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DE GAULLE : un financier visionnaire ???
Lorsqu'on relit ce discours de De Gaulle , écrit avec l'aide de Rueff en 1965 , on peut se dire que qu'il était totalement visionnaire , y compris sur le sujet de la finance et de la monnaie .
Pour répondre à un commentaire de l'article d'aujourd'hui de Laurent Mauduit , je me permets de le reproduire ici . Car ce qui s'est passé ensuite est très important .
Sur larecommandation de l'économiste Jacques Rueff qui voyait la conquête de l'espaceet le conflit vietnamien déséquilibrer la balance des paiements des États-Unis,de Gaulle réclama à ces derniers la contrepartie en or d'une forte proportiondes dollars détenus par la France. L'opération était légale, car le dollarétait défini officiellement comme correspondant à 1/35 d'once d'or.
Règlementsinternationaux obligent, les États-Unis durent obtempérer et l'or fut transféréen France. En 1971, les États-Unis mettront fin à la parité pour faire «flotter » le dollar. À la suite des chocs pétroliers de 1973 et de 1979, lescours de l'or s’envoleront : le conseil de Jacques Rueff était judicieux à long terme
Conférencede Presse du Général de Gaulle, Palais de l’Elysée, 4 Février 1965
Question– M. le Président, en changeant en or une partie de ses avoirs en dollars, laFrance a provoqué certaines réactions qui ont fait apparaître les défauts dusystème monétaire actuel. Etes-vous partisan de réformer ce système, et, sioui, comment ?
Réponse(De Gaulle) - Je vais tâcher d'expliquer ma pensée sur ces points, A mesure queles États de l'Europe occidentale, décimés et ruinés par les guerres,recouvrent leur substance, la situation relative qui avait été la leur parsuite de leur affaiblissement apparaît comme inadéquate, voire abusive etdangereuse.
Rien,d'ailleurs, dans cette constatation n'implique de leur part et, notamment, decelle de la France quoi que ce soit d'inamical à l'égard d'autres pays, enparticulier de l'Amérique.
Car, lefait que ces États veuillent, chaque jour davantage, agir par eux-mêmes danstout domaine des relations internationales procède simplement du mouvementnaturel des choses. Il en est ainsi pour ce qui est des rapports monétairespratiqués dans le monde depuis que les épreuves subies par l'Europe lui firentperdre l'équilibre.
Je veuxparler - qui ne le comprend? - du système apparu au lendemain de la PremièreGuerre et qui s'est établi à la suite de la Seconde. On sait que ce systèmeavait, à partir de la Conférence de Gênes, en 1922, attribué à deux monnaies,la livre et le dollar, le privilège d'être tenues automatiquement commeéquivalentes à l'or pour tous paiements extérieurs, tandis que les autres nel'étaient pas.
Par lasuite, la livre ayant été dévaluée en 1931 et le dollar en 1933, cet insigneavantage avait pu sembler compromis.
Maisl'Amérique surmontait sa grande crise. Après quoi, la Deuxième Guerre mondialeruinait les monnaies de l'Europe en y déchaînant l'inflation. Comme presquetontes les réserves d'or du monde se trouvaient alors détenues par lesÉtats-Unis, lesquels, en tant que fournisseurs de l'univers, avaient puconserver sa valeur à leur propre monnaie, il pouvait paraître naturel que lesautres Etats fissent entrer indistinctement des dollars ou de l'or dans leursréserves de change et que les balances extérieures des paiements s'établissentpar transferts de crédits ou de signes monétaires américains aussi bien que demétal précieux. D'autant plus que l'Amérique n'éprouvait aucun embarras àrégler ses dettes en or si cela lui était demandé.
Cesystème monétaire international, ce « Gold Exchange Standard », a été parconséquent admis pratiquement depuis lors. Cependant, il ne paraît plusaujourd'hui aussi conforme aux réalités et, du coup, présente des inconvénientsqui vont en s'alourdissant. Comme le problème peut être considéré dans lesconditions voulues de sérénité et d'objectivité - car la conjoncture actuellene comporte rien qui soit, ni très pressant, ni très alarmant - c'est le momentde le faire.
