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Entre ateliers vélo et échanges locaux

Boulevard Alsace Lorraine, chez Ogi ona, à Bayonne, j’ai acheté mes baguettes. Puis une jupe rose, quelques euskos, rue Pannecau. J’ai changé 50 euros en 50 euskos. J’achète mon panier de légumes, je vais chez la couturière, 20 euskos le bel ourlet, j’ai changé de coiffeur : l’ancien ne prenait pas la monnaie locale, l’eusko.

L’Abeille est la 1ère monnaie locale de France. Elle est née à Villeneuve sur Lot. En Pays basque où est si riche le tissu d’expériences alternatives, associatives et l’habitude des circuits courts, on s’est dit qu’on pourrait faire quelque chose de fort, qui réunirait vraiment plein de gens. On est allé en Bavière, où on trouve la plus vieille expérience de monnaie locale, le Chiemgauer, 3000 utilisateurs, 280.000 habitants, grande zone rurale, agricole. On est revenu, on a organisé des réunions publiques, les gens proposaient, on intégrait les propositions, on a choisi le nom de manière participative, les gens ont voté : l’eusko.

Si tu payes en euros dans un commerce local, tu ne sais pas ce que va devenir cet euro, peut-être servira-t-il à des fonds de pension, au circuit spéculatif chez BNP Paribas, le Crédit agricole ou la Société générale ? Peut-être aidera-t-il à construire l’aéroport de Notre dame des Landes ou une plateforme pétrolière ? Et quand tu laisses 1 euro il a 12 euros de capacité de nuisance, puisque, c’est la règle, les banques peuvent multiplier par 12 la monnaie. Quand tu retires de la BNP 1 euro, tu en retires 12. Que tu attaches à un territoire.

Tu retires un euro de la circulation et tu lui donnes 3 vies :

La 1ère : les entreprises qui veulent l’échanger contre des euros paient une décote de 5%. Alors elles vont peu à peu réussir à ne pas les échanger : elles trouvent des fournisseurs locaux. Elles privilégient leur intérêt collectif à long terme à leur intérêt individuel à court terme, qui consisterait à acheter dans la grosse distribution. Ou, on le voit, quand c’est impossible de faire autrement, elles payent les 5%, elles inscrivent ça dans leurs frais commerciaux, parce que c’est intéressant pour elles d’avoir cette clientèle-là. La 2ème vie de ton euro : quand tu le changes, l’association Euskal moneta[1] le met sur un compte à la NEF[2] : il finance des investissements sociaux et écologiques. Sa 3ème vie, c’est la société Herrikoa[3] qui la lui donne : Herrikoa, qui a créé des milliers d’emplois avec ses investissements de fonds propres dans les entreprises locales s’engage, pour chaque euro placé à la NEF, à investir 1 euro dans des projets qu’Euskal moneta choisit de financer (un projet de coopérative paysanne, un projet d’éolienne…)

Et puis une monnaie locale c’est plus qu’une monnaie, les échanges sont des occasions d’apprentissage de la langue - du moins ils permettent de donner une place à la langue basque. Les commerçants et les particuliers qui s’engagent dans le réseau eusko ont de petits défis de langue à remplir. Et puis c’est comme si tu donnais aux gens un peu de cette puissance que la globalisation capitaliste leur a pour de bon ôtée, cette impuissance-là à agir sur le politique, cette impuissance à refuser les nuisances humaines, écologiques qui nous mènent, on y pense, à un effondrement du système. C’est  aussi la possibilité de comprendre, concrètement, à notre niveau, comment marche l’économie, comment va notre monde. D’apprendre par exemple que parmi les fleurs que tu trouves ici, pas une seule n’y a poussé. Qu’elles sont passées par la Hollande, après être nées au Kenya.

Au-delà de tout, c’est l’effondrement du système qu’on anticipe avec des initiatives de transition comme l’eusko : on se prépare, tant qu’il en est temps, à vivre autrement, à apprendre à vivre ici, on se prépare, entre ateliers vélo et échanges locaux…


[1] Association gérant l’eusko.

[2] Coopérative de finances solidaires.

[3] Société de capital risque pour le développement économique en PAYS-BASQUE.

