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28
May

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La Guadeloupe expliquée à mes amis de métropole

Le fils d'un de mes amis a écrit ce courrier à l'intention de ses amis de France:

Je vous envoie ce mail un peu long, certes, mais je voudrais vous dire deux ou trois choses, que vous ne voyez pas trop dans les JT de Canal+, France Télévision, TF1, M6, LCI... à propos de la grève en Guadeloupe puisque je la vis de l'intérieur. J'espère sincèrement que vous prendrez le temps de lire ces quelques lignes. Lisez tout, si vous le pouvez. Et une partie si c'est trop long. Je tiens au paragraphe en violet car c'est cette question qui m'a poussé à écrire un si long mail, mais je crois que tout comporte son intérêt...

Pourquoi ? Parce que j'imagine que vous entendez comme tout le monde les infos et que je les trouve très partielles (et partiales). Parce que je pense qu'il peut y avoir méprise. Vous pouvez diffuser à votre guise au sein de PMP6.

N.B : Je soutiens cette grève. Ce mail comporte donc une dose de subjectivité, mais je ne fais ni dans la propagande, ni dans le mensonge. Je reste objectif sur des faits dont vous n'entendez probablement pas parler.

Let's go !

En effet, la Guadeloupe connait depuis bientôt 4 semaines une grève générale contre les profits abusifs (de grâce, cessez de parler de grève contre la vie chère car il ne s'agit pas tout à fait de cela).

Je vais simplement, sans organisation donner quelques faits (j'écris à mesure que ça vient et je m'excuse d'avance des fautes d'orthographe que ma vigilance laissera passer).

Une grève contre la vie chère ?

Non. Pas vraiment.

Le collectif qui mène la grève est un ensemble de 49 associations syndicales, politiques, associations de consommateurs et associations culturelles. Elle a déposé (un mois avant le début de la grève générale, et personne n'a jugé bon de s'en préoccuper) un cahier de 146 revendications réparties sur 10 chapitres. Parmi ces chapitres, un (un seul !) concerne la vie chère.

Mais alors qu'est-ce que cette grève ?

Le collectif à l'initiative de cette grève s'appelle "LKP" : Lyannaj kont pwofitasyon (C'est du créole). Traduction "alliance contre le vol et les profits abusifs". C'est une mobilisation sans précédant. Le LKP parle de 100 000 personnes dans les rues (sur une population de 460 000, soit près du quart de la population). Au delà de la bataille des chiffres, une chose est sure : c'est historique. C'est la plus grande mobilisation de l'histoire de la Guadeloupe et chaque sortie du LKP crée un nouveau record. Depuis une semaine, la Martinique emboite le pas, la réunion depuis deux jours, et la Guyane s'y prépare.

Qu'est-ce que la "pwofitasyon" ?

Surtout, ne pas traduire par "profit" (c'est un faux amis). La "pwofitasyon", ici peut se traduire comme je viens de dire par "profits abusifs". Dans le langage courant, "pwofitasyon" désigne l'abus de pouvoir qu'un puissant exerce sur quelqu'un dont il sait déjà qu'il est pus faible que lui, pour le rendre encore plus subordonné. L'exemple type, est celui des enfants dans la cours de récréation d'une école primaire. Les "grands" de CM2 peuvent exercer dans la cours des "pwofitasyon" sur les "petits" de CP, qui n'auront que leur yeux pour pleurer. (N'est-ce pas mignon, notre cher et tendre enfance ?)

Les domaines de "pwofitasyon" sont multiples chez nous :

Le constat est le suivant. En Guadeloupe, les prix sont beaucoup plus élevés qu'en France et donc parmi les plus élevés d'Europe et du monde. On constate (pour les mêmes enseignes et les mêmes produits) des écarts de plus de 100% que l'éloignement (il faut bien payer le transport) n'explique pas (exemple : 84% sur les pâtes alimentaires). Selon tous les experts, après analyse de la chaine, de la production au cadie du consommateur, en passant par le transport, le surcoût par rapport à l'hexagone ne devrait pas dépasser 10%. Les différences de prix constatées ressemblent donc fortement à.... du vol organisé.

