Mer.
23
Avr

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A la lisière, enjamber d'une année à l'autre

En forme de vœux.Tam-Tam de nuitTrain d’okapis facile aux pleurs la rivière aux doigts

charnus

Fouille dans le cheveu des pierres mille lunes miroirs

tournants

Mille morsures de diamants mille langues sans oraison

Fièvre entrelacs d’archet caché à la remorque des mains

de pierre

chatouillant l’ombre des songes plongés aux simulacres

de la mer

Aimé Césaire (Les armes miraculeuses)

Homme, prends garde, le feu est un langage qui demande

A courir.

(Et les chiens se taisaient) Aimé Césaire (Les armes miraculeuses)

Là-bas dans l’atelier du potier l’autre jour j’ai passé ;

Le potier prenait l’argile, jetait l’argile de côté

Et je vis (oui, je vis ! même si le sot ne le verra jamais !)

La poussière qu’est mon grand-père dans la main du potier.

Omar Khayam (Rubayat)

La gloriette aux bambous Seul assis au milieu des bambous,

Je joue du luth et siffle à mesure ;

Ignoré de tous, au fond des bois.

La lune s’est approché : clarté.

Wang Wei (François Cheng, Poésie chinoise)

Chez un vieil amiMon vieil ami m’invite

dans sa campagne

Où sont déjà préparés

poulets et millets.

Rangées d’arbres

clôturant le village ;

Hors des remparts

S’incline le mont bleu.

Meng Haoran (François Cheng, Poésie chinoise)Contrevenir Obéissez à vos porcs qui existent. Je me soumets

à mes dieux qui n’existent pas.

Nous restons gens d’inclémence.

René Char (Les Matinaux, suivi de La parole en archipel)Don Un jour de parfait bonheur.

Le brouillard se leva tôt, je travaillai dans le jardin.

Des colibris visitaient des fleurs de chèvrefeuille.

Aucun désir de possession en moi.

Personne qui me semble digne d’envie.

Tout le mal enduré, je l’oubliai.

Je ne m’embarrassais pas d’avoir été autre fois le même homme.

Dans mon corps nulle douleur.

Me redressant, je vis la mer bleue et des voiles.

Czeslaw Milosz (Enfant d’Europe)

On est toujours plus petit qu’on ne croitQui peut dire que sa main

est plus large que l’ombre qu’elle fait ?

Qui peut dire qu’il est partout

où son pas fit empreinte ?

Qui osera dire qu’il est le maître

De l’air qu’il respire

Du chant qu’il entend

De la main qu’on lui tend ?

Qui peut jurer qu’il n’est pas l’autre

Qui passa sous sa fenêtre ?

Et qui peut se croire

le cœur assez riche

Pour tenir avec lui-même

La conversation d’une vie ?

Jean-Pierre Siméon (Sans frontières fixes)

Tous les commentaires

31/12/2010, 10:36 | Par Anne Gentry

Qui peut jurer qu’il n’est pas l’autre

Qui passa sous sa fenêtre ?

Voilà.

Enjambons, marguerite, un grand pas ... en espérant que certains ne soient pas trop au bord du gouffre.

31/12/2010, 12:06 | Par marguerite en réponse au commentaire de Anne Gentry le 31/12/2010 à 10:36

Bonjour Anne, vous retenez précisément les mots pour lesquels j'ai choisi ce poème. Merci de partager. A l'année prochaine !

31/12/2010, 10:37 | Par françois périgny

.

31/12/2010, 12:11 | Par marguerite en réponse au commentaire de françois périgny le 31/12/2010 à 10:37

Bonjour Pierre,

Votre silence résonne. Merci. Enjambons cette haie...

31/12/2010, 17:24 | Par françois périgny en réponse au commentaire de marguerite le 31/12/2010 à 12:11

Je voulais juste marquer pour être sûr de pouvoir y revenir, Marguerite, et vous remercier infiniment pour le choix de ces poémes.

