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«Au-delà», le nouveau Clint Eastwood

Attendu du public, Hereafter ne déçoit pas. Le thème, son traitement et son interprétation séduisent. Clint Eastwood y aborde une question existentielle peu usitée au grand écran. Evoquer un possible au-delà de la vie, est-ce tenter, par faiblesse, de se soustraire à une condition intangible de l'humanité ? N'est-ce pas, à rebours, concentrer son attention sur l'essentiel, à savoir la liberté de chacun, confronté à ses choix propres et conscientisés ?

Au confluent des approches et témoignages scientifiques, religieux ou psychologiques, le réalisateur ne prétend pas dévoiler ce qui est.Il donne à voir ce qui meut chacun, à y adhérer ou pas.

1- La contingence comme point de départ vers l'au-delà

La contingence apparaît comme le point de départ vers l'au-delà. La mort de chacun est une nécessité constitutive. Le moment où elle advient est présenté comme contingent, tout comme le sont les expériences qui ont amené les différents personnages à faire l'expérience de l'au-delà. Partie chercher les cadeaux des enfants de son compagnon, Marie le Lay (Cécile de France) est happée par un torrent dévastateur, et, l'espace d'un instant, connaît un état de mort imminent. Parti faire une course en lieu et place de son frère jumeau, Jason échappe à une bande de malfrats, mais pris dans sa rapidité, il est, faute d'attention nécessaire, percuté par un camion. Des suites d'une opération chirurgicale fortuite, Georges (Matt Damon) déclenche une capacité nouvelle, celle de communiquer avec les morts.

2- L'esseulement situationnel

L'esseulement des personnages confrontés à l'au-delà, directement ou indirectement, constitue le lot commun des « voyageurs en transit ». Les rescapés de l'EMI (Etat de Mort Imminente), se retrouvent incompris et ne perçoivent plus la vie comme précédemment l'accident. Ils sont confrontés, bien souvent à l'incrédulité de leur entourage, voire à la justification de cet état par des aléas purement physiques (commotion...) Les personnes ayant vécu le décès d'un proche vivent l'esseulement face aux non-dits, aux affaires non réglées, aux situations conflictuelles inabouties. Les morts peuvent, dans le film, également ressentir ce besoin de communiquer, et le voir inassouvi, faute d'intercesseur, de perception possible par les vivants, ou d'écoute préalable.

3- Le questionnement des certitudes

Le divertissement pascalien (Pensées) évoquait cette difficulté à confronter ses convictions à ce point d'arrivée commun qu'est la mort. Clint Eastwood donne à voir que nul ne peut se soustraire à la responsabilité de ses choix existentiels d'une part, que la réponse que chacun apporte à la question de l'au-delà est sans doute celle qui lui permet de mieux conforter ses choix de vie personnels. Les incrédules en viennent à douter, tel ce médecin, athée, qui conclut à l'existence d'un Au-là possible. Ceux qui ont besoin d'être confortés par une croyance, subissent les affres du charlatanisme. Ainsi de Marcus qui rencontre beaucoup d'imposteurs en espérant rentrer en contact avec Jason. Ceux qui placent dans l'attente d'une réponse le renouveau de leur vie, comprennent, à leurs dépens, que c'est à eux de produire le renouveau. Ainsi de la jeune femme ayant subi des sévices dans son entourage proche, ou de cet enfant espérant toujours apprivoiser sinon une nouvelle forme de présence, tout au moins la perceptible absence.

Conclusion : Clint Eastwood illumine le traitement d'un thème qui aurait pu être rébarbatif ou convenu. Sans jamais verser dans le dogmatisme, le théisme, ou a-théisme, il confronte les consciences. A son départ vers l'au-delà, dont l'heure est souvent contingente, chacun laisse la somme de ses actes. Le déferlement d'eau qui submerge de sa force dévastatrice les constructions humaines et temporaires, signifie bien la dualité de l'éternelle régénérescence cyclique de la nature, avec la fragilité individuelle humaine. Dualité de l'unité distincte et du Grand Tout auquel chaque élément appartient.