Quelques exemples de "pwofitasyon" dénoncés par le LKP :

  • L'essence que payait les guadeloupeéns était l'une des plus chère au monde. Il y a une crise internationale qui a fait exploser le cours du pétrole, certes, mais cela n'explique absolument pas le cours des prix en Guadeloupe (dans les DOM de manière générale). Aujourd'hui qu'un début lumière commence à être fait sur la question, plus personne ne le conteste.
  • Le LKP a présenté à l'état son expertise des méthodes de fixation des prix, résultat : tout le monde est d'accord sur le constat qui consiste à dire que les prix sont anormaux (même ceux qui sont contre la grève générale comme forme choisie pour le dénoncer) . Le secrétaire d'état aux DOM, monsieur Yves Jego envisage même une action en justice de l'Etat contre la SARA (Société Anonyme de Raffinage Antillaise) dont l'actionnaire principal (70%) est TOTAL. Vous m'accorderez sans doute que ce ne sont pas des nécessiteux. Et Jego (lui même), a dit que si après enquête, il est démontré que la SARA a perçu des sommes indues (ce sera probablement le cas), cette somme devra être remise aux guadeloupéens sous la forme d'un fond pour la formation professionnelle.

N.B : La SARA est en situation de monopole en Guadeloupe, pas de concurrence. C'est elle qui distribue l'essence.

Quant aux prix de la grande distribution... une des pistes est de créer "un panier de la ménagère" constitué d'environ 100 produits sur lesquels la grande distributions n'aurait plus le droit de dépasser les prix de l'hexagone de plus de 10%, avec la création d'un organe bi-mensuel de contrôle des prix pour éviter de nouvelles dérives.

N.B : Les géants de la distribution sont en situation de quasi monopole. Il s'agit principalement du groupe Hayot (Bernard Hayot est dans le top 120 des fortunes françaises). En plus ils détiennent l'importation et ont le monopole de la distribution sur plusieurs grandes marques. Pour accentuer le problème, les quelques concurrents existants sont des groupes amis (cousins, alliancés...) puisque ce circuit est aux mains d'une ethno-classe compacte et réduite(**).

(**) voir reportage assez édifiant de canal + "Les derniers maitres de la Martinique"

 

Autre détail intéressant. Parmi les revendications sur le coup de la vie, il y a la baisse des tarifs des prestations bancaires. Et que s'est-il passé ? Dès que les banques en Guadeloupe (pourtant les mêmes que dans l'hexagone) ont pris connaissance des revendications les concernant, avant même que cette question ait été négociée, les banques ont adopté une baisse de leurs tarifs !! Permettez moi de penser que ça signifie que les tarifs étaient effectivement abusifs.

Le reste des revendications ?

Elles traversent TOUS les domaines de la société. Vraiment tout. Les 9 autres chapitres : Education, Formation professionnelle, Emploi, Droits syndicaux et liberté syndicales, Services publics, Aménagement du territoire et infrastructures, Culture, et enfin "pwofitasyon" (il s'agit de réclamer des mesures pour contrôler désormais les prix). J'appelle ça un mouvement sociétal. Si certains persistent à parler de vie chère...je n'y peux rien. C'est un véritable cahier de Doléances. Il parcourt l'ensemble des domaines de la société.

Rappelons que ces revendications sont au nombre de 146 et que le LKP a défini parmi ces 146, 19 à négocier immédiatement, puis d'autres qui demandent des réponses plus purement politiques voire institutionnelles, qui devront être débattues à long et moyen terme.

Je peux, si vous le souhaitez, vous envoyer ce cahier de revendications.

Mais alors... Pourquoi ne parle-t-on que de ces foutu 200€ que le LKP demande ?

Parce que cela fait partie effectivement des revendications et comme tout le monde s'y attendait, c'est le point qui bloque les négociations. Le LKP ne démord pas. Le patronat ne démord pas. Les positions se radicalisent.

Commentaire personnel : Je trouve ça dommage qu'un si beau mouvement bloque sur un point que je considère comme étant secondaire en terme de portée sociétale sur le futur de la Guadeloupe.

N.B : Il s'agit d'une augmentation de 200€ des bas salaires

Les guadeloupéens sont asphyxiés et meurent de faim alors ?

Mais pas du tout !! C'est cette question qui m'a poussé à écrire ce mail. Un ami métropolitain m'a appelé aujourd'hui pour me demander si on tenait le coup. Au début j'ai commencé à répondre que malgré la durée du conflit, la mobilisation était toujours de mise. Il me coupe : "Non, je voulais dire...Arrivez vous à remplir le réfrigérateur" !!

La Guadeloupe est en grève générale depuis bientôt 4 semaines. Les hyper marchés et super marchés sont fermés. En revanche les petits commerces de proximités sont ouverts, mais les rayons des magasins sont de plus en plus vides...

