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Pour une politique en santé mentale non hygiéniste...

Avoir fait mes premiers pas dans le monde de la folie dans un établissement géré par les « Sœurs de St Joseph de Cluny » à Limoux (11) a failli stopper mes études d’infirmière psychiatrique. Les rites judéo-chrétiens agissent insidieusement en dogme bien orchestré, cherchant la victime et son bourreau. Je veux dire par-là que l’autorité engendrée par le port du vêtement et de la cornette en imposait aux malades et aux soignants. Dire que je vivais à la « même enseigne » que les hospitalisés n’est pas exagéré.

L’entretien des locaux duraient trois semaines sur quatre (serpilliothérapie), une éternité ! Pendant la semaine d’infirmerie, la méthode, la science enseignée, l’observation clinique et la collaboration directe avec le médecin devenaient un privilège. Tout ceci se passait en 1970/1974. La politique de secteur existait dans un ailleurs, Paris 13e.

L’information ne circulait pas, les évènements de mai 68 amélioraient nos conditions de travail sur un plan national. Les malades touchaient le « pécule » une rémunération dont ils ne pouvaient pas pour la plupart profiter car les sœurs ne concevaient pas l’ « autonomie » du patient comme un objectif à atteindre. Pour les soignants, la pensée contradictoire signait une atteinte à la hiérarchie instituée.

Les dortoirs accueillaient 60 à 90 patients. Les mesures d’hygiène primaient sur la relation soignant/soigné perçue alors comme une perte de temps. Le post-taylorisme c’était mieux !

La loi de 1838 liée aux internements psychiatriques ne faisait pas grand bruit. Les malades, chroniques issus dans leur majorité du milieu rural, étaient placés par leur famille qui elles-mêmes versaient une « pension » à la congrégation et un peu plus pour remercier le seigneur.

Tout ceci sans un encadrement infirmier critique de son environnement, mais plutôt à la recherche d’un bâton de maréchal. Certaines infirmières dont l’ami avait connu la guerre d’Algérie me rappelaient non sans animosité mes origines d’immigrante.

La peur me serrait le ventre si une patiente traitée pour épilepsie testait à juste titre mes faiblesses dans une distance du trop ou du pas assez. La difficulté première résultait d’une impossibilité à trouver les mots apaisants car le monde autour de moi n’était qu’agitation, contention, enfermement, électrochocs sans curarisation, chocs humides par injection d’insuline pour les jeunes schizophrènes, et cocktails de sédatifs puissants en camisole chimique. Vingt ans après la découverte des NRL (neuroleptiques), les troubles bipolaires, l’épilepsie comme symptôme des déficients mentaux constituaient le plus grand nombre des pathologies mis à part les démences séniles comme nous les appelions autrefois.

La psychothérapie en était à ses balbutiements.. Pourtant la nécessité d’apporter un réconfort par la parole qui accompagne le geste technique s’avérait nécessaire. Fallait-il encore se connaître, avoir dépasser ses problèmes existentiels, ne rien dire plutôt que de dire n’importe quoi !

Quand certains professionnels de la santé font référence aux trente glorieuses, c’est un tollé général. Peut-être ressentent-ils une nostalgie des moyens, le besoin d’une reconnaissance en tant que soignant ? Ou peut-être adoptent-ils une attitude de renoncement ?

Si j’ai choisi cet épisode alors que d’autres non moins plus simples m’ont permis la rencontre avec l’autre, l’expérience « d’une réalité partagée », du discours contenant qui ne s’improvise pas, du soutien moral et souvent de situations de « violence physique » comme expression de l’angoisse du soigné nécessitant chez le soignant une supervision psychanalytique, c’est parce que je ne souhaite pas que notre société nous mette à la poubelle !

Je désire que les structures de transition et le personnel qui les fait exister, puissent « continuer » sans que la direction/entreprise oblige ces soignants à pourvoir des postes supprimés, au pied levé, vers d’autres spécialités. L’hôpital ne doit pas disparaître, appelons le « refuge », « asile » en tout cas un lieu de soins de psychothérapie institutionnelle, un dedans sécurisant pour que la frontière avec un dehors devienne possible tout aussi accueillant. Se situer en un entre deux pour re-tisser le lien social est indispensable (CMP ou centre médico-psychologique)

La technique ne peut faire l’économie de la parole, de la relation. Il faut du temps et encore du temps pour que les personnes en souffrance se reconstruisent.

« Ce qui ne vient pas à temps dans le symbolique arrive plus tard dans le réel » J. Lacan

 

Tous les commentaires

04/01/2011, 20:26 | Par *Jacquounet*

Bonjour Marie-Thérèse,

très intéressant votre témoignage.

à ce que j'ai cru comprendre (j'habite au Puy-en-Velay où il y a un HP Sainte-Marie) le problème de la psychiatrie c'est que la sectorisation et les soins en milieu ouvert (c'est comme ça qu'on dit ? ou plutôt hôpital de jour ?) ont servi de prétexte aux coupes sombres budgétaires.

Aujourd'hui, on voit de pauvres mecs SDF, psychotiques, pratiquement sans aucun suivi.

 

Jacques.

05/01/2011, 00:16 | Par Mariethé FERRISI

Bonsoir Jacques,

C'est cela. Aprés l'euphorie de la sectorisation, les autorités de Tutelle n'ont pas assurer suffisamment la création de structures de transition. En tout cas, malgré les avancées thérapeutiques, les malades sont toujours "lourds" et nécessitent des soins "lourds". Les coupes budgétaires s'inscrivent dans une logique comptable au détriment d'une logique soignante.

Ne nous étonnons pas de voir dans la rue des personnes en souffrance et des psychotiques chroniques incarcérés.

Maïté

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