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Démondialisation, protectionnisme et sortie de l’euro
La "démondialisation" fait débat. Terme médiatisé par Arnaud Montebourg, ce néologisme mérite d'être défini et nuancé car recouvre plusieurs concepts, tels que protectionnisme (de quel type ?), sortie de l'Union européenne ou de l'Euro, relocalisation d'activités, recours à d'autres formes d'organisation économique ou entrepreneuriales,...
Or si les acteurs du débat entendent des concepts différents derrière ce mot, le discours est faussé, le conflit exacerbé, la discussion difficile. Ne mélangeons pas tout et apaisons ce débat, intéressant et indispensable dans la campagne présidentielle qui s'annonce !
Comme le disait récemment Jacques Attali invité par François Bayrou, « les deux questions clés de l'élection présidentielle porteront sur la vision du monde (et de l’Europe) et sur la vision de l'Etat » :
- comment résister aux forces de la mondialisation, au dumping monétaire, à une concurrence parfois jugée déloyale (dumping social et environnemental), avec ses conséquences sur les emplois (délocalisations) ?
- comment réguler la mondialisation, établir des règles acceptées de tous en matière d’accès aux ressources et de protection de l’environnement ? Comment interdire vraiment les paradis fiscaux et contrer les mafias internationales ? Au travers d’une gouvernance mondiale renforcée (et cependant démocratique) ou au travers d’un repli de la nation sur elle-même en fermant les frontières, en sortant de l’Europe, de l’Euro ?
- quel pouvoir reste à l’Etat ? Quelle prise a-t-il sur l’Europe, sur la mondialisation, sur la croissance économique, sur nos entreprises et nos emplois ?
En effet, les Français se rendent bien compte des conséquences de la mondialisation sur leurs emplois, par l’effet des délocalisations d’activités : depuis 1980, l’industrie française a détruit près de 2 millions d’emplois. Un document de Bercy estime que, entre 2000 et 2007, 63 % de ces destructions sont le fait de la concurrence internationale. Par exemple PSA et Renault n'ont produit que 29,7% de leurs automobiles sur le sol français en 2010 (...) » A noter que si Peugeot affiche 37,2% et Citroën 36,8% de véhicules assemblés en France, Renault dont l'état est toujours actionnaire n'en a produit que ... 26,4% ! (source : l'Auto Journal n°824 du 10 mars 2011).
Un sondage IFOP sur "Les Français et le protectionnisme" a été récemment publié sur le site "Pour un protectionnisme européen", réalisé à l’initiative d’un collectif qui fait la promotion du protectionnisme. Clairement, comme le résume cet article sur Agoravox, les Français approuvent à 65% le principe du protectionnisme, en tout cas sur les questions telles que posées.
Ces questions sont brûlantes et divisent les partis, au sein de la gauche (JL Mélenchon prône la sortie du traité de Lisbone, s’affranchir des règles européennes qui imposent aux politiques un carcan néolibéral, Arnaud Montebourg médiatise le concept de démondialisation ») et aussi au sein de la droite (Front National protectionniste à fond et pour une sortie de l’Euro et de l’UE, Nicolas Dupont-Aignan avec Debout la République aussi). Il semble que les lignes de clivage ne sont plus gauche-droite mais les anti-mondialisation et anti-euro face aux autres. Cependant, on trouve plusieurs nuances dans ces visions : « démondialisation » ne veut pas dire sortie de l’euro (Arnaud Montebourg ne va pas jusque-là) et peut signifier « relocalisation des activités, avec plus ou moins de dispositif protectionniste. De même le protectionnisme peut être très poussé et aveugle, avec une forte taxe dissuasive aux frontières, il peut être « éclairé » (terme de Maurice Allais), pour compenser une concurrence déloyale, par exemple le dumping monétaire de la Chine sur le Yuan, ou encore sociale ou environnementale si le pays ou la société exportatrice exploite ses travailleurs sans couverture sociale ou produit sans respect de normes environnementale. Dans ce cas, il faut savoir si on prône une telle taxe aux frontières de l’Europe sans pour autant sortir de l’Europe, ou aux frontières de la France. La question de l’euro (sortie de l’euro sans sortir forcément de l’UR) est aussi une autre question. Il ne faut donc pas tout mélanger !