MAIS : La Guadeloupe s'organise. L'UPG (Union des Producteurs Guadeloupéens) ainsi que les pêcheurs font parti du LKP. Les poissons ne sont pas en grève : les pécheurs continuent à pêcher et à vendre leur poisson. Les animaux ne sont pas en grève : les éleveurs continuent à s'en occuper et à vendre leur viande. La terre n'est pas en grève : les cultivateurs continuent à travailler leurs exploitations et vendent leur denrées. Notre réfrigérateur n'a jamais été aussi plein.

Les hyper marchés sont fermés, mais les marchés sont ouverts. Il y a mieux : des marchés populaires sont organisés devant les piquets de grève et un peu partout. Les producteurs y vendent leur denrées aux prix auxquels ils ont l'habitude de vendre aux super marchés. Conséquence : ils ne perdent pas leur récolte ni leur revenus, et le porte feuille du consommateur apprécie puisque les marges exorbitantes de la grande distribution ne sont plus là.

Nous mangeons à notre faim et -fait intéressant- nous n'avons jamais autant consommé local !!
Je n'ai pas de purée mousseline, je n'ai plus de pâtes panzani... et alors ? J'ai des tubercules, des légumes, de la viande, du poisson, des fruits frais, des fruits secs, des fruits de mer... Et ça coûte moins cher que d'habitude.
En fait, je crois que je n'avais jamais mangé aussi équilibré de ma vie.

Si vous n'avez jamais entendu tout ça, est-ce que la presse nationale fait de la désinformation ?

Je n'irai pas jusqu'à dire qu'on vous ment. Disons que parmi tout ce que les envoyés spéciaux des média nationaux voient, ils choisissent 5%, et le choisissent d'une manière assez surprenante.

La première semaine, ils n'en parlaient pas. La deuxième semaine, ils n'ont montré que des images de touristes dont les vacances ont été gachées par cette grève (je suis sincèrement désolé pour eux, mais c'est la vie). Ils ont montré des rayons de super marché vide et ont semblé vouloir dire que la rupture des stocks créait le plus grand désarroi... Ils ont fustigé une grève qui - dit-on - pénaliserait de manière irrémédiable l'économie Guadeloupéenne.

Puis Le secrétaire d'état aux DOM est arrivé en Gaudeloupe. Il y a carrément déplacé son cabinet et son staff. La presse ne pouvait plus se contenter des mini sujets baclés. Ils ont commencé à en parler un peu plus. Aujourd'hui, l'information que vous recevez est de plus en plus conforme à ce qui se passe.

Les "vrais" reportages font leur apparition. France inter a fait une longue émission dessus, j'ai pu voir un long article sur Elie Domota, porte parole du LKP dans je journal Le Monde. Libération a publié un long texte d'Enest Pépin (écrivain Guadeloupéen)... Ca commence à changer. Pourtant, je suis persuadé que ceux qui ont tout lu de ce mail ont appris beaucoup de choses.

Pour les plus courageux, j'ajoute encore quelques points importants. Je quitte la description pour rentrer dans l'analyse (mais vous pouvez vous arrêter là).

Xénophobie ? Racisme ? Les slogans ?

Non, non, et trois fois non ! Le slogan principal repris depuis le 20 janvier en coeur par les manifestants :

"La Gwadloup sé tan-nou, la Gwadloup sé pa ta yo. Yo péké fè sa yo vlé, adan péyi an-nou"

Traduction littérale : " La Guadeloupe est à nous, La Guadeloupe n'est pas à eux. Ils ne feront pas ce qu'ils veulent dans notre pays"

Traduction plus usuelle : "La Guadeloupe nous appartient, elle ne leur appartient pas. Nous ne les laisserons pas faire ce qu'ils veulent dans notre pays."

La question qui inquiète certains : Mais qui est ce nous et ce eux ?
Nous = noirs ?
Eux = blancs ? Si oui, lesquels ? Les blancs en général (métropolitains) ou les "béké", descendants des maitres d'esclaves et qui ont su conserver leur domination économique et d'influence grâce aux héritages de génération en génération depuis l'époque esclavagiste, jusqu'à présent (sans la diluer dans le reste de la population car le béké fait souvent attention à "conserver la race" (**)

(**) voir reportage assez édifiant de canal + "Les derniers maitres de la Martinique"

 

Selon moi, il ne s'agit pas de ça. Moi qui vit ce mouvement de l'intérieur, moi qui reprend ce refrain avec joie depuis 4 semaines, je n'ai jamais désigné le blanc par ce "eux" et tous les gens de mon entourage sans exception sont du même avis.

