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28
May

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Enfin des parachutes dorés pour les élèves de LEP!

Revue de presse de France Inter ce matin et haut le cœur d’indignation, incrédule, je vérifie à la source. En effet on peut lire dans le Parisien qu’: « à partir de lundi, l’académie de Créteil se lance dans l’incitation financière collective. Dans trois lycées professionnels, une « cagnotte » de 2 000 € va être allouée à deux classes : les élèves devront s’y fixer un objectif d’assiduité. S’il est rempli, la classe pourra s’offrir en fin d’année un voyage ou le Code de la route… pour un montant de 10 000 maximum ».

Ma colère, quand j’essaie de l’analyser un peu plus froidement, a plusieurs motifs.

L’entreprise de démolition de l’Ecole, planifiée par le sarkozysme en particulier et la droite en général, se poursuit. Le savoir, la culture, la connaissance, sont réduits à une marchandise monnayable. L’Ecole était le dernier rempart de la gratuité, le seul défenseur du mérite, de l’effort lent, laborieux parfois, dans une société où le gain rapide est partout valorisé (des traders à « secret story »). Moqués par certains de leurs élèves pour leurs salaires dérisoires, les enseignants continuaient, dans la difficulté, à véhiculer des valeurs différentes, celles du savoir désintéressé, de l’effort, du travail quotidien, du bonheur de réussir après avoir tâtonné, échoué. Dans un pays où avoir une Rolex à cinquante ans était tenu pour indice de réussite de sa vie, où la princesse de Clèves était moquée par le président, l’Ecole persistait, malgré tout, à proposer le goût de la lecture, l’amour du théâtre, la réflexion informée sur le monde, la connaissance des progrès scientifiques dégagés des préjugés, les doutes féconds de la philosophie, et à imposer que tout cela fût gratuit.

Evidemment cet abaissement de l’Ecole devant l’argent, ce recul formidable de la culture face à la finance, sont camouflés sous les meilleurs arguments possibles : il s’agirait de lutter contre l’absentéisme, de rattraper les élèves « décrocheurs » ; on se dédouane avec le splendide alibi du collectif : c’est le groupe-classe qui gagne l’argent et les gains devraient être destinés à financer un projet commun. La véritable lutte contre l’absentéisme scolaire passe en vérité par bien d’autres canaux que l’appât du gain : contrats individuels, petits groupes, accompagnement personnalisé, méthodes pédagogiques spécifiques ; faire croire que l’intérêt financier serait la seule solution face au décrochage scolaire est en réalité la marque d’un véritable mépris de la jeunesse. En fait, chaque fois qu’on leur donne la parole, les lycéens réclament davantage de culture et de formation artistique, eux attendent justement de l’Ecole tout autre chose que de l’argent.

La démagogie n’ayant plus de limites, ceux-là mêmes qui sont prêts à soudoyer des adolescents pour qu’ils aient le courage de se lever le matin et de fournir un effort intellectuel quotidien, n’ont de cesse de réclamer le retour de l’éducation civique la plus rétrograde et ont réintroduit le terme de morale à l’Ecole. Belle morale en effet que celle qui consiste à faire croire que le savoir dispensé à l’Ecole relève de la consommation et que la fréquentation scolaire dépend de l'enveloppe allouée en fin d'année !

Outre ce premier aspect, capital, qu’est la victoire de l’argent sur la culture et l’effort intellectuel, d’autres réflexions s’imposent. Un élève n’a pas à être rémunéré, c’est la Nation tout entière, ce sont les citoyens par leurs impôts qui lui offrent la chance d’être instruit. Considérer qu’il peut être payé revient aussi à dire qu’il a le choix, et notamment celui de refuser d’aller en classe. Dans un ordre d’idées comparable que dira-t-on aux élèves des autres classes, à ceux qui ne seront pas rémunérés ? On entend déjà les revendications salariales de ces malheureux obligés d’aller en cours juste pour le plaisir d’apprendre, quand les autres iront pour « la thune ».

Plus effrayant encore, si c’est possible, me semble le fait que l’expérimentation porte sur des lycées professionnels, à Louis Le Grand, à Marcellin Berthelot (le lycée d’excellence de l’académie de Créteil) pas besoin de motiver les élèves par l’argent, leurs familles, les jeunes eux-mêmes, savent bien ce que leur apporte l’Ecole pour la suite de leur existence tant professionnelle qu’individuelle, mais les pauvres, c’est bien connu, ne sont motivés que par le fric ! Quelle conception du lycée professionnel et de ses élèves se révèle ainsi chez nos dirigeants!

