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Sarkozy, Guaino et mes grands-parents.
Dans les deux discours consacrés par Nicolas Sarkozy à l'agriculture en 2009, nul n'ignore plus qu'il a repris mot pour mot certaines formules qui devaient donc, on peut le supposer, lui tenir particulièrement à cœur (personne en effet n'ose imaginer que le président lirait, et par deux fois qui plus est, un discours dont il ne partagerait pas les opinions). Beaucoup ont largement commenté ce fameux « lien charnel » que les Français entretiendraient avec la « terre », je préfère en ce qui me concerne me pencher sur une autre phrase, récurrente dans les envolées présidentielles : « Toutes les familles de France ont des grands-parents qui, à un moment ou un autre, ont travaillé la terre ». En l'entendant, je me suis interrogée sur la véracité de la formule. D'abord, à tout seigneur tout honneur, j'ai pensé aux grands-parents du président, son grand-père maternel était médecin, son grand-père paternel clerc de notaire puis entrepreneur. Pas de rapports flagrants avec la terre arable. En ce qui me concerne non seulement mes quatre grands-parents n'étaient en rien des travailleurs de la terre mais leurs propres parents, bien que pour une partie d'entre eux domiciliés à la campagne, n'avaient pas non plus d'activité en lien direct avec l'agriculture : commerçants, aubergistes, artisans parisiens, rentier même pour un arrière-grand-père, petits industriels, ingénieur, femmes au foyer, mais d'agriculteurs point, jamais. Il va de soi que je n'ai rien, mais absolument rien contre les agriculteurs et si j'épingle cette erreur c'est simplement pour montrer la méconnaissance de l'histoire qui préside à la rédaction des discours sarkozistes. En effet mes ancêtres ne sont aucunement des exceptions ; si, au début des années trente, la population rurale représente encore pratiquement la moitié de la population française, les agriculteurs ne sont plus que 7 millions (pour une population totale de 41 millions et demi en 1936) et encore une partie d'entre eux exerce en même temps une autre activité. C'est donc déjà une minorité de Français qui vit directement de la terre. Le Président dans ses discours semble en réalité faire référence à une France bien antérieure à celle où ont vécu nos grands-parents, une France largement mythifiée pour des raisons idéologiques, une France dont, selon la formule de Maurice Barrès un des inspirateurs d'Henri Guaino, « pour permettre à la conscience d'un tel pays de se dégager, il faut raciner les individus dans la terre et dans les morts». Foin de la vérité historique, foin du vécu réel des Français (chacun peut faire comme moi pour ses propres ancêtres), l'important est de recycler le vieux fonds nationaliste le plus ranci.


Tous les commentaires
Il est drole et vrai ce billet.....
Mais qui nous gouverne? Sarkozy ou ses porte-plume?
Le résultat est le même, comme dans bien des domaines, c'est une réelle régression que nous vivons. A quand le retour à l'avant 1789?
moi aussi : j'ai 83 ans : aucun de mes grands-parents n'était agriculteur ! J'"aime "bien les discours de Pétain et je fais encore bien rigoler les amis en leur récitant qqfois sa prose ! Et là, biensûr, en écoutant Sarko, je me suis écriée "la terre, elle, ne ment pas". Ce n'est hélas que trop souvent que de tels parfums vichystes sont ressentis aujourd'hui !
D'autant plus qu'il n'y croit pas une seconde! C'est pas Pétain, c'est le père Ubu: encore plus dangereux par son absurdité que par ses idées...
Non seulement les grands-parents de N. Sarkozy n'étaient pas paysans mais sauf erreur ils ne sont pas (ou pas tous) enterrés en France. Selon les critères de son inspirateur du moment Barrès (via Guaino), son "identité nationale" est donc incertaine. Celui dont le débat lancé par Besson cherche à séduire les électeurs l'a d'ailleurs rappelé durant la campagne présidentielle à un candidat qui, avec raison, se disait à la fois d'origine étrangère et français à part entière.
Merci Marie Lavin pour votre "billet d'humeur" fondé et pertinent.
Aussi loin que remonte l'arbre généalogique authentifié de ma famille ( jusqu'en 1791) tout mes aïeux furent des paysans du Rouergue , pour autant je ne me reconnais pas dans les propos de Sarkozy. Propos aux relents populistes, que les Croix de Feu ou bien les ligues de droite pétainistes et nationalistes n'auraient pas reniés.
Une nouvelle fois l'inculture et le mensonge , les deux matériaux du discours de Sarkozy et de ses plumes sont à la une.
J'invite les lecteurs de Mediapart à aller sur le lien : http://cvuh.free.fr et y lire l'article ( assez long) intitulé: L'histoire par Nicolas Sarkozy:le rêve passéiste d'un futur national-libéral. Dans lequel des historiens universitaires relèvent les impostures sarkozyennes. Edifiant et affligeant ....
