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Réinsertion scolaire ou tutorat temporaire

En 1905, Binet et Simon mettent au point un test de mesure du quotient intellectuel qui lors de son application ne prendra pas en compte le contexte émotionnel de l’évaluation. Cette norme cataloguée m’a toujours heurtée par son aspect discriminatoire mettant en exergue un éventuel retard intellectuel.

Prendre un bon ou un mauvais départ scolaire dépend, nous le savons, de facteurs multiples environnementaux tels que le milieu familial, les conditions de vie économique, les déplacements géographiques, les ruptures intra-familiales etc..

L’école républicaine forme à la citoyenneté tant que les valeurs qui la définissent sont respectées. L’autorité de l’enseignant n’est pas ici remise en question car c’est avec le temps et l’expérience qu’il acquiert la maturité du sujet « supposé savoir » facilitant ainsi le désir d’apprendre chez l’autre. Le groupe, source d’appartenance est la première référence à une socialisation possible de l’élève, par la prise de parole au « tour de rôle » dans le respect et l’écoute de chacun.

Sauf qu’il y a un os : l’indiscipline, les troubles du comportement voire asociaux, la violence verbale avant l’irrémédiable passage à l’acte hétéro-agressif. A ce stade, la cible n’est autre que l’institution au travers de son représentant l’enseignant.

Le tiers institutionnel tel que le professeur principal, le proviseur, le règlement intérieur de l’établissement sont autant d’outils de triangulation qui protègent la relation pédagogique. La référence à la loi symbolique que certains n’ont pas intériorisée ainsi que son corollaire « le sentiment de culpabilité » sont à chercher du côté d’un manque de limites de ce qui est « bien ou mal » Que testent-ils me diriez-vous et pourquoi ? Ces mêmes limites et peut-être une quête de l’expérience de la « réparation » afin d’être apprécier en retour.

Les intervenants multiples sont un atout pour que ces élèves en difficulté de grandir d’une manière responsable puissent choisir leur interlocuteur parce que la relation duelle les angoisse d’autant qu’ils projettent des affects d’imagos parentales sur l’enseignant référent. Ces phénomènes transférentiels sont inévitables dans toute relation qui se construit.

C’est dire que la réinsertion scolaire mise en route par le gouvernement actuel prévoit un partenariat interinstitutionnels selon que les élèves sont justiciables ou non, en l’occurrence l’enseignant ne devrait-il pas être dans tous les cas en binôme avec un éducateur spécialisé ?

Le tutorat temporaire me fait sourire au regard du manque d’encadrement en amont par une politique de suppression de postes, des classes surchargées à 35 élèves dont les difficultés qui en découlent sont banalisées par le ministre. Ce palier de la « deuxième chance » et du « circulez y rien à voir » me révolte quant à l’encouragement eu égard des écoles privées et pour en finir avec ces oubliés de l’école publique. Ceux là qui tôt ou tard seront « fichés » de délinquants potentiels dont leur seule expression de l’injustice sociale jaillira d’un comportement non élaboré mentalement par manque de reconnaissance tout au long d’un parcours chaotique.

Attention au dressage à la Pavlov, c’est plus simpliste, linéaire, empirique.. Rien de plus m’étonnerait !

Je me permets de citer l’ouvrage d’Anny Cordié « Les cancres n’existent pas »

Tous les commentaires

24/11/2010, 08:29 | Par Erreur 403

Vous décrivez un rêve nostalgique de la IIIe République. L'école actuelle est un territoire d'arbitraire et de non-droit, totalement abandonné à des immatures que les adolescents détectent immédiatement. Quand les enseignants auront fini leur propre croissance avant d'enseigner, les élèves recommenceront à les écouter et les respecter, et l'envie d'apprendre les reconduira en classe. Il est urgent d'ouvrir l'éducation nationale au monde extérieur, parce qu'aujourd'hui, en France, un enseignant ou un personnel éducatif est un éternel adolescent qui jamais ne quitte les jupes de l'institution entre 6 et 60 ans. C'est pour cela qu'on retrouve les enseignants retraités dans l'associatif et le caritatif : ils font enfin une tentative d'apprentissage de la socialisation, alors qu'ils sont disqualifiés par une longue vie sans rapport avec la réalité de la société.

Les cancres existent. Ils sont sur l'estrade.

JYB, ex médiateur de la violence scolaire.

24/11/2010, 11:27 | Par Mariethé FERRISI

Merci pour votre commentaire qui m'a incitée à aller vers le lien suivant:

http://www.scienceshumaines.com/la-violence-scolaire_fr_14590.html

Dans les lycées professionnels il y a des jours où cela ne doit pas être facile, les pratiques que je décris ci-dessus sont vaines sauf la référence à la loi et plus concrètement une demande express auprés de la hiérarchie d'exclusions temporaires d'éléves "indisciplinés" voire "faisant preuve d'incivilités". L'immaturité des enseignants n'est pas à généraliser. Pour qu'un système fonctionne il est indispensable qu'il ne soit pas fermé à tous changements et remise en question. Des protocoles de prévention de la violence" devraient être élaborés et suivis par tous les professeurs. Quelles actions et signalements avant que cela ne dégénère ? car la contagion est inévitable. Vous avez été médiateur et confronté certainement au déni d'une autorité peu efficace dans un contexte donné.

le lien ci-dessus est trés interessant.

24/11/2010, 12:24 | Par Erreur 403 en réponse au commentaire de Mariethé FERRISI le 24/11/2010 à 11:27

Je ne manquerai pas de le lire, mais je me méfie des mots comme "protocole". La violence de certains élèves défie tout protocole, elle demande une réponse très personnalisée et réceptive, d'un TIERS par rapport à la confrontation élève-institution. Pour avoir initié un atelier "éviter la violence" basé sur les codes de communications non-verbaux et les esquives en Arts martiaux, j'avoue que je préfère travailler avec des policiers qu'avec des enseignants.

Parce que les enseignants et personnels éducatifs ne se rendent pas compte qu'ils vivent dans un microcosme. Leur immaturité est voulue par l'instituion. Et elle va encore s'aggraver, avec la carence en formation pédagogique.

Un membre de l'éducation nationale, c'est quelqu'un qui ne quitte jamais l'école de sa vie, et qui ne connaît pas l'école de la vie.

Si cela vous intéresse, j'ai écrit un récit de cette expérience, en forme de réponse à "Chagrin d'école" de Daniel Pennac , dont un extrait est publié dans mes anciens billets...

24/11/2010, 13:01 | Par Mariethé FERRISI

J'y vais de "ce pas" ayant lu "Chagrin d'école de Daniel Pennac. Je vous ferai part de mes questionnements.

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