Que ce soit l’académie de Créteil qui se propose, la première, de franchir le dernier tabou, est aussi une chose qui me scandalise. Cette académie, j’y ai passé l’essentiel de ma vie professionnelle dans des fonctions diverses. Je la connais, je sais ses grandes difficultés, ses résultats décevants, je sais aussi l’inventivité de ses enseignants et de ses chefs d’établissement, leur volonté de faire réussir leurs élèves ; c’est dans cette académie qu’ont souvent été inventés et testés des dispositifs efficaces ensuite étendus partout, pour n’en citer qu’un, en lien avec notre propos, on peut évoquer le micro lycée de Sénart. Que ce soit justement le recteur de cette académie qui détruise des années d'action et de réflexion, est particulièrement navrant. Jean-Michel Blanquer, toujours désireux de coller aux désirs du pouvoir et même de les devancer, après avoir inventé l’école primaire de 750 élèves (voir ici http://www.mediapart.frhttp://blogs.mediapart.fr/blog/marie-lavin/080409/guy-bert-ou-paul-moquet et  : http://www.mediapart.frhttp://blogs.mediapart.fr/blog/marie-lavin/260509/guy-bert-ou-paul-moquet-suite-mais-pas-fin), imagine donc maintenant le lycéen soudoyé.

Enfin, quand on sait que chaque année on supprime, faute de moyens dit-on, des milliers de postes de professeurs, et qu’on constate qu’on peut, sans problème, mobiliser 10 000 euros par classe pour marchandiser l’Ecole et réduire les élèves au rang de purs consommateurs stipendiés, on ne peut que se dire qu’il s’agit bel et bien d’une décision idéologique qui vise à terme à détruire une certaine conception du service public d’Education Nationale.

Tous les commentaires

@ Marie Lavin

N'en avez vous pas marre de radoter les vielles lunes sur la démolition programmée de l'école..".Il s'agit d'une expérimentation" pas d'une généralisation ....

En Angleterre , c'est du cash , pas des voyages ou des permis de conduire .

Votre dernier paragraphe mettant en parallèle la suppression de 10 000 postes et 10 000 euros pour une expérience est pour le moins cocasse..Les heures de décharge des enseignants( heures payées mais pas faites ) coûtent 2 milliards d'euros. Depuis 60 ans cela représente 120 milliards d'euros....8% de la dette cumulée de la France.

 

Alcyme, si vous le pouvez, tentez vraiment de répondre sur le fond, et de façon centrale, à l'interpellation ( très argumentée ) et même à l'indignation de Marie Lavin. Son propos ne mérite pas , loin s'en faut, ce ''pas de côté''.

@ lelièvre

Vous me dites

"Alcyme, si vous le pouvez, tentez vraiment de répondre sur le fond, et de façon centrale, à l'interpellation ( très argumentée ) et même à l'indignation de Marie Lavin. Son propos ne mérite pas , loin s'en faut, ce ''pas de côté''."

Que puis je répondre à ces figures de rhétorique ?Les vôtres et celles de Marie Lavin ,basées sur l'erreur du "Sophisme de compositon "..qui transpose de l'élément au tout .( Un prof est mauvais ,donc tous les profs sont mauvais..ridicule n'est il pas ? C'est le processus de pseudo raisonnement de Marie Lavin )...il s'agit d'une expérimentation,inutile d'embrayer sur la soit disant marchandisation de l'enseignement et les profs dévalorisés parce qu 'ils ne sont pas assez payés..etc (pour 140 J de travail par an ,comme vous l'avez démontré ,on peut d'ailleurs discuter ).

 

A)Personne ne trouve rien à redire sur les bourses d'études.Elles ne sont pas données à tout le monde . Elles sont réservées aux familles modestes.

Pourtant ,c'est une façon "discriminatoire " de payer un élève pour faire des études...Alors pourquoi pas une dotation financière collective pour ces lycéens de LP en zone sensible ? Il n'est pas question d'inclure Henry 4 ou Ginette ,ou le lycée de Neuilly dans cette expérience .

B)Personne ne trouve rien à redire sur l'allocation de rentrée scolaire.On paie donc bien les parents pour mettre leurs gamins à l'école.

B) Imaginons que cette mesure puisse éviter à quelques Lycéens décrocheurs de vandaliser par exemple quelques voitures ,quelques montées d' escalier ,de tagger quelques façades ...L'investissement sera largement remboursé .

 

Alors pourquoi cette montée au créneau pour 3 LP ? A part la classique opposition des enseignants à toute évolution..