Mais alors qui ? Eux...mais bien sur, cela désigne les "profiteurs". Les responsables de la pwofitasyon. La Guadeloupe n'est pas un simple tube digestif, une sorte de terre de consommation, un simple marché ou tout le monde peut venir faire ce qu'il veut, comme dans une zone de non droit. Or les "pwofitasyon" révélées par ce collectif, et que plus personne ne conteste donne bien l'impression que c'est le cas depuis déjà trop longtemps. Avec la complicité de l'Etat, volontairement ou par négligence (je veux bien croire que c'est par négligence).

On en est à une situation ou il a fallu qu'un collectif de 49 association déclenche une grève générale et déclenche les plus grandes manifestations de l'histoire de la Guadeloupe pour que l'Etat, enfin joue son rôle d'arbitre et de répression des fraudes. De nombreuses voix en Guadeloupe avaient déjà dénoncé ces faits, mais de manière isolées et sans réel résultat. Aujourd'hui, la tendance semble s'inverser. C'est ce eux là que nous dénonçons depuis 4 semaines (27 jours)

Quant au nous, il est prometteur de quelque chose de tout à fait nouveau, qui peut être enfin dépassera les clivages de race (ou en tous cas tendra vers ça). La première personne à m'avoir envoyé un sms pour me dire de venir en meeting est une Guadeloupéenne...blanche !

Pour moi, un Guadeloupéen est quelqu'un qui lit son destin au destin de la Guadeloupe. Il est souvent noir (question de chiffre), mais il est aussi blanc, indien (de nombreux indiens ont débarqué en Guadeloupe après l'abolition de l'esclavage). Il pourrait même être vert pomme que cela ne dérangerait pas les dizaines de milliers de manifestants qui chantent ce slogan.

Surtout, nous ne sommes pas prêts à échanger sous prétexte de la race, une pwofitasyon blanche contre une pwofitasyon noire. Ce Nous-Eux est moral, bien plus que racial.

Cela ne signifie pas qu'il n'y a pas de problème de racisme en Guadeloupe. Il est clair que la société est pyramidale et que plus on monte vers le sommet de la pyramide, plus les peux sont claires. Les races n'existent pas, c'est une vérité qu'il faut répéter sans cesse... Mais le racisme existe et le poids de l'histoire esclavagiste et coloniale est palpable. Nous voila avec ce mouvement face à un formidable défi qui consiste à poser les problèmes tels qu'ils sont, pour les régler, et les dépasser. Permettez moi d'ajouter que je suis assez optimiste sur cette question.(*)

(*) Pour ceux qui voudraient, je peux envoyer un extrait de discours du porte parole du LKP abordant ce sujet d'une manière que je trouve assez fine, de manière forte, mais sans haine.

Scolarité en péril ?

J'étais à Paris 6 lors de la grève contre le CPE et sur les 12 semaines prévues du semestre, on a pu faire 11 semaine (moyennant le sacrifice des vacances scolaires). Il y a fort à parier que nous ferons la même chose. Tout le monde est prêt à voir disparaitre les vacances de pâques, pentecôte et les jours fériés. D'ailleurs les cours sont mis en ligne par les enseignants dans de nombreux établissement. Et RFO, la télé locale (une branche de france télévision) va bientôt commencer à diffuser des cours faits par des enseignant sur les plateau de télévision, afin que tout le monde puisse regarder, à chaque niveau, à chaque matière. La petitesse de l'île le permet, nous ne nous priverons pas de ce moyen !

Evolution statutaire ?

Peut être. En tous cas la question est posée. Le débat est ranimé. Le mouvement s'exprime sous forme de grève mais la densité du cahier de revendications montre clairement que tous les fondements de la société sont remis en question.
Parmi les meneurs du LKP, nombreux sont ceux qui sont "au moins" autonaumistes. Pourtant, après 4 semaines, aucun membre (sans exception) n'a jamais prononcé les mots "évolution statutaire". C'est un débat qui déchaine les passions et pour le bien du mouvement, il convient de rappeler que ce n'est pas le but du mouvement. Ce mouvement pose des questions et met en avant ce que veulent les Guadeloupéens.
Si les hommes politiques apportent parmi leurs réponses une question institutionnelle, elle fera de toutes les façons objet de débats, et de référundum.

