarations aux médias. Un summum d'intégrisme catholique et moralisateur nauséabond. C'est l'hôpital qui se fout de la charité… Toutefois, dans le ridicule, le n'importe quoi, si ce n'est la lâcheté, l'indulgence douteuse, l'odieux et le machisme primaire, la gauche dans sa majorité a fait très fort aussi.Tout le monde ─ politiques comme journalistes, ainsi que la famille évidemment ─ savait (parfois depuis 30 ans !) que Strauss-Kahn a une addiction au sexe à en être malade ! À commencer par les ténors socialistes donc (notamment Hollande et Fabius). Et tout le monde s'est tu. Des politiques aux journalistes. Tout le monde a été complice dans cette affaire. L'omerta a couvert des débordements inacceptables voire condamnables par la justice. Jusqu'à cette tentative de viol d'une jeune journaliste en 2002 que cette femme et sa famille ont étouffé par peur des retombées, par peur de s'attaquer « au monstre sacré ». Il aura fallu un déraillement de trop pour que certaines langues se délient. Et il y en aura peut-être d'autres.Par parenthèse, dans l'abjection, et à propos de ces affaires de tentative de viol, l'intellectuel qui pète plus haut que son cul, le dandy soi-disant philosophe, Henri-Lévy lui-même, a fait l'article de trop j'espère, en défendant Strauss-Kahn, comme il avait défendu Polansky en son temps, au mépris de la justice, sans avoir aucune preuve et, pire encore, en crachant sur les victimes de « son ami ».La victime américaine qui, au mieux, a été totalement ignorée par les « amis de toujours » de Strauss-Kahn, soudain innombrables, outrés par ce que la justice et la police américaines a osé faire à ce pauvre homme. En plus, 57 % des Français sont d'accord avec cette clique immorale pour estimer que Dominique est victime sans même savoir, sans même laisser à la justice américaine de faire sereinement son travail. Je trouve tout cela méprisable et scandaleux. Indécent au possible.Et tellement machiste, franco-français, franchouillard, etc.Bachelot et la cohorte des féministes, qui brandissent la dignité des femmes pour s'opposer à la mise en œuvre de l'accompagnement sexuel, ne se sont guère fait entendre pour défendre la dignité de la victime américaine, ni celle de l'ancienne journaliste victime de tentative de viol strauss-kahnien. Pourquoi ? En France, les femmes affabulent et/ou exagèrent forcément lorsqu'il s'agit de sexe. Les hommes sont forcément des victimes, au mieux « il n'y a pas de quoi en faire un plat »… Ou alors, c'est qu'elle l'avait bien cherché, l'aguicheuse ! Nous sommes en Gaule… Et il n'y a pas de quoi être fier face à la loi du silence et de l'aveuglement devant des attitudes sexistes inadmissibles… Néanmoins tolérées par les deux sexes (Aubry, Royal, Bachelot, etc., j'attends toujours une prise de position féminine et sans équivoque).Que Strauss-Kahn ne soit pas coupable tant que cette affaire n'aura pas été jugée, c'est un fait indiscutable. Mais ça n'excuse pas le comportement désinvolte et indigne à l'égard de la victime présumée. Ça n'excuse pas les mensonges, les omissions, les prises de position hypocrites, méprisantes, offusquées, des uns et des autres pour protéger Strauss-Kahn et/ou soi-même. La partialité racoleuse de nombre de médias qui ne se sont pas, une fois de plus, illustrées par leur intelligence et leur hauteur de vue.Pourquoi, depuis tout ce temps, personne n'a demandé, n'a encouragé ou incité Strauss-Kahn à se soigner ? Sa femme, sa famille et le monde politique, savaient et laissaient faire voire étouffaient les incartades suscitées par son addiction au sexe, étant ainsi complice de tout le mal qu'il a pu faire impunément durant toutes ces années. Qu'il soit ou non coupable de tous les faits qui lui sont reprochés dans cette affaire du Sofitel, ne change rien à l'irresponsabilité de son entourage depuis des décennies. Car sa maladie ne date pas d'aujourd'hui, au vu de toutes les déclarations de ces derniers jours.Et puis, ce qui m'interpelle aussi, c'est le constat constamment réitéré d'une justice à deux vitesses. Lorsque tu as du fric, tu peux être remis en liberté conditionnelle pour des sommes astronomiques, d'une indécence consternante. Pendant que le pauvre reste en prison dans des conditions de vie tout aussi consternantes. Il y a vraiment un problème dans nos oreilles en sociétés censées être démocratiques. C'est très bien que Strauss-Kahn puisse bénéficier d'un meilleur confort mais c'est très mal qu'il n'en soit pas ainsi pour tous les détenus.En attendant, l'année prochaine, je ne voterai ni pour la gauche ni pour la droite.Autre chose me révolte