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20
Déc

MEDIAPART

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Ce que l’Iran et la Chine nous enseignent

En regardant les images de la répression en Iran et de l’encore plus récente répression dans la région chinoise du Xinjiang, une considération s’impose : la plupart des images et des témoignages ne proviennent plus des médias officiels. Ceux-ci sont de plus en plus muselés, censurés, manipulés ou simplement corrompus. La stratégie, lorsqu’il s’agit d’un média étranger est toujours la même : on l’empêche simplement d’entrer, sous prétextes d’obstacles diplomatiques ou par la simple force brute (déploiement de l’armée). Le courageux journaliste qui voudrait défier l’interdiction de filmer, doit s’attendre, dans le meilleur des cas, à la prison et à la confiscation de son matériel (tout en étant accusé d’être un espion des puissances occidentales). Difficile d’échapper aux filets d’un apparat militaire qui focalise tous ses efforts sur l’anéantissement d’une nouvelle ou sur sa manipulation. Résultat : aujourd’hui ce sont les internautes qui fournissent des témoignages directs et qui défient ouvertement leurs propres régimes. Souvent armés ‘à la légère’ (simple téléphone portable), les nouveaux résistants d’aujourd’hui écrivent sur Twitter, Facebook ou Blogger. Ce temps où des gouvernements tyranniques arrivaient à isoler un pays entier du reste du monde (grâce notamment au musèlement de la presse nationale) semble désormais révolu. A l’âge du pré-internet, rares étaient en effet les témoignages directs de crimes, massacres, manipulation de l’opinion publique, tortures. Sauf dans le cas de rescapés, exilés ou d’intellectuels-héros, il était pratiquement impossible de savoir vraiment ce qui se passait à l’intérieur d’un pays gouverné par un régime totalitaire. Pourtant, dans l’âge pré-Internet et pré-blog, on s’est souvent demandé si 1984 de George Orwell était réellement le cauchemar d’un intellectuel ou bien la réalité d’une partie du monde contemporain. Aujourd’hui, grâce à la Toile, les choses se sont considérablement améliorées. Mais nous savons très bien que les gouvernements tyranniques sont prêts à tout pour museler cette source inépuisable et incontrôlable d’information. L’Iran, on l’a vu, est capable de censurer Internet grâce à la technologie (et aux joint-ventures) de l’Occident. La Chine distribuera bientôt sur son territoire des PC ‘avec filtre’. Peut-être pour éviter qu’une nouvelle insurrection au Tibet ou dans la région du Xinjiang ne soit filmée et publiée sur Internet. La Toile est menacée. Les gouvernements s’approchent de plus en plus des ‘providers’ et ceux-ci flairent de nouvelles possibilités pour gagner de l’argent. Peut être qu’un jour il ne nous restera que la résistance télépathique. Sauf si notre cerveau, comme dans le cauchemar d’Orwell, est, un jour instruit et manipulé, par de la pub et des discours politiques, afin de ne plus résister. Alors même la Divine Comédie nous semblera le récit fou d’un interné.

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