 

 

Alcyme, vos arguments au premeier aborf semblent imparables, mais regardons un peu ce que vous mettez en parallèle :

  • une allocation ("rentrée" ou boursière) versée à des familles et destinée à subvenir aux dépenses entraînées par une scolarisation de leurs enfants
  • une promesse d'argent à un groupe d'élèves en échange (ou en récompense) de l'assiduité à l'école (fréquentation obligatoire : du coup vous voyez le glissement ....)

Ne voyez-vous pas la/les différences ???et en particiulier la différence symbolique radicale.

Vouqs n'êtes pas sans savoir que l'argent a à la fois une valeur réelle (=j'achète, je vends) et une valeur symbolique ....

Il me semble que concevoir de tels projets c'est le signe inquiétant d'une difficulté à penser, à élaborer. Voilà que des gens de la hiérarchie de l'éduc.nat. ne voient même plus le sens possible de leurs décisions ....ne questionnent pas un instant leur idée !

Mauvais signe.

@ Marielle Billy

Des primes pour les élèves,une expérimentation02 Octobre 2009 Par alcyme

 

Je fais un peu de "réclame " pour mon blog sur le sujet des primes aux bambins des LP .J'espère que vous ne m'en voudrez pas pour le terme désuet et pour le lien.

 

Votre message m'interpelle ,car après beaucoup d'autres messages des forumeurs de Mediapart ,il me fait prendre conscience du " rapport compliqué à l'argent de la société française " à droite comme à gauche d'ailleurs.Cela me donne l'idée d'un billet...ultérieur

 

Vous voyez une différence symbolique ,radicale entre

L'allocation de rentrée scolaire ,les bourses généralisés à toutes les familles ou à certaines nécessiteuses et "horreur " ,une expérience dans 3 LP de l'académie de Créteil....

Vous devriez mieux me l'expliquer car je la vois pas...à part que cette expérience n'est pas étendue à tout le monde .On donne de l'argent pour aller à l'école...au lieu de le donner "inconditionnellement"aux parents ,on le donnera " conditionnellement " aux enfants directement sous forme de cours au permis VL ou voyage d'études.

A mon avis ,il ne doit pas y avoir beaucoup d'enfants de milliardaires dans ces lycées de Créteil.... qui vont bénéficier de cette mesure.

L 'argent est au sein de l'éducation en permanence que vous le vouliez ou non ,l'EN est le premier poste en valeur ou vont nos impôts.

Le pédagogisme façon IUFM/ Meirieu a montré ses limites,ses carences ,sa nocivité ...Certains se demandent même s'il n'est pas la cause de l'absentéisme et de l'echec scolaire .

Alors pourquoi pas cette expérience qui marche en UK ( avec la suppression des allocations familiales en sanction ) ?

J'ai presque l'impression d'entendre les curés intégristes au moment de la création des allocations familiales ..."Donner de l'argent pour forniquer..." dans cette levée de boucliers( fiscalClin d'oeil )..

A Alcyme,

Moi, je préfère qu'on parle de toutes les heures données sur notre temps libre pour les élèves mais jamais payées. Pourquoi serait-ce seulement dans l'Education nationale qu'on ne pourrait pas appliquer tout travail mérite salaire ? Tout est-il dû ?

Les heures de décharge ne sont pas le lot de la majorité des enseignants ! Et avant de juger les décharges, il faut savoir de quoi on parle !! Quand j'avais deux heures de décharge pour m'occuper d'un service éducatif dans un musée, c'était certes deux heures de cours en moins au lycée, mais bcp de travail en plus pour m'occuper d'élèves et les faire travailler sur des oeuvres antiques ou des travaux, à la place de leurs profs, souvent incapables de préparer une visite. Donc, une très mauvaise affaire financière.

@ Esther 1965

Vous ne faites que confirmer le sentiment d'horreur inquisitoriale exprimé par les enseignants lorsque l'on parle de l'Audit Copé sur les "heures de décharges " .

Quand un corps social bénéficie d'un privilège injustifié de 2 Milliards d'euros ,il se bat bec et ongle pour le conserver .Même si tous les enseignants n'en bénéficient pas ,ce n'est pas une justification pour ceux qui en profitent ,en ces périodes de déficit public.

A titre personnel ,je me demande si le rôle des enseignants consiste à amener les enfants ,au musé ,au cinéma ou à la piscine . J'aimerai que les enseignants se consacrent à l'enseignement des sciences ,du français ,de l'anglais...et que le reste (gym,musique ,dessin ,histoire etc ) soit laissé à la fonction parentale et à la société civile .Nous ne sommes plus au 19eme siècle ou en 1936.

 

 

Pour votre gouverne, je n'ai plus de décharge et ne m'occupe plus de ce musée, et je n'ai jamais considéré que me payer pour y faire travailler des élèves était un privilège injustifié. Je ne me bats pas pour des décharges injustifiées.