depuis quelque temps : les gourous du soin. Il y en a de plus en plus. Vendant des méthodes de soins « originales », voire potentiellement efficaces, mais avec des méthodes de marketing hallucinante aux relents sectaires très prononcés : mise en scène, discours, look très étudié du gourou (le plus souvent des hommes), ego hypertrophié, intolérance à toute critique ou remise en question, arrogance, humanité de façade, souci de l'autre très intéressé, etc. Tous ces thérapeutes beaux parleurs ont le même profil (et j'en connais plusieurs, malheureusement) et n'ont aucune inquiétude à se faire pour leur avenir, ils sont entourés de disciples (le plus souvent féminins) béats et aux ordres. C'est triste et c'est grave. Ce n'est pas ma conception du social et encore moins de l'accompagnement et du respect de mon prochain. Mais ça existe, de plus en plus ai-je l'impression, et il faut le savoir, il faut en être conscient si l'on ne veut pas un jour être débordé, voire phagocyté par cette dictature soi-disant humanisante. De ce fait, on se retrouve aujourd'hui devant des fausses-bonnes idées qui, dans certains cas, attentent à l'équilibre du personnel soignant et au bien-être des personnes soignées et/ou accompagnées en situation de dépendance physique ou mentale.Enfin, ça y est : j'ai rejoint le STRASS [syndicat du travail sexuel]. Je vais désormais défendre autrement et par un autre biais la cause de l'accompagnement sexuel et, plus généralement, celle d'une démocratie où la liberté de chacun est respectée (à condition qu'elle n'interfère pas avec la liberté d'autrui, bien sûr). En l'occurrence, chacun et chacune dans notre société est en droit de faire de son corps ce qu'il ou elle veut. Nous n'avons pas à en juger et à l'interdire a fortiori. Comme je le disais plus haut, je refuse de cautionner cette société qui se permet de penser et de décider à la place de son prochain, tout en se voilant la face sur des comportements par ailleurs inadmissibles.Avant de brandir la défense de la dignité de la femme (jamais de l'homme, vous avez remarqué ?) et de s'immiscer dans la vie privée des autres, il faudrait commencer par dénoncer et réprimer efficacement des dérives machistes et des infractions à la loi bien plus condamnables que de vendre son corps de façon volontaire.Combien d'agressions sexuelles, d'abus sexuels, de violences faites aux femmes et aux enfants sont quotidiennement ignorés ou protégés en toute conscience ?Des travailleurs et des travailleuses du sexe indépendants et volontaires, il y en a, j'en connais, et je ne vois pas au nom de quoi, au nom de quelle morale, de quel dogme, de quel droit, je leur interdirais d'exercer ce métier (à ce que je sache l'État ne crache pas sur leurs impôts…). C'est leur corps, c'est leur vie, c'est leur choix. Peu importe que je comprenne ou non ce choix, que je sois d'accord ou non avec ce choix, je me dois de le respecter. Comme j'exige qu'on respecte mes choix. « Mais les braves gens n'aiment pas que/l'on prenne une autre route qu'eux », chantait Brassens si justement.Que l'on s'attaque à la criminalité, aux réseaux mafieux qui exploitent et violentent les femmes et les enfants sans vergogne. Pas aux hommes et aux femmes qui ont décidé, ne serait-ce qu'un temps, de vivre de leur corps. De leur sexe. Car c'est bien ce qui dérange dans notre société moralisante : que l'on vive de son sexe ! Tout le reste, ces intégristes de la morale n'en ont cure. Par conséquent, si j'ai rejoint le STRASS, c'est justement pour défendre cette liberté, un droit intangible à la liberté à laquelle je tiens par-dessus tout. C'est parce que les assistants sexuels sont confrontés au même problème, au même jugement lapidaire, donc à la même impossibilité d'exercer leur activité en toute tranquillité, que j'ai décidé qu'il faut préférer l'union à un engagement individuel stérile à terme. Car, cette intolérance donneuse de leçons a, entre autres, pour conséquence d'empêcher les personnes « handicapées », qui le souhaitent, de vivre au moins une fois dans leur existence l'expérience d'une relation sexuelle.Pour ce faire, il faut commencer par dénoncer l'inconséquence, l'incohérence et le nonsense que représente le rapport parlementaire consacré à la constitution, déposé à l'Assemblée nationale en avril, puisqu'il prône un accompagnement sexuel bénévole et une législation « à la suédoise » en matière de répression de la prostitution.Nous vivons actuellement sous le diktat d'un puritanisme abêtissant et déshumanisant.À nous d'y remédier, tous ensemble.

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