L'homme n'est pas un empire dans un empire, comme le soulignait Spinoza. Au mieux peut-il contrôler sa conscience et ses choix, face aux incontrôlables situations. Bénéficiaire du Crédit d'Impôt International en janvier dernier, Hereafter est au plan artistique et économique un parangon de l'efficience d'un tel dispositif.

Tous les commentaires

Je partage assez votre point de vue sur le film, même si j'en suis ressorti un peu en attente de quelque chose qui n'est pas venu, une émotion en plus, comme celle qu'il y avait à la fin de Million dollar baby. Les acteurs sont formidables de sobriété comme l'est le réalisateur.

Quand vous écrivez : "A son départ vers l'au-delà, dont l'heure est souvent contingente, chacun laisse la somme de ses actes.", — on a du mal à comprendre ce que vous voulez dire. L'heure de la mort est toujours contingente ; le contraire de "contingente" serait de dire que l'heure de la mort serait déterminée, dans un déterminisme religieux de notre existence. Soit elle est contingente, soit elle est déterminée. Mais on ne voit pas ce que pourrait signifier "souvent contingente". Cela voudrait dire que parfois elle n'est pas contingente mais déterminée. Au nom de quoi ? Et pourquoi ? Vous ne le précisez pas. Peut-on d'ailleurs le préciser sans verser dans la tautologie : l'au-delà est l'au-delà ? Ou dans la banalité : les voix du Seigneur sont impénétrables ?

Vous mêlez aussi (ou le film confond ?) l'au-delà au sens religieux du terme et le panthéisme de la régénérescence de la Nature. Les religions ne sont pas des Naturalismes. L'au-delà est par définition transcendant à la Nature. Je ne comprends pas bien ce que vient faire "l'éternelle régénérescence cyclique de la nature" dans cette histoire d'au-delà.

Mais c'est peut-être le film qui confond un peu tout et n'importe quoi. En cela il est très dans l'air du temps de la société américaine, dont vous ne parlez pas, alors que ce thème me paraît très symptomatique de cette espèce d'effervescence pseudo-religieuse ou irrationnelle visible aux Etats-Unis. Vous semblez prendre le traitement du thème au sérieux et sans recul. Mais le propos de Clint Easwood n'est-il pas aussi d'avoir un regard critique sur une certaine Amérique ?

Maintenant venons-en à l'essentiel. Nos sociétés occidentales sont largement fondées sur une dénégation de la mort et sur ce que Pascal appelle, comme vous le rappelez très bien le "divertissement" pour détourner notre regard du caractère tragique de l'existence humaine. Le monde occidental est fondé sur cette "irresponsabilité". Et il est clair que la plupart d'entre nous s'en accommode fort bien jusqu'à la dernière seconde de notre vie. "Les incrédules doutent", écrivez-vous, dans le film. Mais ceux qui ont la foi doutent tout autant de leur foi. Il n'y a pas de foi sans doute. La foi est une réponse, précaire, fragile parce qu'humaine, au mystère de la mort, qui nous dépasse. Cela n'a rien à voir avec les difficultés qui peuvent entourer le deuil d'un proche. La mort s'accompagnent toujours de questions non réglées, de non-dits qui peuvent affliger profondément ceux qui restent. Mais en quoi cela affecte-t-il notre croyance ou pas dans un au-delà ? Il peut nous arriver d'avoir la conviction intime qu'un mort est venu nous dire quelque chose à travers des signes tangibles. Mais c'est un discours quasiment indicible, intransmissible à autrui sinon par les voix de la poésie. Cela ne veut pas dire que ce soit faux, mais il est par nature impossible d'en convaincre autrui. On reste seul avec son intime conviction, qui ne peut créer de vivre-ensemble, qui n'est pas fraternelle. L'au-delà de la mort n'unit pas. Il n'est pas de l'ordre du religieux, de ce qui relie (religio, religere, en latin) les hommes entre eux. C'est peut-être là qu'est la leçon du film alors ? Une sorte de phénoménologie de l'individu et de ses croyances, de leur implication dans leur conscience, qui se passe au fond très bien de l'au-delà. Une forme très moderne (et comme décadente) du religieux à l'américaine. C'est toute la différence avec une religion authentique comme le Judaïsme ou le Christianisme, même si dans la Torah, l'au-delà est très peu présent, le Shéol se réduisant dans les textes à peu de chose. Contrairement au Christianisme, le Judaïsme a toujours mis l'accent non sur l'au-delà mais sur la vie avant la mort : Le Haïm ! (À la vie !, dit-on en hébreu). Mais toute la question est de savoir s'il y a une vie avant la mort, c'est la question d'Hamlet : être ou ne pas être, telle est la question !