Vous avez tout à fait raison c'est une synthèse remarquable et affligeante aussi comme vous le soulignez. Oui on est bien dans la droite ligne idéologique des ligues des années trente.
ça y est la voilà la bonne formule: Sarko est un "Nali".
N'exagérons pas.
Parler de la terre à des agriculteurs n'est pas en soi un signe de fascisme.
Il y a suffisamment à reprocher au pouvoir actuel pour ne pas tomber dans la censure des mots. Ce qui serait agir comme lui.
On a le droit de parler de la terre, de la nation, sans être pétainiste.
Le pouvoir actuel n'est ni pétainiste, ni rien du tout.
Il veut seulement s'étendre à tout prix et sans limite. C'est son seul objectif, avec des fondements idéologiques fluctuants qui servent de prétextes.
Certes parler de la terre n'est pas un signe de fascisme ainsi que vous le dites ( la preuve Engels, Georges Sand, Mendés-France en 1956 et bien d'autres) mais réitérer le même discours à quelques semaines d'une élection en y saupoudrant des erreurs historiques fait penser aux méthodes totalitaires les plus éprouvées.
Mes grands parents étaient ouvriers: dans une fonderie; dans une usine de produits pharmaceutiques puis femme de ménage; artisans: propriétaire d'une petite épicerie de quartier, ou peintre en batiment (parce qu'on ne vit pas de peinture, que "faire de la peinture" pour mon arrière grand père c'était forcément être peintre en bâtiment). Ils vivaient dans des villages mais ne cultivaient pas la terre.
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Eh bien je vois dans votre article une nouvelle illustration de l'article d'E Plenel sur la corruption de l'esprit publique, je cite par exemple
"...N'ayant d'autre repère que lui-même, le sarkozysme des sommets n'est entravé par aucun préjugé, ancrage idéologique ou fidélité partisane..."
Il manipule l'histoire à sa façon pour arriver à ses fins et je rejoins le commentaire de JP Honnecourt plus haut sur les méthodes éprouvées des régimes totalitaires.
Nicolas Sarkozy utilise en fait à tout moment le même procédé sophistique cher aux droites extrêmes.
Sous des apparences d'évidences (remember le Pen et les sportifs noirs) et de volonté de réunification de la "grande famille française" par un "plus grand dénominateur commun", il ne vise qu'à diviser et à exclure, et à opposer les gens derrière des écrans de fumée cachant l'essentiel.
Lire Aristote, Schopenhauer et autres Baillargeon devrait être obligatoire pour ne pas être un petit mouton dans ce monde, et nos enfants apparaissent bien mal armés : quand leur enseignera-t-on enfin le doute humble, critique et raisonné et non ces certitudes d'hélium encensant leur égo ?
Pendant la campagne présidentielle, Bayrou affirmait que Sarkozy n'était pas vraiment en phase avec les Français car il manquait d'une côté "terroir", ou "terrien" je ne me souviens plus du terme exact ( on trouve sur mediapart, article sur Bayrou/Lindon) . Reçu cinq sur cinq ?
N'est-ce pas justement en redoutant - pour lui-même - l'effet de ce non-ancrage dans les sillons sur le milieu rural, qu'il nous colle à tous, d'office, des grands-parents agriculteurs ?
Excellent billet. Un jour, Henri Guaino parviendra à convaincre son président -à moins que ce ne soit l'inverse- que nos ancêtres les cow boys, de retour de leur jogging, chantaient la Marseillaise la main sur le coeur, évitaient la prison en plaidant coupable, ignoraient l'athéisme, préféraient la charité à la solidarité et faisaient fortune en ayant de l'argent. Qu'est-ce qu'on rigole!
A vrai dire chère Nicole j'ai vraiment ri en vous lisant....Il nous reste cela, l'humour et c'est ravageur. Heureusement.
C'est une constance cette référence à cette terre "vraie".
Regardons les affiches électorales, de celle de Mitterrand à celle de Sarkozy, on retrouve ces paysages ordonnés, cultivés, par le labeur de ces agriculteurs dont nous sommes tous les petits-fils, ou presque...
On aime aller voter dans son village, en gardant une adresse qui souligne son identité..., pardon, son origine rurale... On déplore le chêne abattu, on regrette le temps du lavoir, on pleure les moissons d'avant... Et on entend même dans les campagnes mugir ces féroces soldats... maintenant que les vaches, les porcs, les poules, les lapins etc. sont enfermés dans des hangars sans jamais voir la lumière du jour...
Sans occulter la valse de nos élus lors du Salon de l'Agriculture...
On est cerné par les campagnes finalement, mais pas celles que l'on croit. Merci à vous Marie de l'avoir rappelé.
Bravo Marie, joli billet qui représente tellement bien le personnage, ses lacunes et ses ignorances.
Le problème est que le président Sarko est en complet décalage avec la réalité, comme ses ministres il vit dans son monde protégé et doré et n'est pas au courant des réalités de la vie quotidienne, de l'histoire et de la France.