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Le faux procès de l'Europe
Les arguments ressassés par la gauche de la gauche antilibérale (de même d’ailleurs que par l’extrême droite et la droite souverainiste) pour justifier une nécessaire sortie de l’Union européenne, voire de l’euro, ou un dénigrement très virulent des institutions européennes, sont les suivants:
Il est donc abusif de prétendre que l’Europe s’est faite contre le peuple, déniant la démocratie. Ceux qui récusent l’Europe et les institutions européennes, donc le contenant, parce qu’ils ne sont pas d’accord avec la politique suivie par cette Europe, le contenu, commettent donc une erreur de jugement, de logique. Même le philosophe Michel Onfray est tombé dans ce piège (voir sa tribune pages 78-89 dans le journal Marianne n° 740 de cette semaine paru le 25 juin 2011), accusant le think-tank Terra Nova et les sociaux-démocrates qualifiés de « gauche de droite » : « Ceux-là font leur thèse hégélienne à souhait : pour en finir avec le pire, il faut accélérer le pire, c'est-à-dire ne pas se soucier du peuple, célébrer « l’identité nationale intégratoire » et accélérer ce sui nous conduit dans le mur : l’Europe, encore l’Europe, toujours l’Europe, encore plus d’Europe … Si j’étais Marine Le Pen, je ferais de ces intellectuels des membres d’honneur du Front national ».
Michel Onfray est-il à ce point aveugle ? Ne réalise-t-il pas que Marine Le Pen utilise justement les mêmes arguments sur l’Europe que lui, que la gauche de la gauche ? Ne se rend-il pas compte, lui philosophe, qu’il commet un paralogisme*, en désignant le contenant alors qu’il conteste le contenu, comme si l’on cassait les assiettes après un repas jugé pas à son goût, et de surcroît en accusant le chef de cuisine alors que c’est lui, le client, qui a choisi le menu ?
Il ne faut pas se tromper d’ennemi, ni de combat. La structure supranationale Europe est utile, indispensable dans la mondialisation. Elle ne remplace aucunement les nations, comme la nation ne remplace pas la région. Les institutions européennes sont affaiblies car la gouvernance n’a pas été au bout de la logique fédérale prévue initialement. On a fait l’Europe des marchés et une Europe monétaire sans gouvernance économique. Il n’y a pas eu suffisamment de contacts et de pédagogie auprès des citoyens européens, rendant cette Europe lointaine et incompréhensible. Souvent, pour mieux se défausser de leurs propres responsabilités, les dirigeants de pays européens désignent cette Europe et ses lois comme responsables des maux, alors qu’ils ont voté eux-mêmes les lois en question, oubliant de rappeler combien cette Europe et l’euro ont aussi protégé les citoyens d’autres fléaux : inflation, pouvoir d’achat, commerce extérieur (70% au sein de l’Union), combien la facilitation des exportations a développé l’emploi en parallèle de la facilitation des importations, qu’il serait dangereux (en dehors de mesures réciproques et équitables) de limiter les importations sans s’exposer à des mesures de rétorsion en retour sur nos exportations, donc sur nos emplois. Quant à la politique libérale, il appartient aux électeurs européens d’en changer démocratiquement s’ils jugent que cette politique ne tient plus. Ce fut d’ailleurs le gros défaut du traité constitutionnel, outre d’être incompréhensible, de mélanger du contenant (constitution, gouvernance) et du contenu (priorité aux marchés et à la concurrence). Mais cela doit se faire par le vote à l’élection présidentielle comme par le vote aux élections européennes sur un contenu de projet politique que l’on souhaite voir soutenu au niveau européen, plutôt que par un rejet de l’Europe en renversant la table !
* Un paralogisme est un raisonnement faux qui apparaît comme rigoureux, mais où le locuteur est de bonne foi, contrairement au sophisme pour lequel il y a une volonté de tromper. Le paralogisme est un antonyme de syllogisme. Dans la Critique de la raison pure, Kant a identifié les paralogismes comme étant des illusions de la raison.