Or les débats actuels, les invectives parfois violentes (comme récemment sur Mediapart avec Jacques Sapir, Pierre Khalfa et d’autres) ne permettent pas d’expliquer et différencier ces sujets, pour discuter dans un climat apaisé. Même Philipe Cohen dans Marianne2 interpelle François Bayrou, suite à son intervention sur France Inter lundi 20 juin 2011 :
« François Bayrou, réglait la question en un coup de cuillère à pot : la démondialisation, selon lui, ce n'est pas sérieux puisque seules l'extrême droite et l'extrême gauche en parlent. Bayrou, lui parle de régulation. Comme Nicolas Sarkozy. Comme François Hollande. Comme François Fillon. Comme Dominique de Villepin. Comme Jean-Louis Borloo. »
En fait François Bayrou avait dit :
« "La thèse de la démondialisation exposée par les deux extrêmes est un mensonge. La seule question que nous devons nous poser, c'est comment la France peut-elle continuer à produire?' L’Allemagne montre qu’on peut parfaitement produire et exporter en étant un pays de la zone euro, et donc améliorer le niveau social du pays", a-t-il souligné. "Je plaide pour une France forte et productrice ! »
Mais il a parlé un peu trop vite en assimilant la « démondialisation » à la sortie de l’Euro et de l’Europe ... Car en fait le Mouvement Démocrate défend l’euro et alerte sur les dangers d’une sortie de l’euro, qui renchérirait tant notre dette (15 milliards d’euro en plus de déficit public annuel pour une hausse de 1 point du taux, donc pour une hausse de 3%, ce qui serait le cas, l’équivalent de la totalité de l’impôt sur le revenu !). Mais par ailleurs, le Mouvement Démocrate prônait déjà en 2009 dans sa campagne européenne la réciprocité équitable des échanges entre l’Europe et les pays émergents, notamment la Chine (ce qui n’est pas le cas aujourd’hui, par exemple pour obtenir des marchés de construction en Chine, ou pour acheter des entreprises chinoises) et une fiscalité équitable aux frontières de l’Europe en cas de dumping de pays ne respectant pas les normes internationales en matière sociale, sanitaire ou environnementale (ce que propose aussi maintenant le Parti Socialiste dans son projet pour 2012), de même s’il y a un dumping monétaire... Appliquer ainsi aux autres les règles que nous nous appliquons à nous-mêmes en Europe et en cas de non respect, justifier d’une interdiction ou d’une pénalité. Ce qui n’est pas du « protectionnisme » qui lui consiste à pénaliser les autres sans pour autant que l’on s’applique la pénalisation à soi-même.
De plus, la mise en place d’un droit de douane « social et environnemental » sur les pays ou sociétés ne respectant pas les normes européennes que nous nous appliquons à nous-mêmes, supposerait :
1- La mise en place d'une norme internationale de minimum social et environnemental
2- Une application de cette taxe à la frontière avec un certain discernement. Cette taxe doit être juste et ne taxer que les produits ou service ne respectant pas la règle. Donc pas une taxe unique sur tous les produits chinois (sauf si on ne tient compte que d’un dumping monétaire, ayant une estimation de la sous-évaluation de la monnaie).
3- La possibilité d'en vérifier le respect. Il faut des agences de rating social et environnemental ! Autant on peut l'imaginer pour des grosses sociétés cotées par exemple, dont il faudrait compléter le rating existant qui est focalisé sur la rentabilité et les risques dans un but boursier, autant c'est plus difficile pour les petites sociétés. Comment vérifier ? A quel coût ?
Pour parler d'une "humanisation de la mondialisation", il faudrait réserver cette taxe pour financer les deux points ci-haut et mettre le reste dans un fonds qui aiderait les pays dont on a importé la marchandise à améliorer sa protection sociale et environnementale. Ainsi, l'argent taxé serait vraiment destiné dans son but premier, qui est le respect de l'homme et de l'environnement, incitant le pays à appliquer la norme de protection pour éviter la taxe, au bénéfice de son peuple. Utiliser cette taxe pour simplement réduire notre déficit détournerait l'intérêt de l'objet initial et ne serait pas inscrit dans une démarche humaniste, mais démagogique.
En fait, au-delà de l’intérêt égoïste mais néanmoins légitime de la protection de nos emplois pour éviter les délocalisations, la grande question est celle-ci :
« Mettre sur un pied d’égalité le commerce, l’environnement et le social »
L’OMC ne devrait plus pouvoir décider des négociations sur le libre-échange et sur la concurrence sans le FMI (dumping monétaire), sans l’OIT (normes de protections sociales et du travail) et sans les instances internationales donnant les normes de protection de l’environnement (en attendant une véritable une agence internationale de l’environnement). De même pour l’Europe vis-à-vis de ses partenaires extérieurs.
C’est l’idée que défend le Comité Pauvreté et Politique (petit think-tank dont l'objet est de lutter contre la pauvreté et de remettre l'homme au centre), avec ses recommandations :
ð Harmoniser entre elles les négociations internationales,
ð Promouvoir la justice sociale dans le nouvel ordre mondial.