aujourd'hui, depuis Alan Kardec il est difficile de ne pas croire à la vie de l'esprit dans l'au dela. Il faut lire " la source noire" de Patrice van Erseel ou les ouvrages de Raymond Moody ou du docteur Morse ou "l'abc de l'au dela" de Georges Osorio. Ou bien encore participer à des expériences de Rebirth ou de respiration holotropique (stan grof).

Quant à la détermination de l'heure du départ, les mêmes expériences de mort imminente ou de mort partagée ( Raymond Moody, témoins de la vie après la vie) ainsi que les expériences de rebirth ou chamaniques montrent que celle-ci est bien affaire de destin et non de hasard.

Encore quelques années de recherches et tout cela sera dans le champ scientifique.

Merci pour vos commentaires.

Par "contingente", je désigne l'heure, qui n'était en rien déterminée pour les personnages du film. La mort est accidentelle et fortuite pour Jason, comme pour Marie (même s'il s'agit d'une simple EMI pour elle)

Par "déterminée", je parle de la mort elle-même qui est une nécessité constitutive. Qu'elle advienne à 20 ans ou à 80 ans, on sait qu'elle adviendra obligatoirement pour tout être humain.

C'est la distinction qu'on fait en philosophie. L'opposition est volontaire ici.

Je partage vos nuances sur les différentes religions. Et on pourrait encore creuser entre catholiques et protestants qui n'ont pas la même vision. Quant au judaïsme si on se réfère à la Kabbale, la réalité vraie, "metsiout" est la lumière qui se trouve en chaque chose, en chaque créature.

Quant à la foi, elle n'exclut peut être pas les doutes, elle est une adhésion, une confiance volontaire : "Dans le calme et la confiance sera votre force" Esaïe. Elle n'est d'ailleurs en aucun cas l'apanage des "religieux" ou "croyants".

Un Pasteur libéral n'avait-il pas déchainé les foudres en déclarant, Dieu, c'est les interactions entre les hommes?

Je partage votre vision sur le Etre ou ne pas Etre, d'Héraclite à nos jours, intemporel questionnement "l'Essence et l'Existence".

" Etre c'est interroger dans les dédales, de la Question posée à Dieu, et à autrui, qui ne comporte aucune réponse" (Edmond Jabès, Elya)

 

J'admire votre érudition....et j'aurais bien du mal pour argumenter avec une telle culture philosophique ou religieuse...toutefois , médecin au SAMU , des dizaines de personnes sont mortes sous mes mains après que j'aie capté leurs derniers regards, entendu leur dernière phrase..qui in fine , traduisent la plupart du temps une forme de libération et d'apaisement. Je suis athée , et les questions insolvables sont probablement le propre de l'homme .

J'irai voir ce film parce que fan de Clint , et pour la question de l'au delà...que j'ai failli partager ....

Alors que j'étais tranquillement entrain de décéder et déjà avec de profonds troubles de la conscience , j'ai eu avant l'ultime plongée dans le coma un éclair de réflexion dont la séquence fut brève mais inoubliable : "je suis entrain de mourir , ou bien je fais le plus horrible cauchemard ".....je me suis réveillé plus tard en réanimation , la première hypothèse avait été la bonne .

l'intéressant est cette perception de cette chose inhabituelle de la mort quand elle est là....je la perçois très souvent chez les autres , je l'ai perçu pour moi.