Mon avis sur la question :

Les lois françaises sont conçues pour répondre à une réalité géopolitique précise. Celle d'une France au coeur de l'Europe, société post-industrielle. Elle n'ont jamais convenu ni aux colonies, ni plus tard aux DOM-TOM et COM. Si bien que pour pallier le "handicap", nous sommes toujours passé par des lois, qui mettent en avant de nombreuses spécificités. Aujourd'hui, le systême d'intégration montre ses limites. Ceux qui jadis s'en accommodaient, aujourd'hui soutiennent massivement un mouvement social, qui -bien que ce ne soit pas son objectif- attire l'attention sur le fait que rien ne va bien et qu'il faut peut être songer à changer les choses en profondeur.

N.B : Quelque soit ce qui arrive, l'indépendance n'est absolument pas à l'ordre du jour. Ni l'Etat, ni le LKP, ni les nombreux manifestants qui soutiennent le LKP, ni même les organisations anciennement indépendantistes des années 60, 70 et 80 ne considèrent que la question est à l'ordre du jour. Les organisations "anciennement indépendantistes" continuent à énoncer le principe moral du droit des peuples à l'autodétermination qui est un droit inalliénable inscrit dans la charte de l'ONU ; mais s'accordent pour dire qu'il faut aller pas à pas, sans bruler les étapes.

Les pistes avancées sont plutôt celles d'une évolution statutaire dans le cadre de la République Français (genre article 73 et 74 de la constitution) vers plus de pouvoir décisionnel local, plus de pouvoir législatif et douanier, afin de répondre à la réalité géopolitique (nous sommes européens, mais nos îles baignent dans le bassin caraïbéen !).

Voila un lien vers la constitution française. Vous pourrez donc consulter les articles 73 et 74.

Voila mon constat et mon point de vue sur cette grève générale en Guadeloupe.

Je vous remercie d'avoir bien voulu lire un aussi gros pavé. Je rappelle que je ne suis ni politologue, ni sociologue... vous excuserez les approximations et la lourdeur du style. Je suis simple étudiant guadeloupéen, solidaire du mouvement et j'expose là, ce que je comprends de ce mouvement.

P.S : : J'ai commencé ce mail hier. Aujourd'hui, la situation a un peu évolué. La repression policière et militaire est désormais en marche.

Le mouvement a une dimension internationale. Hier, c'est le révérend Jessy Jackson en personne qui a envoyé son soutien au peuple de Guadeloupe et au LKP. Les organisations syndicales du monde entier (je n'exagère pas) rentrent en contact avec le LKP pour leur demander comment ils arrivent à mobiliser 100 000 personnes, sans un débordement (c'est le service d'ordre du LKP qui organise la sécurité générale).
La Guadeloupe vient de connaitre ses 27 jours les plus calmes niveau violences domestiques. Jamais il n'y a eu si peu d'agressions et de faits divers. 0u d'accidents de voitures (pas d'essence, tout le monde roule à 70 km/h).

Les Guadeloupéens sont vraiment fiers de ce mouvement. Mais ce matin, la repression a commencé face a un mouvement pacifiste depuis 27 jours. Il y a eu une soixantaine d'arrestations de gens qui étaient simplement sur les barrages pacifiques. Une des tête du LKP a été blessée. Il a subi des injures racistes venant des forces de l'ordre (toux ceux qui s'y connaissent un peu en histoire de la Guadeloupe savent que c'est monnaie courante lors des repressions de mouvement sociaux aux DOM).
Je ne fantasme pas sur le poids de l'histoire. Tout au long de la seconde moitié du 20è siècle, tous les grands mouvements sociaux ont été réprimés par les mitraillettes, lorsqu'à Paris, le gaz lacrimogène suffisait largement. C'était le cas en 1910, en 1952, en 1967, en 1975, en 1985. Chaque répression a apporté son lot de mort, même si celle de mai 1967 accapare toutes les mémoires puisque le nombre de morts a dépassé peut être la centaine de personnes.

Évidemment, de l'eau a coulé sous les ponts. 1967 et 2009 sont différents. Mais le prefet et l'état jouent à un jeu dangereux. Car l'ensemble des mobilisés connait le poids de l'histoire et la tension est à son comble et beaucoup ont déjà averti que cette fois ci, les guadeloupéens ne mourront pas...
Le LKP a appelé au calme. Il appellent à la mobilisation massive et pacifiste pour faire reculer la répression. L'immense majorité des interpellés aujourd'hui ont été relachés ce midi grâce (une fois de plus) à la pression populaire de la foule, massée pacifiquement devant la police et et le tribunal de Pointe-à-Pitre. La tension redescend petit à petit.
Le préfet avait promi que les environ 4000 CRS débarqués en Guadeloupe dès le début du conflits étaient juste une sécurité qu'il souhaitait de tous coeurs ne pas utiliser. Depuis que les négociations sont bloquées, d'autres ont débarqué...