 

Tous les commentaires

11/03/2013, 17:23 | Par Pierre Avril

bravo , c'est intelligent,engagé, alternatif et ça coule comme un ruisseau.

ça me plonge dans l'étonnement et l'admiration : vive l'eusko.

 

14/03/2013, 08:12 | Par Bernard BIGENWALD en réponse au commentaire de Pierre Avril le 11/03/2013 à 17:23

Voui voui, et vive le retour à un moyen-âge revisité par les bobos écolos ! Et la TVA, elle est payée en euskos ? Bonne combine pour certains en tout cas !

11/03/2013, 17:40 | Par marie cosnay

merci, milesker, de tout coeur.

11/03/2013, 18:04 | Par Claire Rafin

Bonsoir Marie. C'est vraiment bien ça ! J'ai découvert l'existence de ces monnaies cet hiver sur mediapart et je  trouve que c'est vraiment intéressant. Je relaie votre billet sur facebook car il est simple et efficace. Et puis j'en parlerai à mon AMAP, je crois que je suis bientôt de permanence... Et sans doute aussi à ma coiffeuse pour dames... 

Même si les gens ne sont pas tous encore prêts, ils s'intéressent aux nouvelles solutions et quand ils en entendent parler une fois... la seconde, ils disent "ah oui, on m'en a déjà parlé !"

Et petit à petit, de petits initiatives en initiatives, les choses changent un peu, beaucoup...

11/03/2013, 20:32 | Par jean monod

Coup de sang dans l'or des nations ? En tout cas, coup de coeur. Dans l'imagination d'un autre or !

13/03/2013, 10:27 | Par serge athiel

Des initiatives de ce genre existent un peu partout en France (les monnaies SOL pour solidaires et la plus aboutie, le SOL VIOLETTE à Toulouse: http://www.sol-violette.fr/), en Europe (le Chiemgaeur, le Wir en Suisse - sans doute la plus vielle expérience: elle remonte aux années "30" quand l'Europe a pris la crise financière de plein fouet) et dans le monde. Il faut que chacunE mettions en place ces monnaies complémentaires, sociales, ... aux côtés de l'€ dans nos agglomérations, nos Pays, nos communautés de communes. Mais ce n'est pas simple (mais rien n'est simple dans la vie et surtout quand l'on veut un tant soi peu changer le monde ou tout du moins changer un peu nos comportements). Pas simple car il faut convaincre les utilisateurs de l'utilité du système et avant tout, faire passer l'idée que ce système de monnaies complémentaires permet de retrouver un certain pouvoir d'achat, une certaine consommation (une consommation de biens et de services utiles à soi et à l'intérêt général dans un 2ième temps) et convaincre TOUT AUTANT ceux qui proposent ces biens et ces services de rentrer dans la démarche. Il faut donc amener des éléments à tout un chacun que cela nous est profondément utile AVANT que de faire passer l'idée que cet outil (mais il n'est pas le seul) changera AUSSI le monde (mais ce sera plus long et plus compliqué). Je vous invite à aller voir ce que se fait (http://monnaie-locale-complementaire.net/), se dit là - dessus (et les très bons textes de Jean ZIN qui a beaucoup écrit là - dessus - sur le tryptique monnaies complémentaires, coopératives municipales et revenu garanti: http://jeanzin.fr ou).

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22/03/2013, 13:35 | Par alain chauvet

Marie Cosnay n'oubliera pas ce qu'a écrit Alain Chauvet. Pas plus que ceux qui l'ont lu avant que la plaintive ne sonne la censure, le nettoyage.

La petite bourgeoise aux ourlets à vingt euros se connaît mieux aujourd'hui. Son nom s'en trouve justifié.

Je comprends, néanmoins, que cette connaissance de soi puisse lui peser, et qu'elle ne veuille pas du miroir que le lui ai tendu et où elle s'est petitement reconnue.

Que la rutilance locale des euskos vous console...

Et que le spectre de la coiffeuse, qui a ma préférence, vienne à hanter vos "petits défis de langue"...

Vous remarquerez que sur le site de Médiapart on peut insulter Stéphane Hessel mais pas égratigner votre petite personne et ses "petits défis de langue"... et d'eusko. 

Oh Sainte Petite Marie Cosnay, la nettoyeuse ...

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