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Berlusconi ou de la chute sans fin de l’Italie

Le «New York Times» s'interroge sur les raisons pour lesquelles le peuple italien continue à pardonner son président du conseil, malgré des actes et des comportements indignes d'un chef d'état. Une phrase résonne dans ma chambre sombre. «Je suis l'empire à la fin de la décadence.» Une décadence absolue dont on ne voit pas la fin. Un pouvoir en place depuis 15 ans qui a transformé l'Italie en un laboratoire orwellien où l'on étudie comment manipuler des millions de personnes à travers la télévision, les journaux, la publicité sans que le peuple puisse réagir de manière démocratique (la magistrature, les journaux d'opposition, les émissions qui s'opposent au 'chef' et les institutions démocratiques sont systématiquement muselés). Il me semble d'être dans le décor de l'île, ce film avec Scarlett Johansson et Ewan McGregor. Un endroit épuré où l'on apprend à créer le prototype de l'homo berlusconis. Pour l'instant personne ne semble se rendre compte de ce que le peuple italien est en train de devenir (et personne n'ose voir ce qui se passe en dehors de l'île). Beaucoup d'italiens regardent la Tunisie, l'Egypte comme un modèle lointain, impossible à émuler. Faudrait-il que quelqu'un s'immole par le feu face au siège du Parlement italien pour réveiller les gens ? Les Italiens continuent à être endormis, ils sont nourris depuis 20 ans à la télé-poubelle, aux footballeurs-soubrette, aux ‘velines' et autres déchets voyeuristes d'une culture massivement télévisuelle. La vraie culture a été mise à l'écart, l'individualisme typique du berlusconisme a pris le dessus, l'Italie d'aujourd'hui n'est pas à la hauteur de sa propre histoire mais elle me semble la version postmoderne et grotesque d'une Italie totalitaire. 

Tous les commentaires

28/01/2011, 14:12 | Par patrick 44

Les Italiens cultivent l'insouciance en attendant la disparition inéluctable du dépravé. Par ailleurs certains d'entre eux n'héstent à lui faire la chasse malgré un système d'information totalement à sa botte.

28/01/2011, 15:23 | Par amber

Ils ne pardonnent pas Berlusconi achète !

28/01/2011, 16:14 | Par Géraldine Delacroix

A lire pour aller plus loin: comment le berlusconisme, en vidant le langage, a stérilisé la communication politique, et aussi l'opposition. Une tribune de Martin Rueff.

29/01/2011, 01:03 | Par Thraz Ymachus en réponse au commentaire de Géraldine Delacroix le 28/01/2011 à 16:14

Peut-on aller plus loin qu'accuser Mr Berlusconi d'être le seul et unique responsable de la "chute sans fin" de son pays ?

 

Qu'est-ce que la "vraie culture", d'ailleurs ? Je serais très amusé de le découvrir...

 

Les statistiques économiques de l'Italie sont sensiblement les même que celle de la France...

Chute sans fin... ou pensée sans fond ?

31/01/2011, 04:37 | Par Marco Cesario en réponse au commentaire de Thraz Ymachus le 29/01/2011 à 01:03

 