Sadi SAINTON

Tous les commentaires

Grâce à vous et à Mediapart, j'ai une vision plus précise et réelle de la situation. Sur France Inter, j'ai suivi les reportages de Daniel Mermet tout au long de la semaine passée, en particulier sur le chômage des jeunes qui atteint 56%. Comme vous nous le dites, le ravitaillement s'organise en dehors des circuits des supermarchés. Continuez ainsi pour faire plier l'échine de la grande distribution. Une question: depuis 1 mois, vous n'avez plus de salaire... comment faites-vous? Il faut tenir, tenir, et abattre ce système pourri dont vos édiles politiques sont aussi responsables. De tout coeur avec vous. Fred.

Cher Sadi, je suis sidéré. Je me doutais bien de ces choses que tu mets à plat. Mais les lire aussi précisément me consterne. J'avais raison dans mes impressions. Tenez le coup ! Vivez sur vos produits qui ne peuvent être que meilleurs... et moins chers., ça fera vivre bien des familles de vos producteurs. Tenez le coup ! Beaucoup comme moi, sûrement, sont respectueux de votre identité, de vos détermination et pacifisme. C'est votre droit le plus absolu de jouir des mêmes droits que tous les Français. Je souhaite vivement que les choses bougent dans votre sens. en tous les cas, je suis humblement avec vous...Tenez le coup !

Merci beaucoup de votre "pavé" qui en vaut complètement la peine. Le point que souligne Fred Oberson, ci dessous, m'a aussi frappée : le circuit alimentaire de produits locaux. Et continuez à nous donner des nouvelles, en particulier de la répression. Les personnes arrêtées ont elles été relâchées ? Bon courage. ajout : A l'instant, sur France Culture, Christiane Taubira résume aussi très bien les choses : -Elle montre que la complication des négociations tient aux tergiversations du gouvernement et à son emploi de la répression. - Elledémonte aussi l'argument "le LKP est-il maximaliste"? : en répondant qu'il s'agit là d'un mouvement social basé sur un préaccord, comme vous le dites. Ce préaccord, personne ne l'a trouvé extravagant,pas même le patronat à l'époque. Et ce mouvement, dit-elle, c'est une convergence qui fonctionnne de façon très efficace, avec une grande résonance dans la société.

Merci de ce témoignage . Les paysans et les consommateurs métropolitains devraient méditer sur l'organisation de vos marchés locaux et syndicaux . Les marchés paysans en métropole alignent leur barême sur les prix de détail de la grande distribution ce qui fait que le kilo de pêches à Valence au mois de juillet est le même , à quelques centimes près que celui des hypers de la région .La lutte contre la vie chère ça s'organise . Certain voudraient éviter la contagion et garder aux DOM leur spécificité si pour une fois l'exemple venait de ceux qui pensent être méprisés quel bel exemple de maturité donnerait notre pays.

Un ancien peuple colonisateur comme le nôtre a du mal à comprendre que, malgré la décolonisation, il peut avoir encore des conceptions et des réflexes de colon ; entre autre, celui de croire que les problèmes des "territoires d'outre mer "se régleraient à Paris, au Ministère du même nom, - ou à l'Elysée - au sein de la "Mère Patrie". Les allers-retours sous contrôle de Mr Jégo l'illustre bien. Or, ne faut-il pas avoir une connaissance subjective des Antilles et une présence sur place pour penser correctement la société antillaise dans son ensemble et ses besoins ? Etc. ...

OUI SI ON SE DONNE LES MOYENS DE TOUT LIRE ET DE TOUT ECOUTER, POUR CEUX QUI NE CONNAISSENT PAS LA GUADELOUPE ET LES AUTRES ILES, ON PEUT SE POSER BEAUCOUP DE QUESTIONS, MAIS VOTRE MESSAGE NOUS ECLAIRE SUR LA VERITABLE SITUATION D4INJUSTICE PAR RAPPORT A LA METROPOLE ET CE N'EST PAS NORMAL. IL FAUT DEMANDER ABSOLUMENT A FAIRE DES EMISSIONS A LA TELE AFIN QUE TOUS SOYONS PLUS ET MIEUX INFORMES, CAR LE GOUVERNEMENT S'ENGOUFRE DANS UN DISCOURS QUI MASQUE LES VRAIS RAISONS DE CETTE GREVE ET NOUS PARLE PAR EXEMPLE D'INDEPENDANCE, JE NE CROIS PAS QUE LA GUADELOUPE DEMANDE L4INDEPENDANCE.