Dire qu'ils sont "beaux" serait bien peu dire. Et effectivement le silence leur convient, comme pour en entendre longtemps l'écho.

Merci.

31/12/2010, 19:23 | Par marguerite en réponse au commentaire de françois périgny le 31/12/2010 à 17:24

Pierre voici encore quelques mots de Jean-Pierre Siméon :

 

"Je crois en ceux qui marchent

A pas nus

Face à la nuit

 

Je crois en ceux qui doutent

Et face à leur doute

Marchent

 

Je crois en la beauté oui

Parce qu'elle me vient des autres..."

Credo (extrait) (Sans frontières fixes)

31/12/2010, 11:22 | Par Néfertari...Partie.

Bonjour Marguerite,

Alors nous à la Communale, on n'a pas enjambé les loukoums et la confiture de cerises ! Mille merci pour ces douceurs. Mais sans toi, c'était du sucré un peu amer. Mais très bon quand même !

Très joli billet.

Je t'embrasse.

31/12/2010, 12:02 | Par marguerite en réponse au commentaire de Néfertari...Partie. le 31/12/2010 à 11:22

Merci pour ton bonjour Néfer. Belle année à toi et à ta famille !

Et ravie que les loukoums aient trouvé un digne sort Sourire

31/12/2010, 12:13 | Par grain de sel

"Homme, prends garde, le feu est un langage qui demande

A courir."

 

Bonne enjambée et surtout bonne année à vous Marguerite ! Et merci....

31/12/2010, 16:45 | Par françois périgny en réponse au commentaire de grain de sel le 31/12/2010 à 12:13

Ce feu, Grain, me fait penser à cette vieille tradition du Poitou qui voulait que l'on saute par-dessus le feu de la Saint-Jean d'été, et l'hiver, au moment du solstice. Dans le hameau où vivait une de mes arriére-grand méres, en tout cas, sous la petite croix de pierre grise, au croisement de trois chemins de terre. Sca ne te rappelle rien ? (Un indice : c'est bleu).

31/12/2010, 19:15 | Par marguerite en réponse au commentaire de grain de sel le 31/12/2010 à 12:13

Merci à vous grain, eh oui le coeur et l'esprit sont de vaillants coursiers ...

 

31/12/2010, 14:44 | Par Siloë

Merci beaucoup Marguerite, pour ce billet et tous ces beaux poèmes.

J'aime beaucoup On est toujours plus petit qu'on ne croit.

 

31/12/2010, 19:11 | Par marguerite en réponse au commentaire de Siloë le 31/12/2010 à 14:44

Merci d'avoir laissé ces lignes, votre préférence ne m'étonne pas, et j'en profite pour vous souhaiter une merveilleuse année, digne de votre jeune âge...

31/12/2010, 17:55 | Par N. BOUBLITCHKI

Marguerite, merci pour tout et à tout bientôt chère amie dans la douceur et la force de ta lucidité.

Je suis repassée pour relire tes voeux ... ils sont superbes. Je crois que je vais venir les relire tous les jours Sourire

31/12/2010, 20:22 | Par marguerite en réponse au commentaire de N. BOUBLITCHKI le 31/12/2010 à 17:55

Bonjour chère Boubou, ravie de te revoir après ton escapade, merci de passer et repasser par ici (et à très bientôt); quelques lignes nouvelles :

Comme les barques de Macédoine

Tu as vu la jeune fille qui vient de la mer

Elle porte dans ses cheveux les roses d'Alexandrie

Elle marche dans la rue la plus nocturne

Il n'y a pas plus d'étoiles qu'au premier jour du monde

Mais tu penses que si tu devais la suivre

Tu habiterais les feuillages de la mer

C'est par les jardins que commencent les songes de folie

L'aube a salué les yeux noirs

Mêmes chameaux amers sur les routes libres

Georges Schehadé (extrait VI, Poésies 1938)

 

01/01/2011, 12:36 | Par N. BOUBLITCHKI en réponse au commentaire de marguerite le 31/12/2010 à 20:22

Encore marguerite, encore des lignes ... s'il te plait ...