Les toutes récentes déclarations de N.Sarkozy et de Ban-Ki-Moon vont dans ce sens. Mais il faut être plus précis et concret sur la manière de le faire. Et relier cette question internationale, qui a trait à la gouvernance mondiale, à la question de protection de notre économie locale, à la question du protectionnisme (et lequel ? Sous quelle forme) qu’il ne faut peut-être pas nommer protectionnisme s’il s’agit d’une régulation équitable du libre-échange.


Tous les commentaires
Il faut différencier démondialisation - impossible avec les moyens de communications- et déglobalisation de l'économie - possible en appliquant des compensation pour le dumping social et les pratiques environnementales non durables. Agir sur ces deux axes : pour une concurrence loyale dans le monde et pour recréer les moyens de produire en France.
et c'est là qu'on voit que Bayrou ne propose pas d'alternative et que c'est une impasse.
Comme Sarkozy, et malheureusement une partie de la gauche, il encense le modèle Allemand qui est un contre-modèle basé sur ce que les économistes appellent une stratégie de cavalier seul et de prédateur. Cette stratégie n'est pas pour rien dans les crises vécues par certains pays européens et, si elle continue et surtout s'étend, conduira l'Europe, déjà bien éloignée du principe de solidarité, à sa perte. Les allemands, pour le moment minoritaires, commencent à s'en rendre compte. Le PSD a fait son autocritique des années Schroder et le peuple a commencé a donner une giffle électorale dans les Landers à la CDU de Merkel.
Pas d'accord.
D'une part François Bayrou et son équipe ont des propositions concrètes sur l'économie, priorisant les PME, l'innovation et la création, en relevant les meilleurs idées et expériences de terrain. Cela passe par la simplification administrative, l'accès aux marchés d'Etat et des grandes entreprises, le soutien à l'exportation avec utilisation de réseaux, la prise de risque tout en s'appuyant sur des asurances, etc.
Ensuite François Bayrou cite le succès économique allemand pour chasser les idées faussessur les causes de ce succès : ni le coût du travail relatif (un peu plus élevé qu'en France), ni la monnaie (Euro, même monnaie que nous), mais un positionnement sur des produits de qualité à haute valeur ajoutée (machine outil notamment), exportés dans lespays émergents notamment, avec un bon tissu de solides PME.
Il n'encense pas le "modèle allemand". Il est aussi faux, polémique et avec relants d'une ancienne hégémonie de l'histoire, de dire que le modèle allemand est "prédateur".
Cette analyse ignore certains des problèmes fondamentaux
- la politique de l'euro fort et ses conséquences sur la compétitivité des entreprises française ( en ce qui concerne l'impact différent de l'euro sur l'Allemagne , il convient de souligner que c'est grâce à l'endettement des pays comme la Grèce que l'Allemagne a pu développer en Europe ses exportations de biens haut de gamme et de biens d'équipement)
- la financiarisation de l'économie et la politique financière des entreprises, avec la tendance vers les entreprises sans usines, ni buraux, avec la sous traitance, la fabircation et la production externalisée (OEM, etc.) et les délocalisations
- le développement des instruments spéculatifs, avec les marchés de dérivés spéculatifs, leur effet sur les prix et les dangers systémiques qu'il présente
- l'absence d'une réelle politique de développement des PME, artisans et professions libérales
Cette analyse n'a pas vocation d'embrasser tous les sujets, que je n'ignore pas cependant.
Merci pour votre analyse;
En tant que citoyen lambda, j'ai l'impression que le mot protectionnisme fait partie de "l'évitement des mots du litige"( formule tirée de l'ouvrage d'Eric Hazan, LQR La propagande du quotidien, 2006, Raisons d'agir), tel que prôné par la novlangue néolibérale, imposant partout son contraire, le libre échange.
Peut être est-ce pour cela que l'on parle de démondialisation, par peur de prononcer un gros mot. Même Mélenchon dans son livre Qu'ils s'en aillent tous, ne le prononce pas, il dit: "Le libre échange doit cesser". il est sorti en 2010, c'est à dire, une éternité. Depuis, Marine le Pen le reprend ouvertement, en le diabolisant encore un peu plus; elle, elle est surtout contre la libre circulation des gens.
Cette gymnastique sémantique est vraiment pénible et ajoute de la confusion; alors dire protectionnisme ciblé , c'est peut être plus explicite que démondialisation; il faudrait poser la question à ses auteurs;
lorsque l'on a rabaché le mot mondialisation pendant toutes ces années, franchement c'est donner encore un peu plus l'impression de prendre les gens pour des imbéciles. Dans le contexte, ce n'est pas une bonne idée pour les inciter à aller voter.