Alors que j'étais tranquillement entrain de décéder et déjà avec de profonds troubles de la conscience , j'ai eu avant l'ultime plongée dans le coma un éclair de réflexion dont la séquence fut brève mais inoubliable : "je suis entrain de mourir , ou bien je fais le plus horrible cauchemard

Vu le ton humoristique de votre phrase, ce ne pouvait pas être un cauchemar Clin d'oeil

J'aime beaucoup le tranquillement en train de décéder... puis ça donne envie d'aller voir ce film Clin d'oeil

Quand on ne sait pas que la mort est là , elle nous torture quotidiennement inconsciemment

Quand on sait qu'elle est là , on est libre et aéré , comme soulagé d'un poids existentiel

Bien sûr, tout çà est intéressant au plus haut point et sans doute le film aussi. Mais avant de doctement, mais aussi obscurément philosopher, est-ce qu'on ne pourrait pas écrire en français et sans faute d'orthographe. Je vais me faire assassiner, mais franchement...

Ben non, justement, "avant de philosopher" on ne peut pas écrire en francais ou en allemand. Il faut écrire pour faire des fautes, agir pour faire des bêtise. Merci de votre contribution valeureuse.

Donc si votre enfant écrit une gentille lettre à sa grand-mère, mais bourrée de fautes, vous lui dites quoi? "Avant d'écrire à ta grand-mère tu devrais apprendre l'orthographe"?

@ Foucab, destin ou hasard, là est la question.

@ Philalethe, qu'est-ce qui ne vous semble pas français ou limpide? La philosophie a son langage, comme toute discipline. Nul besoin de l'assassiner ;-)

Philalethe,

Avec un tel pseudo, on penserait que le style philosophique vous est familier. Je trouve que le ton de l'article est parfaitement adapté au sujet (il ne s'agit pas du film "Les Ch'tis").Quant à l'orthographe, pouvez-vous nous indiquer les fautes relevées DANS L'ARTICLE ? Dans les commentaires, elles ne manquent pas hélas !

Je suis allé voir ce film en me demandant comment un vieux conservateur américain comme Eastwood allait traiter le sujet. J'ai aimé l'impossibilité de communiquer de Marie dans son milieu hyper-futile de la télévision, et l'esseulement de l'enfant Marcus devant l'absence de son jumeau. Mais j'ai détesté 1) le point de vue défendu par Eastwood qui ne nous dit pas, comme il aurait pu le faire, que l'inquiétude de l'homme a toujours produit des chamans, mais qui nous dit que, parmi tous les imposteurs, il y a de vrais communicants avec l'au-delà (Georges), 2) le traitement matérialiste du sujet tellement "X-file" qu'une partie du public en a ri. Donc pour moi un très mauvais film, peut-être une impossibilité de traiter le sujet au cinéma, mais qui m'a quand même permis de continuer une discussion sur mon approche de la mort avec une de mes filles.

Merci M. Alba pour votre long 4e paragraphe.

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A suivre

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jpylg

@ edg, j'ai également apprécié le contraste de la position de Marie.

Quant au 4e paragraphe de Michel Alba, il touche juste :

"L'au-delà de la mort n'unit pas. Il n'est pas de l'ordre du religieux, de ce qui relie (religio, religere, en latin) les hommes entre eux. C'est peut-être là qu'est la leçon du film alors ?"

 

Désolé mais c'est la phrase que j'aime le moins chez M. Alba: pour relier les hommes il vaut mieux la démocratie que le religieux; c'est aussi ce que dit ma mère en s'approchant de ses 91 ans. Le religieux créé un lien limité à une communauté et expulse "l'autre".

Mais vous savez justement que Tocqueville voyait une nécessité du symbolique au sein même de l'épanouissement de la démocratie. Lire à ce sujet, le livre récent de Damien Le Guay, La Cité sans Dieu, qui se situe dans le prolongement des réflexions tocquevilliennes sur la démocratie. L'émission de canal académie sur le livre de Damien Le Guay

Concernant le mot "déterminé", expression d'un "déterminisme", je crois qu'il y a un léger malentendu. Le mot ne veut pas dire constitutif de l'existence humaine, mais se rapproche de l'idée de Providence. Voir le fameux débat entre Pascal et les Jésuites au XVIIè siècle dans Les Provinciales.