01/01/2011, 13:29 | Par marguerite en réponse au commentaire de N. BOUBLITCHKI le 01/01/2011 à 12:36

Quelques lignes : Sourire

 

Ceux qui s'enivrent, dit-on,

demain seront en enfer ;

C'est incroyable propos

et parole mensongère ;

Si buveurs et amoureux

à l'enfer étaient promis,

On verrait le paradis

comme la paume désert !

Quatrain 61

 

Toi qui ne bois pas de vin,

épargne-nous ta censure ;

Tu te fais un peu trop vain ;

trêve de cette imposture !

Tu t'abreuves à des sources,

ô vertueux contempteur,

Telles que notre liqueur

auprès d'elles n'est qu'eau pure !

Quatrain 62

Omar Khayyâm (Cent un quatrains)

01/01/2011, 18:52 | Par N. BOUBLITCHKI en réponse au commentaire de marguerite le 01/01/2011 à 13:29

Tu as raison marguerite : quoi de plus réjouissant que Khayyâm ... allez je sors les quatrains et je débouche une carafe d'eau Clin d'oeil

 

Ce commentaire a été dépublié par son auteur.

01/01/2011, 13:35 | Par marguerite en réponse au commentaire de - le 31/12/2010 à 19:28

Oui bellaciao, contrevenir (mots de René Char, mots intérieurs de longue date)... Merci de votre passage d'un coup d'aile légère, bonne année à vous !

01/01/2011, 12:04 | Par Raphael JORNET

"enjamber", sans arrêter le mouvement, sans retenue et sans petites prudences, et puis courir la barrière passée

et parler haut et fort

comme un écho, au rêve

et mordre ses mollets.

("en forme de voeux"... pour vous, marguerite, et pour tous)

01/01/2011, 15:04 | Par marguerite en réponse au commentaire de Raphael JORNET le 01/01/2011 à 12:04

Merci pour ces voeux en clameur solidaire, Raphaël ; Et ainsi :

 

"...Face au galop

Sous la morsure

Devant la force qui gronde

Soyez l'obstacle

 

Dévoré par la nuit

Celui qui obéit à la nuit... "

Faire refus (J.P. Siméon, Sans frontières fixes)

 

Qui va là

Dans le bruit de nos villes

qui va là

si faible

ployé comme blé

sous l'orage

et chaque fois pourtant

ouvrant ses paumes fraternelles...

Le guet (J.P. Siméon, Sans frontières fixes)

 

N.B. : Ayant abondamment cité ce recueil, je me sens tenue d'en donner la référence dans ce billet :

Jean-Pierre Siméon, Sans frontières fixes, chez Cheyne dans la collection Poèmes pour grandir.

 

03/01/2011, 16:23 | Par Raphael JORNET

à bien y réfléchir, pour "enjamber d'une année l'autre" près d'une lisière, il faut de bien grandes jambes et beaucoup d'attention. De l'autre côté, il y a le loup. Qui lui n'écrit pas de poèmes pour grandir...

03/01/2011, 17:02 | Par marguerite

A la lisière, il y a bien souvent la forêt... dans la forêt il n'y a pas que le loup...ou alors on est dans le petit chaperon rouge là ?

Et qui a dit "et puis courir la barrière passée, et parler haut et fort" ?

Et le pseudo alors il sert à quoi ?

03/01/2011, 17:18 | Par Raphael JORNET en réponse au commentaire de marguerite le 03/01/2011 à 17:02

on voit que vous allez pas en forêt, marguerite... (encore un indice de plus sur internet... pseudo ou pas !Rire)

oui, c'est vrai, il y a ausi des satires, qui en veulent aux demoiselles...