Lesconditions qui ont pu, naguère, susciter le « Gold Exchange Standard » se sontmodifiées, en effet. Les monnaies des Etats de l'Europe occidentale sontaujourd'hui restaurées, à tel point que le total des réserves d'or des Sixéquivaut aujourd'hui à celui des Américains. Il le dépasserait même si les Sixdécidaient de transformer en métal précieux tous les dollars qu'ils ont à leurcompte. C'est dire que la convention qui attribue au dollar une valeurtranscendante comme monnaie internationale ne repose plus sur sa base initiale,savoir la possession par l'Amérique de la plus grande partie de l'or du monde.
Mais, enoutre, le fait que de nombreux Etats acceptent, par principe, des dollars au mêmetitre que de l'or pour compenser, le cas échéant, les déficits que présente, àleur profit, la balance américaine des paiement, amène les États-Unis às'endetter gratuitement vis-à-vis de l'étranger. En effet, ce qu'ils luidoivent, ils le lui paient, tout au moins en partie, avec desdollars qu'il ne tient qu'à eux d'émettre, au lieu de les leur payer totalementavec de l'or, dont la valeur est réelle, qu'on ne possède que pour l'avoirgagné et qu'on ne peut transférer à d'autres sans risque et sans sacrifice. Cettefacilité unilatérale qui est attribuée à l'Amérique contribue à faires'estomper l'idée que le dollar est un signe impartial et international deséchanges, alors qu'il est un moyen de crédit approprié à un Etat.
Évidemment,il y a d'autres conséquences à cette situation. Il y a en particulier le faitque les Etats-Unis, faute d'avoir à régler nécessairement en or, tout au moinstotalement, leurs différences négatives de paiements suivant la règled'autrefois qui contraignait les États à prendre, parfois avec rigueur, lesmesures voulues pour remédier à leur déséquilibre, subissent, d'année en année,une balance déficitaire. Non point que le total de leurs échanges commerciauxsoit en leur défaveur. Bien au contraire!
Leursexportations de matières dépassent toujours leurs importations. Mais c'estaussi le cas pour les dollars, dont les sorties l'emportent toujours sur lesrentrées. Autrement dit, il se crée en Amérique, par le moyen de ce qu'il fautbien appeler l'inflation, des capitaux, qui, sous forme de prêts en dollarsaccordés à des Etats ou à des particuliers, sont exportés au dehors.
Comme,aux États-Unis même, l'accroissement de la circulation fiduciaire qui enrésulte par contre-coup rend moins rémunérateurs les placements à l'intérieur,il apparaît chez eux une propension croissante à investir à l'étranger. De là,pour certains pays, une sorte d'expropriation de telles ou telles de leursentreprises. Assurément, une telle pratique a grandement facilité et favoriseencore, dans une certaine mesure, l'aide multiple et considérable que lesÉtats-Unis fournissent à de nombreux pays en vue de leur développement et dont,en d'autres temps, nous avons nous-mêmes largement bénéficie.
Mais lescirconstances sont telles aujourd'hui qu'on peut même se demander jusqu'ouirait le trouble si les États qui détiennent des dollars en venaient, tôt outard, à vouloir les convertir en or?
Lorsmême, d'ailleurs, qu'un mouvement aussi général ne se produirait jamais, lefait est qu'il existe un déséquilibre en quelque sorte fondamental. Pour toutesces raisons, la France préconise que le système soit changé. On sait qu'ellel'a fait, notamment, lors de la Conférence monétaire de Tokyo.
Étantdonné la secousse universelle qu'une crise survenant dans ce domaineentraînerait probablement, nous avons en effet toutes raisons de souhaiter quesoient pris, à temps, les moyens de l'éviter. Nous tenons donc pour nécessaireque les échanges internationaux s'établissent, comme c'était le cas avant lesgrands malheurs du monde, sur une base monétaire indiscutable et qui ne portela marque d'aucun pays en particulier.