Par contre, en plus de mes cours, j'emmène fréquemment mes élèves, tous (y compris ceux des classes techno) dans des musées et les lieux du pouvoir politique. Tout est très étroitement lié au cours, et vous devriez savoir (à moins d'une mauvaise fois extraordinaire) que sans ce travail (souvent fait sur le temps libre, eh oui et donc jamais payé, ah ah ah !! puisque vous aimeriez sans doute que les enseignants travaillassent gratuitement), de nombreux élèves n'y mettraient jamais les pieds ! Car leurs parents se moquent bien de les emmener dans les musées... Quand je lis que ce serait aux parents d'enseigner l'histoire à leurs enfants, JE CROIS REVER !! Sans doute voulez-vous que les enfants retournent au 19è siècle et ne sachent rien avant d'aller....à l'usine sans doute, ou bien aux champs....

@Esther 1965

Votre cas personnel n'est pas intéressant.. Il relève du sophisme de composition .

La réalité est que les salariés du privé paient 2 milliards d'impôts pour financer des heures de décharges (heures de travail payées à une partie des enseignants sans contrepartie ) .

Votre mépris affiché et injustifié de la compétence des parents pour éduquer leurs enfants est sidéral . ..Les parents (dans leur grande majorité ,90 % des parents ne sont pas des cas sociaux en France ) savent mieux que les enseignants ce qui est bon pour leurs enfants . Alors faites correctement votre rôle qui est de "transmettre des connaissances et quelques méthodes banales au plus grand nombre ",ce qui apparemment n'est pas le cas lorsque l'on regarde les classements PISA et le classement de Shanghai ,au lieu de les amener à la piscine ou dans les musès ..Et pourtant en France ,les enseignants et les universités sont outrageusement dotés en moyens financiers et temps libre pour former des gens moyens.

En ce qui concerne l'élite de la France ( celle qui parait il doit tout à ses parents ) ,ça va très bien à l'inverse de ce que disent Mr Sarkozy et Mme Pécresse...il n'y a qu'à consulter le classement Scopus de la recherche.

 

 

 

Décidément, au vu de ce que vous écrivez, on voit aisément que vous ne comprenez rien. Moi, je ne méprise pas les parents, j'ai seulement régulièrement des élèves de milieux très divers (eu aussi de milieux pas très favorisés), qui ne fréquentent pas les musées avec leurs parents ! Et contraitement à ce que vous semblez penser, nous sommes nombreux à faire plus que correctement notre travail ! Quant au résultat de la formation, il dépend aussi du travail personnel effectué par l'élève ou l'étudiant (sachant que je fais faire le maximum en classe) au cas où vous ne l'auriez pas saisi. Je vois mal comment apprendre des connaissance et des méthodes à ceux qui ne veulent pas les mémoriser/appliquer. J'ignore quelle est votre profession mais sans doute feriez-vous mieux....................

@esther

Les membres du Mammouth ont beaucoup de mal à accepter les critiques des contribuables qui financent l 'EN et les réformes des divers ministres .Vous ne faites pas exception à cet immobilisme classique .

A la famille l' Education ,la morale ,la citoyenneté ,la religion ,les loisirs ,la piscine , les musès etc....Aux enseignants l'Instruction et rien que l'Instruction (Mathématiques ,français,Anglais et cours de soutien individualisé etc...) .

A force de vous mêler de tout dans l'EN ,vous ne faites plus rien de bien.Recentrez vous sur votre coeur de métier .

 

Je ne vois pas ce que je peux faire d'autre ! Je fais de l'histoire, de la géo et de l'éducation civique, (et du soutien, scolaire,souvent gratuit pour votre gouverne). Quant à tout ce que nous faisons d'autre, c'est parce le ministère le demande. En outre, nous ne pouvons pas, comme on nous le demande, régler tous les problèmes de la société !! Sauf que c'est sur nous que ça tombe

@ Esther

Je ne vous fais aucun reproche à titre personnel...mais les réactions de corps des enseignants me surprennent .Prenons la question des horaires de cours .

Dans l'ensemble ,ils pensent tous ,avec les chronobiologistes , que nos écoliers ,collégiens,lycéens ont trop d'heures de cours ,par rapport à la moyenne Européenne ...

Une réduction des horaires (des élèves,pas des enseignants ,je tiens à le préciser ) s'impose donc ....

Regardez la réaction corporatiste des enseignants d'Histoire/Géo suite à l'allégement d' une heure par semaine de leur matière en Terminale S (En réalité 1/2 H entre la première et la Term) ...

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