Ici, c'est pareil: il y en a un qui fait couler de l'eau dans notre bassine après l'avoir percée...

nous, stupides ou niais, on regarde...

03/01/2011, 17:59 | Par marguerite

Très joli, merci pour ce beau tableau de nymphes au bord de la fontaine...avec leurs amphores...

Raphaël, vous savez bien ce que je veux dire en parlant de la forêt, c'est une métaphore Sourire à la lisière enjamber en est une autre...

Mais on est bien en 2011 non ? Nous avons traversé le guet, le gué... En pleine précipitation européenne extrême-droitière, 6 mois de l'un, 6 mois de l'autre, les messieurs du PPE à la fontaine, et ça ce n'est pas une métaphore.

Non seulement boulet national, mais boulet européen. Je suis sûre que dans leur agenda/calendrier, tout doit être cadenassé fin 2011.

La poésie est une arme chargée de futur...

 

 

03/01/2011, 18:05 | Par Raphael JORNET en réponse au commentaire de marguerite le 03/01/2011 à 17:59

le tonneau des danaïdes, toujours percé,

mais oui, je sais ce que vous voulez dire...

comme lui, que vous citez, qui en fait un outil.

"Tal es mi poesía: poesía-herramienta
a la vez que latido de lo unánime y ciego.
Tal es, arma cargada de futuro expansivo
con que te apunto al pecho."
 

03/01/2011, 20:55 | Par N. BOUBLITCHKI en réponse au commentaire de marguerite le 03/01/2011 à 17:59

Je joue au coucou ... je me mets entre vous deux entre deux poètes, au chaud, en sécurité pour un petit moment de répit en attendant le futur.

03/01/2011, 21:06 | Par Raphael JORNET en réponse au commentaire de N. BOUBLITCHKI le 03/01/2011 à 20:55

entre nous deux ? comme une lame de rasoir... alors, encore candidate ?

03/01/2011, 21:48 | Par marguerite en réponse au commentaire de N. BOUBLITCHKI le 03/01/2011 à 20:55

Hello Boubou, bienvenue sur la branche !

 

03/01/2011, 23:13 | Par N. BOUBLITCHKI en réponse au commentaire de marguerite le 03/01/2011 à 21:48

Marguerite, tu ouvres tes bras même à un coucou ... je savais que je pouvais avoir confiance ... et puis mieux vaut une branche qu'un fil ... allez, douce nuit ... je mets ma tête sous l'aile et je ronfle ...

22/01/2011, 20:55 | Par JJMU

Il est temps de faire des voeux.

Que nos projets se réalisent... au moins dans leurs grandes lignes, et dans les meilleures conditions possibles.

Au-delà de tous les projets qui se réalisent un jour, il y a de nouvelles nécessités qui s'ouvrent : entretenir la flamme qui a permis l'accomplissement de désirs conjugués.

Bien à vous, gens de bonne foi, de bonne volonté et de bonne veine.

Jean-Jacques M'µ

23/01/2011, 10:21 | Par marguerite en réponse au commentaire de JJMU le 22/01/2011 à 20:55

Bonjour, merci beaucoup de votre visite ! Oui, que nos projets se réalisent, nos voeux sont si forts et si profonds.

Salut à vous.

22/01/2011, 23:51 | Par françois périgny

"Obéissez à vos porcs qui existent

je me soumets à des dieux qui n'existent pas."

23/01/2011, 10:28 | Par marguerite en réponse au commentaire de françois périgny le 22/01/2011 à 23:51

Bonjour Pierre,

Je voulais vous écrire suite à votre contribution dans l'Edition sur le sentiment de la mort. Je n'ai pas encore pris le temps nécessaire, mais je le ferai ces prochains jours. Merci d'être venu ici à nouveau. En espérant que vous vous rétablissez.

(j'ai découvert hier Zbynek Hejda, poète tchèque ;

"Est-il certain que nous ayons un jour été ?", Valse mélancolique - Cheyne, collection D'une voix l'autre)

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