Quellebase ? En vérité, on ne voit pas qu'à cet égard il puisse y avoir de critère,d'étalon, autres que l'or. Eh ! oui, l'or, qui ne change pas de nature, qui semet, indifféremment, en barres, en lingots ou en pièces, qui n'a pas denationalité, qui est tenu, éternellement et universellement, comme la valeurinaltérable et fiduciaire par excellence.
D'ailleurs,en dépit de tout ce qui a pu s'imaginer, se dire, s’ écrire, se faire, à mesured'immenses événements, c'est un fait qu'encore aujourd'hui aucune monnaie necompte, sinon par relation directe ou indirecte, réelle ou supposée, avec l'or.Sans doute, ne peut-on songer à imposer à chaque pays la manière dont il doitse conduire à l'intérieur de lui-même. Mais la loi suprême, la règle d'or -c'est bien le cas de le dire - qu'il faut remettre en vigueur et en honneurdans les relations économiques internationales, c'est l'obligationd'équilibrer, d'une zone monétaire à l'autre, par rentrées et sortieseffectives de métal précieux, la balance des paiements résultant de leurséchanges.
Certes,la fin sans rudes secousses du « Gold Exchange Standard », la restauration del'étalon -or, les mesures de complément et de transition qui pourraient êtreindispensables, notamment en ce qui concerne l'organisation du créditinternational à partir de cette base nouvelle, devront être concertées posémententre les Etats, notamment ceux auxquels leur capacité économique et financièreattribue une responsabilité particulière. D'ailleurs, les cadres existent déjàoù de telles études et négociations seraient normalement menées. Le Fondsmonétaire international, institué pour assurer, autant que faire se peut, lasolidarité des monnaies, offrirait à tous les Etats un terrain de rencontreapproprié, dès lors qu'il s'agirait, non plus de perpétuer le « Gold ExchangeStandard », mais bien de le remplacer. Le « Comité des Dix », qui groupe, auxcôtés des États-Unis et de l’ Angleterre, d'une part la France, l' Allemagne,l'Italie, les Pays-Bas et la Belgique, d'autre part le Japon, la Suède et leCanada, préparerait les propositions nécessaires.
Enfin, ilappartiendrait aux Six États qui paraissent en voie de réaliser une Communautééconomique européenne d'élaborer entre eux et de faire valoir au-dehors lesystème solide que recommande le bon sens et qui répond à la puissancerenaissante de notre Ancien Continent. La France, pour sa part, est prête àparticiper activement à la vaste reforme qui s'impose désormais dans l'intérêtdu monde entier.
Charlesde Gaulle Extrait de "Discours et Messages" - Charles de Gaulle -Plon, 1970 - pages 330 à 334


Tous les commentaires
Mongénéral est aussi favorablement connu pour avoir dit, avec raison, qu'on ne retournerait pas à la lampe à huile (pour la marine à voile, c'est moins sûr).
L'économie est désormais fondée sur la confiance. Quand la confiance fait défaut, on se raccroche aux fétiches, amulettes, et autres "reliques barbares", mais c'est comme "l'amour pour la vie, ça dure jamais bien longtemps" - ou bien ce serait le signe d'une profonde régression; on peut alors penser que les esclaves feraient une bien meilleure valeur-refuge encore.
Comme valeurs-refuges, il faut d'ailleurs chercher plutôt vers les "terres rares" (surtout chinoises, mais celles d'Afghanistan sont renommées).
Deux états américains viennent de reconnaître l'or comme moyen de paiement aux administrations ..
Quand l'électricité est en panne : un dîner aux bougies c'est romantique ^^^
http://abcnews.go.com/Politics/gold-standard-making-comeback-conservative-economists-states-push/story?id=13614584
En effet, un sacré visionnaire cet homme! Encore faut-il qu'il eut été écouté...en tout cas cela mérite réflexion (et adminiration). A croire que la sagesse de certains ne prennent écho que 40 ans plus tard. On peut d'ailleurs se demander pour quelles raisons il avait pris ses distances avec l'OTAN (http://www.lepoint.fr/actualites-politique/regardez-1966-quand-de-gaulle-sortait-la-france-de-l-otan/917/0/234943 ). Indépendance monétaire, indépendance en matière de Défense...que du bon sens!
Je remonte ce billet dans le tracteur.