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"Quant à la politique libérale, il appartient aux électeurs européens d’en changer démocratiquement s’ils jugent que cette politique ne tient plus."
Plutôt politique ultralibérale.
Par ailleurs les membres du Conseil de l'Union Européenne, quand ils se réunissent, oublient de laisser aux vestiaires la casquette de leur pré carré national, et cela au détriment de l'intérêt commun de l'ensemble des Etats-nations. L'intérêt général étant tout autre chose que la somme des intérêts particuliers. D'où l'enlisement prégnant du char européen. Pendant ce temps, les chinois, eux, avancent.
Autre chose, les "pères" de l'Europe, quand ils ont décidé de mettre en marche les mécanismes pour aller vers une Fédération ou une Confédération des Etats Européens ne pouvaient surfer sur la vague d'un enthousiasme démocratique, à une époque où prévalaient encore les ressentiments exarcerbés par le tout récent conflit mondial. Les nouvelles générations devraient être beaucoup plus motivées.
Par ailleurs, dès que le budget de l'Europe sera constitué par des ressources propres comme le proposent les socialistes, et non par les contributions des Etats-nations, un pas décisif aura été franchi.
Enfin, enfonçons un peu plus le clou (à l'image de la chute de la goutte d'eau qui creuse inlassablement le granit). Pour faciliter la prise de conscience d'un destin commun, serait la bienvenue, non pas une langue dominante comme le globish, mais une langue passerelle comme l'Espéranto. La généralisation au coeur des masses populaires de son facile et peu coûteux apprentissage serait mille fois plus efficace que l'insuffisant dispositif appelé Erasmus réservé à quelques étudiants privilégiés.
Les gens à la gauche des courants dominants de PS, c'est à dire l'aile gauche du PS, le MPEP, le PG et le MRC, ainsi que les gaullistes de DLR et de l'UPR, et leurs auteurs de référence comme Lordon, Sapir, Généreux, Allais ou Gréau, ne sont pas des ignorants ou des déficients mentaux (il y a parmi eux beaucoup de gens diplomés et même des énarques), ne sont pas non plus des malhonêtes, et même pas des extrêmistes. Les gens du PG ou du MPEP ne sont même pas communistes, ils sont juste pour une économie de marché bien encadrée, dans la lignée du vieux courant social-démocrate, avec parfois aussi l'envie de favoriser l'essor des entreprises coopératives, dans la lignée du socialisme associatif.
Il y a des livres ou des pages internet où ils écrivent pourquoi ils pensent que l'UE n'est pas une institution démocratique, et pourquoi ils pensent que les pouvoirs que les démocraties nationales ont transféré à l'UE, sont indispensables à celles-ci si elles veulent mettre en oeuvre un vrai programme économique ambitieux, pour lutter contre la croissance molle, le chômage de masse, l'inéquité de la répartition des richesses, et même les problèmes sociétaux.
@ Samuel
Yes, sir.
S'agissant des personnalités, des compétences, des livres et autres pages du Web, on peut dire la même chose pour le camp de ceux qui pensent qu'il faut plus d'Europe, et en mieux, c'est-à-dire plus démocratique et plus sociale, débarrassée de l'ultralibéralisme.
Il me semble qu'on se trouve dans la position inconfortable de gens qui hésitent au milieu d'un gué périlleux. Les uns pensent qu'il faut revenir sur la rive de départ, et les autres pensent qu'il faut atteindre l'autre rive.
Si l'on revient sur la rive de départ, alors, repliés dans nos Etats lilliputiens, nous regarderons passer sur l'autre rive le train des Etatsuniens, des Chinois, des Indiens, et autres Brésiliens, tous citoyens d'Etats-continents. Nous finirons alors comme Venise, la cité florissante devenue musée.
Mais si, vaille que vaille, nous atteignons l'autre rive, celle d'une Europe fédérale mue par le courant social-démocrate et donc allergique à l'ultralibéralisme, on pourra continuer à causer, d'égal à égal, avec ces voyageurs-là, parce qu'embarqués dans la même aventure et non pas laissés au bord du chemin avec les oripeaux d'un passé révolu.