Il n'y a pas de différence entre hasard et destin. Que ce soit dans le monde grec ou le monde hébreu. Le destin d'Œdipe est le fruit du hasard. C'est en cela que la tragédie grecque est effrayante. On ne peut pas maîtriser le hasard. Lire à ce sujet les analyses récurrentes de Clément Rosset sur le tragique et la tragédie grecque. D'ailleurs en hébreu le mot "hasard" et un des mots de "dieu" sont formés des mêmes lettres mais dans un ordre différent.

Merci pour l'extrait de Elya. J'ai lu quasiment tout Jabès jadis. Mais si la confiance n'est pas — vous avez raison — l'apanage des religions, la foi, elle, l'est, et ne se réduit pas à la confiance.

Ceci dit, votre article m'a donné envie d'aller voir le film samedi prochain. Je vous en reparlerai donc...

@ Michel Alba, Merci pour votre excellente référence à Clément Rosset, que j'apprécie beaucoup.

Quant au terme déterminé, je l'ai employé, pour qualifier la condition mortelle, sans prétendre qu'il en est synonyme. Une approximation. Vous avez raison, il faut éviter selon un auteur de théâtre bien connu, de prendre "un mot pour un autre."

Merci aussi pour la permutation des lettres des mots "hasard" et " Dieu".

Et bien, je vais reprendre Rosset, et dès que vous aurez vu le film, nous en reparlerons.

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Je suis sûr qu'on me reprochera, non sans raison, de vouloir une fois de plus ramener ma science. Reproche d'autant plus justifié que ni je n'ai lu le billet initial ni vu le film ; mais je m'acquitterai avec plaisir de ces deux activités.

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Donc je vais intervenir sur un point de détail, avec mon pédantisme coutumier, histoire de me faire mousser encore un peu.

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C'est à propos de l'étymologie de religion. Cette étymologie est contestée depuis Benveniste et l'étymologie ordinairement retenue, religare, vient de Cicéron "de natura deorum". Religare signifie effectivement "relier" . Mais une autre origine serait possible : relegere, signifiant "recueillir, rassembler". Voir ce qu'en dit Jacques DERRIDA dans "Foi et Savoir", ICI.

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Ceci ne me semble pas d'une grande importance ; d'une part parce qu'on n'en décidera jamais, d'autre part parce que je ne vois pas une telle différence entre "rassembler" et "réunir".

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Ce qui est sûr, c'est que la fonction de rassemblement, de réunion, de toute religion est évidente. Mais c'est à ce sujet que je voulais signaler une chose qui, celle-là, me semble importante ; il y a dans la réunion qu'opère la religion, deux dimensions, la dimension horizontale et la dimension verticale, ce qui, si vous les unissez, donne le signe de la croix. Horizontalement, la religion réunit les hommes entre eux (théoriquement, en tous cas); verticalement, la religion réunit l'humanité à la divinité.

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jpylg

Mozziconacci : quel beau nom ! Je parle - et aime parler - italien et je me régale de prononcer votre nom comme il se doit : ModddzziconAAttcchi.

Je vous plains de devoir endurer les multiples prononciations à la française !

Cela dit, j'aime aussi beaucoup M. Eastwood (Bois de l'Est).

Ciao, bella.

@ Raybor, en l'occurence ce serait Bellatchitchix, puisque le nom vient de l'île de beauté ;-)

C'est vrai que ça sonne plus corse qu'italien, j'aurais dû le percevoir.

.... O Catarinetta bella chi chi ... ;-)

Pace e salute.

Excellent billet,qui me donne envie de voir ce film. Clint Eastwood est probablement aujourd'hui le meilleur réalisateur américain,en tout cas l'héritier de ceux qui ont porté le cinéma au rang de 7e art.

Et votre analyse me semble pertinente.

Clint Eastwood est probablement aujourd'hui le meilleur réalisateur américain,... heureusement non !! Il n'y a vraiment que les Francais (on ne sait d'ailleurs même pas pourquoi, tant son cinéma est réac !) pour penser cela. Les ponts de Madison County est repassé ce week-end à la télé... cela a très très mal vieilli.