- la mondialisation du savoir, le partage des connaissances, c'est bénéfique
-la mondialisation du savoir faire, aussi, à condition de respecter les normes environnementales et sociales
-la mondialisation telle qu'on nous l'a vendue jusqu'à présent , à travers la libre circulation des marchandises et des capitaux est un désastre! comment faire maintenant pour contrôler l'argent électronique, qui voyage instantanément d'un simple clic (quelle aubaine pour les mafias!) Tout aussi choquant la présence des matières premières alimentaires sur les marchés!
D'où l'importance du débat sur la politique agricole; je doute que le G20(GFAIM) organisé récemment par la FNSEA ait été d'une grande pertinence... si on parle de politique agricole, il faut parler du foncier, et de l'accès à la terre, impossible pour les petits exploitants, les gros raflent tout;
Le moindre problème soulevé en fait surgir un autre, à la façon du jeu du Mikado, bref, c'est pas gagné!
Pour rétablir la confiance, il est urgent que les élites( attention à l'amalgamme qui est en train de se faire avec l'oligarchie) chacunes dans leur domaine, aient enfin une parole pédagogique sans être démagogique,et sans peur d'avouer que parfois ils se trompent, comme tout le monde, que des remises en question sont toujours nécéssaires, dans un monde de plus en plus compliqué; l'avenir est un vrai chantier.
L'un des paramètres qui fausse toutes les données sur la mondialisation est la bulle monétaire qui s'est créée , et qui entraine une spéculation accrue sur les marchés monétaires et marchés des matières premières .
C'est cette exubérance monétaire due essentiellement au dollar , qui est également une des causes de ce dumping .
Le dollar ne se sert de l'euro trop fort que pour éviter de s'effondrer totalement . La zone euro est l'un des paramètres d'ajustement de la politique monétaire américaine . En cela , il est difficile de parler du dumping chinois , ce sont les américains qui l'ont créé de toutes pièces , et les chinois à qui il ne faut pas en conter , ont arrimé leur monnaie au dollar pour éviter d'être les victimes de la politique monétaire américaine .
Nos politiques et nos financiers n'ont pas eu cette lucidité et cette clarté de vue .
Une vraie régulation monétaire avec une monnaie de référence stable comme celle que veulent les Chinois ou éventuellement , la fameuse monnaie du FMI , destinée à remplacer le dollar , pourrait faire diminuer ces dumpings qui sont autant monétaires que sociaux .
Tant que l'euro ne sera rien d'autre que la variable d'ajustement du dollar , les plans ou les taxations ne serviront à rien . Pour que l'europe puisse jouer un autre rôle , il faut d'abord qu'elle récupère sa souveraineté monétaire , donc ses pouvoirs régaliens .
Pour l'instant ce sont les USA qui gouvernent à travers la finance et les pouvoirs qui lui ont été stupidement cédés .
Marie-Anne, les choses sont d'une grande clarté.
Pas de croissance, pas de sortie du chômage de masse, pas de répartition plus juste des richesses, pas de moyens d'action pour l'Etat, en France, sans faire appel à des droits de douane, à un contrôle des mouvements de capitaux, à une politique monétaire facilitant certains crédits, et à un réencadrement et réengagement de l'Etat dans l'activité bancaire et d'autres activités comme la grande distribution, l'énergie, les transports et les communications, l'immobilier.
Ce sont des affirmations positives, dont on peut juger qu'elles sont vraies ou fausses indépendamment de sa sensibilité politique, qu'on soit communiste, socialiste, centriste, gaulliste, libéral, conservateur ou nationaliste. Pour juger qu'elles sont vraies ou fausses il suffit de faire des raisonnements économiques élémentaires.
Or toutes ces mesures ne peuvent être prises tout en respectant les traités de l'UE et les consignes de l'OMC et du FMI. Encore une fois ce sont des affirmations positives, qu'on peut juger comme vraies ou fausses en prenant connaissance de ces traités et consignes.
Et la plupart des partis refusent de prendre de telles mesures : NPA, PC, PS, Europe-Ecologie, Modem, République Solidaire, Nouveau Centre, UMP. Ce sont toujours des affirmations positives, qu'on peut juger comme vraies ou fausses en prenant connaissance des programmes de ces partis.
C'est aussi simple que ça.
François Bayrou est un membre du " Siecle ", donc rien de bon !
Non, François Bayrou n'est pas membre du Siècle et l'a même confirmé lui-même dernièrement sur ces interview twitter. Il y avait déjà eu un débat à ce sujet suite à une fiche datant de 2001 qui le disait "invité" du siècle : http://le-siecle.info/2011/05/en-est-il/ mais être invité ne signifie pas membre ...