Le système que Berlusconi a mis en place (pour cela je te conseille de voir "Videocracy", documentaire qui a eu énormément de problèmes à être diffusé en Italie mais pas à l'étranger) est basé sur la mainmise du président sur les télé privées (les chaînes privées du président du conseil comme Italia 1, Canale 5, ReteQuattro) et les télévisions publiques (la RAI, télévision d'état a subi une 'occupation' de la part des fidèles de Berlusconi, la seule chaîne libre reste Rai Tre mais des journalistes qu'y travaillaient comme Enzo Biagi - et à une certaine époque Santoro - ont été limogés car 'hostiles au président'). A travers ses télévisions Berlusconi a transformé aussi les moeurs des Italiens, il a utilisé - dans des émissions en pleine journée - des femmes presque à poile pour faire de l'audience, il a éliminé (ou déplacé en pleine nuit) les transmissions culturelles et il nous a lentement transformé en un pays de voyeurs (Le Loft en Italie est à sa onzième édition). Je te signale que l’Italie est le seul pays européen dans lequel un président du conseil appelle en direct une émission (AnnoZero, Ballaro’, L'Infedele) pour y dénigrer les journalistes et leur manière de travailler (dire la vérité sur le fait que notre président a couché avec des mineurs et à transformé sa résidence privée en un bordel immonde en transportant ses prostituées de luxe et ses amis dans des vols d’état payés par les contribuables !) L’immunité a permis longtemps à Berlusconi d’éviter des procès pour corruption, fraude fiscale et seulement grâce à la prescription il a réussi à éviter un procès majeur pour affiliation à la mafia (son collaborateur à Arcore était affilié à un boss reconnu de la mafia sicilienne. Dites-moi, il fait quoi un mafieux sicilien dans une villa aux portes de Milan ?) Pour éviter d’être rattrapé par la justice Berlusconi est entré en politique (son fidèle collaborateur Confalonieri l’a avoué, « si nous n’étions pas entrés en politique, nous serions maintenant derrière les barreaux ») et a lentement transformé l'Italie en un république bananière (contrôle presque absolu des médias, magistrature muselée et dénigrée, Parlement vidé de son pouvoir). La vraie culture? Investir dans le patrimoine artistique, archéologique, historique d'Italie (unique au monde) un patrimoine complètement négligé par ce gouvernement (le ministre Bondi, après la récente chute de la salle des gladiateurs à Pompéi n'a pas jugé opportun de devoir démissionner). Berlusconi a même réussi a transformer le tremblement de terre à l'Aquila (pour plus d'infos à ce sujet voir le documentaire 'Draquila' de Sabina Guzzanti) en contrats d'entreprise privilégiés (et pots-de-vin) pour ses amis. Il a même réussi à ironiser sur le sort des habitants de l'Aquila en disant, lors d'une réunion publique: « Ce n'est pas grave, ils vont faire du camping pendant quelque temps.. ») Un homme politique qui méprise son propre peuple! Mais je veux ici signaler la décadence culturelle du berlusconisme. Voilà les seuls messages envoyés aux Italiens pendant 15 ans de règne: couchez avec des mineurs, volez l’argent de l’état, ne payez pas d’impôts (il l’a dit plusieurs fois même dans des réunions publiques), enrichissez-vous aux frais des autres. Et puis quelques mots sur son allié de la Ligue du Nord ? Un parti ouvertement xénophobe, raciste qui humilie tous les jours des immigrés, des étrangers et même des Italiens (dans certaines villes du Nord de l'Italie on ne peut pas y résider si on a pas assez d'argent sur le compte en banque, il est interdit de s'assoir à trois ou quatre sur un banc après une certaine heure, les musulmans sont obligés à prier sur les trottoirs ou au milieu de la rue). Je vous signale que des députés de la Ligue du Nord ont fait pisser des cochons sur des terres destinées par la mairie à la construction de mosquées. Voilà ce que c'est le berlusconisme. Un mélange de populisme, péronisme, racisme et néolibéralisme. Comme disait un des plus grands journalistes italiens (de droite !) Montanelli : ‘Berlusconi est une maladie. Le seul remède pour vaincre cette maladie c'est de tomber malade pour développer des anticorps ». Mais à mon avis cette maladie a trop duré ou bien les anticorps sont désormais prêts.

 

28/01/2011, 18:49 | Par Marco Cesario

Merci pour le lien Géraldine. La manipulation des consciences se fait souvent par la transformation du langage.

29/01/2011, 00:43 | Par herve fell

avanti !avanti ! © hervé fell

30/01/2011, 15:13 | Par Serval

Sans vouloir vous vexer Marco...

L'Italie à presque toujours eu une "fascination" pour les régimes autoritaires, et les tribuns populistes. Les manipulations de Berlusconi ne sont qu'un avatar de plus.

Ceci explique peut-être que l'on soit passé du "ferme ta gueule" Mussolinien au "cause toujours" Berlusconien.

Hélas pour les italiens, cela revient au même dans leur vie quotidienne

 

31/01/2011, 04:34 | Par Marco Cesario en réponse au commentaire de Serval le 30/01/2011 à 15:13

Cher ami, tu as peut être raison mais je ne fais pas trop confiance aux explications toutes faites. Facile de dire que l'Italie a toujours eu ce type de fascination. C'est vrai que l'Italie a subi beaucoup de colonisations dans son histoire et donc elle aspire quelque part (peut être inconsciemment ?) à être guidée par un chef ou un père-patron. Mais tout cela, pardonne-moi, relève du dogmatisme. Le Berlusconisme a une cause historique, il est né dans l'après-guerre lorsque la CIA voulait abattre le le Parti Communiste Italien - jugé comme le plus grand parti communiste d'Europe - et il fallait transformer la société italienne de l'intérieur pour éviter qu'elle sombre dans l'influence soviétique (ils ont fait la même chose au Chili ou en Argentine). L'argent dont il a disposé Berlusconi pour construire Milano 2 d'où ça vient? Mafia oui mais CIA aussi. Savez-vous que les américains pour débarquer en Sicile et pour vaincre les allemands ont utilisé les tuyaux de la mafia? Cela ne vous rappelle pas un certain Osama Bin-Laden ou tout islamisme nourri par les américains pour combattre les soviétiques ? L'Italie a été terre de conquête des services secrets américains, israéliens et même palestiniens (les armes aux Brigades Rouges provenaient de l'OLP). En somme, regardons les faits, l'histoire. Ne faites pas confiance aux doctrines toutes faites. Chaque événement est unique dans l'histoire (sinon cela voudrait dire que les allemands auront eux aussi pour toujours une fascination pour 'commander', pour 'être supérieurs' etc etc). Ces doctrines-la, cher ami, sont très dangereuses. Il vaut mieux les éviter et utiliser l'intelligence.


Cordialement


Marco

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