Hier soir sur France 5, l'excellent Ripostes traitait de ce conflit et on se rendait aussi compte que malgré toute l'information diffusée par les médias de référence ici, il existe une incompréhension totale sur le fond et la réalité du sujet en France métropolitaine. Christine Taubira était présente avec Luc Saint Eloi du LKP. L'émission doit encore être visible sur le site de France 5 pour ceux qui peuvent y accèder.

j'ai vu et je me demande comment une femme aussi intelligente que Taubira ait pu faire l'etalage d'autant d'indulgence sur certaines verités.Je remarque ,par ailleurs,que sa propention au recul calculé ,vis a vis des évènements médiatiques, l'a conduit a se rendre en guadeloupe plutot qu'en guyane paralysée par la crise de décembre 2008 ;chacun a pu s'apercevoir qu'elle a brillé par son absence aupres des citoyens qui l'ont elu!

Pour être en acord avec la charte de médiapart toto de bahia = petitrouduc

héhéhé oui! passage obligé apres vous avoir digeré sans massification aucune pour une telle bouillie!

Y a pas que la télé. Vous parlez de France Inter. Avec France Culture et RFI, on arrive à apprendre pas mal de choses, je vous assure. Ce mouvement aux marges géographiques de la France est lourd de sens pour ceux de la métropole (qui se croient au centre). Merci aux guyanais, guadeloupéens, martiniquais, de cette puissante contribution à l'Identité Nationale!

Absolument. Les journaux d'informations de France culture sont courts (15 à 20 minutes), et pertinents sur l'actualité nationale et internationale. le matin 7h, 8h, 9h (5 min), le midi : 12 h 30 ; le soir : 18 h., 22 h. Revue de presse internationale à 7h 35 le matin. RFI doit bien compléter en effet - j'y pense rarement - on pourrait en rajouter les horaires.

Fantie B vous avez raison les journaux de France Culture sont de qualité. Il y a bien eu naguère le licenciement de Miguel Benassaya; provoqué par un ministre qui s'appelait sarkosy et aussi l'éviction d'une émission consacrée au Diplo, mais tous les samedis à 17h55, il y a une chronique d'Edwy Plenel ... Un immense merci à Marie-Georges

Pour mémoire, des propos de Sarkozy alors candidat à la présidentielle : http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article2019 Ces tortures, des meurtres, des viols et des vols (bref des injustices inhumaines) ont été commises et il faudrait balayer tout cela d'un revers de main en s'auto-suggérant que finalement c'était bien parce que cela a permis "d'assimiler" un peuple par un autre ? Je suis un métro comme on dit de descendance nordique mais quand je vois avec quel "jmenfoutisme" et irrespect Sarkozy a osé traité cette douloureuse mémoire collective à l'époque ou il n'était que candidat, je ne m'étonne pas tout en étant écoeuré qu'il ait mis autant de temps à réagir. Et encore, c'est parce que les infos sur le sujet est passé sur les grands médias tv sinon...peut-être qu'il aurait encore attendu avant de réagir. Mais avant tout, ce que le peuple français réclame est de l'action sociale et non de la réaction théâtrale.

Merci Marie-Georges pour cette analyse. On ne peut rien écrire de mieux. Enfin de l'intelligence, face à nos journalistes et divers commentateurs, qui font dans la facilité à court terme. Merci.

Merci pour ce magnifique reportage, je suis avec vous !

oh purée jolie carte postale pour faire l'apologie d'un blocage général(et non greve generale) par la syndicature LKP 1)il y a dix ans l'essence coutait 15 a 20 centimes de francs de moins que dans l'hexagone, quand on sait que aujourd'hui, dans le prix d'1 litre,il y a - - la marge des pompstes; -les taxes regionales' region, communes, -ET, comprenez bien: 3,3 centimes d'euros pour l'utpp;'(une section syndicale de l'ugtg syndicat majoritaire ds le lkp)soit 3 millions d'euros/an pour payer un 13eme mois et une mutuelle pour 1000 employés syndiqués!! purée ils les"pwofiteurs" se nourrissent tous sur le dos des consommateurs. dans la distribution des produits petroliers Total, Utpp meme combat. question, pourquoi les gerants de stations service teleguidés par total ont fait greve, sinon pour refuser la concurence que represente a leur yeux l'implantation des nouvelles stations par des entrepreneurs guadeloupéens 2)monsieur dit que nos refrigerateurs n'ont jamais ete aussi plein, je tiens a lui signifier que meme dans les deserts les plus torrides ont trouve des oasis.. 3)et pour finir avant de gerber,c'est une greve generale parceque les centres commerciaux sont contraints de fermés par la force d'un groupe d'individu avec a leur tete monsieur LoLLIA de grace çà suffit la propagande, je ne me tairai pas