Merci pour le billet lui-même et aussi pour le débat qui s'en est suivi. J'irai voir ce film dès son arrivée dans ma province en gardant en mémoire l'éventualité pour Clint Eastwood d'interpeller les pratiques de chrétiens fondamentalistes qui explosent en ce moment dans son pays. Qu'à la lecture du scenario, Spielberg ait cru devoir en faire cadeau à Clint Eastwood, le seul selon lui qui serait à même de le réaliser, m'interroge. Qu'espérait-il donc de ce vieux conservateur emboucané dans son nouveau rôle de Pythie ?

Incroyable cette passion pour tout ce qui touche à la mort! Je ne regrette pas d'y avoir consacré une édition, ICI: 12 rédacteurs, 21 articles!Rire!

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"Une édition, 12 rédacteurs, 21 articles..."

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Dans les années 70, le fils de Luis Bunuel, Juan Bunuel, sculpteur de son état, s'était fait réalisateur, le temps d'un film. Le film avait pour titre: "Au rendez-vous de la mort joyeuse".

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Tu pourrais peut-être envisager de passer derrière la caméra et de nous concocter un remake, si tu as un peu de temps, Michel .

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jpylg

Textes et commentaires trop philosophiques à mon goût!!Pour avoir confronter la mort de près!!J'ai cru bon "aller voir le film", je n'ai pu voir de visu que le "début et la fin du film", je me suis laissée aller à dormir, j'étais très bien!!.......Je suis athée au passage....La mort sujet difficile à aborder, je n'ai pas peur d'affronter "l'au-delà".....

Quel plaisir de vous lire !

Je pense que les religions, tout comme les croyances, les superstitions, les expériences psychiques..., relèvent de la poésie intime. On peut partager ou pas, sa poésie intime. Mais on ne peut pas l'imposer, l'inscrire dans des dogmes, l'enseigner, en faire des croyants, des exégètes, des militants ou des martyres, dans le dessein (non avoué) de capturer l'imaginaire des humains - afin de les canaliser comme on rabat un troupeau. Car alors, ça devient de la politique !

Preuve en est : la croyance en la toute puissance du Marché !

Et là, les Etats-Uniens ont fait plus fort que tous les dieux réunis ! Tous les gouvernements de la planète ou presque, canalisent par leurs décisions une part de plus en plus grande des richesses produites par l'activité humaine, dans l'antre de commanditaires qui, invisibles comme des dieux, président à la destinée de notre monde. Quand ces hommes et ces femmes auront perdu la foi, peut-être l'au-delà se manisfestera t-il ici-bas ?

 

Il n'y a pas d'au-delà sans la mort et pour visiter le nôtre ici-bas, il faudrait commencer par mourir au "rève américain".

 

Prose de ma poésie intime.

 

je 'ai pas vu le film et n'irai pas le voir parce que le sujet me gonfle;

pourquoi croire à tout prix à une vie après la mort ?

besoin d'imrmortalité par désir de toute-puissance mégalomaniaque; l'académie et le panthéon vous y attendent;

pas d'au-delà mais une fin clinique, biologique avec décomposition lente du cadavre recyclé dans la nature

ce qui est au-delà de ma mort : la vie des autres et, accessoirement le souvenir qu'ils gardent de moi vivant

Ne pensez-vous pas qu'au contraire, il doit être vu au travers de toutes les bonnes raisons (et les moins bonnes) qui sont ici recensées ? Devant l'audience des tea-parties je crois que le questionnement de Clint Eastwood peut réserver quelques clefs utiles.