"de grace çà suffit la propagande, je ne me tairai pas" je le vois d'ici, il bave en aboyant

boum! touché!! c'est çà le plus important!

Merci pour toutes ces informations... Nous écoutons France Inter et lisons depuis peu Mediapart qui donne la parole à des gens comme vous, heureusement ! Résistons ! Encore et encore...

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Merci pour ce "pavé" fort utile. Pour ceux que ça intéresse, je signale la longue interview de Christiane Taubira accordée à "Parlons Net". Elle y traite des problèmes de la Guadeloupe et de l'outre-mer en général et évoque aussi celui des banlieues.
Vidéo de l'intégralité de l'émission ici

Courrier intéressant pour nourrir la réflexion sur les nombreux dysfonctionnements et anormalités dans les DOM. Mais il faut aussi ne pas oublier que, depuis des lustres, les collectivités territoriales sont dirigées par des "autochtones" qui ont géré, sans grands états d'âme, ces situations qui paraissent aujourd'hui tellement anachroniques. D'autant plus que, depuis quelques temps, les conseils généraux et régionaux sont aux mains de la gauche, plus engagée, d'après elle, à défendre les plus démunis et les inégalités (mouvance indépendantiste en Martinique avec Alfred Marie-Jeanne, PS en Guadeloupe avec Victorin Lurel, PSG en Guyane avec Antoine Karam, PCR à la Réunion, au niveau des exécutifs régionaux !). Or, par exemple, dans le conflit pour la baisse des prix des carburants initié en Guyane (1,77€ le litre de super en novembre dernier à Cayenne pour 1€ chez certains distributeurs de l'hexagone à la même époque !), les collectivités territoriales, qui sont financées par les taxes sur les carburants (0,70€ par litre de super à ce moment-là en Guyane), ont longtemps accepté par facilité et laissé perdurer, sans broncher, la situation de monopole accordé à la SARA, filiale de Total. Au même titre que l'État, garant de l'intérêt général, qui administre ces prix par préfectures interposées. Comme quoi, les événements actuels vont peut-être remettre quelques pendules à l'heure, espérons-le, lors des états généraux qui s'annoncent pour avril prochain. Il faudra pour cela que les populations domiennes se saisissent de cette opportunité pour mieux défendre leurs intérêts collectifs et réclamer une évolution positive des pratiques économiques et politiques, loin des clientèlismes anesthésiants et des rentes de situations pour élus de tout bords. Un beau chantier en perspective. "C'est au pied du mur que l'on voit le maçon".

Merci Marie-Georges : Billet magnifique. Tout y est dit ! Ne baissez (ne baissons) surtout pas les bras, il faut continuer à lutter : nous, avec vous, et vous avec nous.

Merci pour ce complément d'information, très intéressant et qui donne à penser.

Merci beaucoup pour ce long et trés utile exposé de la situation en Guadeloupe. Ces événements de crise et la réaction remarquable par son humanisme du LKP nous montrent le chemin vers l'évolution la plus positive et souhaitable de la société pour sortir de la crise économique et sociétale que tout l'Occident traverse. La solution est à rechercher dans une prise de conscience et une modification radicale des comportements de consommation effrénée et le retour vers un humanisme et une reconnaissance des capacités de chacun et une véritable démocratie qui ne soit plus centralisée ni confisquée par Paris ; cette observation est valable pour toutes les régions du Monde Français qui doivent faire valoir leurs capacités, leur solidarité en respectant mutuellement leurs particularismes et surtout leur mode de vie. Soyez certains en Guadeloupe que la majeure partie de la population de métropole comprend parfaitement votre souhait de retrouver la plénitude de la maitrise de votre économie et de votre libre arbitre tout en vous reconnaissant tous les droits et devoir attachés à la citoyenneté française à laquelle vous apportez tant. Votre mouvement fait honneur à notre Pays

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