J’ai l’impression à suivre les productions de Clint Eatswood qu’il est intéressant de constater que ou la guerre comme norme éthique (i.e. le constat que la guerre rend l'homme meilleur est hélas réaliste) ou la dégénérescence par le divertissement indigne, ça ne peut fonctionner. (Voir à ce sujet les discussions du philosophe Bazon Brock sur la pensée de Carl Schmidt à ce propos dont on ne peut parler ici). Autrement dit, aussitôt qu’on permet la guerre, elle devient le point le plus important du programme de divertissement. Un voyeurisme belliqueux apparaît. Ce voyeurisme existe dans la culture occidentale. Il existe depuis que la dramaturgie à suspens s’est saisie des médias de divertissement. La tension générée par la peur de la mort est devenue la règle dramatique la plus importante pour le roman de divertissement, les films et productions télés. Clint eastwood, il me semble, n’échappe pas à son temps. À regarder sa production cinématographique, nous remarquerons une « suite logique » puisqu’il ne cesse de s’interroger sur la guerre, la violence, et son grand âge (81 ans en mai 2011) désormais le pousse à exprimer des interrogations plus prégnantes dont les techniques d’expressions correspondent à cette dramaturgie du voyeurisme des médias de divertissement. Clint Eastwood, c’est ce qui est remarquable chez lui, reste ancré dans son temps, le nôtre non celui d’où il provient. De ce point de vue, il est un peu éloigné d’un certain conservatisme qu’on lui impute. Merci pour votre billet.

En général, j'aime bien les films de Clint Eastwood, bien ficelés (Gran Torino, Chasseur blanc, coeur noir, un des meilleurs, Million dollars Baby) quand ils ne tombent pas dans le sentimentalisme de la Route de Madison. Là, je ne me suis certes pas ennuyée, mais suis restée à l'extérieur, quelquefois agacée par l'allure de coker battu de l'enfant, franchement déçue par la fin à l'eau de rose... Peut-être le sujet me laisse-t-il de marbre. Je préfère mille fois la manière qu'a Truffaut d'aborder la mort dans "la Chambre verte". Je sais que ce n'est pas la même chose. Mais le pseudo-scientisme (je fabrique peut-être un mot...) de ce film m'ennuie. Et il n'y a pas une once de recul...

Bonjour chère Marie-Sophie Mozziconacci,

Je devais revenir vous parler du film après l'avoir vu. C'est fait. J'ai trouvé le film tout à fait remarquable, époustouflant même du point de vue technique. Clint Eastwood manifeste dans ce film une parfaite maîtrise de son art.

Il aborde le problème de la mort et de l'au-delà avec un ton extrêmement original que je n'ai pour ma part jamais rencontré au cinéma. Aucun fantastique, aucun aspect sulfureux ou religieux mais une approche quasi documentaire d'une certaine façon, qui fait toute la force du propos.

L'au-delà est ici pris comme un postulat sur lequel ne porte pas l'interrogation du film. Une certaine caution scientifique par une médecin-chercheur qui s'intéresse aux états seconds chez ses patients vient appuyer le propos mais sans y insister. Aucun allusion religieuse non plus.

Le personnage central est un medium mais qui vit son "don" comme une "malédiction". Ce qui est une excellente trouvaille pour rendre crédible son pouvoir de contacter les morts. On y croit. C'est grâce à lui que les autres personnages du film entre en contact avec les morts.

Le film mélange habilement cet aspect des choses avec les problèmes humains chez ceux qui restent après la perte d'un être cher. Les histoires de vie qui nous sont ainsi contées sont toutes émouvantes. Chez tous, la mort les travaille ou plus exactement le problème de la perte et des difficultés du deuil. Le film, plutôt que sur le problème de l'au-delà et de la mort, est centré bien davantage sur le deuil, plus ou moins difficile chez chaque personnage du film en contact avec le médium. Le problème du deuil est abordé sur un ton très naturel qui fait toute l'originalité de ce film. Chacun ne trouve un apaisement qu'une fois rassuré par les paroles des morts que vient certifier le médium. La vie peut prendre alors un nouveau départ.

Pour ma part, je suis très sensible à ce problème du deuil. Pour des raisons intimes (ayant perdu récemment ma compagne d'un cancer) et pour des raisons encore plus profondes, ayant à porter par les liens de filiation le problème du deuil impossible de la génération qui m'a précédé et qui a souffert de la Shoah. Il me semble que le film de Clint Easwood touche juste. Il exprime avec un admirable sang froid le problème de notre solitude face à la mort dans tous ses aspects.

Bien à vous.

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